Peynaud, Antoine
Biographie
Né le 23 nivôse an IV à Sardent ou Bassejac (ou Basselac sur les tables du Panthéon) (Creuse), fils de Peynaud, Silvain, et de Faury, Marguerite, son épouse. Domestique de M. Le Normand, homme de lettres ou imprimeur, demeurant 11, rue Percée place Saint-André-des-Arts. Il combattait le 28 juillet vers 11 heures du matin rue de la Juiverie au marché Palu, quand il fut atteint par une balle tirée depuis le pont Notre-Dame, qui l’atteignit à l’épaule droite et qui ressortit par l’épaule gauche. Il mourut presque aussitôt. Son corps fut transporté à la morgue et reconnu deux jours plus tard. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Le 24 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Lenormand, Louis, Sébastien, homme de lettres, demeurant 11, rue Percée-Saint-André ; Lœuillot, Jacques, Vincent, marchand de vin, demeurant 23, rue de Chartres ; Levasseur, Louis, Joseph, marchand épicier, demeurant 10, rue du Marché-Palu. Ils attestèrent que Peynaud, Antoine « a combattu sur les 11 heures du matin au Marché-Palu, qu’il a reçu une balle à l’épaule droite et qui est sortie par l’épaule gauche ; qu’eux déclarants Lœuillot et Levasseur l’ont vu tomber et qu’il a été porté à la morgue, étant décédé dans l’allée du pharmacien, où il avait été déposé ». Le certificat suivant attestait aussi les circonstances au cours desquelles il avait été tué : « Je, soussigné, ancien administrateur du bureau de charité du (ancien) IXe arrondissement de Paris, y demeurant rue du Marché-Neuf n° 6, certifie que le 28 juillet dernier le nommé Antoine Peynaud, employé en qualité d’homme de confiance chez M. Lenormand, imprimeur, et logeant depuis plusieurs années en qualité de locataire en ma maison, rue du Marché-Neuf n° 6, avec la nommée Fouret, sa femme, a été atteint à la poitrine d’une balle provenant des décharges faites sur le pont Notre-Dame ; que n’ayant point été reconnu sur-le-champ et étant mort de suite, il a été transporté à la morgue, où deux jours après ses vêtements ont été reconnus par ladite Fouret, sa veuve ; qu’il en a été dressé procès-verbal par le concierge de la morgue, extrait duquel a été envoyé au commissaire de police de l’arrondissement, ainsi qu’il en est justifié par son certificat ci-joint ; que la femme de ce malheureux citoyen reste avec un enfant de neuf ans, privée des ressources qu’elle retirait de la place qu’occupait son mari chez M. Lenormand, que ses infirmités et la suite des chagrins que lui cause ce malheureux événement et la perte réelle qu’elle éprouve de la mort de Peynaud la mettent hors d’état de pouvoir travailler et la réduit à la plus affreuse indigence ; qu’elle et son mari vivaient en bonne union dans ma maison et payaient exactement leurs loyers et n’ont jamais donné aucun sujet de plainte contre eux de la part de qui que ce soit. Sous tous les rapports cette malheureuse femme a droit aux secours accordés par l’Etat aux femmes et familles de ceux qui ont péri victimes des derniers événements. » Signé, le 2 septembre 1830 : Dailly, propriétaire, demeurant 6, rue du Marché-Neuf. Il laissait une concubine, Fouré, Rosalie, née le 15 fructidor an II (mais le 16 fructidor an II in Archives nationales F/1dIII/36 ; mais bien le 15 fructidor an II in Archives nationales F/1dIII/38 B) à Cheny (Yonne) (elle-même fille de Fouré, Blaise, manouvrier, et de Dumont, Marie, son épouse), ouvrière en linge, avec laquelle il vivait depuis six ans, qui, inscrite sur le Livre des pauvres depuis le 7 octobre 1829, toucha un secours de cinquante francs en 1830 et (sous le nom de veuve Penau) de quatre-vingt-cinq francs en août, (sous le nom de veuve Penot) de cent cinquante francs en septembre 1830, et (sous le nom de Penot) un secours de cent cinquante francs sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le 24 avril 1831, devant le maire du (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Dailly, Jean, Benoît, propriétaire, demeurant 6, rue du Marché-Neuf ; Lœuillot, Jacques, Vincent, marchand de vin, demeurant 23, rue de Chartres ; Levasseur, Louis, Joseph, marchand épicier, demeurant 10, rue du Marché-Palu. Ils attestèrent connaître depuis plus de six ans Peynaud, Antoine et Fouré, Rosalie et que c’était « depuis le décès dudit sieur Peynaud qu’ils ont appris qu’ils vivaient ensemble sans être mariés ; qu’ils les ont toujours vu habiter ensemble avec la plus grande intelligence et en accord si parfait que personne ne soupçonnait l’illégitimité de leur cohabitation ». Elle fut pensionnée (par erreur sous le nom de Fouzé, Rosalie sur les listes du Moniteur universel) de cinq cents francs et reçut de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Le Normand témoigna dans ces termes au sujet de son ex-employé : « […] Je n’ai jamais connu personne qui poussât, comme Peynaud, la vertu et la délicatesse au plus haut point. Je le pris à l’âge de quinze ans, j’ai fait son éducation, il m’aimait comme son père, je l’aimais comme mon fils, et ma femme et mes enfants lui portaient le même intérêt. Nous n’oublierons jamais sa mémoire ni les uns ni les autres. Je savais qu’il devait se marier le 28 juillet dernier, et ce fut ce jour-là même qu’il perdit la vie, en combattant pour la liberté. » Un certificat attestait que les deux concubins vivaient ensemble depuis six ou sept ans « dans la plus grande intelligence et dans un accord si parfait que tout le monde les croyait mariés légitimement ». De leur union était née une fille, non reconnue (et qui par conséquent ne fut pas reconnue comme orpheline de Juillet et pensionnée) par Peynaud, Fouré, Cécile, Rosalie, née le 18 avril 1825 à Sens (Yonne), qui reçut, en tant qu’orpheline, de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. La préfecture donna, le 21 juillet 1831, sur Fouré les renseignements suivants : « Les divers renseignements recueillis sur elle sont très favorables à la moralité de la demoiselle Fouré, dont on déclare n’avoir qu’à se louer sous tous les rapports. Ses intimités avec Peynaud remontent à neuf ans. Ce dernier fut longtemps au service de M. Le Normand ; […] il était à peu près son factotum et le sort que lui faisait son maître lui fournissait les moyens d’aider sa compagne qui est réduite pour toutes ressources aujourd’hui à faire quelques blanchissages et raccommoder le linge quand elle en trouve à faire. Elle a eu une petite fille avec Peynaud, mais cette enfant n’est point à sa charge. M. Delamotte, gendre du procureur du roi, l’a adoptée. Elle est donc fort heureuse pour le présent comme tout porte à croire qu’elle le sera dans l’avenir. » Peynaud demeurait 11, rue Percée-Saint-André-des-Arts et avant 25, rue du Harlay, où le couple était portier ; 6, rue du Marché-Neuf, une chambre au 5e étage sur le derrière pour un loyer de trente ou quatre-vingts francs par an de 1824 à 1831 ; sa veuve, 16, rue du Marché-Neuf en 1831 in Archives nationales F/1dIII/36 mais une autre fois 6, rue du Marché-Neuf dans la même référence et aussi in Archives nationales F/9/1157 ; 6, rue du Marché-Neuf in Archives nationales F/1dIII/38 A ; les deux adresses in Archives de Paris VK3 32. Le nom de Peynaud (A. Peynaud) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 39 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 43 (sous le nom de Penau, Antoine) ; Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 57 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves (par erreur sous le nom de veuve Fouré, née Rosalie Paynaud), liste nominative des orphelins auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IXe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 106 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, II, état nominatif des blessés du (ancien) XIe arrondissement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris VK3 32, (ancien) XIe arrondissement, une liste de morts ; Archives nationales F/1dIII/33 relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées (où elle est dite inconnue au 11, rue Pavée-Saint-André-des-Arts et maisons voisines) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, par la mairie du (ancien) IXe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, veuves des citoyens tués dans les journées de Juillet (seize veuves) ; Archives nationales F/1dIII/55 ; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Jean Alexandre, F/1dIII/71 ; Archives nationales F/9/1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après (où son nom est cité deux fois sur les listes) ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IXe arrondissement, veuves (par erreur sous le nom de veuve Fouré, née Rosalie Paynaud) et orphelins ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 86, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.