Plougoulm, Pierre, Ambroise

Biographie


Né le 16 janvier 1796 à Rouen (Seine-Maritime). Avocat. Il fut nommé dès le 4 août 1830 par la Commission municipale rédacteur de la « narration officielle de tous les traits d’héroïsme et d’humanité qui ont illustré les dernières journées de juillet ». Il ne reste aucune trace de son travail. Seule nous reste un échange de courriers entre le général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, le président du Conseil, et Plougoulm lui-même, qui laisse à penser que les nombreux témoignages qu’avait recueillis Plougoulm furent déposés à la Commission des récompenses nationales [sans qu’aucune trace n’en soit retrouvée]. Une lettre, en date du 22 mars 1831, adressée par le ministère de l’Intérieur au général, lui faisait savoir qu’il avait demandé la remise entre les mains de la Commission des récompenses nationales de toutes les pièces dont Plougoulm était détenteur « sous la réserve toutefois que la Commission des récompenses nationales donnera communication à M. Plougoulm de ces mêmes pièces ou de toutes autres qu’elle pourrait avoir lorsqu’il jugera nécessaire de le demander pour la continuation de son Histoire de la révolution de juillet, dont il a été chargé par le gouvernement ». A cette demande, Plougoulm avait répondu la lettre suivante, en date du 22 mars 1831 : « Je n’ai pas besoin de vous dire que je suis fort disposé à faire tout ce qui sera dans l’intérêt de ceux qui pourront être jugés dignes de récompenses ; je vous demande cependant la permission de vous soumettre quelques observations sur la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Je n’ai pas été secrétaire de la Commission des récompenses nationales, ce n’est point à ce titre que tous les documents qui sont dans mes mains m’ont été remis. J’ai pris soin d’avertir tous ceux qui me remettaient des notes que mon travail était tout à fait indépendant des travaux de la Commission des récompenses et je ne prenais le plus souvent qu’une copie collationnée de leurs pièces, afin de les laisser maîtres de produire les originaux devant la Commission. Lorsque la Commission municipale, dont j’étais un des secrétaires, me chargea de faire ce rapport, on sentit bien que je ne pouvais, seul, recueillir tous les faits. Les maires furent invités à nommer des commissaires qui, dans chaque arrondissement, recueilleraient ce qu’ils jugeraient de plus remarquables et m’enverraient leurs rapports. C’est ce qui a été fait du moins en grande partie ; cette Commission ne fut donc établie que dans le but de réunir les matériaux du travail, afin de le rendre aussi complet que possible. Je ne me suis pas contenté de ces rapports. J’ai écrit ou fait écrire à tous les individus que je trouvais signalés soit dans les journaux soit dans divers écrits et j’ai obtenu ainsi beaucoup de documents, qui ne sont pas sans prix quoiqu’ils demandent examen. En outre, plusieurs relations particulières m’ont été données par des hommes qui ont joué des rôles importants dans les grandes journées. Pour réunir ces matériaux, il m’a fallu, vous le pensez monsieur, beaucoup de peine et de soin et vous sentez combien il serait fâcheux qu’ils se retrouvassent aujourd’hui dispersés ou perdus. J’en offre la communication, et avec d’autant plus de plaisir que personne ne pourrait l’exiger. Mais il serait nécessaire de prendre quelque mesure qui mette ma responsabilité à l’abri de toute répétition (sic) de la part de ceux qui m’ont confié leurs pièces. Pour m’entendre avec vous à ce sujet, je me propose d’avoir l’honneur de vous voir dimanche matin. Je vous prie, etc. » Dans une autre lettre, datée du 27 mai 1831, Plougoulm demandait que des fonds fussent alloués pour un de ses collaborateurs, Ajasson de Grandsagne : « Les travaux de la Commission des récompenses nationales étant maintenant terminés ou sur le point de l’être, je vais y puiser les renseignements qui n’étaient nécessaires et terminer le plus promptement possible la relation dont je suis chargée ; mais pour remplir cette tâche avec tout le soin qu’elle mérite, un grand travail est nécessaire. Les notes fort abrégées de la Commission, les rapports incomplets qui m’ont été adressés ne peuvent suffire. Pour rapprocher aussi près que possible de la vérité, pour être exact dans le détail comme dans l’ensemble, il faudra interroger beaucoup de témoins, recueillir des renseignements de tous les côtés, faire mille démarches : c’est ce qu’il me serait absolument impossible de concilier avec les travaux de mon cabinet. Il est donc indispensable que pour cette enquête et tous les soins qu’elle demandera, je m’adjoigne un collaborateur. Je ne pouvais, je pense, mieux choisir que M. Ajasson, qui a déjà une grande connaissance des faits. Il a eu l’honneur, Monsieur le ministre, de vous présenter un plan dont vous avez pu apprécier le mérite. Ce travail sera la base de la relation. M. Ajasson s’occupant spécialement de recueillir et de vérifier les faits, je donnerai tous mes loisirs et mes soins à la rédaction. Je me trouve heureux de remplir cette tâche gratuitement, c’est ce que j’ai déclaré à la Commission municipale, quand elle m’a fait l’honneur de m’en charger. L’ouvrage sera vendu au profit des blessés. Il en sera de même pour le plan fait par M. Ajasson ; mais pour le travail dont il s’agit aujourd’hui il ne serait pas juste qu’il ne reçût aucun dédommagement de ses peines et de ses soins. Ne trouverez-vous pas convenable, monsieur le ministre, de fixer une indemnité qui lui serait allouée quand le travail sera terminé. Cette avance pourrait être reprise sur le produit de l’ouvrage. En outre, pour son plan M. Ajasson a fait beaucoup de dépenses. Il ne s’agit plus aujourd’hui que de faire faire le tirage. Il aurait besoin d’une somme de quinze à dix-huit cents francs, à défaut de laquelle l’ouvrage ne paraîtra pas et nous en serions privés. Vous est-il possible d’ordonner dès à présent cette avance ? J’ai l’honneur de vous faire observer que la collaboration de M. Ajasson m’est indispensable et que, sans son aide, je ne pourrais accomplir ma tâche. Le sort de la relation dépend donc maintenant de votre bienveillance. Ne jugez par du prix du travail par la main de l’ouvrier mais par l’intérêt et la grandeur des événements, dans lesquelles vous avez vous-même une si belle place. Je suis, etc. » Une réponse favorable lui fut sans doute donnée à la fois sur l’avance pour permettre le tirage du plan et sur l’indemnité à accorder à Ajasson de Grandsagne. Il ne reste cependant comme trace de ce travail qu’un succint Plan des combats de Paris aux 27, 28 et 29 juillet, par deux témoins assidus, Ajasson de Grandsagne et Maurice Plaut (voir Plaut, Maurice), géomètre, pour servir à la relation officielle dont M. Plougoulm, avocat à la cour royale, a été chargé à Paris, lithographié par Mantoux, rue du Paon à Paris. La mission dont avait été chargé Plougoulm souleva en tout cas beaucoup de récriminations pour le simple fait qu’on en vit jamais aucun aboutissement. « Les glorieuses journées de juillet devaient être transmises à la postérité par un avocat distingué, qui avait reçu la mission expresse d’en écrire l’histoire ; mais le zèle qu’avait montré d’abord le gouvernement à rendre au peuple parisien une justice éclatante et à lui élever un monument digne de sa généreuse audace, ne tarda pas à se refroidir ; d’autres soins, d’autres préoccupations s’emparèrent bientôt du nouveau pouvoir, et l’histoire de nos nouvelles barricades devait naturellement être ensevelie dans la même tombe que le Programme de l’Hôtel-de-Ville. » « Cette histoire, dont la rédaction avait été officiellement confiée à M. Plougoulm, secrétaire de la commission municipale à la suite de la révolution, n’a point encore été publiée, on en connaîtra sans doute plus tard le motif, on a vu, à la vérité, décorer l’historiographe de la croix de la légion d’honneur, il avait droit à celle de juillet, comme secrétaire du gouvernement provisoire, il faut croire que le ruban rouge, aujourd’hui si significatif, avait plus d’attraits pour M. Plougoulm ses cartons ont été remplis des documents fournis de toutes parts comme matériaux pour le monument qu’il avait l’honorable mission d’élever à la gloire du peuple de la capitale, il serait bien temps d’en finir ou d’expliquer avec franchise le mutisme ou paraît se condamner l’historien ! » In Plaidoyer de M. Moulin pour la Tribune, prononcé devant la cour d’assises de la Seine à l’audience du 15 décembre 1831 : « Après la révolution de juillet, M. Plougoulm, avocat, qu’un talent distingué a placé aux premiers rangs du barreau de Paris, avait été chargé d’écrire, pour nos descendants, les hauts faits, les belles actions, les traits de courage, de dévouement et d’humanité, qui signalèrent les trois journées. Pourquoi cette histoire, dont tous les document lui ont été fournis, et qui intéresse l’honneur national, est-elle encore à paraître ? Le gouvernement, qui, d’avance, a récompensé les veilles de l’auteur, aurait-il plus tard enchaîné sa plume ? » chez Auguste Mie imprimeur, Paris, p. 16-17. In Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Dufour, Pierre, Louis, on trouve le certificat suivant qui donne des indications sur le travail que devait faire Plougoulm : « Je, soussigné, P. Payot, droguiste, rue des Lombards n° 28, l’un des commissaires désignés pour opérer les recensements des faits, actions et blessures qui ont eu lieu dans la 1re section du (ancien) VIe arrondissement, pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet, certifie que le sieur Pierre, Louis Dufour, profession de bottier, est compris audit état sous le numéro 47, avec une note des plus favorables. Ce travail a été remis par les commissaires sus-qualifiés à M. Lababbie, rue Saint-Denis n° 148, et ce dernier l’a transmis à M. Plougoulm, avocat, rue du Sentier n° 1, comme membre attaché à la Commission des récompenses pour les mémorables journées. » Signé, le 25 octobre 1830 : Payot, P., demeurant 28, rue des Lombards. Les membres de la Commission municipale (Lobau, Schonen, Audry de Puyraveau et Mauguin) avaient, dès octobre 1830, demandé pour lui au roi et en ces termes la décoration de la Légion d’honneur : « La Commission municipale a l’honneur de mettre sous vos yeux le rapport de sa courte mais importante gestion. Tous ceux qui l’ont aidée de leur collaboration et de leurs lumières ont reçu de Votre Majesté quelque récompense. Un seul n’a rien reçu ni rien demandé : c’est M. Plougoulm, avocat, qui préfère les travaux de son état à la carrière des fonctions publiques. Il s’est cependant dévoué aux travaux de la Commission dès les premiers instants et c’est même lui qu’elle a chargé de la relation des derniers événements, mission dont il s’acquittera, nous n’en doutons pas, avec autant de talent que de conscience. Il serait en votre pouvoir, Sire, de le récompenser dignement : ce serait de lui accorder la décoration de la Légion d’honneur. Ce n’est qu’un simple vœu que nous exprimons mais cette distinction méritée serait flatteuse même pour le barreau où M. Plougoulm, quoique jeune encore, occupe déjà un rang honorable. » Dans l’article consacré à Moulin, Louis, Henri de la Biographie des hommes du jour, par Sarrut et Saint-Edme, on trouve le passage suivant concernant Plougoulm : « […] Dans cette cause toute de logique, M. Moulin se montra pressant dialecticien. Il prouva la thèse du journal incriminé par le bon sens, la raison, l’opinion des partisans même de l’hérédité (M. Thiers, Royer-Collard, Bérenger, Kératry, etc.), et l’autorité de Montesquieu, et de son savant commentateur, Destutt de Tracy. Sa démonstration reçut la sanction du jury, qui écarta aussi du débat la lettre sur les troubles de Toulouse, mais qui condamna la pétition des électeurs de Seine-et-Oise, laquelle n’avait été poursuivie ni dans le Vigilant, ni dans le National et le Courrier, qui l’avaient reproduite le même jour et dans les mêmes termes que la Tribune. Ce fut dans ce procès que M. Moulin, faisant allusion à l’histoire, toujours inédite, de la révolution, dont M. Plougoulm avait été chargé, l’appela plaisamment l’historiographe in partibus de la révolution de juillet. Le mot était heureux, il fit fortune au palais. Aujourd’hui que M. Plougoulm, devenu substitut du procureur-général, s’est fait remarquer par son aigreur, ses violences et ses emportements contre la presse, et la passion qui dicte ses réquisitoires, aujourd’hui surtout que par sa traduction de Démosthène, il nous a donné la mesure de son talent d’écrivain (Dans un article de critique fort remarquable de la Revue républicaine, M. Damas-Hinahd a prouvé que la traduction de M. Plougoulm n’était qu’un plagiat mal déguisé de la traduction de M. Jager), puisse-t-il n’être jamais tenté de toucher à notre glorieuse révolution !!... Trop de mains l’ont déjà polluée. […]. » En 1838, il était avocat général à la cour d’appel de Paris, en 1845 procureur général près la cour d’appel de Rennes. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 25 octobre 1830, officier le 6 mai 1838, commandeur le 4 mai 1845. Il mourut le 17 mars 1863 à Paris. Plougoulm demeurait 1, rue du Sentier en 1830. Vapereau dans son Dictionnaire des contemporains contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers, paru en 1858 chez Hachette, donne la biographie suivante de Plougoulm : Plougoulm, Pierre, Ambroise, magistrat français, né à Rouen en 1796, étudia le droit à Paris et se fit inscrire, en 1821, au barreau de la Cour royale. Après avoir, l’année suivante, plaidé pour un des accusés de la conspiration de la Rochelle, il prit une part active au mouvement libéral de cette époque, reçut la croix d’honneur en septembre 1830 et fut chargé de la rédaction officielle de tous les traits d’héroïsme et d’humanité qui avaient illustré les journées de Juillet ; cette relation n’a jamais reçu de publicité. Nommé substitut du procureur général à Paris à la fin de 1834, il devint avocat général en 1835 et porta la parole devant la Cour des pairs dans le procès d’avril et celui de Fieschi. Il obtint la croix d’officier de la Légion d’honneur (1838) et les fonctions de procureur général près la Cour d’Amiens (1839). Le 10 décembre de la même année, il passa en la même qualité à Toulouse, où il se rendit tellement impopulaire, qu’au milieu des troubles causés par le recensement de 1841, il prit la fuite avec le préfet, M. Mahul (12 juillet). Après une disgrâce passagère, M. Plougoulm fut envoyé successivement à Nîmes (1842) et à Rennes (1843), où, dès 1845, il fut appelé à la présidence de la cour. Elu député par l’arrondissement de Vannes (1846), il siégea à la Chambre sur les bancs du Centre et fut rapporteur des projets de loi relatifs à l’instruction secondaire et à l’instruction primaire. Lors de la révolution de Février, il se démit de ses fonctions judiciaires ; mais, en 1849, il fut appelé à la Cour de cassation d’abord en qualité d’avocat général, puis comme conseiller (1854). Il est commandeur de la Légion d’honneur depuis 1845. On a de M. Plougoulm quelques brochures politiques : LHérédité de la pairie (1831), Evénements de Toulouse (1841), etc., et la traduction du Traité de la vieillesse de Cicéron (1832) et des Harangues dEschine et de Démosthènes sur la couronne (1834). Histoire populaire de la révolution de juillet, récit des combats qui eurent lieu sous le commandement du colonel Marchal pendant les trois journées, Marchal, Colonel, impr. de Mme de Lacombe (Paris), 1834, p. 5, 92. Plougoulm demeurait 1, rue du Sentier en 1830 (mais 3, rue du Sentier in Archives nationales F/9/1155 in dossier Devergie, Jean-Louis) ; Archives de Paris VD6 576 n° 2 ; Archives de Paris VD4 22 pièce 5872 ; Archives nationales F/1dIII/33 ; Archives nationales F/1dIII/82 ; Archives nationales F/1dIV/P/8 Récompenses honorifiques ; Archives nationales LH/2181/36 ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Bazin, Jean-Baptiste, Théodore (une lettre de convocation qu’il fait parvenir à ce dernier) ; Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Dufour, Pierre, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Jandard, Jean-Baptiste (où des copies de certificat sont indiquées comme lui ayant été envoyées) ; Archives de la préfecture de police AA 410 in dossier Renaud, Edouard (une convocation de Plougoulm, en date du 15 septembre 1830 et ainsi rédigée : « M. Plougoulm, chargé de la relation officielle des événements de Juillet, prie M. Renaud de vouloir bien passer chez lui pour lui donner quelques renseignements sur la belle conduite qu’il a tenue et sur quelques circonstances relatives à l’assaut du magasin de Jeanne d’Arc. De 3 à 5, le plus tôt possible, 1, rue du Sentier. ») ; Archives de la préfecture de police 413 in dossier Seguin, Paulin (une convocation qui invitait Seguin à passer à son domicile, 1, rue du Sentier, pour lui donner des renseignements « sur la belle conduite qu’il a tenue ») ; Biographie des hommes du jour, Sarrut et Saint-Edme, membres de l’Institut historique, Paris, chez Krabe, 1836, tome 1er 2e partie, pp. 162-173 in l’article sur Moulin, Louis, Henri ; Biographie des hommes du jour, Sarrut et Saint-Edme, Paris, Pilout, 1838, tome IV, 1re partie, p. 375-378, l’article sur Parchappe qui écrit que ce dernier lui a confié ses justificatifs.

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