Pepin, Pierre, Théodore

Biographie


Né le 23 octobre 1799, à Rémy dans (Aisne). Epicier et marchand de couleurs, il tenait sa boutique, Au Cheval blanc, 1, rue du Faubourg-Saint-Antoine. Il était marié, père de quatre enfants et d’un jeune neveu orphelin. Il faisait partie de la garde nationale avant sa dissolution, par Charles X. Son commerce était prospère et occupait plusieurs ouvriers. Un rapport de police donne les indications biographiques suivantes « sur les relations de Pepin avant 1830, ses manifestations politiques et ses opinions, le lieu où il a été élevé, le métier qu’il faisait, ses antécédents et si dans un temps il n’était pas congrégationiste ». « Pepin est né à Remy (Aisne), de parents cultivateurs, ses père et mère l’ont envoyé à Paris à l’âge de seize ans. Il est entré apprenti épicier chez un sieur Levasseur, rue Saint-Honoré près la place Vendôme. En sortant de cette maison, il a été reçu comme garçon épicier chez un sieur Prévost rue d’Anjou. Il est sorti de là pour entrer chez un autre épicier, rue Grenier-Saint-Lazare. Plus tard, il est retourné chez le sieur Prévost, qu’il a quitté enfin pour aller s’établir dans la maison d’épicerie qui était déjà formée rue du Faubourg-Saint-Antoine, n° 1. Il avait alors vingt-quatre ans. Il est resté seul dans son établissement un an environ, après quoi il a épousé une demoiselle Rouveau dont les parents étaient jardiniers fleuristes dans le faubourg Saint-Antoine. Cette demoiselle qui lui a apporté trente mille francs en mariage lui avait été indiquée par la personne qui lui cédait son fonds et que Pepin a payé de cinq à six mille francs avec l’héritage de huit à dix mille francs qu’il fit par suite du décès de son père qui se trouvait déjà veuf et qui est mort depuis cette époque. Avant 1830, Pepin ne s’occupait pas de politique mais quand il parlait du gouvernement d’alors c’était pour le critiquer. Il était électeur et choisissait les candidats libéraux, ses opinions et manifestations politiques étaient d’accord. Il n’avait d’autres relations que celles que ses affaires de commerce lui procuraient. Il a eu les fournitures pour l’épicerie, légumes, savon, etc., etc. de presque tous les hôpitaux de Paris, mais c’était par soumission et non par faveur comme on a pu le croire dans le public. Il fournissait encore l’Hôtel-Dieu en 1833. Il a été associé pour lesdites fournitures avec un sieur Marin Langevin actuellement retiré à Linas à six lieues de Paris. Toutes les personnes ou à peu près, qui ont été en rapport d’intérêt avec Pepin, et il se livrait aussi à toute espèce de trafic, ont eu à se plaindre de sa mauvaise foi ; sa déloyauté allait jusqu’à altérer la qualité des marchandises vendues. Je sais également de source certaine qu’il est généralement détesté de la famille de sa femme. Il paraissait aussi qu’il aurait à se reprocher envers celle-ci plus d’un acte de brutalité même en pleine boutique et presque en public. Il n’a point été congréganiste et, si parfois il est arrivé à son épouse de vouloir se livrer à quelques actes de dévotion il s’y est opposé. Les personnes qui m’ont entretenu de Pepin en parlent comme d’un homme envieux, d’un intrigant sans esprit et chez lequel on remarquait une tendance prononcée à se distinguer de la foule. Après la révolution de juillet et par l’intrigue, il se fit nommer capitaine de la garde nationale ; à partir de cette époque son opinion politique se prononça, il se jeta dans le parti républicain, qui le reçut et l’exploita. Il fit lui-même des prosélytes et son fanatisme gagna quelques individus. Ce qui peut être inutile de dire mais qu’il est bon qu’on sache c’est que sa femme elle-même partage ses opinions ; il n’en est point ainsi de la famille de celle-ci. » Pepin était décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il signa, le 8 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Pradeau, Antoine et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je certifie avoir rencontré le nommé Pradaud (sic) sur le Pont-Neuf le 29 juillet 1830 avec arme à la main. » Le 18 juillet 1831, il fut compris dans la liste des quarante-huit décorés de la croix ou de la médaille de Juillet, désignés par le sort pour représenter le (ancien) VIIIe arrondissement aux cérémonies du premier anniversaire de la révolution. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Républicain, il professait même ouvertement des opinions très exaltées 1. Ses opinions républicaines avaient d’ailleurs failli lui coûter cher dans les journées de juin 1832, à l’occasion de l’enterrement du général Lamarque. Sa maison avait alors été signalée comme l’une de celles d’où les républicains avaient dirigé le feu sur la troupe et il avait fallu même, selon l’accusation, user du canon pour en vaincre la résistance. Finalement, les soldats et les gardes nationaux l’avaient envahie de vive force et Pepin avait été arrêté, les mains noires de poudre. Il avait manqué d’être fusillé et n’avait eu la vie sauve que grâce à l’intervention providentielle d’un lieutenant qui s’était interposé entre lui et les soldats qui voulaient le passer par les armes. Conduit en prison, Pepin avait été traduit devant le 1er conseil de guerre de la 1re division militaire et accusé de « s’être mis à la tête de bandes armées, pour faire attaque et résistance envers la force publique agissant contre les auteurs des attentats des 5 et 6 juin ; d’avoir, connaissant le caractère et le but de ces bandes, fourni un lieu de retraite, sans contrainte, à ceux qui en faisaient partie, et d’avoir sciemment et volontairement fourni et procuré des armes et instruments de crime à des bandes qui avaient pour but de faire attaque ou résistance envers la force publique, pour détruire et changer le gouvernement, et pour exciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité royale ». Pepin se défendit des accusations portées contre lui et protesta de son innocence. Ni poudre ni aucune arme avec laquelle on avait tiré n’avaient été saisies chez lui, et il n’était victime que de « l’erreur la plus complète ou d’une cruelle absurdité ». « Ma seule consolation, ajoutait-il, est que l’on ne me jugera pas pour un républicain ; chef de plusieurs établissements, breveté de plusieurs inventions, une certaine aisance dont la majeure partie gagnée à la sueur de mon front par douze années d’établissement au même domicile, père de trois enfants et un neveu orphelin en bas âge, personne, aussi bien que moi, ne doit être ami de l’ordre et de la tranquillité. » Une pétition, suivie des signatures du colonel, du lieutenant-colonel et de plusieurs gardes nationaux de sa légion, attestait en outre « de ses bons sentiments et du zèle qu’il avait toujours apporté pour réprimer les manifestations qui troublaient l’ordre public ». Pepin fut acquitté. Plus tard, ne semblant pas se contenter de la mesure prononcée par le tribunal, il envisagea de publier une brochure pour se justifier publiquement des accusations qui avaient été portées contre lui et pour faire taire ainsi ceux, nombreux, qui avaient accueilli avec incrédulité la sentence du conseil de guerre. Mais il y renonça ; sans doute parce que quelques-uns de ses amis, dont Berryer-Fontaine, un des chefs de la Société des Droits de l’Homme, lui reprochèrent de démentir ses principes politiques par cette justification et le menacèrent du mépris et des vengeances des républicains s’il désavouait la part qu’il avait prise à la rébellion 2. Sur l’innocence de Pepin, une chose est sûre : il était républicain, et les républicains encadrèrent l’émeute de 1832 comme ils encadraient la plupart des manifestations séditieuses qui troublèrent le règne de Louis-Philippe. On peut donc au moins supposer à Pepin une certaine sympathie pour les insurgés ; il nous reste aussi cet aveu de Fieschi qui, rapportant une conversation qu’il avait eue avec lui, révéla que Pepin lui avait dit que « sans l’intermédiaire d’un ami qui connaissait le président du conseil de guerre par lequel il avait été jugé, après les affaires de juin, il aurait pu être condamné ». En tout cas, les incrédules, dont Pepin se plaignait, restaient aussi peu convaincus et étaient d’ailleurs si nombreux qu’il faillit devenir, à plusieurs reprises, la victime de l’effervescence populaire. Ainsi, selon lui, à chaque moment un peu troublé pendant lequel les esprits s’échauffaient et les opinions adverses s’exacerbaient, les partisans de l’autorité royale saisissaient l’occasion pour lui reprocher de s’être trop bien tiré d’affaire en juin 1832, alors qu’il avait été arrêté dans le plus vif de l’action. Pour calmer l’hostilité dont il était l’objet de la part de ses voisins, Pepin fut même obligé de céder son établissement à l’un de ses cousins et d’aller s’installer dans le quartier Saint-Marcel, rue du Marché-aux-Chevaux. C’est là, pendant qu’il habitait le quartier Saint-Marcel, à quelques rues de la boutique de Morey, qu’il fit la connaissance de ce dernier. Ce n’est qu’au début de 1835, quand la mort de son cousin l’obligea à reprendre son fonds de commerce, que Pepin retourna dans le quartier du faubourg Saint-Antoine. Qu’il était républicain, Pepin fut bien obligé, plus tard, d’en convenir puisque, au cours d’une perquisition, on trouva son nom dans les archives du comité central de la Société des Droits de l’Homme, comme chef de la section Romme du XIIe arrondissement. La police soupçonnait si bien Pepin d’agissements clandestins qu’elle tenta même, au début de l’année 1835, d’introduire un mouchard dans son établissement du quartier Saint-Marcel, mouchard qui, une fois employé par lui, devait gagner sa confiance et rapporter fidèlement à la préfecture tout ce qu’il avait pu apprendre des activités secrètes de l’épicier. Mais le mouchard fit mal son travail, et une perquisition, faite en 1835, alors que la police recherchait de la poudre et des armes de guerre, ne donna aucun résultat. La police expliqua qu’elle agissait sur des renseignements pourtant tout à fait dignes de confiance mais que tout laissait à penser que la masse considérable de cartouches et les quelques armes dont elle avait espéré faire la découverte avaient été retirées, peu de temps à peine avant qu’elle effectuât la perquisition. Par la suite, Pepin dénoncera les agissements de l’indicateur de police : « Quant à la perquisition qui fut faite chez moi, ce fut sur la délation d’un de mes ouvriers qui, après m’avoir volé, et ayant été renvoyé par moi, pour ce fait, m’a dit, après avoir touché son décompte et son livret mis en règle, échauffé un peu par le vin, qu’il était chez moi par l’ordre de la police. » De l’attitude de Pepin pendant l’émeute d’avril 1834, il nous reste des témoignages qui révèlent qu’à cette époque il s’entraînait chez lui au tir au pistolet et qu’il y eut beaucoup d’effervescence et d’allées et venues à son domicile pendant l’émeute ; et aussi cette déclaration de Fieschi : « A propos des affaires d’avril, Pepin me dit, un jour, étant avec Morey, qu’il était sorti avec sa blouse, une paire de pistolets, une canne-épée, et que si l’affaire avait réussi, on aurait formé sur-le-champ, une municipalité dont Guinard aurait été le chef en qualité de maire, et dont lui Pepin devait faire partie. » Au moment du procès des accusés d’avril 1834, Pepin s’occupait d’ailleurs de leur soutien, et « colportait dans son quartier des modèles de protestation rédigés au nom des gardes nationaux, contre le service qu’on leur faisait faire à la Chambre des pairs ». De plus, Pepin avait un permis pour aller visiter, à la prison de Sainte-Pélagie, l’un des chefs républicains détenu dans l’affaire du procès d’avril, Henri Leconte.

Au début de l’année 1835, Morey présenta Fieschi à Pepin. Pepin se montra intéressé par ses projets et le fréquenta. Ce fut ensemble que Pepin et Fieschi se rendaient à la prison. Fieschi aidait Pepin à porter les quelques bouteilles de vin et les provisions que ce dernier voulait remettre aux détenus républicains, puis attendait à la porte. Tous deux s’en retournaient ensemble à la boutique du faubourg Saint-Antoine. Quand ils discutaient, Pepin ne manquait pas de fustiger le gouvernement, et Fieschi rapportera quelques-unes des invectives que le républicain lançait alors contre le roi et ses ministres : « Quand il y avait dans les journaux, notamment dans le Réformateur, un article un peu solide contre le gouvernement, il me le montrait et me disait : “Est-ce qu’on ne trouvera pas quelqu’un pour lui foutre un coup de fusil ? Il y en a tant qui pour un billet de mille francs se sont fait condamner aux galères à perpétuité, il n’y aura pas un homme pour délivrer le pays d’un brigand comme celui-là !” »

Le 25 juillet 1835, la boutique de Pepin fut l’objet d’un curieux rassemblement. Deux jeunes ouvriers peintres, Frémont, Victor, né en 1815 à Caudebec (Seine-Maritime), ouvrier peintre, demeurant 8, rue Lesdiguières, et Rousseau, Nicolas, né vers 1809 à Paris, ouvrier peintre, demeurant 10, bd Bourdon, furent arrêtés devant la boutique pour emblèmes séditieux ayant occasionné un rassemblement sur la voie publique. Leur arrestation fut l’objet du procès-verbal suivant : « Hier 24 à 8 heures et demie du matin, les sergents de ville Limbourg, Lefevre et l’inspecteur Tonnet, en tournée dans le (ancien) VIIIe arrondissement, ayant aperçu un rassemblement d’environ quarante personnes devant la boutique du sieur Pepin, marchand épicier, rue du Faubourg-Saint-Antoine, traduit devant un conseil de guerre lors des troubles des 5 et 6 juin 1832, s’approchèrent pour en connaître la cause. Ils virent deux jeunes ouvriers, assis à terre et s’amusant à tracer sur trois planches provenant de tiroirs de cette boutique, qu’ils étaient chargés de repeindre, des figures en forme de poires, dont deux surmontées d’un bonnet phrygien avec un coq. Les inspecteurs s’emparèrent d’une de ces planches et conduisirent les deux dessinateurs au corps de garde de la place Saint-Antoine ; le plus petit des deux, Frémont, effaça d’un coup de pinceau, à deux reprises différentes, la figure tracée sur cette planche, avec une telle promptitude que le sergent de ville Lefevre, qui la portait, ne put l’en empêcher et eut même son habit d’uniforme taché de la couleur que recelait le pinceau. Les figures tracées sur les deux autres planches que l’on retrouva dans la boutique de l’épicier Pepin avaient été effacées aussi ; elles n’en furent pas moins saisies. Fremont a avoué qu’il était l’auteur des dessins et que M. Pepin l’avait invité à les faire ; que du reste il était en train de les effacer quand les sergents de ville sont arrivés. Rousseau n’a rien dessiné et s’occupait même à effacer ce que son camarade faisait ; il a dit qu’il ne se mêlait pas de politique, et que ses camarades le surnommait le juste milieu ; il a justifié aussi d’un certificat que lui a délivré M. le commissaire de police du quartier de l’Arsenal, attestant que depuis trois ans que Rousseau demeure boulevard Bourdon n° 10, il ne lui est parvenu aucune plainte contre cet ouvrier, qu’il dit être un jeune homme laborieux et paisible. D’après ce, M. le commissaire Jacquemin a relaxé Rousseau. »

Après l’attentat du 28 juillet 1835, la police soupçonna une participation possible de Pepin à l’attentat préparé par Fieschi. En effet, on avait trouvé, à l’intérieur de la malle de Fieschi, des ébauches du plan de Paris, à l’élaboration duquel il aidait, et on avait relevé le nom du docteur Perrève. Ce dernier reconnut avoir employé le régicide mais fut incapable d’indiquer son adresse car Fieschi ne la lui avait jamais fait connaître, disant toujours être obligé d’ « aller déjeuner à droite et dîner à gauche ». C’est le tailleur de Perrève, qui avait confectionné quelques vêtements pour Fieschi, qui se souvint de l’adresse à laquelle il avait livré son travail : 1, rue du Faubourg-Saint-Antoine, au domicile d’un nommé Pepin, épicier de son état. Le nom de Pepin était prononcé pour la première fois et, à la suite de cette déposition, un mandat d’amener fut décerné contre lui, afin qu’il fût entendu sur l’intimité de ses relations avec Fieschi. Le 7 août, la police, qui avait fait rechercher les antécédents judiciaires de Pepin, fut encore confortée dans ses suspicions par les déclarations de Nina Lassave. Elle raconta que, après l’attentat, elle s’était rendue chez Pepin, suivant ainsi un autre conseil que lui avait donné Fieschi, au mois d’avril précédent : à cette époque, en effet, et pour un motif qu’elle ignorait mais qu’elle avait pensé être quelque péril imminent, il lui avait dit que, si elle venait à le perdre, elle pourrait s’adresser à son « ami intime », Pepin, et que celui-là aurait soin d’elle. Nina dit comment, lorsqu’elle avait voulu mettre à profit la recommandation de Fieschi et qu’elle avait tenté de chercher une aide chez Pepin, ce fut sa femme qui la reçut, l’accueillit avec froideur et, cherchant à l’évincer, répondit sèchement à toutes ses demandes qu’elle ne connaissait pas ce Fieschi dont on lui parlait. L’adresse de Pepin, que Fieschi donnait pour se faire livrer ses habits, et surtout les recommandations qu’il avait faites à Nina ; ces révélations consécutives incitaient fortement la police à interroger l’épicier. Le matin du 27 juillet, Pepin avait été voir, prudemment, le commissaire de police de son quartier pour lui faire savoir que, devant la menace de troubles que beaucoup prévoyaient pour les jours suivants, il préférait quitter la capitale et s’en aller passer quelques jours à la campagne. A la date du 7 août, quand l’attention des enquêteurs fut attirée sur lui, il n’avait – chose étrange – toujours pas réapparu à son domicile. Quelques jours plus tard, la surveillance discrète dont on avait entouré son magasin porta ses fruits, et, dans la nuit du 28 août, Pepin, qui tentait de rentrer subrepticement chez lui, fut arrêté par les policiers. Quand on l’interrogea sur ce pour quoi il se tenait caché depuis l’attentat, il répondit : « Je ne me cachais pas directement, mais, à raison des persécutions dont j’ai été l’objet, je ne me montrais pas, pour laisser passer l’effervescence de ce triste événement. » Et quand on lui demanda depuis combien de temps il connaissait Fieschi, il s’indigna : « De quoi m’accuse-t-on ? Est-ce qu’on m’accuserait de complicité ? » Les présomptions contre Pepin étaient cependant suffisamment lourdes pour que l’on décidât, après un premier interrogatoire à la Conciergerie, de procéder à son inculpation et à la perquisition de son domicile, dans l’espoir d’y découvrir des armes ou des papiers compromettants. Entouré d’un commissaire de police et de deux agents, Pepin fut ramené à l’épicerie du faubourg Saint-Antoine afin qu’il assistât, comme la loi l’ordonnait, à la perquisition. La justice, après avoir visité infructueusement la boutique puis l’appartement, voulut procéder à un examen attentif de la fosse d’aisance. A onze heures du soir, les vidangeurs descendirent dans la cave où se trouvait l’ouverture de la fosse et commencèrent à vidanger les matières et à les présenter à l’œil soupçonneux du commissaire de police. A trois heures du matin, l’opération durait encore ; le commissaire prit un peu de temps pour aller souper et Pepin, qui ne voulait pas paraître mauvais bougre, fit aller chercher des bouteilles de vin dans sa boutique et en régala ses deux gardiens. Au retour du commissaire, qui lui-même avait bien arrosé son repas, tout le monde était un peu ivre ; Pepin avait manigancé l’ivresse de ses gardiens et en attendait quelque relâchement dans la surveillance. Bientôt, cédant à la fatigue, aux effets du vin et aux émanations fétides qui se dégageaient de la fosse, les deux agents s’assoupirent ; le commissaire, trop occupé à ses recherches pour s’inquiéter de la surveillance, ne s’aperçut pas que plus personne ne gardait le prisonnier. Rassemblant tout son courage, Pepin grimpa à toute vitesse l’escalier de la cave, gagna la porte de la boutique et s’enfuit. Le commissaire et les deux agents se lancèrent à sa poursuite, mais il était trop tard... Pepin réussit à s’échapper par la rue du Faubourg-Saint-Antoine. L’affaire fit beaucoup de bruit. On renvoya le commissaire et on redoubla la surveillance autour de l’épicerie. Bien que l’on eût cru avoir perdu toute chance de retrouver le fugitif, une dénonciation devait permettre à la préfecture d’obtenir de nouveau son arrestation. Le dénonciateur, qui pour cela toucha 25 000 francs, était celui-là même qui devait favoriser la fuite de Pepin à l’étranger, en lui procurant un passeport, et qui, par conséquent, avait toute la confiance du fugitif. L’indicateur donna l’adresse de la cachette : Pepin était réfugié à Saint-Germain-lès-Couilly, un petit village situé entre Meaux et Lagny, dans la ferme d’un nommé Rousseau. Le préfet de police, en personne, dirigea les opérations d’encerclement de la ferme par la gendarmerie à cheval et, au cours de la perquisition, on trouva effectivement Pepin, qui s’était dissimulé dans un placard, à l’approche de la police. Pepin fut arrêté et ramené sous bonne garde à Paris avant d’être une nouvelle fois incarcéré.

Fieschi, après avoir longtemps gardé le silence sur les complicités des ses coaccusés, dénonça la participation de chacun. Contre Pepin, Fieschi avait des griefs bien tranchés. Depuis longtemps, il avait jugé l’épicier « lâche et avare » : l’expérience de la mise à feu de la traînée de poudre, le soin avec lequel Pepin avait évité de se rendre à l’appartement du boulevard du Temple, de participer aux préparatifs de l’attentat et surtout sa mise à profit peu courageuse du passage inespéré de Boireau pour se tirer d’affaire et l’envoyer à sa place servir de point de mire pendant qu’on réglait la machine n’avaient cessé de conforter Fieschi dans son idée. Comment lui, le téméraire soldat des armées de l’Empire, l’impavide intrigant, le condottiere, pouvait-il tolérer qu’on s’esquivât devant le danger ou qu’on s’abritât derrière le dos d’un autre de périls qu’on avait soi-même excités ? Quelles raisons pouvait se trouver Fieschi d’épargner un homme à qui il reprochait son manque de générosité, avec lequel il ne se sentait aucune attache, dont il avait eu à se plaindre de sa couardise durant les préparatifs de l’attentat et sur lequel il apprenait maintenant que, malgré ses engagements, il avait refusé d’aider Nina ?

L’instruction accumula les charges contre Pepin. Il lui fut reproché d’avoir pris une part active et directe au complot et d’avoir rendu possible la réalisation de l’attentat, en s’étant chargé de régler toutes les dépenses : il avait donné l’argent pour louer l’appartement sur le boulevard ainsi que pour acheter le minimum de mobilier nécessaire, il avait payé le bois de la machine et le salaire des ouvriers pour sa construction et il avait remboursé l’achat des canons de fusil ; l’expérience de la traînée de poudre s’était faite en sa présence et avec sa participation ; c’était lui qui devait passer à cheval, devant la fenêtre de Fieschi, pour permettre le bon ajustement de la machine, lui qui avait fait entrer Boireau dans le complot et lui, enfin, qui avait averti certains républicains de la préparation de l’attentat. A toutes les accusations, à toutes les révélations de Fieschi, comme à chaque nouvelle découverte de l’instruction, Pepin protesta de son innocence, s’enferra dans les dénégations les plus véhémentes, ne reconnaissait rien et nia jusqu’à des faits pourtant établis. Quand on lui demanda s’il était vrai qu’il avait déploré devant Fieschi qu’il ne se trouverait pas « quelqu’un pour foutre un coup de fusil » à Louis-Philippe, il affirma : « C’est un mensonge affreux, jamais de la vie je n’ai tenu de pareils propos. » Ou encore : « Je ne puis répondre à un malheur comme cela. C’est épouvantable ; il faut avoir la rage dans le cœur pour vouloir anéantir un homme comme moi par des mensonges semblables. » Sur l’estimation qu’il avait demandée des dépenses prévues pour la construction de la machine, il répondit : « C’est un affreux mensonge ; je ne vois pas d’expression pour pouvoir répondre à des choses pareilles. » Sur l’expérience à laquelle il avait participé dans les environs du Père-Lachaise, il s’indigna : « J’espère qu’il y aura un Etre suprême qui me donnera assez de forces et assez de vie pour repousser de pareilles infamies. » Accusé d’avoir permis la location de l’appartement et de s’y être rendu une fois, il invoqua : « Je prends à témoin l’Etre suprême que c’est la plus insigne fausseté. » Questionné sur les cent trente à cent soixante francs qu’il aurait donnés pour acheter les canons de fusil, il protesta : « Celui qui a dit cela est un imposteur fini. » Et : « Quand on a de la famille, on donne des secours en temps utile, quand on croit que la personne qui les demande peut en faire un bon emploi ; mais il aurait fallu que je fusse millionnaire pour donner des sommes aussi fortes. » De même, il démentit avoir demandé à Cavaignac de lui fournir des fusils : « C’est un affreux mensonge. » Il nia tout engagement dans l’attentat : « Je déclare que parmi les personnes qui me connaissent, soit commercialement soit en politique, il n’en est pas une seule qui puisse dire que je suis capable de tremper dans des affaires pareilles, et vous pensez bien que ce ne serait pas un père de famille qui irait bénévolement se jeter dans de telles entreprises. » Pour finalement assurer avec gravité : « Je jure par tout ce qu’il y a de plus sacré, je prends Dieu et les hommes à témoin, que tout cela n’est qu’un tissu de mensonges abominables. » Pourtant, la situation de Pepin était devenue de plus en plus intenable ; les déclarations de Fieschi étaient accablantes et concordaient trop avec ce que pouvaient vérifier les magistrats pour que Pepin ne fût pas considéré comme l’un des instigateurs du complot. D’autant que le système de défense qu’avait adopté, dès son arrestation, l’accusé, se retournait désormais, jour après jour, contre lui. Les dénégations qu’il avait opposées aux faits maintenant les plus avérés le mettaient dans une bien mauvaise position. Alors que quelques aveux soigneusement choisis ne l’eussent guère compromis, il avait préféré nier jusqu’à l’évidence, et son attitude maladroite le faisait paraître d’autant plus coupable qu’il avait semblé vouloir dissimuler des faits. Ainsi, le juge d’instruction eut beau jeu de lui rappeler qu’il avait, au début, prétendu ne pas connaître Fieschi et que, peu à peu, il avait été forcé d’admettre que non seulement il le connaissait mais qu’il lui avait été présenté par son ami Morey, compromis lui aussi dans l’attentat, et que, même, leurs relations étaient devenues singulièrement étroites ; que, en effet, il apparaissait que Fieschi avait eu ses entrées à l’épicerie du faubourg Saint-Antoine, qu’il venait y lire les journaux, qu’il était reçu à manger, invité à dormir et que les livres de compte faisaient mention des fournitures qu’il prenait ou des sommes qu’il recevait. Preuve de sa culpabilité, on avait trouvé sur un carnet de Fieschi ces mots : 218 F 50 c. Interrogé, Fieschi déclara qu’ils représentaient la somme qui lui avait été remise par Pepin pour diverses dépenses et notamment pour l’achat de son mobilier. Les livres de compte de l’épicier furent saisis et examinés avec soin ; on trouva sur l’un d’eux, en haut d’une page, deux lignes raturées mais encore lisibles, ainsi rédigées : « Plus pour bois, loyer 68,50 F – M. Bescher 150 F. » C’est-à-dire 218,50 francs. « Tous ces faits, développa le juge, qui résultent de vos interrogatoires et de vos aveux, démontrent votre intimité avec Fieschi ; ce Fieschi est l’auteur de l’horrible attentat du 28 juillet ; il était sans ressources ; on ne lui connaît de relations avec aucun autre individu que vous et Morey, qui ait pu lui fournir l’argent dont il avait besoin pour arriver à commettre cet attentat. Il déclare que vous, spécialement, lui avez fourni l’argent qui lui était nécessaire, et que vous avez été par conséquent dans la confidence de tous ses projets. En un tel état de choses, que pouvez-vous dire pour détourner de votre tête une accusation aussi puissante ? Si vous avez été poussé à la conduite qui vous est imputée par d’odieux conseils ; si vous connaissez des individus dont la complicité, plus réelle encore que la vôtre, puisse vous soulager du fardeau qui pèse sur vous dans ce moment, vous devez le dire ; vous devez le déclarer à la justice, dans l’intérêt de la vérité, et vous le devez aussi dans votre propre intérêt. » Pepin persista dans son refus et déclara qu’on devait « croire ce qu’il disait » car il défiait qu’on trouvât quelqu’un qui pût lui reprocher d’avoir « fait un mensonge pouvant causer du tort à qui que ce soit », affirma avoir aidé « toute sorte de personnes, sans se soucier de leurs opinions politiques respectives », et que même le nombre de ceux qu’il avait obligés était « beaucoup plus grand parmi les partisans du gouvernement actuel que dans les autres opinions », accusa Fieschi d’être « payé pour [le] perdre par des mensonges » et expliqua qu’il l’avait autrefois éliminé de sa maison, parce qu’il l’avait considéré comme quelqu’un qui « assassinerait un homme pour cent sous ». Confronté à Fieschi, Pepin lui reprocha de vouloir l’entraîner dans sa perte, après l’avoir exploité quand il se ravitaillait, dans sa boutique, de provisions qu’il ne payait que rarement. Froidement, Fieschi répondit, en laissant tomber ces quelques mots, accablants pour l’épicier : « Je n’ai jamais eu de vous, pour mon compte, que vingt francs de crédit en marchandises et je vous les dois ; quant au reste de l’argent que vous m’avez donné, je l’ai bien employé. » Sur l’accusation de Fieschi d’avoir fait, sans doute au commencement de juillet 1835, un voyage dans les départements, pour avertir les républicains d’un attentat et leur faire préparer des armes et de la poudre, Pepin répondit : « Il y a erreur dans ce que dit Fieschi ; si on veut des renseignements sur le voyage que j’ai fait, M. Le président pourra en faire prendre. Ainsi que je l’ai dit, mon temps a été employé avec les messieurs que j’ai désignés et qui sont à la fois, je le crois du moins, avoués et conseillers municipaux. L’un d’eux a un frère qui a échoué dans sa candidature comme député de Vervins. Ce fut le maire de Soissons qui fut élu à la place de ce frère ou beau-frère. Voilà les personnes que je vis. » Le procès de Fieschi et de ses complices s’ouvrit, le 30 janvier 1836. Pepin parut, vêtu d’un habit noir, et semblait péniblement affecté. Il promenait sur l’assistance un long regard triste. Il persista, dans son système de défense, à mal récuser des faits qu’avec un peu d’habileté il eût pu avouer dès le début de l’instruction, s’il avait pris le soin de les décharger de toute connotation criminelle ; il ne se voyait aucune issue, soupesant sans doute déjà, dans sa tête, le poids des révélations qu’il allait être contraint de faire s’il voulait éviter la guillotine. A l’issue du procès, Pepin fut condamné à la peine de mort. Quelques heures plus tard, ne s’étant pas encore résigné à mourir, il eut la faiblesse de croire que quelques demi-aveux pouvaient être considérés favorablement par la justice et empêcher qu’on le mît à mort. Dans la nuit du 18 au 19 février 1836, il demanda à être entendu par le président de la Cour des pairs au sujet de révélations qu’il avait à faire. Malhabilement et comme pour se perdre davantage encore, Pepin reconnut, parce qu’il savait que c’était là le principal objet de la curiosité des magistrats, quelques complicités républicaines : « J’ai demandé des armes à Cavaignac, à Sainte-Pélagie, en lui disant qu’un homme était décidé à tirer sur le roi à sa première sortie, Cavaignac me répondit : “Si je peux me procurer des fusils, je vous le ferai dire.” Mais comme il ne me faisait rien dire, je lui ai écrit pour lui demander s’il ne pouvait me procurer les vingt ou vingt-cinq fusils. Je me rappelle que je lui ai fait remettre cette lettre par sa mère et j’en ai averti Fieschi. Mais il ne m’a pas répondu à cette lettre. – Ne l’avez-vous pas formellement averti de ce qui devait se passer à la revue ? – Non, monsieur, mais il a pu le conjecturer, puisque je lui avais dit qu’on devait tirer sur le roi à sa première sortie. – N’avez-vous pas averti d’autres personnes que Cavaignac ? – Oui, le docteur Recurt et Blanqui jeune, le jour même de l’attentat. » Il n’était pas question pour Pepin d’en dire plus et devant les questions posées avec insistance par le président sur la participation ou l’organisation des sociétés secrètes, il n’apporta que des réponses insignifiantes ou sans intérêt, réussissant, ainsi, juste et sans pour autant sauver sa tête, à passer pour un lâche aux yeux de certains et à prouver une culpabilité qu’il avait jusque-là toujours niée.

L’exécution des trois condamnés à mort fut fixée au 19 février, à huit heures du matin. Ce jour-là, de très bonne heure, les trois hommes furent réveillés pour être préparés et conduits au supplice. L’aumônier alla trouver Pepin et lui rapporta les paroles de Fieschi envers les deux autres condamnés à mort : « Faites-moi le plaisir d’aller leur dire que je leur pardonne. Tenez, ayez la bonté de leur porter ce cigare, que j’ai à peine commencé, qu’ils fument avec, et tout sera dit. » Pepin accorda son pardon et accepta le cigare de Fieschi : « Je suis sa victime, mais je lui pardonne. » Les trois hommes furent sortis de leur cellule et emmenés dans la salle où on devait procéder, pour chacun d’entre eux, à la toilette traditionnelle des condamnés à mort. Fieschi montra beaucoup d’assurance et ne cessa de causer avec ceux qui l’entouraient. Morey se laissa faire, tranquillement, avec le calme qu’il avait toujours montré. Pepin, par son courage, sa résignation et une force d’âme qu’on ne lui avait pas jusque-là soupçonnés, étonna. Seul des trois condamnés, il demanda à manger et à boire, ce qu’on lui accorda. Il mangea une aile de volaille, but un verre de vin puis attendit calmement que ce fût son tour. Appuyé sur un des piliers de la salle, il fumait, en échangeant quelques mots avec ses voisins et sur un ton qui semblait comme parfaitement indifférent. A son tour, il fut déshabillé de son paletot, de sa cravate et de son col, et ses mains furent liées. A sept heures et demie précises, les trois condamnés, entravés, furent poussés à l’extérieur de la prison jusqu’à la cour de l’Orangerie, où attendaient trois voitures cellulaires. Chacun des condamnés fut placé dans une voiture, entouré d’un prêtre, d’un aide du bourreau et d’un gendarme. Le cortège, escorté par un peloton de gendarmes et de gardes municipaux, se mit en marche et traversa le Luxembourg pour se rendre par l’allée de l’Observatoire vers le lieu du supplice. Il prit ensuite la direction des boulevards. Les trois voitures étaient accompagnées de deux fiacres, occupés l’un par le greffier en chef de la Cour des pairs, un huissier et le juge d’instruction, l’autre par le bourreau et ses aides. A huit heures et quelques minutes, les voitures arrivèrent au rond-point de la barrière Saint-Jacques où, dès la veille au soir, avait été dressé l’échafaud. Plus de trente mille personnes étaient présentes pour assister au supplice. Les trois condamnés descendirent de voiture avec calme. Ils allaient mourir. Un commissaire de police s’approcha alors de Pepin et lui dit : « Monsieur Pepin, vous touchez au moment suprême, vous n’avez plus d’intérêts à ménager, vous direz donc la vérité tout entière ; votre confesseur a dû vous engager à la dire, s’il vous reste des révélations à faire, on est prêt à vous entendre. » Pepin répondit avec assurance : « Je n’ai rien à ajouter aux dépositions que j’ai faites. J’ai dit tout ce que j’avais à dire. Je meurs innocent, victime d’infâmes machinations ; je recommande ma femme et mes enfants. » Il s’avança courageusement vers l’échafaud. Il fallut comme le retenir ; le commissaire voulut, une dernière fois, tenter sa chance : « Il est temps encore, si vous avez des déclarations à faire, vous le pouvez, dès lors il sera sursis à l’exécution en ce qui vous concerne. » Mais il n’était plus question de cela pour le républicain, c’était le moment venu du courage, le moment de mourir pour la république, malgré tout, et Pepin voulait montrer que, pour elle, même ceux qu’on avait accusés de lâcheté savaient mourir crânement et comme porté par leur combat ; il releva la tête avec une sorte d’orgueil et répondit de nouveau : « Non monsieur, je n’ai rien de plus à dire que ce que j’ai dit. » Il embrassa ensuite son confesseur, baisa le crucifix et, levant les yeux au ciel, dit d’une voix forte : « Je demande pardon à Dieu, mille fois pardon. » Puis il gravit les derniers degrés de l’échafaud et laissa tomber un dernier regard sur le public avec ces paroles : « Adieu ! messieurs, je suis innocent, je meurs victime, adieu ! » Une seconde plus tard, Pepin avait la tête tranchée. Le 20 février 1836 à 6 heures et demie du matin, au cimetière des Hospices, on procéda à l’exhumation du corps des suppliciés Morey et Pepin pour qu’ils fussent réinhumés au cimetière du Montparnasse. Le cercueil de Morey fut déposé dans une fosse temporaire dépendante du carré dit 4e carré, fosse n° 16 ; celui de Pepin au 4e carré fosse n° 15. Le procès-verbal constatait la présence des témoins suivants : Renaudin, Jean-Baptiste, Henri, fabricant de couleurs, demeurant 20, petite rue de Reuilly, neveu de Morey ; Magnier, Prosper, garçon épicier chez Pepin, demeurant 1, rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Gambin, Joseph, Théodore, imprimeur, demeurant 37, rue Saint-Merri ; Fremont, Victor, peintre en décors, demeurant 8, rue Lesdiguières ; Calmus, Jean, ébéniste, demeurant 26, rue de Charenton ; Amillac, Auguste, ébéniste, demeurant 2, rue Jean-Beausire ; Dumas, Pierre, gantier, demeurant 10, rue de Tracy ; Fouignet, Antoine, propriétaire, demeurant 11, rue de l’Ouest ; Grouvelle, Laure, rentière, demeurant 2, rue des Beaux-Arts ; Saint-Aubert, Louis, lithographe, demeurant rue du Four-Saint-Germain ; Bietre, Edmond, Louis, propriétaire, demeurant 161, rue Saint-Dominique ; Moret, Arsène (voir sans doute Moret, Arsène, François ?), serrurier, demeurant 6, rue du Jardin-du-Roi. La sépulture de Pepin subsiste toujours au cimetière du Montparnasse : 11e division, 2e ligne est, 14 sud. Pepin, inhumé le 19 février 1836, dans une fosse gratuite, fut exhumé le 29 novembre 1844 et replacé dans une autre fosse. Le 1er avril 1850, il fut de nouveau exhumé pour être réinhumé dans cette sépulture, acquise par Léon Pepin le 22 mars 1850. Aujourd’hui, la tombe est abandonnée : seule reste la colonne élevée en mémoire de Pepin et des autres membres de sa famille enterrés là ; à l’emplacement du caveau, a poussé un arbre, déjà assez majestueux, et dont les racines puisent dans les restes funèbres du régicide. En 1848, la fille de Pepin, née en 1817, désormais femme Maillard et mère de deux enfants, déposa, le 6 avril 1848, un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, adressant la lettre suivante à la Commission : « La fille d’un homme que sa haine des rois a fait monter à l’échafaud, la fille de Pepin, aujourd’hui femme Maillard, chargée de famille et ayant son mari sans occupation, a l’honneur de solliciter pour son mari, de votre justice, une place quelconque, ne demandant pas une éducation complète et qui les ferait exister. Réellement malheureuse, elle ose avoir confiance dans des sympathies qu’elle croit mériter. » Elle fut recommandée par la Commission pour un bureau de tabac. Dans ses Mémoires, Chambolle (voir Chambolle, Michel, Auguste) donnait l’appréciation suivante sur Pepi, au procès duquel il eut l’occasion d’assister : « L’épicier Pépin, un homme d’une haute stature, à la physionomie placide et presque idiote, était le bailleur de fonds. A la suite d’ineptes bravades, pris au mot, travaillé et conduit par de plus habiles, il s’était insensiblement laissé entraîner dans une horrible entreprise qui dépassait ses forces et son courage. Son attitude inspirait à la fois le dédain et la pitié. » Pepin demeurait Au Cheval blanc, 1, rue du Faubourg-Saint-Antoine jusqu’en 1835, et en intermède, rue du Marché-aux-Chevaux vers 1833-1834-1835 ; sa fille la femme Maillard, 122, rue Saint-Antoine en 1848. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Le Moniteur universel, 20 juillet 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIIe arrondissement ; Le Moniteur universel, 18 juin 1832 ; l’Ami de la religion et du roi, journal ecclésiastique, politique et littéraire, Paris, 1832, tome soixante-douzième, p. 382 ; Archives nationales CC 671 à CC 697, dont CC 674 dossier Pepin ; Archives nationales CC 697 procès p. 40, 45 ; Archives de la préfecture de police AA 400 (dossier femme Maillard) ; Archives de la préfecture de police AA 409 in dossier Pradeau, Antoine ; Archives de la préfecture de police AA 423 Affaires diverses 1835. Pepin ; Relation exacte dune série de faits touchant les funestes événements des 5 et 6 juin 1832, par P. T. F. Pepin ; Retours sur la vie, Appréciations et Confidences sur les hommes de mon temps, Chambolle, Paris, Plon-Nourrit, 1912, p. 114 ; LEpopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.

1.

Certains auteurs ont voulu faire de Pepin un agent secret du parti légitimiste sous la Restauration. Il semble qu’ils l’aient fait sur la foi unique de ragots de quartier rapportés par une enquête de police, que l’on peut consulter dans le dossier d’instruction de Pepin, sous la cote CC 674, carton n° 3, 26e pièce. Ces commérages, dénués de tout fondement, ne permettent pas d’accréditer la thèse d’un Pepin légitimiste et doivent être considérés comme le fruit de la malveillance dont Pepin fut l’objet après son arrestation. Malveillance que ces auteurs reprirent à leur compte.

2.

Le retour de Pepin à la prison de Sainte-Pélagie, après qu’il fut acquitté, nous est décrit par Chenu dans Les Conspirateurs, Garnier frères, Paris, 1850 : « Quant à Pepin, il fut acquitté. En rentrant à la chambrée : “Comment trouvez-vous l’épicier Pepin, dit Tilmann ? il a osé faire entendre le cri de “Vive le roi !” dans la salle même du conseil de guerre ; il s’est déshonoré à jamais !” Tilmann était superbe d’indignation et de fureur. A l’instant même, Collet, dit la Jambe-de-bois, s’empressa d’organiser un charivari monstre. A peine le malheureux Pepin fut-il descendu dans la cour que, de toute part, s’éleva le cri ironique de “Vive le roi !” Puis on le porta en triomphe autour de la cour ; on dansa en rond autour de lui, on l’invectiva : “Ah ! tu cries Vive le roi ! épicier ! aristo ! Sans doute tu postules après une place de sergent de ville !” Puis on l’accabla de renfoncements : il lui fut impossible de s’expliquer. »

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.