Quinard, Adolphe
Biographie
Né le 25 août 1799 à Lorient (Morbihan), fils de Quinard, Nicolas, officier du génie maritime et Haymond, Marie-Louise, son épouse. Il fut blessé à l’aisselle droite, le 28 juillet 1830, rue Saint-Martin, à 9 heures et demie, puis le lendemain 29 juillet, à la prise du Louvre, par un coup de sabre reçu à l’occiput. Il garda le lit pendant un mois. Il fut soigné par le docteur Dufay (voir Dufay, Pierre). En 1848, chef d’institution à Tournan (Seine-et-Marne), il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications biographiques supplémentaires. Il adressa en effet, le 16 mars 1848, la lettre suivante à la Commission : « Un article inséré dans le Courrier français du 13 courant invite ceux qui ont pris part aux journées de juillet 1830, 1831, etc., à vous adresser leurs réclamations en les appuyant des titres qu’ils ont à faire valoir. Mes titres pour les journées de Juillet, s’ils n’ont pas été anéantis ou égarés sont entre vos mains. Ils ont été déposés au ministère le 15 avril 1831. Le ministre, par sa lettre du 14 du même mois, m’avait autorisé à en faire le dépôt. La demande du ministre avait été provoquée par ma lettre du 6 avril, apostillée par le général Pajol (voir Pajol, Pierre), dont j’étais bien connu. Il existe encore une lettre à la date du 14 août 1831 du comte Daure, directeur général au ministère de la Guerre, qui m’accorde une audience au sujet de mes réclamations. Malgré mes titres, malgré mes blessures qui ont eu des suites cruelles, qui m’ont interdit tout travail pendant dix-huit mois, qui ont entraîné la perte de mon institution à Paris, malgré les chaleureuses recommandations du général Pajol, celles du général Dommanget et autres, mes réclamations ont toujours été sans résultat. Lors de la première réception que me fit le général Pajol au ministère, je lui dis (j’avais mon franc-parler avec lui) avec une franchise qui devint une véritable imprudence Lafayette nous a fait un triste cadeau, je n’ai aucune confiance dans les Bourbons. Ce mot fut probablement entendu et noté par deux personnes qui étaient à une certaine distance. Ce fut toujours l’opinion du général, ce fut sa conviction que ce mot m’avait privé de toute justice. Non seulement je n’ai rien obtenu mais une persécution sourde, détournée, incessante m’a souvent réduit au désespoir. Vous aurez une idée de la situation où je me suis trouvé quelquefois si vous daignez parcourir la lettre du respectable prêtre Bonnefoy. Elève du lycée et exerçant depuis vingt-trois ans la profession d’instituteur, j’ai sollicité vainement pour retraite le poste de sous-inspecteur primaire. Plus tard, j’ai demandé une perception, même refus. Et la persécution était là, toujours en haleine. Partout où j’ai cherché à reposer ma tête, les prêtres, dirigés par un mobile qui leur était inconnu, se mettaient en campagne, prêchant une croisade contre l’instituteur maudit, le traquant comme une bête fauve, et son seul crime était son radicalisme (comme ils le disaient), c’était de détester l’injustice qu’il trouvait partout, de chercher soit par des écrits soit par sa parole à relever le moral du peuple. A Chaumes, canton de Tournan, un maire (et il l’est encore !!!) qui porte sur sa poitrine l’insigne des braves, qui n’est pour lui que la marque de l’infamie car c’est le prix de la délation, comme agent de police, car il l’a obtenue pour le zèle coupable qu’il a déployé dans les élections, cet homme qui a pressuré le peuple par son exécrable usure, qui s’est servi de son pouvoir pour ruiner l’établissement d’un homme précieux par la capacité et le caractère, un pharmacien distingué que la persécution a rendu fou, cet homme... si je n’avais pour vous un si profond respect !... disons cet homme m’a traduit nombre de fois à Melun pour quelques productions libérales et notamment pour un hymne en mémoire des victimes de Juillet. Et lorsque j’ai réclamé l’attestation de mes concitoyens pour justifier de mon mérite comme instituteur, de ma conduite comme particulier, ce maire, pour absorber la valeur de mon certificat a commis le crime de biffer de sa propre autorité sur ce titre sacré le nom d’un des conseillers municipaux, M. Clément, avocat et maire de Melun a flétri ceux qui m’avaient mis en cause et sous vos yeux est le certificat en question. Un concours pour l’institution primaire de La Ferté-Gaucher est ouvert. J’y cours, j’obtiens l’honorable mention qui est sous illisible, M. de Fontanelle, sous-préfet de Coulommiers et dont la mémoire me sera toujours chère car il aimait la justice et avait de l’humanité, fait des efforts incroyables pour mon admission, écrit, vient lui-même mais inutilement. Une lettre du maire de Chaumes au curé de La Ferté a rendu impossible ma nomination. Je cesse, quoiqu’à peine au milieu du chapitre, je craindrais d’abuser de vos instants. Je suis heureux maintenant. Je sais qu’il y a des juges à Berlin [expression employée en français par les Allemands, qui fait référence à l’anecdote selon laquelle Frédéric II, désirant agrandir son domaine de Sans-Souci, menaça son meunier de voisin de confisquer sa propriété, s’il refusait de la lui vendre ; le meunier ne se montra nullement intimidé par les menaces et répondit à l’empereur Oui, mais il y a des juges à Berlin ! N.D.A.], ma patrie est délivrée, je mourrai content, mes enfants respireront l’air de la liberté, qui les rendra robustes ; ils béniront vos œuvres. Vive la république ! et que dieu conserve pour le bonheur de la France... et je le dis !!... que dieu conserve les Arago, les Lamartine et tous les membres du gouvernement provisoire. » On trouve dans son dossier plusieurs autres indications biographiques. En 1833, il avait fait une demande auprès de la mairie de Corbeil (Essonne) afin d’ouvrir une école publique et gratuite de géométrie et dessin appliqué aux arts. En date du 25 novembre 1840, cette lettre du curé de Châtres, Bonnefoy : « Ne vous ayant pas vu à mon retour de Melun, pour la raison que vous m’avez fait connaître, il est bon, indispensable même, que vous appreniez le résultat de mon voyage. Malheureusement le préfet était absent. A son défaut, je m’adressai à l’archiprêtre de Melun, dont je crois vous avoir fait l’éloge. Lui-même était prévenu contre vous. Il s’étonna d’abord de voir que vous aviez en moi un défenseur ; puis, quand je me fus expliqué, il loua ma conduite et me promit de s’entremettre auprès du préfet pour tâcher de s’intéresser en votre faveur. Mais je ne dois point vous le dissimuler, vos ennemis vous ont fortement chargé. Vous passez, vis-à-vis des autorités de Melun pour un séditieux, un homme entaché de radicalisme. Remarquez bien ce mot : aux yeux du pouvoir, c’est un cas de réprobation. Aussi, je doute fort qu’on vous pardonne ceci. Vous le dites bien : la peine n’est nullement proportionnée au délit ; mais que voulez-vous ? voilà comment s’exerce la justice des hommes !!! Dieu pardonne, les hommes seuls sont inexorables !!! Quant à votre certificat, voici ce qui m’a été dit : il ne constate votre conduite que pour l’année que vous avez passée à Chaumes, et la loi en veut un, constatant la conduite des trois dernières années. Il faut donc que vous présentiez un certificat qui constate votre conduite antérieure à celle de Chaumes et un autre pour le temps qui s’est écoulé depuis votre sortie de Chaumes jusqu’à votre arrivée à Liverdy. Voyez, que d’entraves. Ce que vous me dites de l’indécision de M. Bazille m’étonne autant que vous. Il se promet bien pourtant d’en finir ! Dieu veuille que j’aie tous les beaux sentiments que vous me supposez. Et puis d’ailleurs, nous n’avons rien que nous n’ayons reçu : je devrais donc dire avec le psalmiste : Non nobist, domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. J’agrée bien volontiers le souhait que vous formez en finissant votre lettre. Vous pouvez compter sur moi en temps adverse comme en temps prospère. Quant à moi, le premier vœu que je fais pour vous c’est de vous voir un jour occuper dans la société, le rang que vos talents vous y assignent. » Signé : Bonnefoy. En 1843, il avait fait une demande pour obtenir une sous-inspection de l’éducation primaire dans le département de Seine-et-Marne. Sans réponse à la lettre qu’il avait envoyée à la Commission, il renouvelait sa demande, expliquant : « […] En butte aux persécutions les plus cruelles du sieur Quinton, ex-maire de Chaumes pour mes opinions et mes écrits politiques depuis 1834 jusqu’en 1848, j’ai subi divers procès, j’ai vu mes établissements ruinés, j’ai été réduit à la misère. […] Depuis peu, M. de Foissy, secrétaire général du pouvoir exécutif, ayant acquis la connaissance de mes droits, a voulut m’être utile mais sans résultat, je n’ai pu faire le cautionnement exigé. J’ai exposé à la Commission des récompenses nationales que je n’accepterais jamais une rémunération pécuniaire, que je désirais seulement prendre rang parmi ceux à qui la république destinait des emplois ou une décoration. » En mai 1848, il se plaignait de n’avoir pas reçu de récépissé des pièces qu’il avait fait parvenir à la Commission comme « blessé de Juillet et poursuivi politique ». A l’appui de sa demande, il avait déposé plusieurs certificats. D’abord un « certificat des journées de Juillet (pour tenir lieu de celui perdu en 1831 au ministère de la Guerre) » et ainsi rédigé : « Je soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, en cette ville rue Grenelle-Saint-Honoré n° 1, certifie que d’après les pièces laissées par feu mon père, le docteur Dufay (voir Dufay, Pierre), chirurgien-accoucheur, demeurant en 1830 quai de l’Ecole n° 8, a donné des soins à M. Quinard, Adolphe, né à Lorient (Morbihan), qui venait d’être blessé à l’aisselle du côté droit, le 28 juillet 1830, rue Saint-Martin, 9 heures et demie, et que le lendemain 29 juillet, mon père fut encore appelé une deuxième fois pour panser ledit sieur Quinard, qui venait de recevoir un coup de sabre à l’occiput lors de la prise du Louvre et que par suite de ces blessures il a gardé le lit pendant un mois. Certifie en outre que le citoyen Eudes, secrétaire à la mairie du (ancien) Ve arrondissement a légalisé le certificat de feu mon père, dont il vient d’être fait mention dans ce rapport. » Signé, le 17 avril 1848 : Dufay, docteur médecin. Ensuite, un certificat de Mme Marguerite, épouse de l’ancien bijoutier de l’Empereur, pour les soins assidus qu’il avait apportés à l’éducation de sa fille. Ensuite, une lettre de Liegois, ancien capitaine au corps de génie, membre du conseil municipal de Corbeil, qui rendait justice à la manière dont, depuis 1830, Quinard s’était conduit dans les diverses positions où il s’était trouvé par suite de sa profession. Enfin, un certificat, en date du 25 septembre 1840, signé par plusieurs conseillers municipaux et habitants de la ville de Chaumes, attestant que pendant la période d’un an pendant laquelle il avait exercé sa profession dans cette ville il avait « mérité la confiance et l’estime de chacun par ses bonnes mœurs et sa bonne conduite ». Sa demande fut rejetée par la Commission. Il était marié et père de quatre enfants en 1848 : trois filles âgées de douze, quatre et trois ans et un garçon âgé de six ans. Il demeurait 25, rue Mauconseil en 1830 ; à Tournon (Seine-et-Marne) (il donnait comme adresse où lui faire parvenir ses pièces : Miche, dessinateur, 290, rue Saint-Denis) en 1848. Archives de la préfecture de police AA 410.