Prevost, Charles, Alexandre
Biographie
Né vers 1793 à Paris (ancien) IIIe arrondissement. Ancien sergent-major au 15e léger en 1813, devenu négociant. Il s’illustra Planche-Mibray, place des Victoires, quai et pont de l’Hôtel-de-Ville et à la Grève. Il déposa trop tard, le 1er mars 1831, ses pièces devant la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Le 28 juin 1831, il remit la lettre suivante à cette Commission : « Indigné des ordonnances royales de la veille, le lundi soir 26 juillet 1830, je parcourus les divers lieux où il pouvait y avoir des rassemblements, pour en étudier le caractère ; j’entrevis dans la disposition des esprits l’espérance d’une lutte prochaine, dans laquelle je me promis de prendre part. Le mardi, je ne quittais pas de 1 heure à 5 heures et demie la partie de la rue Saint-Honoré qui est entre la rue du Coq et la place du Palais-Royal. Je m’attachais principalement à communiquer à tous les groupes le sentiment d’indignation que j’éprouvais. Ce fut près de moi qu’à 4 heures et demi environ un homme fut tué par quelques gardes royaux qui faisaient partie du poste du palais ; c’était sur le trottoir de la maison qui fait l’encoignure de la rue du Chantre. De retour à 6 heures un quart, je me rendis sur les mêmes lieux, lorsqu’en débouchant par la rue de Grenelle [Grenelle-Saint-Honoré, N.D.A.], je vis s’avancer un bataillon de la garde royale, qui faisait feu à volonté, qui après avoir assassiné des gens sans défense se rangea en bataille sur la place du palais. Au nombre de leurs victimes, fut un enfant qui fut atteint à la cuisse de la même balle qui perça le pantalon d’un homme auquel je parlais. Je ne rentrais chez moi qu’à 11 heures et demie, me promettant bien le lendemain de venger ces malheureuses victimes. Le mercredi, ne voyant rien en mouvement dans le quartier que j’habite et ayant remarqué la veille dans celui des Bourdonnais des dispositions hostiles, je m’y rendis et y pris rendez-vous pour 10 heures à la mairie. De retour chez moi, je me mis à vérifier mes armes et à les mettre en état. Ayant besoin de pierre, j’allais rue du Petit-Lion, d’où j’aperçus des hommes qui, armés de piques, de bâtons, de fusils, etc., descendaient la rue Saint-Denis et paraissaient se diriger sur le poste Mauconseil. Inquiet sur le sort des hommes de la ligne qui le composaient et me rappelant leur belle conduite de la veille, j’y courus et parvins à entrer avec le chef de cette bande et à détourner les coups qui sans doute leur eussent été portés. Ils rendirent leurs armes, donnèrent leurs munitions ; le sergent me remit ses cartouches. Je retournais de suite à la mairie du (ancien) IVe arrondissement me joindre à la garde nationale et nous fîmes quelques sorties dans le quartier pour encourager par l’exemple ceux qui restaient chez eux. Et après avoir stationné environ une demi-heure sur la place du Louvre, nous nous rendîmes à la place des Victoires, où nous fûmes obligés de céder au nombre. Je parvins à sortir de là et à conserver mon fusil. Je cherchais dès lors à me rendre à l’Hôtel de ville, où l’on disait qu’il faisait chaud ; de la rue des Petits-Champs, il me fallut traverser le Palais-Royal, qui n’avait d’issue que du côté de la rue de Richelieu, passer par la place du Palais, la rue Saint-Honoré, où je ne vis que gardes royaux qui faisaient des feux à volonté. Je parvins sain et sauf à l’Oratoire près la rue d’Angevillers et passai devant le Louvre, où je servis de cible aux maladroits qui étaient dans la colonnade. Arrivé au Pont-Neuf, un officier d’état-major me fit désarmer par deux sbires, ce qu’ils ne firent pas sans peine ; ils eurent mon fusil et une partie de la manche de mes habits, heureux d’en être quitte pour cela ! J’arrivais enfin à la rue de la Planche-Mibray. Là, il m’était possible de satisfaire mes passions et de me venger de l’espèce d’affront que je venais de recevoir. Renfermés dans cette rue par la fusillade qui venait de la rue Pelletier et de la place du Châtelet, ce n’était qu’avec peine que nous pouvions agir. Une occasion se trouva bientôt de me satisfaire. Quatre cavaliers venant de la Grève au galop, effrayèrent par leur bruit les personnes qui étaient là. Je saisis l’arme de l’un d’eux, me postai à l’encoignure du marchand de vin et en blessais mortellement un qui est allé tomber près de la place du Châtelet. Ce coup me valut la confiance du peu d’hommes qui étaient là. Aussitôt après, aidé d’un homme, je me mis en devoir de retirer de dessous les balles trois hommes qui étaient sur le quai et les déposais au coin de la rue de la Vannerie. Quelques instants après nous vîmes déboucher de la place du Châtelet un peloton de gardes royaux. Je ralentis l’ardeur des hommes qui allaient tirer partiellement, pour ne former qu’un feu de peloton et le prendre obliquement en flanc, ce qui nous réussit : ils perdirent quatre hommes. Toujours renfermés par une fusillade bien nourrie, je résolus d’en sortir et de me placer près des parapets du pont ; mais pour arriver là, il fallait connaître les dispositions des troupes qui étaient en bataille à l’extrémité du pont Notre-Dame. Je le traversais et après avoir acquis des sous-officiers l’assurance qu’ils n’étaient là que pour empêcher la communication d’une rive à l’autre, je revins trouver mes camarades et nous prîmes position près du parapet, d’où nous pûmes causer beaucoup de dommages non seulement sur la place de l’Hôtel-de-Ville mais encore à la boutique du marchand de vin de laquelle nous les délogeâmes promptement ainsi que des manque un mot brûlé [bureaux ?] de recette du pont d’Arcole, ce qui rendit un grand service à nos amis qui étaient à l’extrémité du côté du quai de l’Archevêché. Il était environ 6 heures et demie lorsque voyant peu de choses à faire je cherchais à approcher de l’Hôtel de ville, par les petites rues ; chose impossible, elles donnaient la mort ! Je me mis alors rue de la Planche-Mibray à commencer le dépavage et à donner l’idée de monter les pavés dans les maisons. N’ayant bu ce jour-là, contre mes habitudes, que du vin blanc avec mes camarades, accablé de fatigue, je me décidais à rentrer chez moi à 10 heures. J’eus la satisfaction de rendre un dernier service : celui de conduire chez lui, rue de la Cossonnerie, maison du marchand de vin, un ouvrier qui avait été blessé à la cuisse à la caserne de la rue Mouffetard (voir Gérard, Denis ? blessé à la cuisse et demeurant rue de la Cossonnerie). Je comptais sur le repas pour rétablir mes forces. Logé près de la sonnerie Saint-Eustache, je ne trouvais qu’une cruelle insomnie causée par le tocsin. M’étant endormi le matin, je ne dus qu’à cette circonstance le chagrin de n’avoir pu participer à la prise du Louvre, où j’arrivais comme il venait d’être pris. Je me rendis aussitôt à l’Hôtel de ville, où arrivait le général Dubourg. Le soir, à la nouvelle de l’arrivée de nouvelles troupes, je m’occupais avec les gens du quartier à élever nos barricades. Là cesse ma vie militaire. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare avoir vu le mercredi 28 juillet 1830 le sieur Prevost faire partie des hommes qui se battaient au bas du pont Notre-Dame. Au nombre des actions qui s’y sont faites j’ai remarqué celles-ci qui sont de lui. Il retira de dessous les balles des hommes qui venaient d’être blessés ; il les a déposés chez un marchand de bouteilles à l’entrée de la rue de la Vannerie. Il a, malgré les plus grands dangers, été pour parler à la troupe qui stationnait de l’autre côté du pont et est ensuite revenu prendre position près des parapets avec les hommes qu’il paraissait diriger. Comme ex-garde à cheval, je faisais dans le moment les fonctions d’officier d’ordonnance et pendant plus d’une heure que j’ai séjourné dans cet endroit je l’ai vu constamment occupé à donner de l’élan à ces hommes et se battant à leur tête. Les faits que j’énonce sont bien sincères et véritables. Je lui ai donné le présent certificat pour lui servir au besoin. » Signé : Salmon (peut-être Alexandre, demeurant 25, rue des Lavandières-Sainte-Opportune. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare que le mercredi 28 juillet 1830 j’ai vu et donné à boire à la personne que je reconnais et qui dit se nommer Prevost ainsi qu’à plusieurs hommes qu’il a emmenés en plusieurs fois. J’affirme que lui et ses hommes se sont battus la plus grande partie de la journée à l’extrémité de la rue de la Planche-Mibray et sur les quais avoisinant la Grève. Je déclare en outre que sur un bon coup qu’il venait de faire un de ces hommes l’a régalé. Le sieur Prevost exhortait ces hommes à boire modérément pour, disait-il, conserver leur sang-froid. C’est lui qui, le soir, à commencer à dépaver la rue et à faire monter les pavés dans les maisons. Je n’ai pas hésité, sur sa demande, à lui délivrer le certificat pour lui servir ce que de raison. » Signé, le 7 avril 1831 : Nicquevert, marchand de vin, demeurant 10, rue Planche-Mibray. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, déclarons que le sieur Prevost, domicilié rue Comtesse-d’Artois n° 5, s’est réuni à nous le mercredi 28 juillet 1830 lorsque revêtus de l’uniforme de garde national et armés nous nous sommes rendus à la place des Victoires et qu’il ne s’est détaché de nous que quand il a fallu céder au nombre des baïonnettes. » Signé, le 28 juin 1831 : Fromageot, Emile, grenadier au 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; Petit, P. sergent à la 2e compagnie du 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; Fournier capitaine des grenadiers du 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; Lahin, Jules illisible, grenadier au 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale. Il était indiqué sur les fiches de la Commission des Réclamants comme fortuné. Il demeurait 5, rue de la Comtesse-d’Artois en 1831. Archives de la préfecture de police AA 409. Il y a aux AN un Prevost, Charles, Alexandre, négociant, demeurant 32, rue du Faubourg-Saint-Honoré, décédé en 1851, inventaire dressé en présence de l’épouse Destors, Louise, Marguerite MC/ET/CVIII/1207