Pottier, Pierre, Julien
Biographie
Né le 12 mai 1793 à Sainte-Suzanne (Mayenne). Officier de gendarmerie à Alençon (Orne). Le 29 novembre 1831, il adressa la lettre suivante au ministre de l’Intérieur, afin d’obtenir une récompense honorifique pour sa participation aux journées de Juillet : « Ayant pris connaissance de l’ordonnance du roi, en date du 10 courant, qui autorise jusqu’au 10 décembre prochain les réclamations des citoyens qui, par suite de leur résistance aux ordres arbitraires du gouvernement déchu, auront justifié de leurs droits à la reconnaissance nationale, j’ai l’honneur de vous soumettre mes titres à la décoration de Juillet, que je n’ai tardé à solliciter que parce que j’ignorais que les citoyens des départements autres que ceux de la Seine y eussent droit. Ancien officier d’infanterie, renvoyé pour mes principes politiques, en solde de réforme en novembre 1820, j’ai toujours figuré à Alençon (où je me suis établi) dans les rangs de l’opposition, soit comme électeur soit comme citoyen et l’on m’a vu sans cesse lutter ouvertement contre le pouvoir réactionnaire des Bourbons. Dès le 29 juillet, je me mis à la tête des jeunes patriotes d’Alençon pour paralyser les projets liberticides des autorités. Le soir vers minuit, j’arrêtai et gardai moi-même à vue M. Delamoussain, conseiller de préfecture de l’Orne, qui arrivait en poste de Paris pour s’aboucher avec son préfet M. le comte de Kersain, qui venait de nous être envoyé par le ministère Polignac pour assurer le succès des ordonnances du 25 juillet. Le lendemain, après deux voyages en poste faits à la rencontre de la troupe de ligne qui arrivait de Domfront, à la voix de ce même préfet pour comprimer le généreux élan de la population, je suis parvenu à la faire rétrograder sur Domfront. Le 31 juillet ou le 1er août dans une complète ignorance de ce qui se passait à Paris, jugeant que la présence du préfet qui nous trompait servait de ralliement à nos ennemis, j’ai sommé ce magistrat de quitter Alençon sous deux heures et je l’ai, moi seul, reconduit en poste dans sa calèche avec toute sa famille jusqu’au premier relais sur la route de Paris, répondant de sa vie sur ma tête, au milieu de l’exaspération générale. Trois heures après je rentrais à Alençon avec les couleurs nationales que nous apportait la malle-poste. Le 3 août, instruit par M. Clogenson (voir ce nom), notre préfet actuel, que le généreux élan de la population de Domfront était comprimé par la présence des troupes et des carlistes, je me rendis en poste avec cet honorable magistrat dans ces contrées, où nous fîmes arborer les trois couleurs aux citoyens et à la troupe elle-même, qui reçut la cocarde nationale avec le plus grand enthousiasme. Rentré à Alençon le 4 dans la nuit, je suis nommé sous-préfet par le commissaire extraordinaire du gouvernement M. le comte Bonnet et je me rends en cette qualité à Domfront où dans cinq jours j’organise les municipalités et les gardes nationales dans toutes les contrées de l’ancienne chouannerie. Enfin remplacé dans ce poste par M. Roulleaux, qui avait été nommé à Paris le même jour que moi, je suis appelé par le général Remond en mission pour diriger les troupes et les gardes nationales disponibles dans les départements sur le flanc gauche du convoi de Charles X et de la famille détrônée, que j’ai ainsi observée et surveillée jusqu’à Cherbourg. Voilà, Monsieur le ministre, sans exagération aucune, ce que j’ai fait pour mon pays et la liberté. Père de famille, j’ai risqué ma fortune et ma tête dix fois pour eux. Si donc vous pensez que je sois digne, à ce titre, de la décoration de juillet, je la recevrai avec reconnaissance et plaisir. Je crois l’avoir méritée et le témoignage de toute la ville comme celui de toute la députation de l’Orne ne me manqueront pas s’il en est besoin. J’ai l’honneur etc. » Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 7 novembre 1831. Le 30 novembre 1831, le préfet de l’Orne (Clogenson) donnait sur son compte l’appréciation suivante : « Son dévouement depuis juillet 1830 ne s’est pas démenti et son enthousiasme ne s’est jamais arrêté que là où commence la prudence. Si l’on accordait la décoration de Juillet aux six patriotes constitutionnels qui se sont le mieux montrés à Alençon à la fin de Juillet et au commencement d’août 1830, M. Pottier serait, selon moi, l’un des premiers auxquels on devrait songer, tout en se rappelant la belle conduite tenue par MM. Leguerney, ancien capitaine d’artillerie, Cavalier, maréchal de camp, Etienne Laborde, alors commandant de la brave 10e compagnie des sous-officiers vétérans. » Le 5 décembre 1831, le même préfet de l’Orne (Clogenson) adressait à Imbert, maître des requêtes et chef de division des gardes nationales, la lettre suivante, qui rapportait comment l’opposition aux ordonnances du 25 juillet s’était manifestée dans le département de l’Orne : « Ce n’est qu’à Alençon où les citoyens ont rivalisé de zèle, pour ainsi dire instantanément, avec ceux de Paris, dès la fin de juillet. Beaucoup de mes compatriotes se sont distingués par leur activité, et fort peu, parmi les patriotes, sont restés simples spectateurs au chef-lieu de l’Orne, au moment où la grande question se décidait à Paris. Mais, parmi les plus anciens et les plus zélés partisans de l’ordre de choses actuelles, il en est cinq ou six seulement qui pourraient réclamer la décoration spéciale avec quelque certitude de la mériter et de l’obtenir. M. Pottier, dont la réclamation vous est parvenue récemment, est de ce petit nombre. » Le 14 décembre 1831, la Commission choisie pour juger des droits de chacun à la décoration de Juillet, se réunit à Alençon et prit à son sujet la décision suivante : « La Commission […] atteste que M. Pottier, récemment décoré de l’ordre de la Légion d’honneur, a finalement retracé dans sa réclamation le tableau de sa conduite pendant les mémorables journées de juillet 1830 et que son zèle ne sait nullement ralenti. La Commission reconnaît et affirme que M. Pottier a couru des dangers pour sa vie à la même l’époque et qu’il a droit à la décoration de Juillet, conformément au texte de la loi et aux instructions de M. le président du Conseil, ministre de l’Intérieur. » En 1832, il demandait quelle décision avait été prise quant à sa demande de décoration. Il fut mis à la retraite, par décret du 24 janvier 1849 ; il totalisait trente années de service. Il mourut le 25 mars 1875. Il demeurait 25, rue Lamartine à Mâcon (Saône-et-Loire) en 1872. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Orne ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/2208/12 ; Bulletin des lois de la république française, 10e série, partie supplémentaire, tome troisième, bulletin n° 46, Paris, Imprimerie nationale, octobre 1849, p. 120.