Planty, Christin aîné
Biographie
Ex-officier supérieur, ex-commandant du corps de cavalerie franche de Vaucluse sous les ordres du maréchal Suchet en 1815. Il adressa à la Commission des récompenses nationales le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Lorsque l’honneur national se rattache essentiellement au bonheur d’avoir servi la patrie dans les trois journées qui ont immortalisé la valeur de la France et que j’ai payé si cruellement ma dette à mon amour de la liberté, puisque les résultats de mon dévouement ne me laissent aucun espoir d’échapper à une maladie mortelle et que jusqu’alors il ne me reste que le brevet du malheur que j’ai supporté pendant quinze ans ; pour me consoler de la situation pénible et pour m’aider à braver une mort trop lente, annoncée par de continuelles souffrances, je dois, avant de succomber, vous prouver que je suis digne de vos égards d’abord et de la récompense que le pays destine à ses vrais soutiens. J’existe, il est vrai, mais des contusions bien plus dangereuses que des blessures, qui peuvent se cicatriser, m’ont causé une inflammation de poitrine, vingt-six jours d’agonie et une convalescence dont je ne sortirai qu’en mourant. Ma vie appartenait à la patrie mais il m’est triste de la perdre en languissant lorsque je l’ai si courageusement exposée pour aider les bons Français à chasser le jésuitisme et la tyrannie dont j’étais depuis si longtemps la victime. Enfin, Messieurs, ma maladie a été mortelle et les efforts de mon épouse pour me soulager l’ont rapprochée du tombeau. Depuis six semaines elle ne laisse aucune espérance de la sauver et les secours qui m’ont été accordés n’ont jusqu’alors été employés qu’à pallier nos douleurs. Un emploi tranquille était la récompense que j’osais espérer et une sous-préfecture conviendrait sans doute à ma position, d’autant mieux que sous le règne de l’Empereur j’ai deux fois été obligé d’opter entre cette place est celle d’inspecteur général des vivres de la guerre. Cependant, tant de braves citoyens ont de si justes réclamations à faire que, bornant mes vues et mes espérances et afin qu’il soit plus facile de m’assigner un poste où j’aurai moins de concurrents à redouter, j’oserai seulement Messieurs, vous prier de vouloir bien me proposer sinon à M. le ministre de l’Intérieur pour un emploi de sous-préfet du moins à M. le ministre de la Guerre pour celui de garde-magasin des vivres ou de la réserve dans une ville forte ou à l’armée (le cas échéant). Une place est maintenant ma seule ressource pour attendre la fin de ma vie, sans être exposé à la misère, et après avoir émis mes prétentions, calculées sur mes droits à la reconnaissance nationale, je vais, Messieurs, analyser ma conduite pendant les 27, 28 et 29 juillet afin que vous puissiez les apprécier dans votre justice. Malgré la prolixité de cet extrait, je vous prie de le lire avec bonté ; il ne m’est pas possible de le rendre plus concis. Journée du 27 juillet. Je me trouvais sur le boulevard des Capucines, me dirigeant vers la rue Royale, et je regardais un groupe de citoyens placés à quelques pas de l’hôtel du ministère des Affaires étrangères, dont la porte paraissait fermée, lorsqu’un gendarme à cheval en sortit au galop et sabre nu, courant sur le boulevard même que je parcourais et en passant près de moi l’extrémité de son arme renversa mon chapeau, en ménageant ma tête. Mais son mouvement de gauche à droite ayant été mal exécuté lorsqu’il cherchait à me saisir, je profitai de sa maladresse et je le culbutai. Le 28. Au jour naissant, après avoir pris quelques précautions pour laisser ignorer à mon épouse ce que je méditais, afin d’éloigner ses craintes, je joignis près du boulevard Montmartre une trentaine d’hommes, de tous les états, et je me rendis avec eux dans la rue Hauteville chez M. Audry de Puyraveau, où je croyais trouver des fusils ; mais il n’existait alors dans ses magasins que des baïonnettes, qui furent distribuées rapidement, et, quoique persuadé que cette arme ne pouvait pas m’être d’un grand secours, j’organisais néanmoins les braves qui m’avaient suivi, et, pour les encourager, je leur fis à plusieurs reprises la lecture de deux proclamations (du National et du Temps) qui venaient de m’être remises par un citoyen dévoué et j’y mis tout le feu, tout l’enthousiasme qui pouvaient électriser mes auditeurs, dont le nombre grossissait et s’enflammait, de manière à ne me laisser aucun doute que l’esprit et le génie de la liberté commençaient à être vivement interprétés et bien compris. Bientôt je me trouvais près de l’arcade Colbert et, par un mouvement spontané, quelques braves déterminés coururent avec moi sur le corps de garde des Suisses, avec l’intention de les désarmer seulement car nous ne pensions pas alors à faire des prisonniers. Le poste ne nous fit qu’une légère résistance ; cependant je reçus dans la mêlée un coup de crosse de fusil sur le côté droit de la poitrine ; il me laissa presque sans voix pendant dix minutes et, en reprenant mes sens, j’éprouvais une oppression violente qui fut suivie d’un crachement de sang et de la fièvre ; voilà tout ce que j’avais obtenu dans ce premier coup de main dont je rapportais cependant un sabre suisse, mais sans fourreau. Eprouvant le besoin du repos, je revins chez moi en dissimulant ce que je souffrais et j’étais depuis deux heures sur mon lit lorsque je fus réveillé par le tocsin. Mes forces se doublèrent alors, j’oubliais ma douleur et j’allai grossir le nombre des combattants, avec mon sabre et ma baïonnette seulement, car jusqu’alors je n’avais pu me procurer un fusil… A l’entrée de la nuit, après avoir cherché avec une vingtaine de citoyens des armes à feu, sans en trouver, je les décidai à m’accompagner à la caserne du 5e régiment, faubourg Poissonnière, avec l’intention de nous emparer du poste qui la gardait en l’absence du régiment et, au moyen de ce coup de main, de saisir les armes ou par force ou par ruse. Mais le poste était nombreux et retranché en dedans, ayant la porte d’entrée fermée… Je crus alors pouvoir recourir à la persuasion et je laissai mes camarades en dehors, me présentant seul à l’officier de garde. Je cherchai à lui prouver qu’il était impossible que son régiment continuât à se battre contre des Français, que j’avais au contraire la certitude qu’il devait incessamment s’unir à nous et je le priai, au nom de la patrie, de nous laisser armer avec les fusils des soldats malades ou en congé. Je conçois maintenant que ma demande était imprudente et même téméraire, mais je ne voyais, je ne respirais que la liberté et le désir d’aider à la reconquérir ou de succomber en combattant, car j’avais à venger le coup mortel que j’avais reçu et quinze ans d’injustice qui n’avait réduit à la plus hideuse détresse. L’officier me répondit, avec assez de bonté, que depuis quinze ans il attendait l’épaulette qu’il ne portait que depuis quelques jours et que ce serait un moyen de la perdre s’il accédait à ma proposition… Toute sa garde alors était sous les armes. Ceux qui m’avaient suivi, me croyant en danger, frappaient à coups redoublés à la porte de la caserne, en me réclamant à grands cris, mais j’en sortis sans avoir réussi, mais convaincu que le 5e régiment cesserait de se battre le lendemain contre nous. Le soir, en traversant le boulevard, une balle traversa le bas de ma redingote mais elle partait d’une arme des nôtres, qui était au repos ; elle frappa contre une borne sans me toucher. Je passai cette nuit chez moi mais j’éprouvais déjà de grandes douleurs et une forte oppression qui me força à rester à moitié debout sur mon lit. Le 29, je n’arrivais sur le champ de bataille, rue Saint-Honoré, près de la rue du Coq, qu’à 10 heures et demie. Je m’étais alors procuré un fusil de chasse double que j’avais enlevé à un jeune imprimeur, blessé mortellement. Il était chargé et je m’en servais heureusement car je culbutai un officier suisse et je blessai un gendarme. Je n’avais pas de munitions et le fusil n’était pas de calibre, ce qui le rendait une arme inutile. Je le portais à l’épaule avec l’intention de me retirer pour m’en procurer lorsque le canon de mon fusil fut atteint d’une balle à peu de distance de la batterie. Un des hommes qui se trouvaient alors près de moi fut frappé d’une balle morte à la tête. Le coup l’étourdit quoiqu’effectivement la blessure fût légère, et je quittai la foule pour le panser. Il n’avait qu’une baïonnette et comme j’avais quitté mon sabre pour le fusil, parce qu’il n’avait ni baudrier ni fourreau, je ne pus continuer à combattre et j’engageai ce brave à se retirer avec moi, ce que je n’obtins qu’avec peine. Je m’aperçus que sa tête était dérangée et je lui conseillai le repos. Je m’aperçus, en me retirant, que je crachai le sang. J’éprouvais même un grand malaise. Cependant, avant de rentrer chez moi, je m’arrêtai sur la place de la Bourse à la rue Vivienne, voulant essayer encore du combat. Un officier d’état-major, désarmé, arrivait au même instant, conduit par un voltigeur ou du moins par un jeune homme très petit. Le peuple se porta en masse contre lui et avec fureur. Cet officier s’étant dit parlementaire, je me plaçai au devant de lui pour le sauver ; j’essayai, mais vainement de prouver que sa mission devait le faire respecter. On lui donnait de toutes parts des coups de crosse ou de canon de fusil sans baïonnette et je reçu la majeure partie de ses coups, qui me laissèrent tout à fait sans force. Tandis qu’on l’entraînait près du général Dubourg, dans l’intérieur de la Bourse. Ce n’est qu’après m’être arrêté plus de vingt fois et avoir traversé les barricades avec une extrême difficulté que j’ai pu regagner la maison, où je présentai une extrême fatigue. J’essayais, le lendemain et pendant quelques jours encore, de surmonter mes douleurs mais une forte oppression détermina bientôt une inflammation de poitrine et n’ayant que très peu de ressources pour me soigner, mon épouse elle-même étant très malade, je passai douze jours sans autre soulagement que de l’eau de bourrache, jusqu’à ce qu’on me posât une grande quantité de sangsues, qui diminuèrent mes souffrances, sans détruire le danger, car plusieurs fois on me haranguait pour me déterminer à recevoir l’extrême-onction, dont j’étais beaucoup moins occupé que de ma douleur. Enfin M. Boucher-Dugua (voir Boucher-Dugua, Nicolas), chirurgien major de la IIe légion, ayant été délégué pour constater la situation, je reçus de prompts secours de messieurs les maires et adjoints, mais ma convalescence est encore bien douloureuse, et me laisse une affection du poumon qui paraît devoir m’entraîner. Tel est, Messieurs, le précis de ma conduite pendant les trois jours. Je la livre à votre justice et je termine en vous faisant observer que depuis quinze ans j’ai éprouvé les grands malheurs, ayant commandé en 1815 le corps de cavalerie franche de Vaucluse dont la formation m’a ruiné, j’ai été proscrit et obligé de fuir en Belgique, où mon exil s’est prolongé pendant trois ans, qu’à mon retour en France je n’ai trouvé qu’un brevet d’indigence et que je n’ai pu exister que par les bontés généreuses de quelques vieux amis ou par la vente de quelques opuscules que je composai à la hâte pour me procurer du pain sans être à la charge de la bienfaisance de mes concitoyens. Je suis, Messieurs etc. » Il joignait à sa lettre un extrait du certificat délivré par Boucher-Dugua, chirurgien-major de la IIe légion, qui constatait qu’il « […] attaqué d’une inflammation des poumons, résultant des contusions violentes » et ajoutait : « Ma maladie est tout à fait incurable, elle résulte de mon dévouement à la cause sacrée de la patrie, ma femme est aussi près de la mort, par suite des soins et des fatigues que ma situation lui a causés, enfin les secours que j’ai reçus jusqu’alors n’ont servi qu’à payer des palliatifs et je reste toujours dans la gêne la plus cruelle. Je demande la continuation des secours et un emploi de sous-préfet ou de garde-magasin des vivres de la guerre ou de la réserve dans une place forte et la récompense nationale dont la Commission me trouvera digne. » Il reçut un total de cent francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (bien sous le nom de Planty, Christien sur les listes des journaux et in Archives nationales F/1dIII/39). Il reçut (bien sous le nom de Planty Christien), à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il signa (bien sous le nom de Planty fils), le 18 août 1831, comme ex-chef d’escadron, décoré de Juillet, demeurant 7, rue du Croissant, le certificat suivant en faveur de Collin, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je certifie que M. Collin a rendu les plus grands services à la cause de la liberté pendant les trois journées de Juillet, qu’il a donné ; partout où le danger se trouvait, des preuves d’un courage héroïque et qu’après avoir vaillamment combattu dans nos rangs il est allé défendre les Belges, en qualité de capitaine d’artillerie. » Il signa, le 5 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Degand, Louis : « Nous, soussignés, gardes nationaux, désirant rendre hommage à la vérité et à la bonne conduite du citoyen Degand, grenadier de la compagnie Dupuget, IIIe légion, déclarons et attestons ce qui suit. Que le 28 juillet à 10 heures du matin, le citoyen Degand abandonna sa nombreuse famille et son établissement de la rue Joquelet n° 8 (sic), pour se porter habillé et armé aux Petits-Pères qu’à 2 heures de relevée il se trouva place des Victoires, au coin de la rue Vide-Gousset avec le 5e de ligne sous le feu du 3e de l’ex-garde royale, commandée par Raguse et qu’ensuite il fut désigné pour conduire les blessés restés sur ladite place au Val-de-Grâce ; que débusquant de la rue des Poulies à la place du Louvre, il essuya la fusillade des Suisses rangés derrière la colonnade et qu’enfin il arriva non sans courir de grands dangers à sa destination. Nous déclarons que, dans cette circonstance, il fit preuve de courage et de patriotisme ; qu’il s’est trouvé partie du manuscrit brûlée de 11 heures partie du manuscrit brûlée rue Saint-Honoré et Richelieu partie du manuscrit brûlée […]. » Il demeurait 7, rue du Croissant en 1830 in Archives nationales F/1dIII/34 ; 49, rue Rochechouart en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 68 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 (il signe bien Planty, Christin) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives de la préfecture de police AA 379 in dossier Collin ; Archives de la préfecture de police AA 383 in dossier Degand, Louis.