Polino, François, Marie
Biographie
Né le 30 mars 1791 à Malesco (Piémont). Fabricant ; filateur de laine dans son dossier de naturalisation en 1848. On trouve dans les relations de la participation de Collet, Fortuné aux combats plusieurs fois des indications sur celle de Polino. Ainsi dans Les Barricades immortelles du peuple de Paris : « [… Le 26] Soudain, réunis alors, sur la place de la Bourse, à MM. Pelissot (rue de la Roquette, n° 31) [lire Polinot, François, Marie, demeurant 41, rue de la Roquette, N.D.A.], Mouillard (voir Mouillard, Pierre, Fortuné, Victor) (rue Sainte-Apolline, n° 9), ensemble ils marchent sur le Palais-Royal, et contribuent avec d’autres à faire prendre un bain de fauteuil dans le bassin à un des alguazils de Mangin, qui s’était permis des saisies de journaux dans les cafés. Le mercredi, les barricades s’élèvent rue Saint-Honoré ; notre brave, après en avoir été le courageux architecte, court soulever tous les ouvriers de la fabrique de M. Pellissot [idem, N.D.A.] ; mais ce dernier l’avait devancé dans cette idée précieuse. » Aussi dans le texte que Collet, Fortuné adressa à la Commission des récompenses nationales pour détailler sa propre participation aux combats : « Souvenirs des 26, 27, 28, 29 juillet 1830 et de la campagne de Rambouillet de Fortuné Collet, âgé de trente-trois ans, père de famille, ancien adjudant au 67e de ligne, où il servait en qualité de volontaire à l’âge de quinze ans et n’a jamais voulu servir dans l’armée de l’ex-roi malgré la promesse d’une sous-lieutenance et la confirmation de la croix, pour laquelle on l’avait désigné en 1815. A la Bourse du 26, réuni à M. Polinot frères, Mouillard il trancha nettement la question de la déchéance du roi parjure et, le soir, dans les groupes formés au Palais-Royal, il fut un des premiers à s’opposer à la police Mangin, dont il aida à jeter un agent dans le bassin du jardin. Le mardi 27, dans la rue Saint-Honoré, après avoir pris une part active dès 4 heures et demie aux résistances et aux barricades qui se firent un peu plus tard, il se porta avec M. Mouillard (rue Sainte-Appolline, n° 9) chez MM. Polinot (rue de la Roquette n° 41) pour les exciter à la fermeture des fabriques, ce à quoi ils avaient déjà pensé. […] » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement (par erreur sous le nom de Polinot, François, Marie, sur les listes du Moniteur, du Bulletin des lois et sur les listes de la Commission des récompenses nationales). Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février (sous le nom de Polino, François, Marie). Il adressa, le 30 avril 1848, la lettre suivante à la Commission : « François, Marie Polino, ancien manufacturier, ayant obtenu la Croix de Juillet en 1830. Nommé capitaine de la garde nationale VIIIe légion, non réélu en 1831 pour n’avoir par voulu prendre la décoration donnée par le roi [inscription qui figurait sur la décoration, N.D.A.] et n’avoir pas voulu signer pour la recevoir, ce qui avait été arrêté à l’assemblée du passage du Saumon, le brevet et la croix doivent être à la mairie du (ancien) VIIIe. Depuis cette époque, j’ai toujours fait une vive opposition à l’ex-gouvernement, tant à Paris que dans le département de la Sarthe, où j’avais un grand établissement de filature de laine, que j’ai été obligé de quitter en 1842. J’ai toujours fait ce qui a été en mon pouvoir pour arriver aux journées de Février. Le 22, je suis allé comme beaucoup de citoyens pour la démonstration ; le 23 dans Paris sur divers points ; le 24 à 7 heures du matin, j’ai fait renverser une voiture de laitière, rue Saint-Maur, au coin de la rue des Trois-Bornes. Je suis allé de suite en faire commencer d’autres près du pont d’Angoulême et faire garder la manivelle pour tourner le pont en cas de besoin. Cette besogne en train, je suis parti au pont Ménilmontant. J’ai fait enfoncer le bureau du gardien pour avoir la manivelle du pont et commencer les barricades. Nous avions devant nous un piquet d’infanterie au pont Saint-Sébastien, une compagnie ou deux étaient en pelotons rue Popincourt. Avant d’arriver à la caserne, on a fait de suite une barricade rue Ménilmontant, au coin de la rue Popincourt, commencée par une voiture remplie de charbon de terre. A ce carrefour, il a été fait subitement sept à huit barricades afin d’empêcher les soldats de la caserne de quitter leurs positions. Nous n’avons pu rassembler que quarante à cinquante fusils pris dans les maisons appartenant aux gardes nationaux. J’ai fait distribuer environ deux cents balles, que j’avais fait couler chez moi. Des citoyens avaient un peu de poudre et quelques cartouches qui ont été remises par une personne que je ne connais pas. Il y avait dans les barricades deux frères qui avaient le ruban et moi j’avais ma croix. Cette besogne terminée, j’ai été deux fois à la caserne. La première fois, avec deux citoyens, nous avons été assez mal reçus du général qui commandait et nous a fait retirer de suite. La deuxième fois, il y avait avec nous un sergent de la garde nationale de la VIIIe légion. Le général a fini par nous dire de garder nos positions et qu’il ne ferait pas tirer. Comme nous voulions avoir des armes, nous ne pouvions pas nous contenter des paroles du général. Nous sommes retournés aux barricades de la rue Ménilmontant. De suite nous sommes tous partis pour attaquer la caserne. Comme la troupe n’avait pas envie de se rendre, une barricade a été formée rue Popincourt au coin de la rue Saint-Sébastien, afin d’arrêter la troupe si elle sortait de la caserne. Un moment après, il est arrivé une compagnie qui rentrait à la caserne et fraternisait avec nous et ne voulait pas nous donner les armes. Néanmoins, on prit quarante à cinquante fusils aux soldats en escaladant notre barricade pour rentrer à la caserne. Un moment après, il est arrivé deux élèves de l’Ecole polytechnique. A force de parlementer, la troupe a fini par donner ses armes. De suite j’ai crié Aux Tuileries ! Je pensais qu’il était urgent d’y diriger le plus possible les hommes armés, croyant y rencontrer une grande résistance. Arrivé près du Louvre, j’appris que le château était pris. J’ai quitté les hommes armés et je suis rentré dans mon quartier, où je pensais être le plus utile. » Sa demande (qui n’apparaît pas dans le dossier) fut rejetée par la Commission. Il fit une demande de naturalisation le 22 avril 1848. Le 25 juin 1857, son nom apparaît dans le dépôt, au secrétariat de la préfecture de la Seine, et conjointement avec Toussaint, Charles, d’un brevet d’invention de quinze ans pour un genre de tissu d’acier propre à divers usages. Il demeurait 41, rue de la Roquette en 1830-1831 ; 23, rue des Trois-Couronnes en 1848. Les Barricades immortelles du peuple de Paris, relation historique, militaire, anecdotique des journées des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 et du voyage de Charles X jusqu’à son embarquement, par P. C., Paris, Leroi, 1830, p. 348-354 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Collet, Fortuné ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIIe arrondissement (sous le nom de Polinot, François, Marie) ; Archives nationales BB/11/541 demande de naturalisation ; Archives de la préfecture de police AA 408 (sous le nom de Polino, François, Marie) ; Bulletin des lois, XIe série, premier semestre de 1859, tome XIIIe, bulletin n° 675, p. 351.