Piorry, Pierre, Adolphe
Biographie
Né en 1794 à Poitiers (Vienne). Médecin. Il soigna les blessés de l’ambulance du 29 de la rue de Grenelle-Saint-Honoré. Son nom fut cité plusieurs fois par les journaux de l’époque : « Dans l’espace de quelques heures une ambulance provisoire a été établie [29, rue Saint-Honoré, N.D.A] avec le plus grand zèle. Tous les locataires de la maison n’ont épargné aucun sacrifice : objets de pansement, vin, bouillon, tout a été livré avec profusion ; plusieurs personnes même se sont dépouillées de tout leur linge. Nous citerons particulièrement MM. Breuck, Decot, Moireau, Pasteur, Vallon, Regner et Mme la baronne de Millet. Des chirurgiens de la ville de Paris, amenés en ce lieu par le désir de se rendre utiles, se sont partagé les soins à donner aux blessés. Plus de trois cents ont été secourus et envoyés dans les hôpitaux les plus voisins. Nous avons surtout remarqué le zèle infatigable de MM. Piorry, Jacob, Robillot et les élèves Barth (de la Pitié) et Deschamps (de l’Hôtel-Dieu). Le pharmacien du passage Véro-Dodat mérite également les plus grands éloges. Des personnes étrangères à l’art, tels que l’élève en droit Gangloff, se sont signalés par leur empressement à seconder les chirurgiens. Toutes les femmes de la maison ont été occupées à faire de la charpie. Enfin, il a été fait une collecte qui a produit la somme de mille cinq cents francs ; MM. Les docteurs Dubois, Gendrin et Brunet n’ont cessé de donner pendant toute la journée les soins les plus empressés aux blessés du n° 47 de la rue de Grenelle. » On trouve dans le National du 11 août 1830, l’article suivant le concernant : « En vertu de l’arrêté de M. le commissaire provisoire de l’Intérieur, la mairie du (ancien) IVe arrondissement vient de nommer une commission pour recueillir les noms des victimes des derniers événements, et prendre des renseignements sur la position de leurs familles. Cette commission, qui s’assemblera tous les jours, de 3 à 5 heures, à la mairie, recevra les renseignements qu’on voudra bien lui donner. Elle est composée de MM. les docteurs Piorry, Taffin (sic), Viguer, homme de lettres ; Quentin, négociant. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Piorry, Pierre, Alphonse sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Sa médaille lui fut délivrée le 29 juin 1831. En 1831, médecin à La Salpêtrière, il signa un certificat en faveur de Renaudin, Antoine, Philippe, Auguste, pour attester qu’il lui avait donné des soins sitôt après la blessure que ce dernier avait reçue le 29 juillet au Palais-Royal. Il signa un certificat en faveur de Rouge, Jacques, pour attester la réalité de la maladie dont il souffrait à la suite des journées de Juillet. Il soigna la blessure de Lafosse, Jean-Pierre, avant que ce dernier ne fût transféré aux Incurables rue de Sèvres. Il délivra un certificat en faveur de Bric, Victor, attestant la blessure que ce dernier avait reçue et les soins qu’il lui avait donnés. Il délivra, le 13 août 1830, le certificat suivant en faveur de Froelicher, Jean, Joseph : « J’adresse à la mairie et je recommande le sieur Froelicher, qui est blessé d’un coup de feu aux pieds et qui se trouve dans le plus pressant besoin. » Il signa, le 2 novembre 1830, le certificat suivant en faveur de Coulon, Joseph : « Je, soussigné, professeur agrégé à la faculté de médecine, médecin du bureau central, provisoirement chargé des blessés de l’hospice des Incurables de la rue de Sèvres, certifie que Joseph Coulon a été atteint, dans les derniers événements de Juillet, d’une contusion à l’épaule et, par suite, d’un abcès sous l’aisselle droite, dont la curation a été longue et difficile, que le blessé, actuellement guéri, a resté pendant deux mois à l’hospice des Incurables de la rue de Sèvres et qu’il a droit à des indemnités et à des récompenses. » Il signa, le 3 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Pelassy des Fayolles, Nestor quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je certifie que M. Nestor Pelassy des Fayolles a donné des soins à un grand nombre de blessés et conjointement avec moi à l’ambulance du n° 29 de la rue Grenelle-Saint-Honoré, le jeudi 29 juillet, et qu’il s’est comporté dans cette occasion avec le plus grand zèle et le dévouement le plus entendu. » Dans le récit de sa participation aux combats, le même Nestor Pelassy des Fayolles, relatait avoir, le 29 juillet, donné ses soins « dans l’ambulance du numéro 29 de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, dirigé avec un zèle qui est au-dessus de tout éloge par M. le docteur et professeur Piorry ». Il apostilla ainsi un certificat rédigé pour établir les conditions du décès de Borde, Adrien, Jules, Germeuil : « Nous soussignés docteurs en médecine, médecins de l’ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 29, certifions véritable ce qui concerne la malheureuse blessure de défunt Borde, Adrien, Jules, Germeuil. » On trouve dans Les Médecins de Paris jugés par leurs œuvres, la notice biographique suivante le concernant : « Professeur à la Faculté (chaire de pathologie interne), nommé le 23 mars 1840 ; médecin de l’hospice de la Pitié ; membre de l’Académie de médecine (section d’anatomie pathologique ; né à Poitiers en 1794 ; reçu docteur à Paris en 1816. […] Il y a deux qualités que bien des gens ne prisent pas assez, et pourtant sans lesquelles, par le temps qui court, un grand nombre d’hommes d’un mérite incontestable n’auraient pas réussi. Ces qualités sont une haute opinion, même une opinion exagérée de soi-même, et de la persévérance. Les diverses phases par lesquelles a passé M. Piorry pour arriver au poste qu’il occupe aujourd’hui le prouvent assez. Chirurgien militaire de 1812 à 1814, reçu docteur en 1816, il s’est dit, après avoir été nommé membre adjoint de l’Académie en 1823, agrégé à la Faculté en 1826 et médecin du bureau central en 1827 : “Je serai un jour professeur à l’Ecole de Paris” et il l’est. Cinq concours infructueux, loin d’abattre son courage, n’ont fait que stimuler son zèle et corroborer ses espérances ; si bien qu’en 1840 la Faculté combla ses vœux en lui donnant, après concours, la chaire de pathologie médicale, où il peut à son aise se redresser sous l’hermine et répéter à qui veut l’entendre : Ego sum papa ! Hâtons-nous de dire, toutefois, que si M. Piorry n’avait eu que les deux qualités dont nous venons de faire ressortir le besoin, l’amour-propre et la persévérance, la Faculté ne se le fût jamais approprié. Il fallait infailliblement qu’elle lui reconnût Un mérite, qui est réel : or, ce mérite nous semble consister surtout en une grande somme de connaissances physiologiques précises, et en une aptitude bien marquée à appliquer ces connaissances à l’étude des phénomènes variés par lesquels se manifestent les maladies. Il fit ses premières preuves à cet égard par l’insertion dans le Grand Dictionnaire des sciences médicales, de plusieurs articles parmi, lesquels on remarque surtout ceux consacrés aux mots physiologie, propriétés vitales, voix, etc., et par la publication d’un traité sur l’irritation encéphalique, qui parut en 1823, et où il chercha à prouver qu’on avait généralement fait jouer aux enveloppes du cerveau un trop grand rôle dans les maladies des enfants. Mais ce qui établit véritablement sa réputation tout à la fois de physiologiste et d’habile diagnostiqueur, c’est son Traité de la percussion médiate, qui lui valut en 1828 le prix Monthyon décerné par l’Académie des sciences.
»Tirer parti du son que donne la percussion de nos divers organes, pour apprécier les changements qu’ils peuvent avoir éprouvés dans leur forme, leur volume, leur texture, leur plénitude ou leur vacuité, était certainement une idée lumineuse, puisqu’elle augmentait nos moyens d’investigation ; mais M. Piorry, ne tenant point assez compte de l’important jalon posé par Laennec dans son Traité de l’Auscultation, exagéra singulièrement le mérite de sa propre découverte, et se crut, dès le moment où elle reçut l’assentiment général, appelé au rôle de réformateur. Ne rêvant que percussion et plessimétrie, il prit dès lors un langage à part, et se créa une sorte d’existence idéale qui donna à ses rivaux un droit de critique, dont quelques-uns abusèrent, il est vrai, mais qui ne trouva que de trop nombreuses occasions de s’exercer. M. Piorry attache surtout une grande importance à définir la plupart des maladies par un seul mot composé de racines plus ou moins grecques. Malheureusement ces élucubrations néologiques qui, soit dit en passant, n’ont pas toujours le mérite de la précision, n’ont réussi qu’à donner à ses ouvrages un vernis de prétention littéraire peu propre à faire ressortir ce que contenaient surtout de bon, en faits bien observés et en inductions habilement déduites, soit sa Clinique de la Salpêtrière, soit son Traité de Séméiologie, qu’il publia en 1836 en 3 volumes, soit enfin son Traité des altérations du sang, qui parut en 1840 avec le nom du docteur Lhéritier. M. Piorry dirigea aussi particulièrement ses vues vers l’épuration de notre vocabulaire médical.
»Si du moins M. Piorry n’avait réservé que pour ses livres cette prétention à l’originalité, on en eût été quitte pour en séparer ce qui tient essentiellement au fond de ce qui appartient à la forme ; mais ce goût pour les mots recherchés, cette passion pour les phrases redondantes, le poursuivent jusque dans la pratique du dehors. Aussi ses confrères craignent-ils de se trouver en contact avec lui, à moins qu’ils ne veuillent courir la chance ou de se taire en sa présence, et alors de passer pour lui être très inférieurs, ou d’accepter la discussion, et alors de donner aux assistants le spectacle d’une lutte qui affaiblit toujours la confiance que le malade doit avoir dans l’art.
»Puissent donc ses amis le ramener aux errements de la vie ordinaire, en l’engageant à ne pas céder si facilement aux illusions de l’amour-propre, et ils auront la satisfaction de conserver à la pratique médicale un praticien véritablement instruit et sincèrement dévoué à son art, à l’Ecole un professeur que son âge peut rendre très utile, et à la société un homme qui a donné plus d’une fois des preuves irrécusables de patriotisme et de désintéressement. Au moment même où nous terminons cet article (1843 ), nous voyons annoncer la publication par M. Piorry d’un Traité de médecine pratique et de pathologie iatriaque. Nous avons cru d’abord avoir lu hippiatrique ; mais non, c’est bien iatriaque (médicale). Ce traité ne doit pas avoir moins de sept forts volumes ; le premier, qui renferme les polygraphies, ce qui veut dire les généralités, vient de paraître. » Piorry demeurait 33, galerie Vero-Dodat en 1830-1833 ; 1, rue Neuve-des-Mathurins en 1843. Le Moniteur universel, 31 juillet 1830 ; Le Courrier français et le Journal du commerce, 30 juillet 1830 ; Le Courrier français, 3 août 1830 ; le National du 11 août 1830 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 256 ; Ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 29, et souscription pour les blessés de la journée du 29 juillet. Rapport du secrétaire, présenté à la commission de l’ambulance et soumis à l’autorité municipale, imprimerie de Sétier, s.d. p. 5 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Piorry, Pierre, Alphonse) ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Lafosse, Jean-Pierre, in dossier Renaudin, Antoine, Philippe, Auguste, idem in dossier Lafosse, Jean-Pierre ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Rouge, Jacques ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Bric, Victor ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusqu’au 31 mai 1833 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/45 in dossier Borde, Adrien, Jules, Germeuil ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Froelicher, Jean, Joseph (l’attestation de signature est au nom de Piorry, P. B. sans doute par erreur puisqu’il s’agit d’une copie) ; Archives nationales F/1dIII/62 in dossier Legoux, Dominique, Louis (pour lequel il délivre un certificat constatant les circonstances de son décès à l’ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré) ; Archives nationales F/1dIII/70 in dossier Pelassy des Fayolles, Nestor ; Archives de la préfecture de police AA 381 in dossier Coulon, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 390 in dossier Goldstein, Albert (pour lequel il signe un certificat de soins à l’ambulance de la rue Grenelle-Saint-Honoré) ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Pelassy des Fayolles, Nestor ; Journal des connaissances médico-chirurgicales n° 13, 1er juillet 1861 ; Les Médecins de Paris jugés par leurs œuvres, ou Statistique scientifique et morale des médecins de Paris, Sachaile (de la Barre), Paris, chez l’auteur, 1845, pp. 526-528.