Pleindoux, Alexandre

Biographie


Reçu médecin en 1801. Le 9 mars 1832, apprenant que son fils Pleindoux, Etienne, à la suite des événements d’août 1830 et « en récompense d’avoir pansé gratuitement tous les blessés de cette fatale journée et comme faisant son service de chirurgien-major de la garde nationale avec un zèle au-dessus de tout éloge » était proposé pour la décoration de la Légion d’honneur, il appuya ainsi la proposition : « Si dans l’esprit du gouvernement, les titres du père peuvent ajouter à ceux de son fils et accroître les chances de succès en faveur de ce dernier, je prendrais la liberté de vous exposer, Monsieur le ministre, qu’il y a longtemps que j’aurais pu former cette demande pour moi-même, croyant y avoir quelque droit à plus d’un titre. Exerçant l’art de guérir depuis quarante ans, j’ai, dans ce laps de temps, rempli tous les devoirs de ma profession avec une très grande activité et j’aurais pu demander la croix de la Légion d’honneur : Premièrement comme un des premiers vaccinateurs du midi de la France. Mon fils Etienne, celui pour lequel je réclame votre haute et bienveillante protection, fut le premier soumis à cette bienfaisante inoculation, dans la ville de Beaucaire que j’habitais alors. De ses boutons-vaccins soixante autres enfants furent également vaccinés et c’est de cette source qu’en avril 1799 la bienfaisante vaccination se répandit dans tout le département du Gard. Ce fut à cette même époque que je publiais mon premier opuscule sur la vaccine, dans lequel je répondais à toutes les objections que faisaient alors à la nouvelle inoculation les antivaccinalistes. La première thèse sur la vaccine, qui a été présentée à la faculté de Montpellier, c’est par moi, lorsque je fus reçu docteur en médecine en 1801. Cette dissertation en faveur de la vaccine fut honorablement citée par tous les journaux de médecine de cette époque et notamment dans le second rapport que la Société de médecine de Paris fit au ministre de l’Intérieur sur la propagation de la vaccine en France en 1802. Devenu membre correspondant du comité central de vaccine établi par son excellence le ministre de l’Intérieur, j’ai constamment entretenu avec cette société savante et avec le ministre lui-même une correspondance assidue, pour laquelle j’ai reçu en 1811 une médaille d’encouragement, comme un des principaux vaccinateurs. L’énumération serait trop longue, Monsieur le président, si je vous détaillais tout ce que j’ai fait pour la propagation de la vaccine ; je vous dirai seulement que sur vingt-trois mémoires que j’ai publiés sur différentes parties de la médecine et dont trois ont obtenu des couronnes académiques il y en a neuf en faveur de la vaccination : j’ai donc toujours considéré cette bienfaisante méthode quand un enfant chéri, dont j’ai béni la naissance, entouré le berceau, travaillé à son développement, et fortifié de tous mes moyens son accroissement et ses bienfaits. J’ai été l’apôtre de sa doctrine première, j’ai combattu avec courage les antivaccinalistes ; j’ai démontré la fausseté de leur système ; j’ai prouvé leurs erreurs et signalé l’ignorance de la plupart d’entre eux ; enfin j’ai fait tout ce qui m’a été possible pour le triomphe de la vérité ! C’est mon plus beau titre de gloire. Je puis vous donner pour témoignage de ce que je viens d’avancer, non seulement les grands citoyens qui ont été ministres de l’Intérieur aux époques précitées mais encore M. le docteur Husson, médecin à Paris, ancien secrétaire général du comité de vaccine, plus tous les hommes honorables qui ont été préfets du Gard et notamment M. d’Argout, à qui je fis un rapport sur la vaccine de près de trois cents pages. Or si quelques médecins ont obtenu la décoration de la Légion d’honneur, comme zélés vaccinateurs, je crois avoir à cette récompense autant de titres que qui que ce soit. Deuxièmement si la bienfaisance, qui est le premier devoir comme la première vertu des médecins, peut-être récompensée par le témoignage public de la satisfaction du gouvernement, ne puis-je pas prouver que j’ai fait gratis le service des pauvres malades pendant vingt-deux ans, comme chirurgien du bureau de bienfaisance de la ville de Nîmes ? Troisièmement si à mes titres comme médecin je dois ajouter ceux comme citoyen français, je dirais, Monsieur le président du Conseil, que, depuis 1789 jusqu’à aujourd’hui, j’ai constamment soutenu les principes d’une sage liberté et de la souveraineté nationale ; qu’ayant mérité les honneurs de la proscription en 1793, je les obtins aussi en 1815 à Nîmes, où je fus non seulement mis en fuite mais mis à contribution comme tant d’autres de mes concitoyens ; je dirais enfin que, dans cette longue période de 1789 à 1830, j’ai reçu bien des blessures et jamais la plus petite récompense. Quatrièmement, mais s’il me fallait présenter quelques faits applicables à la spécialité de la demande faite en faveur de mon fils, j’ajouterais que le 30 août, à Nîmes, jour de triste mémoire, dont il est question, mon fils Etienne n’était pas le seul médecin sur le champ de bataille ; j’y étais aussi, et c’est ensemble que nous donnâmes les premiers soins aux blessés. Mais je vais vous instruire, Monsieur le Président, d’un autre fait non moi honorable, que peut être la Commission des récompenses n’a point connu, et dont Monsieur le préfet lui-même n’a peut-être pas eu l’occasion de vous parler. Le lendemain de la révolte armée des carlistes, le 31 août, nous étions, M. Larguier, avocat à Nîmes, mon fils Etienne et moi, au pied du perron de la salle de spectacles, à causer des tristes événements qui affligeaient notre ville, lorsque tout à coup un bruit extraordinaire se fit entendre dans la rue du Musée, à cinq ou six cents pas de nous. Nous portons nos regards de ce côté, et j’aperçois que des hommes armés de fusils venaient d’en arrêter un autre, et que l’on cherchait à le faire écarter pour le fusiller. Concevoir cette pensée et courir de toutes mes forces sur le lieu de la scène fut l’affaire d’une seconde ; j’arrive à temps, je me précipite sur ce malheureux que je prends dans mes bras et lui fais un rempart de mon corps. Je suis reconnu et les hommes armés relèvent leur fusil. Un coup de fusil part à mon côté, mais heureusement le canon dirigé haut, la balle n’atteignit personne. Monsieur Pleindoux, me crie la troupe armée, c’est un de ceux qui nous assassinaient hier ! – Hier en vous défendant vous eussiez pu le tuer, mais aujourd’hui cet homme est sans armes, il est votre prisonnier, vous devez le respecter : vous commettriez un crime. Mon fils qui était accouru après moi m’aida à accompagner le prétendu prisonnier au corps-de-garde de la comédie ; là, je le confiais à un poste de la ligne, et ce fut par cet acte de courage qu’au risque de mes jours je sauvais la vie à un homme, et l’honneur au parti national à Nîmes. Voilà, Monsieur le président, comment j’ai toujours compris mes devoirs comme médecin, comme Français et comme citoyen. Oserais-je vous dire maintenant que je connais bien de mes compatriotes, décorés de la croix de la Légion d’honneur, qui n’ont pas eu occasion de réunir pour cette distinction honorable autant de titres divers. Eh bien ! je ne la réclame point pour moi ; mais si mes titres peuvent accroître, grossir ceux de mon fils, et que ce dernier l’obtienne, je considérerais cette récompense comme collective, comme une récompense de famille, et j’en conserverais pour ma part le souvenir le plus attendrissant ; j’en aurai au gouvernement, à vous, Monsieur le Président, et surtout à Sa Majesté le roi des Français une respectueuse reconnaissance. » Il était membre de plusieurs sociétés médicales. Il est l’auteur de Deux discours sur la vaccine, prononcés en séances particulières du comité central de vaccine du département du Gard, parus à Nîmes en 1817, chez Gaude, imprimeur-libraire. Il demeurait 31, quai de la Cité à Nîmes en 1832. Archives nationales F/1dIII/79, dossier Gard.

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