Poulain, Jean

Biographie


Né à Angers (Maine-et-Loire). Receveur des contributions directes à Cholet (Ille-et-Vilaine), il adressa, le 9 octobre 1830, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, afin d’obtenir la Croix de Juillet : « Comme je considère la décoration spéciale dont parle l’article 9 de la loi du 9 octobre, être une récompense nationale ad honores, j’ai l’honneur de vous exposer les droits que je crois avoir pour l’obtenir. En 1794, époque à laquelle trente mille Vendéens assiégèrent la ville d’Angers, qui dut son salut à la bravoure du commandant de la place, Ménard, je tirai mon premier coup de fusil, quoique très jeune, sur les remparts de ma ville, à côté de mon père. Dès l’âge de seize ans, j’étais garde national volontaire. Dès l’an VI de la république, j’ai commencé à rendre des services à l’administration. De 1807 à 1814, époque de ma destitution, j’étais en fonctions publiques dans la Vendée. Dans les années 1810, 1811, 1812, 1813, je me mis par dévouement à mon pays dans les rangs de la garde nationale qui dissipa les rassemblements organisés par les nobles. M. le colonel Henry, commandant alors la gendarmerie impériale, et M. Hely d’Oissel, alors préfet, attesteraient au besoin la conduite que j’ai tenue, les dangers que j’ai courus et les pertes que j’ai faites. Dans les Cent-Jours, je fus remis en fonctions avec avancement. Les dangers de la patrie me firent prendre de l’activité. Je m’habillais et m’équipais à mes frais. Les Bourbons me destituèrent de nouveau. En 1816, je fus jeté dans les prisons de Paris, où j’y séjournais six mois et demi à la préfecture de police et à Sainte-Pélagie, en vertu de la fatale loi des suspects du 29 octobre 1815. J’en sortis sans jugement, à l’expiration de cette loi. En 1818, je fus acquitté en première instance pour propos séditieux mais condamné par la cour royale, chambre d’appel. En 1822, je fus le seul de la ville d’Angers poursuivi et condamné à mort par la cour d’Orléans, dans la deuxième affaire du général Berton. Je me réfugiais à Londres ; de là, je fus en Espagne dans les rangs des constitutionnels, sous les ordres du général Fabvier et du colonel Marbot. De retour en Angleterre, je n’ai songé à revenir en France qu’en 1830. Capitaine de bateaux à vapeur à Nantes, le 28 juillet j’étais un des six cents qui parurent. Le 29 à minuit, j’allai proposer à la commission d’aller avec cinquante hommes faire l’enlèvement de poudrière de Paimboeuf et de deux pièces de canon, lui offrant mon bateau, mon équipage, que je tins une nuit et un jour à sa disposition. La commission se décida le 30. J’arborai, le premier, l’influent drapeau tricolore et les cent hommes que je conduisis arrivèrent au moment où la troupe, le sous-préfet et le lieutenant de gendarmerie allaient partir pour la Vendée, d’après les ordres de Despinoy. Voilà, messieurs, ma conduite politique tracée. Si vous me trouvez digne d’être honoré de la décoration nationale, croyez que je la porterai ave orgueil et que je saurai la défendre. Je suis etc. » Il adressa, le 11 octobre 1830, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Messieurs,

»Comme je considère la décoration spéciale dont parle l’article 9 de la loi du 9 octobre 1830, être une récompense nationale, j’ai l’honneur de vous exposer les droits que je crois avoir d’en être honoré.

»En 1794, époque à laquelle quatre-vingt mille Vendéens assiégèrent la ville d’Angers, qui dut son salut à la bravoure du commandant de la place, Menard, je tirai mon premier coup de fusil sur les Vendéens.

»A seize ans, j’étais garde national volontaire.

»Dès l’an VI de la république, j’ai commencé à rendre des services à l’administration.

»De 1807 à 1814, époque de ma destitution, j’étais en fonction publique dans la Vendée.

»Dans les années 1810, 1811, 1812 et 1813, je me mis, par dévouement à mon pays, dans les rangs de la garde nationale, qui dissipa les rassemblements organisés par les nobles. Le colonel Henry, commandant alors la gendarmerie d’élite et M. Hély d’Oissel, qui était préfet, attesteraient la conduite que j’ai tenue, les dangers que j’ai courus.

»Dans les Cent-Jours, je fus replacé en fonction avec avancement mais la patrie menacée me fit prendre de l’activité, et comme garde national je m’habillai et m’équipai à mes frais. Pour la seconde fois, les Bourbons me destituèrent.

»En 1816, je fus jeté pendant six mois dans les prisons de Paris, en vertu de la loi des suspects du 29 octobre 1815. J’en sortis le dernier et sans jugement, excepté le général Bonnaire, qui y mourut. M. Didier, préfet de la Somme, et le général Mina ainsi que le colonel Martin l’attesteraient.

»En 1818, je fus acquitté, en police correctionnelle, pour propos séditieux mais condamné par la cour royale chambre d’appel.

»En 1822, je fus le seul de la ville d’Angers poursuivi et condamné à mort par la cour d’Orléans dans la deuxième affaire du général Berton. Je fus abrité ma tête à Londres ; de là, offrir mon bras aux constitutionnels espagnols ; et, de retour en Angleterre, je n’ai songé à revenir en France que cette année.

»Au mois de juillet dernier, j’étais à Nanges capitaine de bateaux à vapeur, appartenant à M. Cossin. Le 28, j’étais un des six cent qui parurent en rames. Le 29, à minuit, je fus proposer à la Commission d’aller avec cinquante hommes faire l’enlèvement de la poudrière et de deux pièces de canon qui étaient à Paimbeuf, lui offrant mon bateau, mon équipage, que je tins une nuit et un jour à sa disposition. La Commission se décida le 30 au soir. J’arborai le premier dans Nantes le drapeau tricolore, et les cent hommes que je conduisais arrivèrent au moment où la troupe, le sous-préfet et le lieutenant de gendarmerie allaient partir pour la Vendée, d’après les ordres de Despinoys.

»Voilà, messieurs, ma conduite politique tracée. Si vous me trouvez digne de porter la décoration nationale, croyez que je saurai la défendre si nos ennemis osaient l’attaquer. » On peut lire dans son dossier la lettre de recommandation suivante : « Le secrétaire général du ministère de l’Intérieur a l’honneur de recommander à l’attention de messieurs les membres de. La Commission des récompenses nationales la pétition de M. Poulain, dont il connaît le dévouement et la belle conduite et qu’il est heureux de pouvoir leur attester. Tous les faits contenus dans sa demande sont de la plus scrupuleuse exactitude. Il se plaît à le certifier, autant pour rendre hommage à la vérité que parce qu’il lui serait agréable de voir accorder à cet excellent citoyen la récompense qu’il a si bien mérité. » Signé à Paris, le 21 mars 1831 : Didier. Il demeurait rue Saint-Nicolas, chez M. Roussellière-Poulain, à Angers, et provisoirement hôtel des Sept-Frères, rue de Grenelle-Saint-Honoré à Paris en 1830. Archives de Paris VD6 281 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure ; 1814-1830, Histoire des Cent-Jours, de la Restauration et de la révolution de 1830, Dulaure, tome septième, Paris, Poirée, 1845, pp. 459, 473, 519, 520.

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