Poisson, Eugène
Biographie
Né vers 1808 à Rouen (Seine-Maritime). Vérificateur de bâtiment et toiseur. Il fut blessé par un coup de sabre sur la main gauche le 28 juillet à l’arcade Saint-Jean et par un coup de baïonnette à la main droite, et une contusion produite par une balle morte le 29 juillet près du Palais-Royal. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut un secours de trente francs, le 24 décembre 1830, auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut admis dans la 1re classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de cent vingt francs versée sur un an. Il reçut, à ce titre, une indemnité définitive de cent vingt francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa la lettre suivante à Frey de Neuville (voir ce nom), membre de cette Commission : « J’ai l’honneur de vous exposer que le mercredi 28 juillet sur les 11 heures du matin, n’ayant pas d’arme et faisant partie d’un rassemblement qui se dirigeait sur la place Saint-Michel pour désarmer le poste, mes camarades hésitaient à avancer, j’ai fait le tour du corps de garde et j’ai désarmé le factionnaire en faisant faire la culbute à son fusil par-dessus son épaule. De là, nous avons foncé sur le corps de garde et nous l’avons désarmé et j’ai eu une giberne pleine de cartouches. De là, nous sommes allés jusqu’à l’Ecole polytechnique pour inviter les braves jeunes gens de l’Ecole à venir nous seconder, mais ils étaient consignés. Ils nous ont promis que sur les 2 heures si on ne voulait pas les laisser sortir qu’ils en trouveraient bien le moyen. Il y a preuve qu’ils ont bien tenu leur parole. Je me suis dirigé sur la place de Grève, où il y avait beaucoup de monde. Comme il y avait peu de personnes qui étaient armées, il y en eu plusieurs qui se sont dirigés du côté de l’Arsenal et sur d’autres points pour trouver des armes. J’ai été jusqu’au marché Saint-Jean et là ayant entendu la vive fusillade qui avait lieu sur la place de Grève, je m’y suis dirigé et m’étant mis en embuscade sous l’arcade Saint-Jean, j’y chargeais mon fusil et j’allais le tirer sur place de Grève. Allant pour charger mon fusil, je vois un gendarme qui descendait à bride abattue de la rue Saint-Antoine. Je vais droit à lui, je saisis la bride de son cheval de la main gauche. J’allais lui donner un coup de baïonnette avec mon fusil que je tenais de la main droite lorsqu’il m’allongea un coup de sabre sur la main gauche pour me faire lâcher la bride (je porte encore la marque du coup de sabre) mais plusieurs bourgeois qui tiraient par les fenêtres lui ont envoyé une balle dans l’estomac d’où il est tombé et j’ai trouvé des cartouches jusque dans son chapeau. Des lanciers venant de la rue Saint-Antoine et descendant sur la place de Grève, j’ai été obligé d’aller jusqu’au marché Saint-Jean, d’où j’ai traversé les rues Saint-Martin et Saint-Denis et j’ai passé sur le pont au Change pour aller me mettre en embuscade derrière le parapet du quai de la Cité en face la place de Grève où je suis resté jusqu’à 2 heures du matin, l’heure où la place de Grève nous a été rendue, ayant la main gauche entortillée de mon mouchoir. Le lendemain, jeudi, sur les 10 heures du matin, je me suis trouvé à la prise du Louvre et rue Saint-Honoré, ayant entendu dire qu’il y avait des Suisses enfermés dans une maison près le Palais-Royal j’y suis entré la baïonnette en avant et un Suisse m’a donné un coup de baïonnette au poignet droit et j’en porte aussi la marque et sur les 3 ou 4 heures j’ai reçu rue Saint-Nicaise une balle morte qui m’a fait une contusion. N’ayant plus de force, je suis rentré chez moi d’où je suis resté une quinzaine de jours le bras en écharpe et même lorsque j’ai été à Rambouillet j’avais encore le bras droit en écharpe. Le manque de travaux m’a fait faire des réclamations et M. Royer-Collard d’après les renseignements qu’il prit sur mon compte m’a donné quinze francs, acompte sur les fonds destinés aux blessés. J’ai été à la mairie, où j’ai été très bien reçu et quelques jours après ayant entendu dire que l’on avait besoin de volontaires pour aller en Belgique, j’ai été un des premiers à y partir. Le certificat [absent de son dossier, N.D.A.] que je joins à cette lettre peut prouver la manière dont je m’y suis comporté. M’étant battu avec courage pour un pays étranger, par plus forte raison je n’ai pas dû en manquer lorsqu’il m’a fallu me battre pour le mien. J’ai quitté la Belgique par suite du décès de ma mère, où des affaires d’intérêt m’appelaient à Rouen. De retour à Paris, j’ai été chez M. Renouard (maire du [ancien] XIe arrondissement), qui m’a très mal reçu, en me disant que mes blessures étaient guéries et que je n’avais rien à réclamer. Si bien que je n’ai pu m’empêcher de lui en faire le reproche et qu’il ne me recevait pas comme cinq mois auparavant. Mais on m’a fait signer un reçu et huit jours après j’ai reçu une lettre pour aller chez le commissaire de la Commission, qui m’a donné trente francs, ce qui m’a fait quarante-cinq francs pendant qu’il y a des gens qui ne se sont pas battus et qui ont reçu jusqu’à cinq ou six cents francs, mais ces gens-là ne craignaient pas de s’humilier à être tous les jours dans les bureaux demander et que moi au contraire lorsque les travaux ont un peu repris j’ai quitté de faire aucune réclamation. Il y a environ un mois j’ai reçu une lettre pour aller faire visiter pour la troisième fois mes blessures chez M. Tacheron, médecin, mon nom a été inscrit encore de nouveau sur les registres pour au moins la dixième fois. On est venu cinq ou six fois prendre des renseignements sur mon compte et savoir si je m’étais mêlé dans les derniers bruits que nous avons eus. M’étant toujours bien comporté et d’après les informations que l’on a prises sur moi, les réponses de tous mes voisins étant à mon avantage, je croyais être porté pour la décoration. J’ai été chercher un certificat du médecin que je joins à cette lettre [absent de son dossier, N.D.A.] et un autre de M. Royer-Collard, celui de la Belgique [absent de son dossier, N.D.A.] et mon extrait de naissance [absent de son dossier, N.D.A.]. C’est à vous M. le président que je laisse à juger si j’ai mérité de porter la Croix de Juillet, comptant sur votre réponse à cet égard. » Le certificat délivré par Royer-Collard, en date du 31 décembre 1830, était ainsi rédigé : « Je, soussigné, atteste que je me rappelle parfaitement avoir vu dans le cours du mois d’août dernier le nommé Poisson, Eugène, demeurant rue Zacharie (ancien) XIe arrondissement, qui avait reçu deux blessures aux mains et disait avoir reçu dans la cuisse une balle morte qui lui avait occasionné une contusion ; je lui ai remis alors, d’après les bons renseignements que j’ai recueillis, quelques secours provisoires sur les fonds provenant des quêtes que j’ai été chargé de faire ; et j’ai compris ledit Poisson sur le rapport que j’ai remis à la mairie sur les quêtes et secours. » Il demeurait 57, rue des Boucheries-Saint-Germain (aussi rue Zacharie dans le certificat de Royer-Collard) en 1830-1831. Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du XIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 86 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, II, état nominatif des blessés du (ancien) XIe arrondissement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, un gros cahier vert de récompenses nationales, secours aux blessés de Juillet domiciliés dans ledit arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, mairie du (ancien) XIe arrondissement, Commission de la souscription nationale, titres provisoires des parties prenantes, reçus en échange des titres définitifs délivrés par la mairie, blessés, secours définitifs, idem cahier Indemnité des cinquante francs, 1831 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, dossier indemnitaires 1re classe à 120 francs, (ancien) XIe arrondissement et état des sommes payées aux combattants pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) XIe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives de la préfecture de police AA 408. Il y a un Poisson, Eugène dans l’inventaire AN des procès politiques sous Louis-Philippe.