Pionnier, L
Biographie
Cordonnier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 19 avril 1848, la lettre suivante à la Commission : « Ex-sous-officier au 65e de ligne, en congé depuis plusieurs années, comme il vous est facile de vous en assurer par le congé ci-joint : je me rendis, en quittant le corps, à Lille (Nord), où je m’établis. Mon opinion et mon titre de brigand de la Loire, comme on nous appelait à cette époque, me firent éprouver tous les désagréments et toutes les tracasseries possibles. Malgré cela, je fis pour mes concitoyens tout ce qui était en mon pouvoir. A diverses reprises, je fus assez heureux pour sauver des eaux trois personnes qui se noyaient ; ayant constamment refusé toute récompense pécuniaire et étant parvenu, le 15 juin 1833, à sauver une femme, l’on me décerna une médaille d’honneur, à laquelle j’attache le plus grand prix. Ma manière de voir politique me dicta la conduite que je devais tenir en 1830. Toujours tracassé à Lille, je me déterminais à venir à Paris, où je devins concierge. En février 1848, je me conduisis comme en 1830 et le certificat ci-joint de mon propriétaire alors prouve que je me suis trouvé aux affaires de la place des Victoires, du Château-d’Eau, que sorti de chez moi sans arme je parvins à m’emparer du fusil d’un garde municipal, avec lequel je combattis. Je ne mis bas les armes qu’après la prise des Tuileries et je ne dois qu’à ma destinée de ne pas avoir été tué ou au moins blessé dans ces journées. Après le 24 février, je montais la garde plusieurs jours de suite afin de contribuer au maintien de l’ordre. Ma position financière n’étant pas belle, à la formation des gardes mobiles, je me présentai pour être instructeur et demander une place de cantinière pour ma femme. Mais, ayant cinquante ans, l’on me répondit que j’étais trop vieux et dès lors je n’obtins rien. Si vous croyez, citoyens, que ma conduite me donne quelques titres aux récompenses que vous avez à distribuer, je pense que de votre côté je n’obtiendrai pas la même réponse qu’à la mairie du (ancien) VIe arrondissement : Vous êtes trop vieux ! Attendant tout de votre grande justice, je vous offre le salut fraternel de votre dévoué serviteur. » Archives de la Préfecture de police AA 408, dossier Pionnier, L.