Plaignol, Eugène
Biographie
Né le 28 octobre 1794 à Serrières (Ardèche). Rédacteur à la Révolution. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du IVe arrondissement. Dans le récit que fit Boyaud, Louis, François (voir ce nom) de sa propre participation aux combats de Juillet, il laissait les indications suivantes sur Plaigniol : « […] Le jeudi matin, accompagné de M. Plagniol, il se rendit à l’Hôtel de ville, où l’on disait que devait arriver le général Lafayette […]. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Plagniol, Eugène), auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut l’un des inculpés (avec Bonnias, Henri ; Chaigneau, Jean-Marie ; Blanqui, Auguste ; Delaunay, Victor ; Gervais, François, Guillaume ; Hubert, Jean-Louis ; Juchault, Alexandre ; Préot ; Raspail, François, Vincent ; Rilheux, Norbert, ou Rillieux ; Rivail ; Thouret, Vincent, Antoine ; Trélat, Ulysse) du procès, en janvier 1832, contre les membres les plus influents de la Société des Amis du peuple, pour complot ayant pour but d’instaurer la république, et qui furent tous acquittés par le jury ; certains cependant, furent l’objet de peines accessoires, prononcées par les seuls magistrats et pour leur attitude pendant le cours du procès. Dans sa défense, Plagniol donna les indications biographiques suivantes sur sa participation aux journées de Juillet : « J’aurais, en mon particulier, quelques raisons de me plaindre de ce que la part que j’ai prise au premier acte de la glorieuse insurrection des trois jours ne m’eût, sous le gouvernement actuel pas même valu le droit d’émettre librement mes opinions. […] Mes amis et moi, bien que combattants des barricades, bien que vainqueurs avec le peuple au 29 juillet, nous nous sommes les jours suivants, vivement opposés à l’intronisation du nouveau roi. […] « D’abord, s’il était vrai que la nation ne voulût pas de la république ; si les gouvernants actuels, qui aiment tant à le faire croire, en étaient eux-mêmes bien convaincus, pourquoi en juillet 1830 ont-ils reculé devant la seule mesure qui pût légitimer leur pouvoir : la convocation des assemblées primaires ? Pourquoi, ensuite, n’a-t-on rien eu de plus pressé que de promettre des institutions républicaines ? Pourquoi le duc d’Orléans annonçait-il à qui voulait l’entendre, qu’il avait toujours été républicain ? Pourquoi un célèbre général, qui résumait en sa personne toute la puissance du moment, a-t-il cru devoir dire en faveur du gouvernement qu’il établissait : “Voilà la meilleure des républiques !” C’est qu’il y avait évidemment quelque chose au fond des cœurs et dans le vœu universel qui sympathisait avec ce mode de gouvernement ; c’est qu’il y avait alors à satisfaire un besoin électrique qui se manifestait de toutes parts, savoir : le besoin d’un gouvernement juste et protecteur des intérêts de tous sans exception ; besoin d’un gouvernement réparateur des torts de la Restauration ; besoin en un mot d’un gouvernement à bon marché, c’est-à-dire de la république. » Il fut arrêté (sous le nom de Plagniol, Eugène), le 13 avril 1834, pour provocation à des crimes et délits, en compagnie de : Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph (voir ce nom), architecte, né en 1802 à Maubeuge (Nord), demeurant 29, rue de La Villette à Belleville ; Charpentier, Charles, Nicolas, Isidore, né vers 1794 à Morare, architecte, officier de la garde nationale, demeurant 5, rue du 29-Juillet ; Rivail, Henry, né vers 1810 à Paris, imprimeur, demeurant 24, rue Notre-Dame-des-Victoires, condamné à six mois de prison le 23 juin 1832 pour participation à tentative de renversement du gouvernement ; Duchatelet, Armand, Ernest, né vers 1812 à Paris, élève en médecine, demeurant 23, quai de la Cité, déjà arrêté le 16 juillet 1831 pour délit politique, nouvel écrou le 13 août 1831, condamné à trois mois le 3 décembre 1831 pour son premier écrou et libéré le 1er mars 1832 de son second écrou ; Delescluze, Charles, né vers 1810 à Dreux (Eure), clerc d’avoué, demeurant 21, rue Coquenard ; Marius, Georges, Louis, né vers 1803 à Grandson, artiste, demeurant 36, rue d’Argenteuil ; Delsart, Adolphe, né vers 1806 à Valenciennes (Nord), sténographe, demeurant 44, rue Basse-du-Rempart ; Planel, Jules, né vers 1814 à Noyon (Osie), étudiant en droit, demeurant 57, rue de Seine ; Gervais, François, Guillaume (voir ce nom), né vers 1804 à Caen (Calvados), médecin, demeurant 36, rue de la Verrerie, déjà arrêté le 31 août 1831 pour délit politique et libéré le 29 décembre 1831. Leur arrestation fut l’objet du procès-verbal suivant : « Hier, à 9 heures trois quarts du soir, agissant en vertu et pour l’exécution d’un mandat de M. le conseiller d’Etat portant de cerner la maison rue Notre-Dames-des-Victoires où sont établis les bureaux du journal La Tribune et d’arrêter toutes les personnes qui se trouveraient dans lesdits bureaux ainsi que celles qui en sortiraient ou qui viendraient à y entrer, MM. Bouilhon et Lafontaine, commissaires de police aux délégations, le sieur David, officier de paix, et des agents sous leurs ordres ont arrêté les trois premiers individus dénommés d’autre part, comme il sortaient des bureaux, les six autres comme ils se tenaient cachés dans un couloir en face de la porte d’entrée lequel conduit à un escalier donnant dans la cour à droite, et le dixième au moment où il venait de l’extérieur pour entrer dans les bureaux du journal La Tribune. Ces sept derniers individus protestèrent d’abord contre leur arrestation qu’ils considéraient comme arbitraire et refusèrent de décliner leurs noms jusqu’à ce qu’ils ont été écroués au dépôt de la préfecture. Après leur arrestation les scellés ont été apposés en vertu du mandat sur trois portes fermant tous les bureaux dudit journal et ils ont été confiés à la garde du sieur Oudaille, garçon de bureau du journal, qui a dit s’en rendre responsable sous toutes les peines portées par la loi en tant que cela dépendra de lui. » Il demeurait 8, rue Saint-Pierre à Montmartre (Seine) en 1830-1831 ; 16, rue des Magasins en 1831 sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 A mais aussi in Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832 ; 3, rue Feydeau en 1834. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 (feuille volante) ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 374 in dossier Boyaud, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 422, année 1834, dossiers collectifs 3 février-27 décembre 1834 (549 à 793) in dossier Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph ; Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832 (sous le nom de Plagniol, Eugène).