Phétu, Antoine, François

Biographie


Né en 1791 à Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne). Ancien élève de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, ou de l’Ecole centrale de Fontainebleau et ancien négociant. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIe arrondissement. Il fut médaillé de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement (une note du ministère de l’Intérieur précise sur son dossier : « Décoré de la médaille de Juillet. Il n’est pas porté sur les listes mais il a produit son brevet. ») Après la révolution de Février, il écrivit à la Commission des récompenses nationales, afin de solliciter un emploi ; sans occupation depuis longtemps, ayant été trois fois ruiné par des vols à son domicile, n’ayant jamais accepté de place de la part les gouvernements déchus, il sollicita un emploi et, en attendant, un secours en argent. Il relatait ainsi sa conduite pendant la révolution de 1848 : « Journée du mardi 22 février. Il s’est rendu, comme l’indiquait le journal du National, sur la place de la Madeleine et les Champs-Elysées, ayant passé la nuit à parcourir les boulevards, en excitant les ouvriers à s’armer pour le lendemain mercredi. Journée du mercredi 23. Il a parcouru tous les boulevards, armé d’un sabre de cavalerie, habillé en bourgeois, portant à la boutonnière de son habit un grand ruban de la décoration de Juillet, en criant et faisant crier avec lui tous les ouvriers qu’il rencontrait. Il a fait fraterniser la garde nationale avec la ligne, notamment sur le boulevard vis-à-vis la rue Lepelletier, lorsqu’un peloton de chasseurs à cheval, ayant à sa tête un lieutenant, qui chargeait sur le peuple, il a eu assez de bonheur pour faire croiser la baïonnette par une compagnie de la IVe légion de la garde nationale qui stationnait sur ce même boulevard au coin de cette dite rue Lepelletier, ce qui a forcé le lieutenant de chasseurs à rebrousser chemin. Le même soir, à 6 heures, il a coopéré à faire donner par la garde municipale dans la caserne du faubourg Saint-Martin son drapeau qui était suspendu au-dessus de la porte d’entrée. Le même soir, armé toujours de son sabre, il s’est porté de 9 heures à 9 h 30 sur le boulevard des Capucines près de l’hôtel des Affaires étrangères, où il a été témoin d’un spectacle affligeant, ayant vu tomber plus de cinquante personnes à ses côtés, ayant lui-même couru un grand danger après une décharge qui avait été faite par le 14e de ligne sans qu’il eût été fait de sommation. Le soussigné, outré d’un tel procédé, s’est rendu de suite à la porte Saint-Martin par les boulevards en criant Vengeance à tous les ouvriers qu’il rencontrait, en les engageant à faire immédiatement des barricades, cependant faites comme par enchantement dans la nuit du mercredi au jeudi. Jeudi 24. Le soussigné, toujours armé de son sabre, a parcouru dès le grand matin les boulevards et vers 10 heures environ sur le boulevard vis-à-vis la rue Laffitte, il a été un des premiers à s’emparer de deux caissons de munitions qui étaient sous les ordres d’un capitaine d’artillerie après avoir pris un grand nombre de paquets de cartouches, il les a distribués à tous les ouvriers porteurs d’un fusil, en les exhortant à marcher avec lui sur le Palais-Royal et le château des Tuileries, ce qui a été exécuté sur midi à peu près. Le soussigné vous signale qu’il a eu beaucoup de peine dans les appartements de la reine à empêcher que tous les meubles et ornements qui sont dans sa chambre lui servant d’oratoire ne fussent brisés ainsi que la chapelle du château. Ce n’est qu’en montrant beaucoup d’énergie, le sabre à la main, qu’il a pu faire entendre raison à tous ceux qui envahissaient les appartements du château. » Il était porteur de deux certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, déclarons avoir vu le citoyen Phétu, Antoine, François, décoré de juillet 1830, les 23 et 24 février courant mois parcourir les rues et boulevards, jour et nuit, habillé en bourgeois, armé d’un sabre de cavalerie, portant à sa boutonnière le ruban de la décoration de Juillet. Nous déclarons l’avoir vu se mettre à la tête d’un grand nombre d’ouvriers, en les excitant le jeudi 24 février à marcher avec lui sur le Palais-Royal et sur le palais des Tuileries. » Signé, le 27 février 1848 : vingt signatures de citoyens présents (les signatures et les noms sont absents). Le second certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, déclarons avoir vu le citoyen Phétu, décoré de juillet, le jeudi 24 février à 10 heures du matin sur le boulevard Montmartre être un des premiers à s’emparer de deux caissons remplis de cartouches et distribuer lesdites cartouches à une quarantaine d’ouvriers armés de fusils, les excitant à marcher avec lui sur le Palais-Royal et sur le palais des Tuileries. » Signé, le 27 février 1848 : douze signatures de citoyens présents (les signatures et les noms sont absents). Sa demande fut rejetée par la Commission. En 1849, suite à une demande de secours qu’il fit, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] On lui attribue un peu de fébrilité dans le cerveau. Le 13 juin, il n’a pas bougé de chez lui. On ne l’a pas entendu parler politique. » Il reçut, cette année-là, un secours de cinquante francs, à titre de médaillé de Juillet. Et en 1850 : « On ne connaît pas ses moyens d’existence mais on le croit dans une position bien précaire. » Il reçut un nouveau secours de cinquante francs, puis de la même somme en 1851. En 1852, la même administration renseignait : « […] Vit de la charité de quelques amis […]. Il est d’une bonne réputation. Rien de politique ni dans sa conduite ni dans ses relations. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1852, un secours de cinquante francs en 1853, un secours de cinquante francs en 1854, et un secours de quarante francs en 1855. En 1848, il faisait partie du 3e escadron de la 5e batterie de l’artillerie de la garde nationale. Il demeurait 49, rue Bourbon-Villeneuve en 1831 ; 3, rue de Lancry, un petit cabinet au 7e étage pour un loyer de quatre-vingts francs par an, en 1847 et 1848 ; 10, rue Albouy, un petit cabinet de cent francs par an en 1848 ; 39, rue du Faubourg-Saint-Martin (37 ou 39, rue du Faubourg-Saint-Martin in Archives de la préfecture de police AA 369, minutes 194-199 et minutes 225-229), un petit cabinet de soixante francs par an, de 1848 à 1853. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le nom de Hétu, Antoine, François) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le nom de Hétu, Antoine, François) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/71 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 44 et minute 47, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199 (sous le nom de Phétu, Antoine, Félix), idem Proposition d’accorder à 130 décorés, veuves et blessés de juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 7.510 francs, imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 225-229, en date du 19 juin 1852 (sous le nom de Phétu, Antoine, Félix).

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