Pelassy des Fayolles, Nestor
Biographie
Né vers 1802 (mais en 1807 sur sa tombe), au Mans (Sarthe). Etudiant en médecine, puis reçu docteur en juin 1833 à Paris. Les 27, 28 et 29 juillet, armé d’une canne-épée et de deux pistolets, tantôt il pansa les blessés, par exemple à l’ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, tantôt il combattit les forces royales. Il fut blessé de plusieurs coups de crosse de fusil reçu, au pied gauche, au bas des reins et dans le côté gauche de la poitrine. Le Figaro du 5 août 1830 relata à son sujet les faits suivants : « Nos braves patriotes étaient tellement déterminés à combattre jusqu’à la mort que deux jeunes médecins dont nous avons appris les noms, MM. Benjamin Voisin et Nestor Pellassy, ont été obligés d’engager presque une lutte avec des blessés qui, couverts de sang, ne voulaient pas s’arrêter pour être pansés. » Le 8 avril 1831, une lettre de la Commission des récompenses nationales faisait état du fait qu’il sollicitait la croix nationale et que sa demande avait été transmise au commissaire du (ancien) Xe arrondissement. Ses démarches furent considérées comme trop tardives par la Commission. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Xe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il adressa, le 2 juillet 1831, la lettre suivante à cette Commission : « Ma demande et les pièces à l’appui ont été écartées par la première Commission, pour cause de retard dans leur envoi ; ce retard était involontaire et ne devait pas me porter préjudice puisqu’il était occasionné par un délabrement de santé, qui ne me permettait de faire aucune démarche et était la suite des violences exercées sur moi dans les trois journées de Juillet. Je restai quatre mois malade, d’août à décembre, et je passai une partie de ce temps dans ma famille ou à la campagne. Sans autre protection que votre justice, votre impartial examen et le témoignage authentique ce que j’ai fait aux jours du danger, je viens avec confiance faire mes réclamations auprès de la nouvelle Commission des combattants de Juillet. Je vous prie, monsieur le président, de faire valoir auprès de la Commission mes titres, qui sont légalement attestés par plusieurs témoins, citoyens honorablement connus, à l’effet de porter mon nom sur la nouvelle liste des candidats pour la décoration spéciale ou Croix de Juillet. Mes opinions et mes sentiments me rendront digne de porter ce signe glorieux de dévouement patriotique. Permettez, M. le président, que j’expose les titres que je crois avoir acquis à l’obtention de la décoration spéciale. En payant ma dette à la cause des libertés publiques, je me réjouis d’avoir aussi servi la cause sacrée de l’humanité ; dans les journées de Juillet, je n’ai cessé, en exposant ma vie, de secourir les blessés sur les nombreux champs de bataille et dans les ambulances, de faire des pansements provisoires jusque sous le feu des troupes, en repoussant par les armes les violentes attaques qui me trouvèrent souvent dans l’exercice de ce devoir d’humanité. J’ai soigné et secouru plus de soixante blessés, dont plusieurs auraient infailliblement succombé à des hémorragies ou à une vive douleur sans des secours prompts. Le 27 juillet, vers 2 heures, dans la cour de l’Ecole de médecine, en présence d’un grand nombre d’élèves, je fis un appel aux étudiants pour la formation spontanée et régulière d’ambulances ou réunions d’élèves en médecine et de médecins sur les divers points où des combats s’engageaient, pour administrer les premiers secours aux blessés et les transporter après le pansement. Ma proposition fut affichée et eut, en partie, le résultat que je désirais. Pris et emmené, le 29, avec quelques jeunes médecins par des soldats pour panser plusieurs de leurs blessés, je fus cependant obligé, étant retenu par eux de vive force, de m’échapper du mur de leurs baïonnettes croisées contre moi, après avoir dénoncé leur conduite avec l’accent de l’indignation. Ce fut non loin d’eux qu’ayant rencontré, rue Saint-Nicaise, un patriote blessé, que je me suis mis en devoir de panser, je fus assailli par un soldat suisse, qui m’avait poursuivi. Je reçus au pied gauche, au bas des reins et dans le côté gauche de la poitrine trois violents coups de crosse de fusil, dont je me ressens encore. Mais je parvins à soustraire mon blessé aux atteintes de ce furieux. Néanmoins et malgré l’état de souffrance où j’étais, je me rendis utile encore (malgré une saignée qui me fut pratiquée), le reste de la journée du 29 dans l’ambulance du numéro 29 de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, dirigé avec un zèle qui est au-dessus de tout éloge par M. le docteur et professeur Piorry (voir Piorry, Pierre, Adolphe). Cependant ma santé resta longtemps délabrée par suite de ces coups et des douleurs de poitrine ainsi que d’une hémoptysie grave qui encore aujourd’hui me rend faible et m’a longtemps obligé de renoncer à mes occupations. Je dois ajouter que je n’ai voulu rien réclamer pour m’indemniser de cette perte de temps et des frais dispendieux d’une maladie de plus de quatre mois. A cet exposé, je joins six certificats, légalisés et qui attestent d’une manière authentique les faits contenus dans cette demande. » Il joignait en effet plusieurs certificats à sa lettre. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie qu’il est à ma connaissance que les 27, 28 et 29 juillet 1830 M. Nestor Pelassy des Fayolles est sorti de ma maison, armé d’une canne à épée et de deux pistolets et que je l’ai vu alternativement panser des blessés et se battre notamment le 28 et le 29 à l’Institut, rue Saint-Honoré, rue Saint-Nicaise, où il a été violemment frappé par un soldat suisse en finissant le pansement d’un blessé qu’il a préservé de ses coups et enfin près de la rue du 29-Juillet, où, pris par des soldats et forcé de panser leurs blessés, il s’est échappé du milieu de leurs baïonnettes croisées contre lui. » Signé, le 4 juillet 1831 : Loriol, Adolphe, chef d’institution, demeurant 9, rue Neuve-Sainte-Geneviève. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que M. Nestor Pelassy des Fayolles a donné des soins à un grand nombre de blessés et conjointement avec moi à l’ambulance du n° 29 de la rue Grenelle-Saint-Honoré, le jeudi 29 juillet, et qu’il s’est comporté dans cette occasion avec le plus grand zèle et le dévouement le plus entendu. » Signé, le 3 juillet 1831 : Piorry, P., B. (sic) (voir Piorry, Pierre, Adolphe), docteur en médecine, professeur à la faculté de médecine. Suivait l’apostille suivante : « Je certifie l’exactitude des faits énoncés ci-dessus comme étant parfaitement à ma connaissance. » Signé : Regnier (voir ce nom). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, demeurant rue du Bac, n° 102, certifie avoir été témoin du dévouement de M. Nestor Pelassy des Fayolles, dans les trois journées de juillet 1830, qu’il s’est battu et a donné des secours aux blessés. J’atteste en outre que je l’ai vu frappé violemment le 29 juillet par un soldat suisse à la partie gauche de la poitrine et que malgré la souffrance vive qu’il dut éprouver il ne cessa cependant de continuer les pansements qu’il avait entrepris et notamment à l’ambulance du numéro 29 de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, dirigée par M. le docteur Piorry. Je déclare encore qu’au bout de quelques jours je fus obligé de pratiquer plusieurs saignées à M. Pelassy, qui, par suite des coups qu’il avait reçus dans la poitrine fut pris d’un crachement de sang. » Signé, le 1er juillet 1831 : Voisin, B. (voir Voisin, Benjamin), médecin, demeurant 102, rue du Bac. Suivait l’apostille suivante : « Le maire du (ancien) XIIe arrondissement atteste les faits contenus dans la présente pétition. Témoin du dévouement et du patriotisme de M. Nestor Pelassy des Fayolles, dans les glorieuses journées de juillet 1830, il le recommande à la justice de la Commission. » Signé : Delanneau, A. (voir Delaneau, Regulus, Adolphe), adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement. Le 8 mars 1832, il retira les originaux des pièces qu’il avait confiées à cette dernière Commission et déposa à leur place une copie légalisée (toujours présente dans son dossier). Le 25 mars 1841, Villemain, ministre de l’Instruction publique, lui adressait la lettre suivante, en récompense d’une lettre que lui avait adressée Pelassy des Fayolles, pour lui rappeler la demande de la Légion d’honneur, qu’avaient faite pour lui, en 1832, les maires des communes de Caneron et de Grandchamps-les-Essarts, en récompenses des services civils qu’il avait rendus : « […] J’apprécie les motifs qui décidèrent ces communes à demander pour vous cette haute faveur et je m’estimerais heureux, Monsieur, de pouvoir appeler sur vous l’attention du roi, mais je ne dois pas vous laisser ignorer que ce n’est que très rarement que je puis faire à S. M. des propositions de cette nature. Cependant j’ai fait prendre note de votre demande et je saisirai avec empressement l’occasion qui me serait offerte de pouvoir récompenser vos services pendant l’épidémie de 1832 par l’honorable distinction que vous sollicitez […]. » Le 20 juin 1848, il écrivit à Recurt, médecin et ministre de l’Intérieur, afin d’obtenir la réparation de l’injustice qui lui avait été faite, en n’ayant pas été compris dans les listes de décorés de Juillet. Il expliquait qu’il avait été victime d’une hémoptysie et n’avait pu faire aucune démarche durant les trois mois qui suivirent la révolution, ce qui avait laissé passer les délais à la fin desquels la Commission des récompenses nationales ne pouvait plus examiner les demandes. Il expliquait qu’il avait posé une nouvelle demande « à la seconde commission des réclamations des combattants de Juillet, autorisée par M. Perier […] ; cette commission après l’examen de mes pièces, apprécia mes services et me désigna pour la décoration de la Croix de Juillet. Mais une émeute eut lieu, le secrétaire fut incarcéré, les trois mille réclamants suspectés de républicanisme et les décisions de cette commission anéanties » ; il récapitulait ainsi ses droits : « Dans les journées de juillet 1830, je n’ai cessé, en exposant ma vie, de secourir les blessés en faisant des pansements provisoires, souvent sous le feu des troupes, et de repousser par les armes les violentes attaques qui me troublaient souvent dans ce devoir d’humanité. Trois blessures graves, dont une occasionna une hémoptysie pendant onze mois délabrèrent pour longtemps ma santé, me forcèrent de renoncer à mes occupations dans une institution et m’ont laissé une hypertrophie du cœur avec adhérence des plèvres. » Un certificat attestait qu’il avait été présent à l’Institut, rue Saint-Honoré, rue Saint-Nicaise, où il fut violemment frappé à la poitrine par un Suisse, en finissant le pansement d’un blessé, qu’il préserva des coups ; le 29, près de la rue du 29-Juillet, trois soldats le forcèrent à panser leurs blessés, mais il réussit à s’échapper malgré les baïonnettes croisées derrière lui. Dans un dossier que déposa Voisin, Benjamin (voir ce nom) à la même Commission des Réclamants, on trouve le certificat suivant signé de Roqueplan (voir Roqueplan, Louis, Victor), « rédacteur au Figaro, décoré de Juillet » et dans lequel il était fait mention de la conduite de Pelassy des Fayolles : « Je, soussigné, déclare que partie du manuscrit brûlé MM. Benjamin Voisin et Pelassy et relatés dans le numéro du 5 août 1830 ont été recueillis rue partie du manuscrit brûlé coin de la rue Saint-Honoré par un de mes partie du manuscrit brûlé qui se trouvait au nombre des combattants. partie du manuscrit brûlé de ces faits est l’expression de la plus exacte partie du manuscrit brûlé témoignage de la personne qui me les a partie du manuscrit brûlé un témoignage oculaire qui ne saurait être partie du manuscrit brûlé. » De la même manière, Pelassy des Fayolles signa le certificat suivant en faveur de Voisin, Benjamin : « J’atteste que le sieur Benjamin Voisin, docteur en médecine, demeurant rue du Bac n° 102, secourut un grand nombre de blessés dans les trois journées de juillet 1830. Que je l’ai vu sortir de chez lui, armé, et se battre plusieurs fois pour préserver des blessés qu’il venait de panser dans plusieurs rues et notamment rue Saint-Honoré, où nous sommes restés longtemps à faire des pansements. Ce fut dans cette occupation que trois personnes nous demandèrent et prirent nos noms. Notre conduite se trouva signalée dans plusieurs écrits et journaux de l’époque, et notamment le journal Le Figaro du 5 août 1830. » Pelassy des Fayolles dispensa aussi ses soins au moment de l’émeute de juin 1832. Cette même année, les communes de Grandchamp-les-Essarts et Tanneron demandèrent pour lui la Légion d’honneur. Il en fut cependant privé, expliquait-il, « par l’influence hostile d’une note de radicalisme, laquelle n’a cessé de me poursuivre depuis 1832 jusqu’en 1848 ». Toujours dans cette demande présentée à Recurt, il faisait état de sa « conduite comme chirurgien du 5e bataillon de Charonne de Bagnolet dans la funeste affaire du 15 mai [1848, N.D.A.] au passage Molière ». Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, maire de la commune de Charonne, certifions que le citoyen Pellassy, médecin en cette commune, est investi des charges de médecin du bureau de bienfaisance, de médecin constatant les décès de la commune et du chirurgien du bataillon de la garde nationale ; que dans toutes les circonstances difficiles il a fait preuve de zèle et de dévouement pour le bien public et qu’il jouit de l’estime et de la considération de tous ses concitoyens. Nous attestons en outre qu’il a assisté à la malheureuse affaire du passage Molière, le 15 mai dernier à Paris et que là il a fait preuve de la conduite la plus honorable. » Signé, le 9 juin 1848 : Milori, maire de Charonne ; Vienot, maire de Bagnolet. Il signa (il signa bien Pellassy des Fayolles), le 8 janvier 1849, le certificat suivant en faveur de Pelletier, Louis, le fils de Pelletier, Etienne : « Je, soussigné, docteur en médecine, chirurgien-major du 5e bataillon de Charonne et Bagnolet, médecin du bureau de bienfaisance, certifie que le citoyen Pelletier, serrurier, marchand de vin, rue Aumaire n° 1 à Bagnolet, se rendant, comme garde national, à la cérémonie de la proclamation de la Constitution, le 19 novembre 1848, s’est fracturé, par une chute, le fémur gauche. Ce grave accident ne le laissera pas infirme mais il entraîne pour lui une incapacité de travail pendant trois mois et lui fait désirer vivement d’obtenir bientôt la place pour laquelle il a été recommandé. » Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’amélioration du sort et l’organisation de l’avenir des enfants du peuple et sur l’importante question politique et médico-légale de la supposition. Mort en 1877, il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise, 6e division, 2e ligne W 29. Il demeurait 9 et 11, rue Neuve-Saint-Germain, chez le docteur Voisin, en 1830 ; 102, rue du Bac en 1831 ; 5, rue Saint-Germain à Charonne en 1848. Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 275 ; Archives nationales F/1dIII/53, F/1dIII/70 ; Archives nationales F/1dIII/70 in dossier Peltier, Louis ; Archives nationales F/1dIII/77 in dossier Teissier Jean-Louis ; Le Figaro, 5 août 1830 ; Archives de la préfecture de police AA 406 ; Bulletin de la Société des médecins homéopathiques de Paris, deuxième année, tome second, 1846, Paris, p. 33 ; Archives de la préfecture de police AA 417 in dossier Voisin, Benjamin.