Pelletier, Joseph
Biographie
Né le 26 janvier 1786 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Ancien militaire. Courtier ou courrier de commerce. Il adressa la lettre suivante au roi : « Le sieur Pelletier, Joseph prend la liberté d’exposer respectueusement à Votre Majesté qu’en 1815, lors du dernier débarquement, il fut assez heureux pour sauver le maréchal Massena, dont la tête avait mise à prix ; qu’il refusa constamment toutes les offres d’argent qui lui furent faites pour qu’il livrât le maréchal et préféra à l’or la conservation d’un guerrier qui cent fois avait exposé sa vie pour la défense et la gloire de sa patrie ; qu’en outre, en 1821, envoyé comme estafette en Portugal il fut fait prisonnier. Il servait, à cette époque, les intérêts des Cortès parce qu’attaché dès l’enfance aux principes constitutionnels il a toujours suivi le parti qui les professait. Et, dernièrement encore, Sire, il a prouvé combien la liberté lui était chère puisque, dans les mémorables journées des 28 et 29 il a pour elle exposé sa vie à l’affaire de la Grève et du pont d’Arcole (l’exposant restait à cette époque rue Chanoinesses n° 22), où il a combattu pour repousser la garde royale et les Suisses. Souffrez, Sire, qu’il vous supplie avec instance, au nom de la conduite loyale dont il vient d’entretenir Votre Majesté de vouloir bien lui accorder la décoration honorifique de la Légion d’honneur. Les vœux les plus ardents d’un sujet fidèle, d’un père de famille seraient remplis. Il n’oublierait jamais que ce précieux bienfait viendrait directement des bontés infinies de Sa Majesté et ce souvenir contribuerait à le consoler de la perte d’un frère chéri, lieutenant d’artillerie, mort au service dans les colonies françaises. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, citoyens domiciliés aux demeures respectives, exposons que le sieur Joseph Pelletier, demeurant alors rue Chanoinesse n° 22 et actuellement rue Coquenard n° 37, s’est dévoué à la défense des libertés publiques dans les journées de juillet dernier et a exposé sa vie avec nous, spécialement dans la journée du 28, où il a pris la part la plus active à toutes les chances du combat qui a eu lieu sur la place de Grève et lieux environnants [avec] la plus grande intrépidité. » Signé, le 7 octobre 1830 : Condaminas, Simon, maître batelier, demeurant 12, rue du Chevet-Saint-Landry ; Lavigne, demeurant 22, rue Chanoinesse ; Bloquel, demeurant 23, quai de la Cité ; Surrat, demeurant 11, quai de la Cité. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1833, n’ayant « jamais rien reçu de la Commission des récompenses nationales ni du gouvernement, quoique ayant éprouvé des dommages et reçu des blessures graves dans les journées de Juillet, sa position comme père de famille [étant] très malheureuse, surtout depuis huit mois qu’il est sans occupation par suite d’une maladie qui a épuisé ses forces et ses ressources […] obéré de plusieurs termes et d’autres dettes », il sollicita un secours. La police donna alors sur son compte les renseignements suivants : « A quitté depuis le mois d’avril dernier le logement qu’il occupait rue Coquenard n° 37, […] en partant il a payé tout ce qu’il devait, […] il exerce la profession de courtier de commerce et paraît être au-dessus du besoin. » La même année, il expliquait dans une lettre adressée au ministre de l’Intérieur être « déjà venu en temps utile réclamer une indemnité comme ayant été retenu dans sa course, comme courrier de commerce et partant pour Madrid, dans les trois journées de Juillet à la barrière des Bonshommes, ce qui lui occasionna une perte de douze à treize cents francs ». En 1835, père de trois enfants, depuis cinq mois sans ouvrage, dans une situation « peu heureuse », étant « d’une conduite irréprochable et d’un dévouement sans bornes au gouvernement de Juillet », précisait-il, il sollicita un secours. Le préfet de police donna sur son compte les renseignements suivants : « Il a une fille qui est couturière et un fils ouvrier graveur sur acier. Son loyer, qu’il paie exactement, est du prix annuel de trois cents francs. Cet homme est courrier (sic) de commerce. Il est vrai que depuis quelque temps il n’a point été employé. Sa réputation est bonne sous le rapport de la conduite. » Il reçut cinquante francs de secours. En 1837, père de famille, il exposait qu’il était « sans occupation depuis fort longtemps, que son épouse et lui ont été pendant sept mois malades, que depuis plus d’un an il n’a pas gagné un sou de son état de courtier de commerce », qu’il avait épuisé toutes ses ressources et se trouvait réduit à la position la plus critique. Le préfet de police renseigna sur son compte, qu’il était marié, avait deux enfants et était « depuis dix-huit mois sans occupation, de plus il a été malade tout l’hiver ainsi que sa femme ; il doit trois termes de loyer à son propriétaire. On donne d’assez bons renseignements sur sa conduite. » Il toucha un secours de quarante en 1838, un secours de vingt francs en 1839, un secours de cinquante-cinq francs en 1840, un secours de vingt-cinq francs en 1841, un secours de soixante-cinq francs en 1842. En 1842, il était concierge 22, rue du Bouloy ; la même administration renseignait : « Pelletier, ayant la vue très affaiblie et sujet à des douleurs rhumatismales, n’est pas dans une heureuse position. Il passe pour un très honnête homme. » En 1843, il était accablé d’infirmités, qui le privaient « de la faculté de pouvoir travailler pour vivre ». Il toucha un secours de quarante francs en 1844. Il mourut vers le début de l’année 1845, laissant une veuve, mère de famille et « réduite à la plus affligeante des situations, sans aucunes ressources et à la veille de perdre la modique place de concierge, qui lui procurait un moyen d’existence » ; le cabinet du préfet de police rapportait sur elle : « N’a d’autres ressources que ses gages de trois cents francs par an. Elle a à sa charge une jeune fille âgée de quinze ans et mérite intérêt sous tous les rapports. » Il demeurait 22, rue Chanoinesse en 1830 puis 37, rue Coquenard en 1830-1833 ; 46, rue Coquenard en 1835 ; 31, rue Saint-Georges en 1837 ; 22, rue du Boulois en 1843 et 1844 ; sa veuve à la même adresse en 1845. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 11 octobre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/70 ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet 1831-1835 ; Archives nationales F/9/1156 ; Archives nationales F/9/1158, dommages de Juillet, Seine (1831-1849).