Poirier, Jean, Nicolas
Biographie
Né le 19 septembre 1799 à Fresnes (Meuse). Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 5 mars 1848, la lettre suivante au maire du (ancien) VIIe arrondissement : « Poirier, Jean, Nicolas, l’un de vos administrés, marié, sans enfant, concierge depuis vingt-cinq ans en maison sise rue du Temple n° 15, honorablement connu de M. Huron (voir Huron, Jean-François), médecin de l’hospice Saint-Merri et autrefois locataire dans ladite maison, a l’honneur de vous exposer que s’étant distingué par son zèle et son dévouement aux affaires de 1830 il n’a néanmoins réclamé aucun signe honorable de ces faits à cette époque, mais que cette fois, fidèle à ses précédents, ayant de nouveau pris une part active et ayant couru les plus grands dangers dans les dernières affaires, toujours désintéressé sous le rapport pécuniaire ainsi que tout bon Français, il n’en désire que plus vivement prendre part aux distinctions et signes honorifiques qui pourront avoir lieu en raison de ces dernières et glorieuses journées. Il dépose ses titres et ses réclamations en vos mains, monsieur le maire, pour y faire droit s’il y a lieu. En effet, après avoir travaillé dès le commencement aux barricades, s’étant procuré un fusil le 24 février partant de l’Hôtel de ville et marchant sur le Louvre il était à côté des tambours de la VIIe légion et du tambour-major à hauteur du pont Notre-Dame il s’élança sur le soldat, chasseur de Vincennes, qui marchait en éclaireur, et le désarma. Dans ce moment, le peloton à la têt duquel il se trouvait reçut une charge de cuirassiers et de dragons qui le contraignit de rétrograder sur la barricade en face du pont Notre-Dame. Dans ce moment, il fut renversé et foulé aux pieds des hommes et des chevaux, sans cependant abandonner ni son fusil ni l’arme qu’il avait enlevée et qui se trouvait être un yatagan, lequel il a remis depuis entre les mains de M. Leucade et d’après ses ordres. Revenu à la barricade au coin de la rue de Montmorency, il n’en n’est pas moins resté huit heures de faction et sans être relevé à cette barricade et même depuis n’a cessé jusqu’à ce moment de faire le service de garde national. Hier encore, 4 mars, à la cérémonie funèbre, il était en tête de la colonne de M. Savart, 1re compagnie de chasseurs, qui l’a reçu dans sa troupe quoiqu’en simple habit d’ouvrier. C’est pour quoi il espère que son dévouement sera apprécié cette fois et qu’il aura sa part non à aucune récompense pécuniaire qu’il laisse à de plus malheureux que lui mais aux signes honorifiques qui pourront avoir lieu et qu’il croit avoir bien mérité dans ces deux fameuses occasions, juillet 1830 et février 1848. Plein de confiance en vos lumières et votre équité, le réclamant se dit avec un profond respect, etc. » Sa lettre était accompagnée de deux apostilles. La première apostille ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Poirier s’est toujours montré plein de zèle pour la chose publique. » Signé : Huron (voir Huron, Jean-François), demeurant 23, rue Saint-Merri. La seconde apostille ainsi rédigée : « Le citoyen Poirier est un de ceux qui ont le plus contribué à la formation de la barricade du Temple Montmorency : il a aidé de tout son pouvoir au rétablissement et plus tard au maintien de l’ordre, en restant jour et nuit en faction sur cette même barricade, qu’il avait en partie élevée et prenant son repos sur les pavés. » Signé : Savard, lieutenant. Aussi deux signatures : Hautemanier ; Marcellot, G., sergent à la 1re compagnie du 1er bataillon de la VIIe légion de la garde nationale. Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Je, soussigné, Delacour, propriétaire de la maison rue du Temple n° 15, certifie que le citoyen Poirrier, Jean, Nicolas (sic) âgé de quarante-neuf ans, né à Fresnes, canton dudit lieu, département de la Meuse, et domicilié à Paris rue du Temple n° 15, profession de cordonnier en vieux et marié à Fremon, Justine, Charlotte, née à Paris, âgée de cinquante-six ans, d’une faible santé, sont à mon service depuis vingt-cinq ans, en qualité de concierges, et que le citoyen Poirrier s’est toujours bien comporté et même signalé dans les journées de juillet 1830 et dernièrement il s’est encore distingué dans les jours des 22, 23 et 24 février 1848. » Signé, le 14 mars 1848 : Delacour. Poirier était borgne et avait la vue très faible. Il fut recommandé par la Commission pour être admis à l’hôtel des Invalides. Il était marié en 1848. Il demeurait 15, rue du Temple, où il était concierge, en 1823-1848. Archives de la préfecture de police AA 408.