Picard, Alphonse
Biographie
Né vers 1809 à Paris. Bijoutier. Il s’arma d’un pistolet et se joignit à une trentaine de combattants pour se porter au quai Pelletier. Il fut gravement blessé d’un coup de crosse reçu dans le ventre, en cherchant à désarmer un gendarme, près le pont au Change. La contusion se compliqua d’une inflammation suraiguë des intestins et d’une gangrène, dont il mourut, le 1er août, soigné par les docteurs Cahen et Lemaistre. Le docteur Lemaistre, Florian (voir ce nom), dans une note envoyée au maire concernant plusieurs blessés qu’il avait soignés depuis le 27 juillet, donnait les renseignements suivants le concernant : « Après avoir combattu avec acharnement les 27, 28 et 29 juillet, sans prendre d’aliments et se contentant d’eau-de-vie avec de la poudre, a été frappé d’une entérite aiguë, qui l’a enlevé en moins de deux jours. Ce malheureux jeune homme, l’espoir de la famille, emporte tous les regrets des soldats-citoyens, ses frères d’armes, qui, pour témoigner de leur considération pour sa personne, ont accompagné son corps au champ de repos et lui ont rendu les honneurs militaires. Pour moi, je l’ai soigné pendant cette affreuse maladie avec M. le docteur Caën. J’affirme sur l’honneur que j’ai la conviction que la mort du sieur Alphonse Picard est le résultat immédiat des fatigues, des privations qu’il a éprouvées pendant trois jours de combat autant que celui de l’usage des boissons incendiaires que le besoin de se soutenir et de s’animer lui a fait prendre. Du reste, le fait est de notoriété publique dans le quartier. » Le certificat médical suivant constatait les circonstances de son décès : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie que Alphonse Picard, ouvrier bijoutier, âgé de vingt et un ans, domicilié rue Neuve-Saint-Laurent n° 14, a été soigné par moi d’une contusion profonde des organes de l’abdomen, contusion qui a été suivie d’une inflammation suraiguë des intestins, de la gangrène et de la mort, dans l’espace de trente heures. J’atteste en outre que la contusion a été reçue le 29 juillet 1830 et que le jeune Picard me déclara qu’il avait reçue un coup de crosse dans le ventre en se battant avec un gendarme près le Pont au Change. » Signé, le 24 mai 1831 : Lemaistre, Florian (voir ce nom), demeurant 3, rue Neuve-Saint-Laurent. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Le 3 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) VIe arrondissement, comparurent : Bezold Lévis (voir Berold Krenser Levis, ou Levis, Berol-Kreuzer, ou Besold-Kreuser), fabricant d’équipements militaires, demeurant 13, rue de Lancry ; Cortade, Jacques, marchand mercier, demeurant 18, rue Neuve-Saint-Laurent ; Lion, Bernard, bijoutier, demeurant 14, rue Neuve-Saint-Laurent. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Picard, Alphonse et l’avoir « vu le 28 juillet dernier, armé d’un fusil et se joindre à une trentaine de citoyens pour se porter au quai Pelletier pour combattre avec eux pour la cause de la liberté ; qu’il a été blessé d’un coup de crosse dans le ventre par un gendarme, en cherchant à le désarmer et qu’il est mort le 1er août suivant des suites de ce coup ». Les parents, qui avaient neuf enfants en tout et dont Alphonse était l’aîné, reçurent un secours de deux cent quatre-vingts francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel, un secours de cent francs, le 18 août 1830, un secours de cinquante francs, le 13 septembre, un secours de vingt francs, le 21 juin 1831, un secours de vingt francs, le 21 juillet 1831, un secours de vingt francs, le 19 août 1831, un secours de vingt francs, le 17 septembre 1831, un secours de vingt francs, le 12 octobre 1831, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Afin de toucher la pension à laquelle ils avaient droit, les parents de Picard durent fournir un acte de naissance ; mais ceux-ci étant juifs, ils ne purent en produire, les juifs ne tenant de registres d’état civil avant les registres officiels des mairies en 1791. Le père, Salomon Picard, garçon de bureau au consistoire israélite, né le 12 janvier 1778, à Vaussmayne ou Foussemagne (Haut-Rhin) (lui-même fils de Picard, Aaron, marchand, et de Haymann, Sara, son épouse), et la mère, Abraham, Flore, née en décembre 1789 à Paris (elle-même fille de Abraham, Salomon et de Simon, Adèle, son épouse), durent faire établir devant le juge de paix du (ancien) VIe arrondissement, les 22 et 26 avril 1831, un certificat de notoriété de leur naissance, en vertu des articles 70 et 71 du code civil. Les témoins présentés par le père furent : Segnier, Bayer, concierge du temple israélite, demeurant 15, rue Notre-Dame-de-Nazareth ; Lazard, Joseph, rentier, demeurant 6, rue de Vendôme ; Aaron, Raphael, commis marchand, demeurant 14, rue Neuve-Saint-Laurent ; Polack, Jacob, secrétaire du consistoire central, demeurant 11, rue de Vendôme ; Lyon, Bernard, bijoutier, demeurant 14, rue Neuve-Saint-Laurent ; Mouval, Messidor, cordonnier, demeurant 19, rue Neuve-Saint-Laurent ; Mendel, Aymann, employé, demeurant 122, rue du Temple. Les témoins présentés par la mère furent : Cagnard, François, employé au consistoire israélite, demeurant 4, rue des Fontaines-du-Temple ; Lazard Mayer, secrétaire au consistoire central israélite, demeurant 1, rue Beaubourg ; Lazard, Joseph, rentier, demeurant 6, rue de Vendôme ; Mendel, Aymann, employé, demeurant 122, rue du Temple ; Mardoché, Aymann, marchand colporteur, demeurant 8, rue Michel-le-Comte ; Levy, Bernard, marchand colporteur, demeurant 7, rue de Bretagne ; Aaron, Raphael, commis marchand, demeurant 14, rue Neuve-Saint-Laurent. Le père présenta un certificat médical du docteur Cahen, médecin au bureau de charité du (ancien) VIIe arrondissement et chirurgien major de la gendarmerie de la Seine, attestant, en date du 28 février 1831, qu’il souffrait « depuis plusieurs années de surdité de l’oreille gauche. Cette surdité a résisté jusqu’à ce jour aux différents moyens mis en usage ». En date du 1er mai 1831, le maire du (ancien) VIe arrondissement lui délivra un certificat comme quoi il n’avait « aucune fortune particulière et qu’en raison de ses charges de famille (neuf enfants dont six encore en bas âge), il se trouve dans une position malheureuse ». La mère ne savait ni lire ni signer en français. Ils furent pensionnés de deux cents francs et reçurent de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes de cinquante francs chacun et une autre indemnité, à titre de cas exceptionnel d’ascendant. Les parents s’étaient mariés le 27 septembre 1808 à Versailles (Yvelines). En 1833, quand le roi voulut doter de trois mille francs et marier seize jeunes filles, choisies parmi les familles les plus méritantes (douze pour la Ville de Paris et quatre pour les arrondissements ruraux), les parents, père et mère de neuf enfants dont cinq filles, posèrent la candidature de leur fille Henriette, née vers 1814, couturière, demeurant chez ses parents, et qui devait épouser Lipman, Léon, né vers 1800 à Strasbourg, fils d’un commerçant de cette ville, lui-même tabletier, demeurant 3, rue Phélippeaux, et sur lequel la mairie du (ancien) VIe arrondissement rapportait les circonstances suivantes : « Le sieur Lipman, lors des événements des 5 et 6 juin, faisait partie de la garde nationale à cheval ; ce corps dont les membres sont disséminés, n’ayant pu se réunir, ce brave homme se mit dans les rangs de la VIe légion. Il reçut, le 6, une balle morte au genou et fut frappé d’un pavé à la poitrine, qui occasionna une forte contusion et le laissa longtemps bien souffrant. Les officiers et les voltigeurs du 2e bataillon de la VIe légion ont fait les plus grands éloges de sa conduite, et il a été reconnu digne de la décoration de la Légion d’honneur et d’une pension. » La candidature fut retenue et la cérémonie eut lieu le 25 août 1833 au temple consistorial israélite, rue Notre-Dame-de-Nazareth. Picard demeurait 14, rue Neuve-Saint-Laurent, à la synagogue ; ses parents à la même adresse en 1833-1833. Le nom de Picard (A. Picard) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 113 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du VIe arrondissement, liste nominative des cas exceptionnels auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du VIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 102 ; Archives de Paris VD6 352 n° 1, 1833, demandes pour mariage à l’occasion de l’anniversaire de Juillet ; Archives de Paris AP VD6 356 n °5, (ancien) VIe arrondissement, Commission des récompenses nationales, compte général des recettes et dépenses depuis le 7 octobre 1830 jusqu’au 31 octobre 1831 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, II, Note exposant les noms des blessés soignés par le docteur Lemaistre, Florian, depuis le 27 juillet 1830 (24 blessés), idem Etat nominatif des père et mère des citoyens tués en juillet 1830 au-dessous de soixante ans, idem même référence III, Enregistrement des bons délivrés par MM. les membres de la Commission des blessés, contenant autorisation de délivrer des secours aux veuves, orphelins et blessés, sur le fonds de dix mille francs reçu à cet effet de la préfecture par M. Caius, maire du (ancien) VIe arrondissement et sur les souscriptions déposées entre les mains de M. Grondard, trésorier, idem même référence V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Compte général des dépenses de la Commission des récompenses nationales du 7 octobre 1830 au 31 octobre 1831 (ascendants), idem même référence VII Répartition des fonds de la souscription nationale, inscription des ascendants ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien VIe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/72 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) VIe arrondissement, ascendants et cas exceptionnels d’ascendants ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 86, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.