Pradeau, Jean
Biographie
Né vers 1808 à Bussières (Creuse). Maçon. Il eut d’abord sa casquette transpercée par une balle, avant d’être atteint d’un coup de feu à la clavicule pendant les combats de l’hôtel de ville, le 28 juillet. Le lendemain, oubliant ses blessures, il participa à la prise de la caserne de Babylone. Conduit à l’ambulance de la Halle aux draps, il s’y fit soigner d’abord par le docteur Guillemot, Pierre (voir ce nom), demeurant 6, impasse des Bourdonnais, avant d’entrer, le 3 août, à l’hôpital Saint-Louis, où il resta deux mois. Il reçut un secours de vingt francs le 14 août, un secours de dix francs le 21 août, à la mairie de son arrondissement. Il reçut un secours de trente francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut, après la révolution, un total de dix francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 6 avril 1831, la conclusion suivante : « S’est plaint d’avoir eu la poitrine et la tête effleurées par une balle, accident dont il n’existe pas la plus légère trace et qui ne saurait donner droit à aucune récompense nationale. sans aucune infirmité, sans aucune incapacité. En conséquence nous estimons que le susnommé n’a aucun droit à une récompense nationale. » La demande de pension qu’il avait présentée fut, en conséquence, rejetée. Il fut admis dans la 1re classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. En janvier 1832, étant retourné à Bussières, il donna procuration à Pipaud, Jean-Baptiste, son ancien logeur, demeurant 12, rue Saint-Placide, pour toucher en son nom la somme de cent vingt francs lui revenant de la part de la Commission de la souscription nationale. En 1834, souffrant toujours de ses blessures, Pradeau sollicita la Croix de Juillet, n’ayant pu jusque-là faire les démarches, et un habillement de garde national. Le préfet de la Seine donnait sur son compte les renseignements suivants : « [Il] a effectivement pris les armes et a combattu pendant les trois journées ; il a même été blessé grièvement d’une balle à l’épaule. Il a touché quelques secours dans les premiers mois qui suivirent la révolution de 1830 ; puis il est parti pour la campagne, où il espérait rétablir sa santé. C’est à cette absence qu’il doit de n’avoir pas été compris dans le travail de la Commission des récompenses. Depuis son retour à Paris, il traîne misérablement sa vie d’hôpital en hôpital, il ne peut se rétablir. Quoique jeune (il n’a que vingt-six ans), il est sans force et ne saurait travailler pour vivre. Ce n’est point par paresse mais impuissance réelle […]. Cet état de prostration est le résultat des fatigues qu’il a éprouvées, des contusions et des blessures qu’il a reçues. » Et le préfet de police : « Sa conduite et sa moralité sont exemptes de tout reproche. » Il reçut, cette année-là, un secours de cent francs. En 1835, la maison qu’il possédait dans son village et qui représentait tout son avoir, fut brûlée et il retourna à Paris, où il fut bientôt « sans travaux et dans la plus profonde misère ». Les mêmes sources policières renseignèrent : « Ce combattant de Juillet est toujours extrêmement gêné, attendu que ses blessures l’empêchent souvent de travailler. On continue à faire le plus grand éloge de sa conduite. » Il reçut un secours de trente francs. Le docteur Guillemot fournit, en 1835, un certificat qui constatait que la blessure qu’avait reçue en juillet 1830 Pradeau « ne lui a pas permis de travailler comme auparavant de son métier de maçon ». En 1836, la police recueillant sur le compte de Pradeau les mêmes informations favorables, il reçut un secours de cinquante francs. En 1837, le même docteur Guillemot attestait que la balle morte que Pradeau avait reçue sous la clavicule droite, avait « produit dans les organes de la respiration des désordres assez graves pour avoir détruit sa santé ». Il reçut un secours de quarante francs en 1838, de trente francs en 1840. En 1843, toujours les mêmes sources rapportaient : « Cet individu n’a pas une bonne santé et dans ce moment il est malade et ne peut travailler. C’est, dit-on, un bon sujet et il est digne de la bienveillance de l’administration. » Il reçut un secours de quarante francs en 1843, de la même somme en 1845, en 1847, en 1848 (qu’il ne toucha pas faute de s’être présenté), et de cinquante francs en 1850. En 1852, il décrivait ainsi sa situation : « Père de famille sans fortune et sans ressources, et sa pauvre femme dangereusement malade, il se trouve dans une détresse des plus déplorables et chez lui la misère est à son comble, car bientôt il se voit réduit à la mendicité. » Il reçut un secours de soixante francs en 1852, puis de cinquante francs en 1854. En 1856, suite à une demande de secours que Pradeau avait présentée, le maire de la commune de Bussières, où il habitait, renseigna à son sujet : « Jean Pradeau est un homme des plus dangereux pour la société en quoi que ce soit. Pradeau est veuf, sans enfant, sa femme, Jeanne Finet, lui a légué sa fortune par testament. Les biens donnés sont situés audit village de Chastenet ; ils peuvent être d’une valeur approximative de deux mille à deux mille cinq cents francs. Il a mangé le surplus de la fortune de sa femme pendant le cours de son mariage. Il n’a pas encore payé, quoique les délais soient passés, les droits de mutation de la succession de sa femme, malgré la demande de M. le receveur de l’enregistrement […]. C’est un fainéant, toujours dans les cabarets quand il a de l’argent, cherchant dispute à tout le monde, afin de faire une affaire de police correctionnelle et aimant mieux mendier que travailler, dans quelque saison de l’année. C’est un homme dans toute la force de son âge, fort et très robuste. Avec le peu de fortune que sa femme lui a donné et son travail journalier, il devrait être un des plus heureux habitants de la commune de Bussières. Tous les habitants de Bussières le craignent autant que le feu. Pradeau, avant d’envoyer sa pétition, m’a proposé de l’approuver et j’ai refusé. Depuis 1830, il a obtenu plusieurs secours, je ne sais par l’intermédiaire de qui. Il est cependant bien malheureux, monsieur le préfet, de faire accorder des secours à des gens comme Pradeau. » Les secours lui furent dorénavant supprimés. Il demeurait 12, rue Saint-Placide, un garni de quatre francs par mois, de 1830 à 1834 ; 17, rue Saint-Placide de 1834 à 1835 ; de nouveau 12, même rue en 1836 ; 44, rue de Sèvres en 1837 ; 19, même rue en 1839 ; chez Dumontel, 107, rue de Vaugirard en 1840 ; de nouveau 12, rue Saint-Placide en 1843 et 1846 ; au village de Chastenet à Bussières-Dunoise en 1850-1856 ; à Orléans (Loiret) en 1857 ; Saint-Sulpice-le-Dunois (Creuse) en 1861 ; Auxerre (Yonne) en 1863. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du Xe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 84 ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, dossiers individuels ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés et non blessés du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (206) citoyens qui quoique non blessés dans les journées de Juillet ont prétendu au bénéfice des articles 5 et 6 de la loi du 13 décembre ; Archives nationales F/1dIII/41 ; Archives nationales F/1dIII/72 in dossier Pichon ; Archives nationales F/1dIII/73 ; Archives nationales F/1dIII/78 in dossier Yves ; Archives nationales F/1dIII/82 aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Xe arrondissement, blessés de la 1re classe ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet 1831-1835 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Proposition d’autoriser par imputation sur le chapitre 25 bis du budget de l’Intérieur exercice 1850 l’ordonnancement d’une somme de 330 francs pour être répartie, à titre de secours, entre trois décorés, un blessé et deux veuves de juillet 1830, courrier en date du 21 novembre 1850, minute 139-140, idem Proposition d’autoriser sur le crédit ouvert au chapitre 6 du budget de 1852, l’ordonnancement d’une somme de 745 francs, pour être répartie, à titre de secours, entre huit victimes de juillet 1830 domiciliés dans divers départements, minutes 230-231, en date du 30 juillet 1852.