Poque, Beauvais

Biographie


Né le 17 brumaire an II (25 octobre 1793) à Pontacq (Pyrénées-Atlantiques), son acte de naissance était ainsi rédigé : « Le vingt et un germinal de l’an second de la république une et indivisible, nous Paul Dejoux, officier public de la commune de Pontacq, déclarons et certifions que la citoyenne Brasar (?? orthographe peu sûre), épouse du citoyen Jean-François Poque, premier cadet, négociant de la même commune, présenta le dix-sept du courant dans le temple de la raison au citoyen Monestier, représentant du peuple, un enfant de l’âge de cinq mois pour lui donner un nom et que le citoyen Monestier, représentant du peuple, a donné le nom de Beauvais de Paris mort à Montpellier. » Colonel, aide de camp du général Lafayette. Dans le récit que fit Barthe, Hippolyte de sa propre participation aux combats de Juillet, il laissait les indications suivantes sur l’activité de Poque : « […] [Le 29 juillet] Je retournais sur le boulevard, où je trouvais le cortège du général Lafayette. Je formais l’escorte avec quelques gardes nationaux, que nous recrutâmes dans la rue Montmartre. Le colonel Poque était en avant, à pied, il monta à cheval au bas de la rue Montmartre et ainsi nous arrivâmes à l’Hôtel de ville, où un roulement de coups de fusil annonça l’entrée de Lafayette […]. » De la même manière, dans le récit que faisait Vaisset, François de sa propre participation aux combats, on trouve la mention suivante de l’activité de Poque : « […] Le même jour vers 1 heure ou 2, le déclarant fut du nombre de ceux qui servirent d’escorte au général Lafayette, conduit en triomphe à l’Hôtel de ville. Partis de la rue Laffitte, nous suivîmes les rues de Richelieu, Saint-Marc, Feydeau, Montmartre et au bas de celle-ci, près de l’église Saint-Eustache, une personne vint offrir au général son cheval qui voulut toujours marcher. Le colonel Poque, le même qui fut blessé à Rambouillet, le monta et ouvrit la marche. Enfin, après beaucoup de peine à cause des barricades, nous arrivâmes sur la place de l’Hôtel de ville et à nous fîmes une décharge en signe de réjouissance et pour célébrer l’installation du gouvernement provisoire […]. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Poque : « [Sur le chemin pour se rendre à l’Hôtel de ville, le 29 juillet] Tout ce qu’il y avait là d’hommes, de femmes, d’enfants, fit cortège à l’illustre vieillard, que l’on honorait et glorifiait parce que l’on comprenait qu’en lui vivait la pensée de la Révolution. Et, cependant, tout avancé qu’était cet homme, combien encore était-il distancé par les jeunes gens !

»Dans la rue Neuve-Saint-Marc, à la porte du National, La Fayette aperçut Etienne Arago avec une cocarde tricolore. – Monsieur Poque, dit-il en s’adressant à l’une des personnes qui l’accompagnaient, allez donc prier ce jeune homme d’ôter sa cocarde. Arago s’approcha de La Fayette. – Pardon, général, dit-il, mais je n’ai pas bien compris. – Mon jeune ami, je vous fais prier d’ôter cette cocarde. – Et pourquoi cela, général ? – Parce que c’est un peu tôt... Plus tard, plus tard, nous verrons. – Général, répondit Etienne, je porte depuis hier le ruban tricolore à la boutonnière de mon habit, et la cocarde tricolore à mon chapeau depuis ce matin... Ils y sont, ils y resteront ! – Mauvaise tête ! murmura le général. Et il continua son chemin. [Pendant l’expédition de Rambouillet] Le matin, ce même colonel Poque par lequel La Fayette avait fait dire à Etienne Arago d’ôter sa cocarde, y était arrivé avec une bande hâtive d’insurgés.

»Peut-être avait-il quelque mission particulière pour le général Vincent, sous lequel il avait servi en 1814.

»Tant il y a qu’arrivé en face des avant-postes, il avait laissé sa petite troupe derrière lui, et, le mouchoir à la main, s’était approché à la portée de la voix.

»Il était accompagné d’un cuirassier qui avait passé avec le peuple, et qui suivait le colonel Poque comme ordonnance.

»Le général Vincent était aux avant-postes royalistes. Il cria au colonel de s’arrêter.

»Le colonel s’arrêta ; mais, faisant flotter son mouchoir, déclara qu’il ne se retirerait qu’après avoir parlé aux soldats.

»Le général Vincent déclara, de son côté, que, si Poque ne se retirait pas, il allait faire tirer sur lui.

Poque se croisa les bras, et attendit. Le général le somma par trois fois de se retirer, et, voyant son immobilité, ordonna, à la troisième fois, de faire feu.

»Tout le premier rang obéit.

»Le cheval du cuirassier, frappé de trois balles, s’abattit sous lui.

»Le colonel Poque, la cheville du pied brisée par une balle, se coucha de douleur sur le dos de son cheval, mais ne bougea point.

»On alla à lui, on le prit et on le transporta dans les communs du château.

»Cet exemple montrait aux soldats à quels hommes ils avaient affaire.

»Charles X fut désespéré de l’événement ; il s’informa de ce qu’était le colonel Poque, et lui fit demander par madame de Gontaut s’il désirait quelque chose.

»Poque, qui avait sa mère dans les Pyrénées, désirait qu’on avertît celle-ci de l’événement, mais sans lui dire tout ce que la blessure avait de grave. Charles X avait envoyé son propre médecin au colonel, et il était tout simplement question de lui couper la jambe ! » Sala, officier dans la garde royale, dans son ouvrage, Dix jours de 1830, souvenirs de la dernière révolution, par A. S. officier dinfanterie de la garde royale, qu’il rédigea pour mettre en cause l’impéritie du commandement militaire pendant les journées de Juillet et pour réhabiliter la conduite des militaires employés à la défense de la monarchie, devait apporter les précisions suivantes quant à la conduite de Poque : « En revenant d’une de nos courses au Château, nous sûmes que M. Poque, aide-de-camp du général Lafayette, venait d’être blessé aux avant-postes : on annonçait une enquête sévère et la punition d’une telle barbarie. J’ignore si M. Poque était un parlementaire, comme le bruit en fut répandu de suite à Paris sans doute pour nous faire regarder comme des barbares ne respectant aucune loi de la guerre ; mais à l’instant même il me sembla étrange, ayant tant vu de cocardes et de drapeaux tricolores traverser nos colonnes, que l’on eût blessé un parlementaire. Le fait est que M. Poque était depuis quelques temps au Peray (et un parlementaire s’empresse ordinairement d’aller remplir sa mission) ; il recevait nos déserteurs, était accompagné de plusieurs Parisiens chargés avec lui de suivre notre marche et d’avertir de tout ce qui se passait dans la garde. Comme il avait voulu, assurait-on, entrer en négociation avec les avant-postes, le général Vincent, qui commandait les Gardes du corps l’avait fait prévenir de se retirer : M. Poque n’ayant point obtempéré à cet ordre deux fois donné, le général commanda à la sentinelle suisse de faire feu. Ce soi-disant parlementaire était particulièrement connu du général Vincent, sous les ordres duquel il avait servi dans le 5e des Gardes-d’honneur en 1814. » Bermond de Verchères, dans La garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août, par un officier employé à létat-major, donna la version suivante des mêmes faits : « [Le 4 août] Les troupes gardèrent les mêmes positions que la veille : un régiment était toujours en avant sur la route du Peray, poussant ses avant-postes jusqu’à l’Obélisque, à la sortie de la forêt, derrière le village ; un escadron de gardes-du-corps y avait aussi été posté la veille. Lorsque la garde eut quitté le Peray, des habitants de cette commune prirent les armes, et placèrent un piquet sur la route de Rambouillet : un M. Poque, venu de Paris, prit le commandement de ce rassemblement, du reste peu considérable. Il se présenta une ou deux fois, sous divers prétextes, au poste avancé de la garde ; on finit par le prier de s’abstenir de ses visites ; on le prévint même que, s’il revenait on tirerait sur lui ; que ni la convenance ni la sûreté du poste ne comportaient ces rapports. Malgré cette défense, il vint encore, et cette fois accompagné d’un brigadier appartenant à un des régiments qui avaient quitté Rambouillet ; il se présentait en outre avec un drapeau tricolore. On lui fit signe, on lui cria de ne pas avancer, il n’en tint compte ; le factionnaire de la garde, après avoir réitéré son avertissement, tira, et M. Poque fut grièvement blessé ; la vedette des gardes-du-corps courut arrêter le cuirassier. M. Poque fut transporté, avec tous les ménagements que comportait sa situation, à Rambouillet, où tous les soins lui furent prodigués. On s’empressa aussi de vérifier ce fait ; et il fut prouvé à M. Poque qu’il n’y avait aucun tort de notre côté. Ordinairement les parlementaires, s’ils réclamaient ce titre, se présentent avec un trompette ; mais à défaut de trompette, avec un drapeau blanc, qui est le drapeau parlementaire de tous les peuples. D’ailleurs, le factionnaire ne pouvait le reconnaître lui-même ; il fallait, dans tous les cas, que le chef du poste eût le temps d’arriver. Cette circonstance a été encore présentée d’une manière inexacte dans le rapport de la commission centrale. Il y est dit : M. Poque eut la mission périlleuse de faire rentrer au Trésor cette propriété nationale (les diamants de la couronne). M. Poque fut investi par le général (M. de La Fayette) et par nous, du droit de requérir toutes les autorités civiles et militaires. Il lui était recommandé de semparer, même par force, des diamants de la couronne mais en même temps, de protéger la retraite de la famille royale hors du royaume. Ce brave officier sest acquitté de sa mission avec autant de dévouement que dintelligence. Il était déjà parvenu à réunir un corps de gardes nationaux assez considérable près de Rambouillet. Il a été blessé grièvement, contre le droit des nations dans le moment où il savançait en parlementaire. Cet événement n’eût-il pas eu lieu, il était, comme on le voit, impossible que M. Poque parvint à remplir aucun des objets de sa mission ; et, si elle était telle que la représente ce rapport, on s’était étrangement mépris sur la force des troupes qui étaient avec le Roi. On ne cessait de prendre toutes les précautions possibles pour prévenir non seulement des affaires générales, mais les plus légers engagements partiels. On fut affligé de l’accident que M. Poque s’était attiré par entêtement ou par ignorance. Dans le premier cas, c’était une insulte pour la garde ; mais elle aima mieux croire que M. Poque, qui probablement n’est pas militaire, ne connaissait pas un usage qui n’a jamais d’exception. Nous nous sommes étendus un peu sur cette circonstance, où fut tiré le dernier coup de fusil. On remarquera que la première scène, comme la dernière de ce grand drame, ont toujours été provoquées par nos adversaires. » Le Courrier français du 5 août 1830 relatait ainsi les circonstances dans lesquelles Poque fut blessé : « M. le colonel Poques, aide-de-camp du général Lafayette, a inquiété pendant plusieurs jours l’armée de Charles X avec trente hommes environ. Comme il se portait çà et là en tirailleur, on n’osait pas l’imiter pour savoir combien d’hommes il dirigeait ; de sorte qu’on parlementa plusieurs fois avec lui. Ici nous ne pouvons trop nous indigner d’un guet-apens dont il a été victime. Lorsqu’il était avancé en parlementaire, on fit un feu de peloton sur lui. Le brave colonel croisa les bras en disant : Eh bien, tirez, si vous êtes assez lâches pour l’oser ! Son cheval tomba percé de plusieurs blessures ; lui fut atteint au pied. La blessure, quoique non dangereuse, le force à rester pour trois mois au lit : il occupe le palais du gouverneur de Rambouillet. » Rösselet, lieutenant-colonel des Suisses, donna la version suivante de l’événement : « Vers le soir, les insurgés s’approchent de notre avant-poste, cherchant à séduire nos gens. Au même instant, arrive le lieutenant-général baron Vincent, qui dans ce moment nous commandait. Il reconnaît le colonel Pope (sic), son ancien aide-de-camp, qui est à la tête de cette petite cohorte de 150-200 individus de tout âge et de toute condition, et pour la plupart couverts de haillons à faire pitié. Ce chef harangue de loin nos gens, mais le général lui crie : “Sont-ce là, Pope, les principes, que je vous ai enseignés, quand vous étiez mon élève, à vous qui venez séduire ces braves militaires. Retirez-vous, malheureux.” Pope ne tient pas compte de cet avis et s’avance toujours avec quelques cuirassiers et bandits. Le général lui ordonne de nouveau de se retirer avec sa bande, tandis que ce chef continue à s’avancer à petits pas. Le général commande alors feu ! A ce mot, qu’ils attendaient avec impatience, nos grenadiers font une décharge qui dure peut-être une ou deux minutes, et le général s’écrie : – Bravo, les Suisses savent obéir. Le colonel Pope, blessé et fait prisonnier avec deux cuirassiers, a plusieurs hommes tués et blessés. Tous les autres prennent la fuite, emportant avec eux ceux qui sont sur le carreau et dont nous ne pouvons connaître le nombre. Deux chevaux restent sur place, et un troisième est pris par le sous-officier Esquinot de la compagnie Müller d’Uri. Ici, je me fais un devoir de rendre justice au baron de Besenval. Il fut un des premiers à la tête des grenadiers, poursuivant les insurgés et ne revenant sur ses pas qu’après en avoir reçu l’ordre du général Vincent. » Le Journal de Paris, daté du 21 septembre 1830, donnait l’avis suivant : « Nous avons la satisfaction d’annoncer la convalescence et le retour à Paris du colonel Poque, aide-de-camp du général Lafayette ; les soins et l’habileté du docteur Sedillot l’ont préservé des suites funestes que l’extrême gravité de sa blessure pouvait faire redouter. » Il avait signé une dépêche qui donnait « des ordres pour arrêter les fourgons et les personnes de la famille qui a cessé de régner partout où ils se présenteraient. Le gouvernement provisoire veut que les personnes arrêtées soient traitées avec les égards dus au malheur » et qui fut portée par Colomban, Aimé, François, Joseph, le 2 août à la mairie de Chartres. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (selon la couverture de son dossier in Archives nationales F/1dIII/72). Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du IVe arrondissement (sous le nom de Poques, Beauvais). Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 12 mars 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure d’une blessure par arme à feu au pied du côté gauche, de la partie supérieure de la malléole interne, qui a été fracturé, vers la partie externe du talon ; guérie mais avec ankylose et atrophie du membre, circonstances qui doivent le faire ranger dans la sixième classe des blessés. » Il fut admis dans la 6e classe des blessés et pensionné de huit cents francs par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il signa, le 15 décembre 1830, le certificat suivant en faveur de Gournay d’Arnouville de, Abel : « Je soussigné, Beauvais Poque, colonel aide de camp du général Lafayette, commandant en chef des gardes nationales de France, certifie qu’ayant été envoyé en mission extraordinaire par la commission du gouvernement provisoire et par le général en chef le samedi 31 juillet dernier, pour soutenir et diriger l’élan des populations afin de poursuivre et harceler les troupes de Charles X, arrivé vers 5 heures de relevée dans le village que forme la commune de Chaville sur la grande route de Paris à Versailles, je trouvai sur la place de la commune un nombreux rassemblement des habitants bien armés et déjà formés en compagnies, commandés par un ancien militaire, décoré de la Légion d’honneur, que j’ai reconnu depuis pour être M. de Gournay d’Arnouville, capitaine de cavalerie en non-activité. A mon aspect, l’enthousiasme de cette brave troupe se manifesta par les expressions du plus ardent dévouement pour la liberté et, sur mon initiative, tous me suivirent et marchèrent sur Versailles, où les troupes carlistes encore très nombreuses s’étaient disposées pour passer la nuit. J’avais pris les devants et j’entrai seul dans Versailles. Le bataillon de Chaville, auquel s’étaient réunies quelques autres gardes nationales voisines s’étant approché de la ville, la rapidité avec laquelle ce mouvement s’opéra fut pour beaucoup dans la résolution spontanée que prirent les troupes royales, encore nombreuses, d’évacuer entièrement la ville. Je dois donc les plus grands éloges à ces braves du bataillon de Chaville et autres et particulièrement au commandant M. de Gournay d’Arnouville, qui, dans cette circonstance, a fait preuve du plus grand dévouement et du plus ardent patriotisme. Etant parti seul de Paris, il m’eût été difficile de faire évacuer Versailles par les troupes royales si je n’avais trouvé sur ma route des gardes nationales aussi dévouées et aussi patriotes. » Il signa le certificat suivant en faveur de Lefebvre, Colomban, Aimé, François, Joseph : « Je, soussigné, aide de camp du général Lafayette, déclare que du 31 juillet au 3 août dernier, jour de ma blessure, M. Lefebvre, Colomban a fait partie de la colonne que j’ai commandée entre Paris et Rambouillet, en présence de l’arrière-garde de l’armée de l’ex-roi. M. Lefebvre, dans ces quatre journées, a rendu des services particuliers. Par son zèle et son intelligence, il a évidemment contribué au recouvrement d’une grande quantité d’armes et d’équipements abandonnés dans les campagnes par les militaires et dont je lui avais ordonné la recherche. L’ayant en outre chargé de dépêches pour le maire de Chartres, il s’est acquitté avec dévouement de cette mission, qui était dangereuse pour lui, puisqu’il dut, deux fois, traverser l’armée royale campée dans Rambouillet. J’ai beaucoup à me louer de M. Lefebvre sous tous les rapports, il mérite la bienveillance du gouvernement, auquel je le recommande particulièrement. » Dans l’exposé que fit Chavelier, Charles, Auguste de sa propre conduite pendant la révolution de Juillet, il présentait Guinard, Joseph, Auguste (voir ce nom) comme un ami de Poque. Il apostilla ainsi, le 4 mai 1831, une lettre de Lamarque, Marcelin, Michel, simple grenadier au 16e régiment d’infanterie de ligne et qui désirait obtenir une sous-lieutenance : « Je certifie que M. Lamarque est un des volontaires qui se sont rangés sous mes ordres et en armes le 29 juillet au matin. Il a fait partie de l’escorte qui illisible le général Lafayette à l’Hôtel de ville. M. Lamarque s’étant engagé comme volontaire dans le 16e de ligne, n’a pu faire les démarches nécessaires pour obtenir d’être présenté au grade de sous-lieutenant, auquel, selon moi, il a des droits incontestables. Je le recommande particulièrement à la bienveillance de messieurs les membres de la Commission des récompenses nationales. » Il comparut, le 27 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IIIe arrondissement, pour attester que de Franzenberg, Louis, François avait « été tué le 29 juillet 1830 en combattant près le Théâtre-Français pour la cause de la liberté ; que depuis huit ans il cohabitait et vivait maritalement avec madame Marie-Louise, Esprit Bunel, que son intention avait toujours été de légitimer un jour cette union et que tout porte à croire que ce projet se serait réalisé puisque le père du défunt habitait et vivait avec eux comme en famille, depuis près de trois ans ; que même encore M. de Franzenberg père considère madame Bunel comme la veuve de son fils et lui témoigne le même attachement ». Il signa, le 5 janvier 1831, le certificat suivant, en faveur de Martigny des Roches, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je certifie que M. le lieutenant-colonel Martigny, en exécution des ordres que lui avait donnés le général Pajol, a réuni plusieurs détachements de volontaires à la tête desquels il est arrivé dans Rambouillet le 4 août 1830. » Nous empruntons à la Biographie des hommes du jour la notice qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Le nom de M. Beauvais-Poque est trop populaire dans nos Pyrénées pour ne pas trouver place dans notre cadre biographique. Le brave colonel a soutenu contre le principe de la restauration une lutte trop franche, trop légale et trop énergique, pour que nous ne lui consacrions pas un souvenir.

»Né à Pontacq (Basses-Pyrénées), le 25 octobre 1793, M. Beauvais-Poque atteignit l’âge d’homme au moment où de grands désastres venaient attrister la patrie et mettre l’indépendance nationale en péril ; il vola sous les drapeaux de l’Empire et fut désigné pour faire partie du 3e régiment des gardes d’honneur (vieille garde impériale). Il fit dans ce corps les campagnes de 1813-14, et mérita dans ce court espace de temps l’étoile des braves (bataille de Montereau), et les grades de brigadier, de maréchal-des-logis et d’adjudant-sous-officier dans ce même corps ; il remplit même pendant la fin de la campagne de 1814 les fonctions d’aide-de-camp auprès du général Vincent, colonel en second du 3e régiment des gardes d’honneur ; il mérita dans ces diverses positions les mentions les plus honorables des généraux Ségur et Vincent, qui le désignèrent dans leurs rapports comme un des plus actifs et des plus braves officiers du régiment (M. de Ségur), et comme un officier très distingué recommandable par son intelligence et sa bravoure (le général Vincent).

»A nos jours de gloire et de triomphe avaient succédé des jours de malheur : les Bourbons remontés sur le trône, M. Poque ne crut pas devoir briser son épée et, comme plusieurs de ses camarades, accepta du service dans les gardes-du-corps ; mais bientôt il fut rayé des contrôles de la maison du roi. Au mois d’août 1814 un fourrier-major insultait la vieille armée ; M. Poque, présent, portait sur sa poitrine la preuve qu’il en avait fait partie. Je suis fier, s’écria-t-il, de m’être aussi trouvé à côté des vieux braves ; mon unique regret est de n’avoir pas assez fait pour me croire digne d’une pareille confraternité ; je ne souffrirai pas qu’on les insulte. Le fourrier répliqua par un ton plus méprisant encore, et par l’ordre de garder les arrêts dans l’hôtel des gardes. M. Poque envoya sa démission au maréchal Marmont, jeta au feu ses habits de garde-du-corps, reprit son uniforme d’officier de la garde impériale, et vint au milieu des six cents gardes, auxquels M....., fourrier-major, donnait l’ordre, lui demander raison. La réponse du fourrier fut un refus et une injure, celle de M. Poque deux soufflets. Cent épées sortent des fourreaux ; il met le sabre à la main, gagne l’issue de l’hôtel et échappe comme par miracle. Le soir ordre à la gendarmerie, conduite par un officier des gardes, de le prendre mort ou vif. Grâce à des amis, il trouva un asile et y resta caché pendant deux mois, après lesquels on se décida enfin à accepter sa démission et à renoncer à toute poursuite pour lhonneur du corps.

»Les grands événements de mars 1815 rappelèrent M. Poque sous les drapeaux ; il fut nommé aide-de-camp du lieutenant-général Piquet, commandant une division de cuirassiers et de dragons dans la grande armée ; il fit en cette qualité la campagne des Cent-Jours. Après le licenciement de l’armée de la Loire M. Beauvais-Poque, rentré dans ses foyers, se voua à la cause du peuple et soutint jusqu’en 1830 une lutte incessante et à front découvert contre la légitimité ; il fut l’un des agents les plus actifs du général Lafayette, et remplit avec bonheur et au péril de sa tête plusieurs missions difficiles qui lui furent confiées par le vétéran de la liberté. A cette époque M. Beauvais-Poque reçut dans les Pyrénées le nom de général des libéraux, et fut signalé par son dévouement à la haine des enthousiastes du droit divin. Cette haine donna lieu en 1823 à un événement que nous croyons devoir reproduire en son entier ; nous empruntons les détails de ce récit à un plaidoyer de Me Mocquard, avocat de M. Poque dans une affaire dont nous parlerons plus tard : “Lors du passage de l’armée pour l’Espagne, M. Poque se promenant sur la place Royale de Pau avec MM. Mahen, Sol, fils de l’intendant, Dantis, fils de la directrice de la poste, et Darripe, d’Oloron, ancien officier estropié, tous reconnus pour excellents royalistes, les gardes-du-corps se trouvaient au nombre de deux cents sur la même place, devant le café Clavier. Ils tenaient une espèce de conseil. Cinq d’entre eux se détachèrent pour se promener dans la même allée que M. Poque et des yeux le provoquèrent d’une manière si positive qu’il eut la plus grande peine à empêcher M. Mahen et les autres d’aller leur demander l’explication de ces insolents regards. M. Poque resta calme. Il voulait avoir tout à fait raison. Les gardes, voyant que leurs attaques, indirectes, n’avaient pas de résultat, se décident enfin à s’arrêter en face des promeneurs. L’un d’eux, M. Roumy, appelle M. Poque à part, et lui dit : On vous nomme ici le général des libéraux ; je voudrais bien que vous me fissiez voir votre brevet. – Il est dans le canon de mes pistolets, répliqua M. Poque; et, se retournant vers les quatre autres, qui querellaient ses amis : Messieurs, leur dit-il, vous avez tort de chercher querelle à mes camarades ; ce sont la plupart des pères de famille avec lesquels vous ne devez pas avoir affaire ; convenez que cest à moi seul que vous en voulez. – Oui, monsieur, répondirent à la fois cinq gardes. – Alors ajouta M. Poque la question se simplifie ; vous mattaquez seul, je répondrai seul, mais à M. Roumy seul aussi. Je ne veux pas servir de plastron à un corps entier. Le combat devait avoir lieu à Pau ; l’autorité l’empêcha. Le général d’Oudenarde ayant assuré à M. le maire que les gardes-du-corps qui avaient figuré dans l’altercation seraient consignés dans leur logement, M. Poque lui promit également de rester dans le sien, et tint parole. M. Poque se rendit à Bayonne, où le combat eut lieu au pistolet. Les adversaires furent placés à trente pas ; les témoins fixèrent à six pas les points les plus rapprochés, et qui ne devaient pas être franchis. M. Roumy fut rendu à sa limite, avant que M. Poque eût atteint la sienne ; le garde-du-corps tira immédiatement son pistolet d’arçon, dont la balle n’atteignit point M. Poque. Celui-ci, après avoir essuyé le coup de feu, se rendit tranquillement à sa limite, et s’adressant à M. Roumy il lui dit : Jai toujours bravement défendu ma vie lorsque mon adversaire était en mesure de se fendre ; mais dans ce moment je ne veux point commettre un assassinat, et cest ce qui aurait lieu si je tirais sur vous. En conséquence M. Poque tira son coup en l’air, malgré les instances que lui faisait le garde-du-corps de tirer sur lui pour qu’il ne fût pas déshonoré. Cette altercation n’eut pas d’autre suite.

»Un an plus tard une rixe eut lieu entre la population de Pau et le 55e de ligne; le lieutenant-colonel de ce régiment, saisi par une troupe d’hommes exaltés, entraîné vers la rivière, était déjà suspendu entre la vie et la mort. M. Poque accourt, délivre le lieutenant-colonel, l’entoure de ses amis, le conduit en sûreté et le laisse tout surpris d’avoir pour protecteur celui qu’on lui avait désigné comme le plus effervescent des insurgés. Cet acte généreux de M. Poque ne put calmer la haine de ses adversaires politiques. Le colonel du 55e, M. de Fontanges, leur servit d’organe dans ses rapports à l’autorité supérieure ; une enquête régulière prouva la vérité ds faits et ne servit qu’à augmenter la popularité du citoyen vraiment patriote.

»M. Beauvais-Poque se trouvait à Paris à l’époque de la mort de Manuel ; il crut l’occasion favorable pour faire entendre aux amis de la liberté d’énergiques conseils, et on le vit debout, sur le siège du corbillard, exciter le cortège par ses paroles et son exemple à résister autrement que par de vaines clameurs aux prétentions du gouvernement. Il ne fallut rien moins que l’intervention de MM. Laffitte, Béranger, de Schonen, etc., etc., pour empêcher un conflit dont nul ne pouvait prévoir les suites.

En 1830 M. Poque était à Paris lorsque se leva l’étendard de l’insurrection ; il fit cause commune avec les hommes de la presse, et se trouva à diverses réunions du National ; le 28 il fut chargé par cette assemblée d’offrir aux généraux Pajol et Fabvier de se mettre à la tête du mouvement populaire ; mais la puissance de Charles X n’était pas encore éteinte, les habits brodés ne se hâtèrent point de paraître.

»M. Beauvais-Poque vint prendre place autour du général Lafayette, et reçut immédiatement ses ordres en qualité d’aide-de-camp ; il fut le 31 juillet chargé par le gouvernement provisoire (sous linfluence des habiles et des niais, ainsi que nous lavons dit ailleurs) de diriger l’expédition populaire sur Rambouillet, et justifia dans cette circonstance sa haute réputation de bravoure ; dès le 4 août il adressa au général Lafayette le rapport suivant que nous reproduisons, malgré sa longueur, comme un document précieux qui ne doit point être perdu pour l’histoire.

»“Mon général,

»Hier à dix heures du matin, ayant appris que l’armée carliste se rapprochait de mon quartier-général, alors élabli au Perray, je suis monté à cheval à la tête de quinze cavaliers et de quinze fantassins pour faire une reconnaissance dans la forêt de Rambouillet. Arrivé à la grande avenue, qui était occupée jusqu’à moitié chemin par des gardes du corps et des Suisses, je plantai mon drapeau tricolore en face d’eux et j’envoyai une de mes ordonnances pour demander une entrevue au chef ennemi.

»Cette ordonnance ne revenant pas, j’expédiai un brigadier de gendarmerie avec la même mission. Bientôt après est revenue la première ordonnance, en m’annonçant qu’un colonel allait dépasser les avant-postes pour traiter avec nous. Je me suis avancé vers l’ennemi, accompagné de M. Dubois (voir Dubois, Jean-Pierre, Isidore ?), mon secrétaire, et d’un brigadier de cuirassiers de la garde. Arrivé à quarante ou cinquante pas du premier peloton des gardes du corps, j’ai renvoyé M. Dubois et le brigadier qui m’accompagnaient rejoindre le peloton que j’avais laissé à l’entrée de la forêt. Ne voyant pas arriver le colonel, j’ai expédié de nouveau mon cuirassier d’ordonnance à l’ennemi pour lui annoncer que j’attendais son parlementaire. Deux gardes du corps, faisant fonctions d’aides-de-camp du général Vincent, lui ont dit alors qu’on ne voulait plus avoir de communication avec nous. Il est venu me rejoindre. Dans ce moment ces mêmes officiers m’ont signifié de la part du général Vincent l’ordre de me retirer, avec la menace de faire feu si je n’obéissais sur-le-champ. J’ai répondu que je n’avais pas d’ordre à recevoir de ce général et que je me me retirerais que lorsqu’on m’aurait rendu le brigadier de gendarmerie retenu prisonnier. Nouvelle injonction du général Vincent, accompagnée de menaces de farire feu, à laquelle j’ai répondu par un refus formel, en me croisant les bras sur la poitrine. Voyant qu’un peloton de Suisses, qui s’était avancé sur ma droite, s’apprêtait à faire feu, j’ai invité le cuirassier Alphonse Pradier, qui était passé à ma droite, à rejoindre ses camarades à l’extrémité du bois : je ne voulais pas lui faire partager une mort certaine à laquelle je croyais devoir m’exposer dans l’intérêt de la liberté. Ce brave jeune homme a voulu partager mon sort, et aussitôt le commandement feu a été prononcé par le général Vincent.

»Les premières balles paraissent avoir porté presque toutes sur la cuirasse de mon compagnon de droite, à laquelle je dois sans doute la vie. D’autres coups de feu ont succédé aux premiers, et c’est alors que le cheval du cuirassier est tombé mort ; le mien a reçu plusieurs balles : il est mort aussi, et une balle ma traversé la cheville du pied gauche. Les carlistes nous ont cernés et nous ont entraînés dans le milieu des rangs suisses. De là, interpelant le général qui m’avait fait assassiner et dont j’avais été l’aide-de-camp pendant la campagne de 1814, je lui reproche son infâme conduite. Il s’est éloigné en versant un torrent de larmes.

»J’ai dit aux Suisses et aux gardes-du-corps que la conduite de ceux qui les commandaient les livrait infailliblement à la vengeance du peuple. Malgré les souffrances atroces que j’éprouvais j’ai proposé à tous de leur garantir la vie s’ils voulaient m’apporter à leur tête sur Paris. Des officiers d’ordonnance sont venus successivement et ont donné l’ordre de me porter dans des prairies éloignées des soldats qui paraissaient vivement ébranlés par mes discours. J’y serais probablement resté de longues heures sans l’arrivée du général Bordesoulle. Il a exigé que l’on me transportât sur-le-champ au palais du gouverneur. Les soldats, les officiers, les gardes-du-corps eux-mêmes, que j’ai rencontrés sur la route et auxquels j’ai adressé les mêmes paroles qu’aux Suisses, m’ont paru saisis d’indignation. Plusieurs d’entre eux m’avaient suivi jusqu’à la chambre ou l’on m’a couché. Un chef de bataillon suisse est venu me dire que, si je voulais assurer la vie sauve à ses soldats jusqu’à la frontière dans une heure il m’apporterait la soumission de tous les officiers de son régiment. J’ai cru devoir faire plus qu’il ne demandait, et je me suis engagé en votre nom à conserver aux officiers leurs armes, et à faire payer à toute la troupe, jusqu’à ce qu’elle ait quitté la France, une solde égale à celle qu’elle reçoit aujourd’hui ; mais à peine ce commandant m’a-t-il eu quitté que deux gendarmes des chasses ont été placés à ma porte avec l’ordre de ne me laisser communiquer avec personne.

»Le général Trogoff est venu m’apporter des compliments de condoléance de la part du comte d’Artois, qui l’avait chargé de me dire que l’ordre de faire feu sur un parlementaire n’émanait point de lui. J’ai répondu à ce général que je n’ajouterais fois à son message qu’après avoir vu traduire le général Vincent devant un conseil de guerre.

»Je dois dire, pour rendre hommage à la vérité, que depuis le moment où l’on s’est emparé de moi je me suis vu entouré de toutes sortes d’égards et de soins. Le comte d’Artois m’a envoyé son premier chirurgien pour panser mes blessures ; et la respectable madame de Gontaut, sur la demande que je lui en ai faite, a eu l’obligeance d’écrire à ma mère qui habite le fond des Pyrénées, pour la rassurer sur mon état.

»Une grande agitation parmi les troupes et les gens du château a suivi mon arrivée : vers neuf heures le comte d’Artois et sa famille sont partis, et à dix heures il n’y avait plus ni soldats ni courtisans à Rambouillet.

»J’ai cru devoir prendre le commandement de la ville et du chateau ; les autorités se sont toutes rendues au gouvernement, pour y recevoir mes ordres. J’avais prescrit au sous-préfet et au maire de mettre les scellés sur les diamants de la couronne, et ils s’occupaient de ce soin quand M. le maréchal Maison s’est joint à eux. Un colonel de la garde nationale de Paris vient de partir escortant le fourgon qui les contient

»Sept à huit cents hommes de l’armée parisienne, assez mécontents de ne pas trouver d’ennemis à combattre, ont désiré remporter comme trophée huit voitures de la cour, que j’ai dû mettre à leur disposition, et je me suis fait donner un reçu des chevaux pour éviter qu’ils ne s’égarassent. Comme je suis cloué sur mon lit, j’ai chargé de ces différents ordres M. Dubois, qui s’en est acquitté avec un zèle digne d’éloges et non sans s’exposer à quelques dangers personnels.

»Je m’occupe en ce moment à organiser un détachement de cavalerie et un d’infanterie, destinés à poursuivre les carlistes dans leur fuite, et à la tête desquels doivent se mettre ce soir le général Pajol et le colonel Jacqueminot. Je continuerai à faire tout ce qui sera possible pour servir notre belle cause. Beauvais-Poque, Rambouillet, ce 4 août 1830.

»P. S. Je recommande à la bienveillance du gouvernement le brigadier des cuirassiers Pradier, dont le courage et le noble dévouement sont au dessus de tout éloge.”

»Un grand crime avait été commis par le général Vincent ; il avait violé toutes les lois de la guerre ; aussi, dès le 5, le général Lafayette écrivait-il à M. Poque : Hotel-de-Ville, le 5 août 1830.

»Mon cher Poque, j’ai éprouvé pour vous de cruelles anxiétés ; il m’en reste bien encore sur votre blessure. Après une grande diversité de rapports, ce n’est que par le vôtre ce matin et par ce que m’a dit le brave brigadier que j’ai appris les détails exacts de l’attentat commis contre vous. J’écris au ministre de la Guerre pour que justice soit faite. L’assassinat est une chose hors de ligne. Vous avez montré dans votre mission courage, habileté, sagesse, générosité, tout enfin ce qui doit vous rendre plus cher que jamais à votre général et ami, Lafayette.”

»A cette lettre, le brave colonel se hâta de répondre pour solliciter l’impunité en faveur de l’homme qui avait attenté à ses jours.

»“Mon général,

»Je ne me souviens plus que des bontés du général Vincent, alors que bien jeune encore je faisais la guerre aurpès de lui en qualité d’aide-de-camp.

»Je reçus pendant la campagne de 1814, et sur le champ de bataille, l’étoile de la Légion d’honneur ; cette distinction, je la dois bien moins à mon jeune courage qu’à l’amitié du chef sous lequel je servais : ce chef était le général Vincent.

»Si dans cette belle révolution j’ai mérité la reconnaissance de mes concitoyens et des chefs de l’Etat, je demande comme récompense que le général Vincent ne soit pas livré aux tribunaux.

»Je lui pardonne le mal qu’il m’a fait; s’il s’est rendu coupable envers son pays, je vous supplie, mon général, d’être son défenseur à la tribune nationale.

»Souvenez-vous, mon général, qu’en partant pour la mission que vous et le gouvernement provisoire m’avez confiée j’ai promis qu’il n’y aurait pas de sang versé ; je tiens à accomplir ma promesse, et je compte sur la bonté de votre cœur comme vous pouvez compter sur mon entier et respectueux dévouement. Le colonel Beauvais-Poque, Rambouillet, le 7 août 1830.”

»Cette lettre produisit l’effet qu’en attendait M. Poque : le général Vincent n’a jamais été chagriné pour son haut fait de Rambouillet ; il fait même encore partie du cadre d’activité de l’armée. Le général Lafayette se hâta de donner avis à son généreux ami que ses vœux seraient comblés. Cette lettre est un des monuments les plus importants par sa date, et peut servir à prouver avec quelle franchise le général Lafayette croyait avoir établi un programme de l’Hôtel de ville. Nous nous faisons un devoir de la livrer à la publication. Son authenticité ne sera point contestée.

»“Hôtel de ville, le 9 août 1830.

»Vous êtes admirable de générosité, mon cher Poque, et vous faites précisément l’inverse de ce que lord Aberdenne disait de son ami don Miguel. Je me soumets à vos nobles et touchantes intentions, que j’ai fait connaître au Palais-Royal, où elles ont produit le sentiment qui leur est dû. Mais il faut pour ma propre satisfaction que je les fasse connaître au peuple, afin que je ne sois pas accusé d’un acte de faiblesse qui est de votre part qu’un acte de grandeur d’âme, tandis qu’il aurait été coupable à moi de ne pas faire rendre justice sévère. Le papier que vous avez reçu était une autorisation provisoire en attendant des nominations qu’il convient de soumettre à l’approbation royale; car nous avons un roi depuis ce matin, après qu’il a eu rempli les conditions demandées de lui au nom du peuple, et bien nettement reconnu que c’était à la déclaration faite en ce nom qu’il devait la couronne.

»Votre lettre de nomination portera ces mots : le colonel Poque, premier grenadier de la garde nationale de Pau.

»Le nouveau roi et toute sa famille me demandent de vos nouvelles toutes les fois que je les vois ; il en est de même de tous nos amis nombreux et patriotes. Levasseur a été au plus mal, mais il va mieux depuis deux jours.

»Soignez-vous bien, mon cher Poque; le jeune ami qui retourne vers vous vous donnera les nouvelles du jour. Je vous embrasse de tout mon cœur. Lafayette.”

»Le colonel Poque fut longtemps malade de la blessure qu’il avait reçue à Rambouillet, et en est resté estropié. Dès qu’il put se remettre en route pour les Pyrénées, il se retira dans sa petite propriété, seul débris la fortune paternelle. Il fut créé par le roi officier de la Légion d’honneur, et appelé par les suffrages de ses concitoyens au conseil général des Basses-Pyrénées, et bientôt après nommé maire de la ville de Pontacq ; mais il donna sa démission de cet emploi à la suite de vives discussions avec le préfet du département, qui avait voulu soumettre l’autorité municipale à celle du clergé dans une question de cloches. M. Poque rappela le préfet au respect de la loi ; et “comme lui écrivit-il, le devoir d’un soldat est de faire feu sur son général par respect pour la consigne, de même un maire, qui a aussi pour consigne de s’opposer à la violation des lois et de ne pas laisser avilir la portion d’autorité que le roi lui a confiée, doit aussi refuser d’obéir à l’autorité supérieure quand les ordres qu’il en reçoit lui paraissent une violation du régime légal et une usurpation des attributions qu’il est chargé de maintenir”. Cette affaire fit grand bruit dans les bureaux de l’Intérieur et des Cultes (février 1835) ; messieurs des cultes l’emportèrent sur messieurs de l’Intérieur, et la démission de M. Poque fut acceptée. Peu après il fut élu commandant de la garde nationale de Pontacq. A la suite de la révolution de Juillet, M. Poque a été commandant militaire du château royal de Pau. Dans ces diverses positions, le pays a toujours trouvé dans le brave colonel un soldat de la vieille armée, un patriote énergique et un officier loyalement mais non stupidement soumis. » Selon la demande de récompense honorifique que déposa Boyer, Jules, Eugène, Poque « lui donna l’ordre de conduire à Versailles avec M. Varet de Sèvres la garde nationale de Chaville et de Sèvres. Le colonel Poque, auprès duquel il resta jusqu’à ses blessures de Rambouillet, le chargea de plusieurs missions et ordonnances pour le général Lafayette, dont il prit des reçus ».Poque apostilla favorablement la demande de Boyer: « Tous les faits qu’avance M. Boyer sont de la plus exacte vérité et personne ne mérite mieux que lui la récompense qu’il sollicite. Je le recommande à M. le président du Conseil de la manière la plus expresse. » Signé le 28 mai 1831. Il signa, le 5 janvier 1831, le certificat suivant en faveur de Martigny-Desroches : « Je certifie que M. le lieutenant-colonel Martigny, en exécution des ordres que lui avait donnés le général Pajol, a réuni plusieurs détachements de volontaires à la tête desquels il est arrivé dans Rambouillet le 4 août 1830. » Le Courrier français, 5, 6 août 1830 ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 6 août 1830 ; Le Constitutionnel, 18 août 1830 ; La Garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août 1830, par un officier employé à l’état-major, Paris, imprimerie-librairie de G. A. Dentu, rue du Colombier, n° 21 et Palais-Royal galerie d’Orléans, n° 13, 1830, p. 106-109 ; Evénements de Rambouillet, juillet et août 1830, extrait d’un document déposé aux archives de la ville de Rambouillet, par J. S. Delorme, ancien maire, extrait de la Revue prospective (février 1836), p. 12-13 ; Mémoires du général comte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du maréchal Soult, 1802-1832, Paris, Plon, 1896, p. 522 ; Histoire populaire de la révolution de 1830, Edouard Rastoin ou Horace Raisson, Paris, Lefebvre et compagnie éditeurs, rue des Grands-Augustins, n° 18, 1830, p. 39-40 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Dix jours de 1830, souvenirs de la dernière révolution, par A. S. officier dinfanterie de la garde royale, Sala, André, Adolphe, Paris, Hivert, 1830, p. 107-108 ; La garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août, par un officier employé à létat-major, Bermond de Verchères, chez Dentu 1830, p. 106-109 ; Souvenirs de Abraham Rösselet, lieutenant-colonel en retraite au service de la France, chez Steiger, Neuchatel, 1857, p. 300-301 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 116 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, p. 65, liste nominative des blessés de la 6e classe auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIe arrondissement, p. 95 lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 (feuille volante) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Lefebvre, Colomban, Aimé, François, Joseph ; Archives de Paris VK3 33, états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 6 avril 1831, la mention de Valentin, Louis, Ernest ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gournay d’Arnouville de, Abel ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des citoyens blessés dans les journées de Juillet et admis à la pension (cahier de trente-deux blessés) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/55 in dossier Franzenberg, Pierre, André, François ; Archives nationales F/1dIII/60 in dossier Lambert, François, Bernard, Joseph (où il est dit que ce dernier avait accompagné Poque dans sa mission à Trappes) ; Archives nationales F/1dIII/62 in dossier Lefebure, Colomban, Amet, François ; Archives nationales F/1dIII/72 ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-et-Oise in dossiers Boyer, Jules, Eugène et Martigny-Desroches ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste des blessés de Juillet envoyés aux eaux de Bourbonne, Barèges, Mont-d’Or et Néris et liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIe arrondissement, blessés de 6e classe ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Barthe, Hippolyte ; Archives de la préfecture de police AA 378 in dossier Chevalier, Charles, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Dubois, Jean-Baptiste, Isidore (où il est fait état d’ordres émanés de M. le général Lafayette et transmis par M. Le colonel Poque, son aide de camp, relativement au château des Tuileries) ; Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lamarque, Marcelin, Michel ; Archives de la préfecture de police AA 401 in dossier Martigny des Roches ; Archives de la préfecture de police AA 416 in dossier Vaisset, François ; Biographie des hommes du jour, Sarrut et Saint-Edme, Paris, Krabbe, 1836, tome 2, 1re partie, p. 112-118.

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