Pillet, Léon, François, Raymond

Biographie


Né le 7 décembre 1803 (mais le 6 décembre 1803 in Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusquà nos jours) à Paris, fils de Pillet, Fabien, littérateur. Rédacteur du Journal de Paris, rue Montmartre. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons le passage de ses Mémoires, concernant Pillet : « [Dans les premiers jours d’août 1830] En traversant la place du Carrousel pour me rendre chez madame Guyet-Desfontaines, que je n’avais pas encore remerciée de l’hospitalité reçue dans les jours de danger, je vis venir à moi une figure de connaissance vers laquelle je courus.

Cette figure de connaissance appartenait à Léon Pillet.

Léon Pillet était un de mes bons amis, et, quoique son père, qui tenait le Journal de Paris, m’eût un peu étrillé à propos d’Henri III, le coup d’étrille avait été si léger et de si bon goût, qu’au lieu d’en vouloir au vieux classique, je l’avais remercié.

Ce qui me préoccupait dans Léon Pillet au point de me faire courir à lui, ce n’était pas Léon Pillet lui-même, c’était le brillant costume dont il était revêtu : schako à flots de plumes tricolores, épaulettes d’argent, ceinture d’argent, habit bleu de roi, pantalon idem. Il y avait là, on en conviendra, de quoi tirer l’œil d’un homme qui cherchait un costume pour faire la campagne de Vendée.

Mon premier mot à Léon Pillet, après m’être informé de sa santé, fut donc de lui demander dans quel corps il était officier, et quel était le charmant uniforme qu’il portait.

Léon Pillet n’était officier dans aucun corps, et l’uniforme qu’il portait était celui de simple garde national à cheval, qu’il venait d’inventer, à ce que je soupçonne, et dont il lançait le prospectus dans le public.

Le prospectus avait produit son effet, et j’y étais pris : je lui demandai l’adresse de son tailleur ; il me la donna.

Son tailleur était Chevreuil, un des meilleurs tailleurs de Paris, qui demeurait, à cette époque, place de la Bourse.

Je courus du même pas chez Chevreuil.

Il me prit mesure complète, se chargea de me fournir schako, épaulettes, sabre et ceinturon, et promit que le tout serait chez moi le 9 ou le 10. » Pillet fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. En 1830, il était premier sous-lieutenant de la 2e compagnie de la garde nationale à cheval. En 1835, il était maître des requêtes au Conseil d’Etat. Nous empruntons à la Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusquà nos jours les détails suivants de la notice biographique qui lui est consacrée : « En quittant le lycée Napoléon, il étudia le droit, et fut attaché au cabinet de M. Mauguin. Un des fondateurs du Nouveau Journal de Paris (1827), il soutint les opinions libérales, subit deux condamnations, et s’associa, le 26 juillet 1830, à la protestation des journalistes contre les ordonnances sur la presse. Pendant le combat le Journal de Paris ne cessa pas de distribuer des proclamations ; il parut même jusqu’à trois fois par jour. Devenu directeur de cette feuille, M. Pillet y défendit la politique ministérielle jusqu’en 1837, époque où elle fut mise en vente. Après avoir suivi le duc d’Orléans au siège d’Anvers, il fut nommé maître des requêtes en service extraordinaire (1834) puis commissaire royal près le théâtre de l’Opéra. Associé en 1840 à M. Duponchel, il lui succéda comme directeur, à la fin de 1841. […] En 1849, il fut nommé consul à Nice, d’où il est passé à Cagliari. On a de lui quelques pièces de théâtre écrites en collaboration. » Il demeurait 27, rue Sainte-Anne en 1831 ; 8, rue d’Alger en 1835. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Almanach des 25000 adresses des principaux habitants de Paris pour lannée 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales MI 217 23 ; Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusquà nos jours, publiée par MM. Firmin-Didot frères, sous la direction de M. le Dr Hoefer, Paris, 1862, tome quarantième, p. 239.

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