Perrody, Louis
Biographie
Né vers 1810 à Gex (Ain). Traiteur. Il donna l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Faisant partie d’un rassemblement de trois cents personnes armées, je me dirigeai avec eux le 28 juillet, vers la Banque, où nous nous emparâmes du poste qu’occupait un détachement de troupes de ligne. Bientôt après, le feu commença sur la place des Victoires et dans les rues adjacentes, où une colonne d’infanterie et de la gendarmerie à cheval venait de se rendre. N’étant pas en force, nous nous retirâmes par la rue Montmartre pour nous rendre vers la halle lorsque nous rencontrâmes sur les 2 heures environ dans la rue des Prouvaires un bataillon du 15e léger, auquel nous fîmes face. La fusillade s’étant engagée dès notre arrivée ne cessa qu’après un combat de trois heures, pendant lequel, resté au nombre de trente seulement, nous fîmes éprouver à nos adversaires une perte de quarante morts ou blessés qu’ils laissèrent en se retirant sur le Pont-Neuf. Nous nous mîmes à leur poursuite mais bientôt, voyant notre petit nombre, qu’ils avaient jugé bien plus considérable, ils firent volte face, puis des décharges qui nous causèrent la perte de cinq hommes. Exaspérés par ce malheur, les nôtres voulurent se venger sur des soldats blessés mais j’ai cru devoir m’opposer à un acte que le désespoir et l’égarement d’un moment avaient pu inspirer et j’ai été assez heureux pour sauver des infortunés pour lesquels j’aurais exposé ma vie bien qu’ils eussent attenté à la mienne en obéissant à la voix criminelle de leurs chefs. Ces blessés, transportés par mes soins dans des maisons voisines n’ont manqué de rien de ce qui pouvait leur être utile. Débarrassé de ce soin, je me portai avec mes compagnons vers la halle où les Suisses se défendaient avec opiniâtreté. Notre présence ranima le courage des braves, qui commençaient à plier et bientôt les soutiens du pouvoir furent mis en fuite. Nous revîmes alors à la halle, où nous élevâmes des barricades à l’aide des établis des bouchers et des pavés des rues adjacentes, qui furent toutes fermées. A peine notre travail était-il fini que les Suisses revinrent encore à la charge et avec aussi peu de succès que la première fois. La nuit fut passée sous les armes. J’avais établi des postes, que nous conservâmes jusqu’à 11 heures du matin, le jeudi 29 juillet, où nous courûmes au Louvre après avoir laissé des factionnaires aux barricades. Là, nous trouvâmes de nos camarades et après une vigoureuse fusillade, nous nous emparâmes du château vers les midi. Revenu à mon poste, j’y suis demeuré jusque sur les 5 heures, ayant été assez heureux pour n’avoir reçu qu’une balle morte dans la jambe et une autre à la poitrine, dont la force a été paralysée par mon portefeuilles. Je ne puis citer avec trop d’éloges le désintéressement des habitants des environs et de la halle même. Ils ont tout mis à notre disposition et avec une telle bonne volonté que je me trouve heureux ici de pouvoir leur en témoigner particulièrement ma reconnaissance. » Cette lettre était apostillée par : femme Calmon illisible, demeurant 17, rue du Four-Saint-Honoré ; Hidelot (voir ce nom), demeurant 21, rue du Four-Saint-Honoré ; Ceheux, demeurant 7, rue des Ecus ; Cretin, demeurant 7, rue des Deux-Ecus ; Natter, limonadier, demeurant 9, rue des Deux-Ecus ; Mass… illisible, demeurant 3, rue des Deux-Ecus ; Geney, marchand de vin, demeurant 1, rue des Deux-Ecus ; Conard, B, demeurant 12, rue des Prouvaires ; Yves, Georges (voir ce nom), demeurant 23, rue du Four-Saint-Honoré ; Gallois, demeurant 13, rue des Deux-Ecus. Taffin, commissaire de police du (ancien) IVe arrondissement ajoutait l’apostille suivante : « J’affirme que le contenu de ce certificat est exact, dix personnes sont venues chez moi me raconter la belle conduite de M. Perrody, il a droit à quelque récompense honorable. » Le même Taffin, signait la note suivante, le 25 août 1830 : « M. Perrody, Louis, demeurant rue de Valois-Batave, n° 10, traiteur, est un jeune homme dont la modestie égale la bravoure. Ce n’est que par mes sollicitations et celles de ses vaillants camarades qu’il s’est décidé à faire connaître sa belle conduite. C’est la clameur publique qui me l’a fait connaître. Après s’être si courageusement battu, il rentra chez lui ; la garde royale avait envahi son domicile et lui avait pillé pour environ vingt-cinq mille francs de marchandises et de mobilier. Il a fait une réclamation particulière. Je recommande de toutes mes forces M. Perrody à la reconnaissance publique. » e Constitutionnel, en date du 13 août 1830, donnait en effet les informations suivantes le concernant : « La maison de M. Perrody-Hérans, marchand tailleur, rue de Valois-Batave, n° 10, au coin de celle de Saint-Honoré, a été envahie le mercredi 28 juillet, à 7 heures du soir, par un détachement de gardes royaux, qui y passèrent la nuit, et se firent servir avec insolence. M. Perrody, le pistolet sur la gorge, fut forcé de livrer son appartement. M. Perrody s’est fait conduire à l’état-major, pour se plaindre de la violation de son domicile et demander l’ordre de faire retirer les troupes qui s’en étaient emparé ; mais loin d’obtenir justice, il fut traité de la manière la plus humiliante par deux hommes grossiers revêtus d’uniformes de généraux. Le lendemain les gardes royaux furent forcés de déguerpir. La rage d’être vaincus s’empara d’eux, ils mirent en pièces les meubles, forcèrent les armoires, la caisse, dont ils ont distrait deux billets de mille francs, ne laissant après eux que des traces de pillage, de désordre et d’inhumanité. Leur conduite a été la même à tous les étages de la maison dont M. Perrody est le principal locataire. Il serait impossible aujourd’hui de faire un meuble de tous les débris qu’ils y ont laissés. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Son dossier à la Commission est apostillé de la manière suivante : « Cet homme mérite beaucoup. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Dans le récit que fit de sa propre participation aux combats un combattant dont le nom est illisible in Archives de Paris VD6 281 n° 1, on trouve les indications suivantes concernant Perrody : « […] Nous avions encore à nous rendre maîtres des maisons où étaient les gardes royaux. Je me dirigeais de préférence sur celle qui fait le coin des rues Saint-Honoré et Valois-Batave, connaissant et le propriétaire et le capitaine commandant. Je dois dire avec peine que pour ne pas être sacrifié par mes camarades je fus obligé d’abandonner à leur vengeance et le capitaine Menuissier et les propriétés du sieur Perrody. S’il était nécessaire de plus amples renseignements (sic), je pourrais en faire donner premièrement par un nommé Hurnig, qui se trouvait ledit jour chez le sieur Perrody […]. » Il délivra, le 18 juin 1831, le certificat suivant en faveur de Bailly, Jean-Charles et de Roux, Joseph, qui tentaient de faire valoir leurs droits auprès de la Commission des Réclamants de la rue Bourg-Labbé : « Je certifie et déclare que le nommé Jean-Charles Bailly, cocher, demeurant rue Saint-Denis n° 392, s’est trouvé, un des premiers, à la prise de la maison que j’habite, le 29 juillet, qu’il a fait tous ses efforts pour éviter la dévastation qui y a été faite, que c’est lui qui est venu nous chercher à l’hôtel de Versailles, en nous engageant à rentrer chez nous ; qu’il répondait de nous sur sa tête. Depuis cette époque, il a échappé à notre reconnaissance, aussi je saisis avec empressement l’occasion qu’il m’offre pour m’en acquitter et fais des vœux bien sincères pour que le présent certificat puisse lui mériter la juste récompense de sa belle conduite. Je certifie aussi reconnaître parfaitement le nommé Joseph Roux, cocher, faubourg Poissonnière 79, qui, par son courage et sa modération, à si bien concouru à remplir les bonnes intentions de Bailly. Je termine en exprimant les mêmes vœux que pour le premier. On peut croire à mon attestation car je n’ai donné que deux certificats car je voulais être sûr de l’identité des personnes à qui je les donnais. J’ai oublié de mentionner d’autre part que le nommé Bailly était armé d’un sabre, encore teint de sang, et je ne doute nullement qu’il se soit battu avec courage dans les combats qu’il a fallu livrer pour arriver jusqu’à la maison, à la confiance qu’avait en lui un grand nombre de combattants qui étaient avec lui. J’en dirais autant de Roux, car je me rappelle fort bien l’avoir vu, ayant un fusil. » Il agrémentait sa signature des trois points maçonniques. Soldat au 1er régiment des carabiniers, en garnison à Paris, il fut proposé pour un grade de sous-officier, en raison de sa conduit en juillet. Il reçut (sous le nom de Perrody, Louis, Félix in Archives de Paris VK3 24 dans le registre qu’il signe) sa médaille et son brevet le 9 janvier 1832. Il demeurait 10, rue de Valois-Batave en 1830-1831 ; 1, rue de la Bienfaisance en 1831 (adresse où fut envoyée son invitation à recevoir sa médaille ; le facteur écrivit sur la lettre Parti, on ne sait où ; la même adresse in Archives nationales F/1dIII/39). Le Constitutionnel, 13 août 1830 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 91 ; Archives de Paris VD6 92, idem liste des médaillés du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, idem les feuillets dont la signature est illisible ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, état de présentation à des emplois de sous-officiers dans l’armée (sous le nom de Perrody, Louis, Félix) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Bachot, Jean, Antoine.