Pelvé, Alexis, François, Romulus
Biographie
Né le 12 juin 1794 à Paris. Ancien artilleur de la marine impériale durant onze ans. Marchand cordier. Le 16 août 1830, Aubry, maître blanchisseur, écrivait à son sujet la lettre suivante au général Lafayette : « La bravoure et le vrai courage ne peuvent rester ensevelis et c’est à cette considération que je prends la plus respectueuse liberté de vous faire connaître les faits dont j’ai été témoin dans les mémorables journées du 28 et 29 juillet dernier. Trois habitants de la commune d’Issy se sont réunis le 29 pour voler à la défense de nos libertés. Sans arme, ils se sont transportés chez M. le vicomte de l’Epine, maire de la commune d’Issy, afin d’obtenir des armes pour se transporter dans la capitale ; demande faite, M. le maire leur a fait un refus formel, alléguant qu’ils n’en avaient pas besoin, que Paris s’était rendu, que s’ils avaient besoin d’ouvrage il allait leur en donner mais qu’il n’avait pas d’arme, qu’ils les protégerait s’ils voulaient rester tranquilles dans la commune, etc., etc. Ces trois braves ont insisté dans leur demande et ont exigé un second refus formel, que M. le maire n’a pas osé prononcer et s’est décidé, avec peine, à leur délivrer six fusils sur huit qu’il a dit avoir en sa possession. Ils se sont ensuite rendus au clocher, ont fait sonner le tocsin, l’ont fait sonner également à Vaugirard, à Vanves, où déjà il y avait plusieurs centaines d’hommes sous les armes. Ils ont tous marché d’un commun accord. Arrivés à la caserne de Babylone, chaque Français a certes déployé le plus grand courage mais on ne peut taire le courage de ces trois braves ; ils ont fait des prodiges de valeur ; l’un d’eux, nommé Crépin, a été grièvement blessé. Madame la duchesse de Montebello l’a recueilli chez elle à son hôtel, où il est soigné, médicamenté aux frais et aux soins de cette vénérée duchesse. Ces mêmes trois individus sont recommandables. Ils se sont dévoués pour la plus juste des causes. Le gouvernement ne peut les ignorer, ne peut les oublier. Noms des trois individus ci-dessus mentionnés : Pelvé (voir Pelvé, Alexis, François, Romulus), ex-canonnier de marine, homme marié ; Crépin (voir Crépin, Romain, Antoine, François), marchand de vin, homme marié ; Lemaître (voir sans doute Lemaître, Nicolas), ex-gendarme, habitants la commune d’Issy. » On trouve dans son dossier le certificat suivant : « Je, soussigné, commandant les volontaires de Vaugirard, certifie le sieur Alexis Pelvé de la commune d’Issy a fait partie des braves que j’ai commandés le 29 juillet, qu’il s’est montré avec intrépidité à la place de l’Odéon, à l’attaque de la caserne de Babylone, au Louvre et aux Tuileries et qu’il ne m’a pas quitté de la journée. » Signé le 11 août 1830 : Labillois (voir Labillois, Charme, Jean-Baptiste). Hugot, Joseph, dans l’exposé qu’il fit de sa propre conduite, donnait les indications suivantes sur Pelvé, dont il était l’ami : « […] Le 29 surtout, dès le grand matin, et au nombre de trois de mes amis, nous avons entendu la fusillade et la canonnade de Paris et nous avons pris pour exemple les braves citoyens. De suite nous avons juré qu’aucun de nous ne trahirait son serment et avec la plus ferme résolution de soulever tout le pays, nous nous sommes rendus à Vaugirard, où, par ma sommation, le tocsin a été sonné. De là, nous nous sommes dirigés sur Issy, où nous avons trouvé des armes ; le tocsin s’est également fait entendre par nous ; à Vanves, pareille démarche a été faite et à moins de trois heures de temps nous étions réunis plus de mille cinq cents hommes. Nous nous sommes rendus à Paris, tous dévoués à la même cause et prêts à périr plutôt que de lâcher pied, afin d’aider nos braves frères […] » Le même jour, selon d’autres sources, il exigeait du maire de le commune de Vaugirard qu’il remît les armes enfermées à la mairie, armes qu’il distribua de suite à un nombre d’hommes à la tête desquels il se mit pour marcher sur Paris aider les insurgés. Labillois, Charme, Jean-Baptiste (voir ce nom) le recommanda ainsi à la Commission des récompenses nationales : « Le premier de sa commune, s’est déclaré pour la cause de la liberté et en a réuni les habitants qui firent partie de la colonne de Vaugirard sous mes ordres. C’est un ancien militaire dont j’ai été à même d’apprécier la bravoure dans la journée du 29 juillet, pendant laquelle il a constamment été sous mes ordres ». De nouveau Labillois, Charme, Jean-Baptiste (voir ce nom), qui avait dirigé la colonne dite de Vaugirard qui s’était dirigé sur Paris pour venir en aide aux Parisiens, donnait son nom quand il adressa à la Commission des récompenses nationales « l’état des habitants des communes de Vaugirard, Issy et Vanves, qui d’après les renseignements que j’ai pris n’ont rien sollicité de la Commission des récompenses. Tous ont fait partie de la colonne dite de Vaugirard sous mes ordres. Tous aussi sont établis et considérés dans leurs communes. A ces motifs, joints à leur conduite dans les mémorables journées m’engagent à mettre leurs noms sous les yeux de la Commission, ainsi que vous avez bien voulu m’y inviter […] ». Labillois ajoutait l’observation suivante : « A soulevé les habitants de la commune d’Issy, qui se sont joints à la colonne de Vaugirard dont ils ont fait partie le 29. Ce brave ne m’a pas quitté de la journée et n’est rentré que lorsque les feux ont été terminés sur tous les points de la capitale (ancien militaire). » Il sollicitait un emploi de surveillant ou de garde forestier et présentait la recommandation de la maréchale Lannes. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il reçut la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux. Il délivra, le 8 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Labillois, Charme, Jean-Baptiste : « Nous, soussignés, habitants les communes de Vanves, d’Issy et de Vaugirard, certifions avoir reconnu M. Labillois, qui s’est présenté pour marcher avec nous, qu’il a pris le commandement de notre colonne, qu’il a constamment fait preuve du plus grand courage, qu’il s’est toujours montré à notre tête avec une intrépidité remarquable dans les endroits les plus dangereux, qu’il a su animer et inspirer aux braves sous ses ordres une confiance dont il est digne et qu’ainsi qu’il nous l’avait juré il nous a prouvé qu’il saurait vaincre ou mourir avec nous. Pour sa bravoure, nous lui avons délivré le certificat présent. » Et cet autre, le 28 août 1830 en faveur du même : « Je soussigné, Huet, fabricant de carreaux, demeurant à Issy, près Paris, certifie que le 29 juillet dernier, m’étant transporté avec cinq de mes ouvriers à Vaugirard et avec les habitants de ladite commune d’Issy, c’est en y arrivant que nous avons vu M. Labillois, ancien officier du 10e régiment de dragons à la tête des volontaires de la ville de Vaugirard et l’ayant reconnu pour être un officier d’honneur, nous nous sommes joints à lui pour être sous son commandement. Il a joint au plus grand courage la plus grande prudence et à défendu tout pillage et protégé nos prisonniers vaincus à Babylone. » Il prêta son serment le 10 juin 1831 et reçut sa croix le 29 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la sous-préfecture de Sceaux, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1830, il était instructeur de la garde nationale d’Issy. En 1831, caporal à la 3e compagnie des vétérans de la Seine, caserné à Saint-Denis, il sollicita (il signé Pelvé, si c’est lui qui écrit) auprès du sous-préfet de Sceaux, de faire partie des plantons désignés pour les cérémonies commémoratives de la révolution de Juillet. En 1839, il sollicita des secours. La police donna sur son compte, l’année suivante, les renseignements suivants : « […] N’est à Paris que momentanément et dans le but, dit-on, de solliciter un emploi de garde forestier ; il loge rue de l’Est, n° 13, chez son cousin, M. Riolet, marchand de vins. C’est un ancien militaire, père de cinq enfants en bas âge. Il a exercé jusqu’ici l’état d’ouvrier cordier et est fort malheureux. Sa conduite et sa moralité sont bonnes. » Il reçut un secours de quarante francs en 1840, de la même somme en 1842, 1843, 1844, de vingt-cinq francs en 1845, de quarante francs en 1846. En 1849, la même administration rapportait sur son compte : « Cordonnier (sic ?), […] a servi pendant treize ans et a obtenu le grade de sous-officier. Il a trois enfants en bas âge et sa position n’est pas heureuse. Bons renseignements sur sa conduite et ses opinions politiques. Il n’a pas pris part à la sédition du 13 juin dernier. » Il reçut quatre-vingts francs de secours en 1849, un secours de soixante francs en 1850, un secours de soixante francs en 1851, à titre de décoré de la Croix de Juilelt. En 1852, les mêmes sources renseignaient : […] Cordier, gagne fort peu, lorsqu’il a de l’ouvrage. Il jouit d’une bonne réputation et mérite la bienveillance de l’administration. […] Il est dévoué au gouvernement du prince. » Il toucha soixante francs de secours en 1852, en 1853, en 1854, quarante francs en 1855. En 1856, la même administration ajoutait : « Pelvé est ouvrier cordier, il gagne deux francs vingt-cinq par jour, dans l’été il gagne trois francs. Il est âgé de 62 ans, marié, il a trois enfants, qui ne lui sont pas à charge ; l’aîné est dans l’infanterie de marine, la seconde est mariée, le troisième est manœuvre chez un plombier. Sa femme est blanchisseuse, elle travaille trois à quatre jours par semaine et gagne deux francs par jour. […] Depuis sept ans, il demeure rue de Sèvres, n° 121 et occupe un logement de quatre-vingt-dix francs par an, qu’il paie difficilement ; il ne doit rien à son propriétaire, son intérieur annonce la misère. Dans sa maison, on donne sur lui de bons renseignements sur sa conduite et sa moralité. » Il toucha quarante francs de secours chaque année entre 1856 et 1860, cinquante francs en 1861, quarante francs en 1862. En 1863, les mêmes sources rapportaient : « Marié, père de trois enfants, qui ne sont pas à même de lui venir en aide. Il a servi dans l’artillerie de marine et gagne comme ouvrier cordier un franc cinquante par jour, seule ressource qu’on lui connaisse. On rend un témoignage favorable de sa conduite et de sa moralité ; enfin, il passe pour être dévoué au gouvernement impérial. » Il toucha un secours annuel de quarante francs entre 1863 et 1867. Il était décoré de la médaille de Sainte-Hélène. Il demeurait 13, rue Notre-Dame, plaine d’Issy en 1830-1831 ; chez Riolet, marchand de vins aubergiste 13, rue de l’Est au coin de celle du Val-de-Grâce en 1839 ; 1, rue Kléber au Gros-Caillou en 1840 ou 1842 ; 21, rue des Brodeurs en 1845 ; à Gournay près de Harfleur (Seine-Maritime) en 1847 ; 23, rue des Brodeurs en 1849 ; 13, rue des Fourneaux en 1850-1851 ; 121, rue de Sèvres de 1852 à 1858 ; 6, rue de la Procession à Montrouge en 1859 ; 138, rue de Vanves en 1860 ; 13, rue Neuve-de-la-Procession en 1861 ; 9, passage Sainte-Marie, village de Plaisance à Paris en 1862 ; 89, rue de Vanves en 1863 et 1864 ; 38, passage Saint-Victor à Plaisance en 1865 et 1866. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, sous-préfecture de Sceaux, état des sommes payées aux citoyens décorés de la croix ou de la médaille de Juillet, en vertu de la décision du 23 juillet 1831 et état des sommes payées aux citoyens décorés de la croix ou de la médaille de Juillet, en vertu de la décision du 23 juillet 1831 et idem même référence état, en date du 28 août 1831, des citoyens de l’arrondissement de Sceaux, décorés non blessés, qui sont dans les différents corps et qui ont touché, soit eux-mêmes soit par leurs parents, les vingt-cinq francs accordés à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux ; Archives de Paris VK3 13 ; Archives de Paris VK3 37, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 46 in dossier Hugot, Joseph ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Labillois, Charme, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VK3 50 (deux dossiers à son nom) ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 13 novembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/70 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 44 et minute 47, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74, idem Allocation de secours à 59 décorés, blessés, veuves ou orphelin de Juillet 1830, s’élevant ensemble à la somme de 2.770 francs imputable sur le chapitre 25 bis du budget de l’Intérieur, exercice 1850, courrier en date du 31 octobre 1850, minute 136-138, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199, idem Proposition d’accorder à 139 décorés, veuves et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 7.125 francs imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 238-242, en date du 23 septembre 1852.