Ramond de la Croisette, François, Charles, Antoine
Biographie
Né le 31 décembre 1789 à Paris, orphelin de son père, décédé en 1805, commis aux entrées de l’hôpital de la garde impériale depuis le 1er messidor an X jusqu’au 25 août 1807, puis entré comme commis au Corps législatif. Sa conduite était ainsi relatée par le Messager des Chambres du 6 septembre 1830 et reprise par le journal le Temps : « Nous nous empressons de faire connaître un fait honorable, que nous aurions déjà publié si l’abondance des matières nous l’avait permis. Le 29 juillet, le palais du prince de Condé, contigu au palais de la Chambre des députés, avait été investi dès le matin par un demi-bataillon du 50e régiment, qui, s’étant masqué sur les galeries supérieures, pouvait, de son embuscade, foudroyer les détachements de l’armée parisienne. Instruit de ce fait, M. Ramond, alors capitaine dans la garde nationale, se transporta auprès du capitaine qui commandait ce bataillon et parvint, par ses instances et par ses prières, à déterminer ce chef à faire retirer sa troupe ; pour la mettre elle-même à l’abri de toute attaque, il la fit placer dans le petit jardin du prince, où elle n’était point en vue, et, malgré l’arrivée de la garde royale qui vint attaquer les barricades de la place du Palais-Bourbon, cette troupe garde la neutralité que la capitaine avait promise sur l’honneur. C’est donc au zèle et aux soins empressés de M. Ramond, qui était assisté de M. Bret, sergent-major dans la Xe légion que l’on doit tenir compte de cette économie d’un sang généreux. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le seul nom de Ramond sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). En 1830, il était chef de bureau des procès-verbaux et des pétitions à la Chambre des députés. Sa médaille lui fut délivrée le 27 juin 1831 et son brevet le 17 août de la même année. Il avait sollicité la décoration de la Légion d’honneur dès 1814 puis ensuite régulièrement en 1815, 1816, 1817, 1818, 1821. Aussi, son dossier nous laisse de nombreuses indications biographiques. D’abord sur la famille dont était issu Ramond de la Croisette, qui transmettait ainsi une Notice de la maison Ramond, ainsi rédigée sur les origines de sa famille : « Ramond, comte de Ramond, seigneur de Folmont, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur d’Espédailhac en 1304. Raymond Guilhaume de Ramond, seigneur de Folmont et de Moncuq, chevalier mort avant 1384. Bernard de Ramond, seigneur de Folmont, et son frère Arnaud de Ramond, vicomte de Tartas vivaient en 1440. Pierre de Ramond, seigneur de Folmont, chevalier, maître d’hôtel de Louis, dauphin, et ensuite du roi en 1461, sénéchal du Quercy, d’Agénois et de Gascogne ; conseiller chambellan du roi en 1462, député aux états généraux de Tours en 1468. Ces états, absolument dévoués au roi Louis XI, dépouillèrent le duc de Berry du duché de Normandie ; le roi, regardant Ramond comme une créature de son frère, ne le voulut pas dans son duché de Guyenne et le dépouilla de sa charge, qu’il donna à Riumas. En 1491, Guinot de Losière se défit de sa charge de sénéchal du Quercy en faveur de Ramond de Cardailhac, baron de Cardailhac, seigneur des châtellenies de Saint-Cirq, Biars et Cieurac, à qui Charles VIII la donna pour le dédommager de la perte de ses maisons que Louis XI avait fait raser parce qu’il avait servi le duc de Berry dans la guerre du bien public. Jacques de Cardailhac, son fils, sénéchal du Quercy en 1500, Antoine Guilbert de Cardailhac, seigneur baron de Cardailhac, seigneur de Saint-Sernin, chevalier de l’ordre du roi, sénéchal du Quercy en 1570. Dominici, dans son histoire manuscrite du Quercy, dit avoir vu un acte passé par l’aïeul de ce Cardailhac, dans lequel il se dit descendre de la maison des comtes de Toulouse ; et Dominici assure que cette branche des Cardailhac est une des plus anciennes familles, ayant vérifié la généalogie à dix-sept mâles de père en fils. Cet historien écrivait vers le milieu du XVIIe siècle. Pons de Lausières de Cardailhac, sénéchal e 1589, chevalier des ordres du roi, capitaine des gendarmes et maréchal de France. Son fils, marquis de Thémine, baron de Puicornet, seigneur de Monluc, maréchal de France, sénéchal du Quercy en 1610. Mathurin Ramond, seigneur de Folmont, grand maître des Eaux et Forêts du Languedoc en 1530 ; son fils lui succéda. François Ramond, seigneur d’Auty, maître de camp, tué au siège de Spire en 1635. Silvestre Ramond, seigneur de Limbert, capitaine des chevau-légers, mort en 1700. Pierre Ramond, conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier, mort en 1760. Jean-Jacques Ramond, conseiller du roi, payeur des gages de la cour des aides de Montpellier ; Paul Ramond, seigneur de la Coste ; Antoine Ramond, seigneur de la Croisette ; et Philippe Daniel Ramond, seigneur de la Bastiolle, ses frères. Jean Isaac Ramond, seigneur de Rascas, l’un des députés du Languedoc en 1749 pour porter au roi le cahier de la province, mort en 1774. Paul Ramond, seigneur de la Croisette et son fils, Charles, Antoine, morts peu de temps après leur retour de l’émigration. La famille Ramond se compose aujourd’hui des frères : Ramond, seigneur de la Bastiolle ; Ramond de la Lande, évêque de Rodez. De La Bastiolle fils, sous-intendant militaire, chevalier de la Légion d’honneur. Ramond comte du Taillis, lieutenant général, chevalier de Saint-Louis, commandeur de la Légion d’honneur. Baron Ramond, ancien gendarme de la maison du roi puis membre de l’Assemblée législative, du Corps législatif, préfet du Puy-de-Dôme, membre de l’Institut, conseiller d’Etat, chevalier de Saint-Michel, commandeur de la Légion d’honneur. Ramond du Pouget, son frère, ancien trésorier de la Marine. Ramond de la Croisette et ses frères. » Sous la Restauration, il avançait ses fonctions pendant sept années dans l’administration des armées, puis celles ou il était attaché sans interruption au Corps législatif et à la Chambre des députés depuis 1807 ; son grade d’officier payeur de la Xe légion, ajoutant : « Il est l’un des gardes nationaux qui se sont réunis le 8 juillet 1815 à leur colonel, M. le comte de Boisselin, pour empêcher les membres de la Chambre des représentants de siéger. Les biens de son père, condamné par le tribunal révolutionnaire, ont été séquestrés et vendus. » En 1825, sa demande était appuyée par son frère, l’évêque de Rodez, qui mettait en avant chez son frère « ses écrits royalistes, son dévouement au roi et à sa famille ». Lui-même écrit dans sa demande : « […] Il a saisi avec empressement depuis la Restauration toutes les occasions de célébrer la légitimité et de manifester ses sentiments royalistes en faisant représenter des pièces de circonstance sur divers théâtres de la capitale. Il est l’un des gardes nationaux qui se sont réunis le 8 juillet 1815 à leur colonel, M. le comte Boisgelin pour empêcher les représentants des Cent-Jours de siéger. » Il joignait à ses demandes deux certificats qui constataient ses services de garde national. Le premier, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. François, Charles, Antoine Ramond de la Croisette, sergent-major de la 1re compagnie du 3e bataillon de la Xe légion (actuellement officier) a, depuis la formation de la garde nationale, montré le plus grand zèle à remplir ses fonctions et que c’est à son activité et à son intelligence qu’on a dû la prompte organisation de la compagnie de chasseurs que j’ai l’honneur de commander. En même temps que j’ai regretté de le perdre, j’ai vu avec plaisir qu’on lui avait accordé une distinction honorable et que lui méritaient ses services. M. de la Croisette n’a jamais rien négligé, autant qu’il était en lui, pour la tranquillité de ses concitoyens ; il s’est trouvé hors barrière à l’affaire du 30 mars dernier, et il a continué son service la nuit du 30 jusqu’à l’entrée des troupes alliées. » Signé, le 25 avril 1814 : comte Henri de Montesquiou, capitaine. Le second ainsi rédigé, à en-tête de la Xe légion de la garde nationale sédentaire de Paris : « Certifie que, le 30 mars dernier, commandant comme chef de bataillon un détachement de la légion sur les hauteurs de Montmartre, il donna vers les 10 heures du matin à M. Ramond de la Croisette, sergent-major de chasseurs, l’ordre par écrit d’aller à la réserve de la légion y chercher des cartouches ais que des ordres supérieurs ayant forcé le détachement que je commandais de descendre dans la plaine de Clichy, il a été impossible, au retour de M. Ramond de nous rejoindre. Il certifie en outre : premièrement qu’il a fait son service avec le plus grand zèle pendant la nuit du 30 mars et qu’il ne s’est retiré que le 31 au matin vers 11 heurs lorsque M. le comte de Montmorency est venu donner l’ordre de faire rentrer la légion. Deuxièmement qu’il a fait les fonctions d’officier attaché l’état-major avec beaucoup d’intelligence et d’activité depuis ce moment jusqu’à sa nomination définitive d’officier payeur de la légion. » Signé, le 12 août 1814 : Phelippon. Suivait l’apostille suivante : « Nous, soussignés, attestons que M. Ramond de la Croisette s’est rendu vers midi le 30 mars dernier sur les hauteurs de Montmartre pour remettre au détachement de la légion des cartouches que le commandant Phelippon lui avait donné l’ordre d’aller chercher, mais que n’ayant plus retrouvé son corps il a distribué ces cartouches tant à notre détachement qui arrivait de l’Hôtel de Ville qu’à ceux IIe et XIe légion et qu’il a partagé avec nous jusqu’au dernier moment tous les dangers et toutes les fatigues de cette journée. » Signé, le 12 août 1814 : Bret, sergent ; Dufart, grenadier du 3e bataillon, Xe légion ; Simaro, caporal ; Pagnerre aîné, grenadier du 3e bataillon ; Pagnerre, Louis ; Poncet, capitaine. Sous le régime de Louis-Philippe, en 1832, il donnait ainsi ses indications biographiques : « Dès son plus jeune âge, il devint le seul soutien de ses six frères et sœurs, dont il était l’aîné, et de sa mère infirme, restée veuve sans aucune fortune. Admis, par l’intérêt qu’inspirait sa position, dans les bureaux de l’hôpital de la garde impériale, quoique bien jeune, il sut fixer l’estime des agents supérieurs par des services rendus chaque jour aux malades de l’établissement. Le 25 juillet 1807, il fut appelé par la questure et par M. de Fontanes, président, dans les bureaux du Corps législatif, où, après avoir obtenu un avancement successif, tant auprès du Corps législatif que de la Chambre des députés, il occupe aujourd’hui et déjà depuis longtemps l’emploi de sous-chef de la division des procès-verbaux et des pétitions. En 1809, il fut l’un des premiers grenadiers habillés lors de la descente des Anglais dans l’île de Walcheren. En 1814, il a contribué, comme sergent-major premièrement à la prompte réorganisation de la Xe légion et ensuite à celle d’une compagnie de chasseurs, dont la tenue était remarquable. Il a marché à l’ennemi le 30 mars 1814 ; il a pris part au combat, où il resta lui septième sur trois cents sur les hauteurs de Montmartre pour y défendre les pièces qui avaient été abandonnées. Il fut l’un des vingt candidats présentés au scrutin pour concourir à l’obtention de la croix d’honneur ; il n’en fut accordé que dix à la Xe légion. Le 31 mars 1814, avant l’entrée des Alliés dans Paris, il enleva mystérieusement avec M. Haumont, ancien capitaine de la légion, les drapeaux étrangers qui ornaient la salle des séances du Corps législatif ; ces drapeaux furent soigneusement cachés. En 1815, au retour de l’Empereur, il fut cumulativement secrétaire particulier du grand chambellan de France et pour le fait ci-dessus rapporté il fut présenté à S.M. par le comte de Montalembert, alors commissaire impérial et chambellan, et en grande réception aux Tuileries par M. le comte de Montesquiou, grand chambellan de France, et par M. le comte Bertrand, grand maréchal du palais. L’empereur le félicita sur sa conduite, lui promit de l’en récompenser, ordonna que les drapeaux fussent remplacés ; mais les événements de cette époque se succédèrent avec une telle rapidité que les promesses bienveillantes de l’empereur n’eurent point leur exécution. Depuis le mois d’avril 1814 jusqu’au licenciement [de la garde nationale par Charles X, N.D.A.] en 1827, il fut successivement sous-lieutenant, lieutenant, capitaine, officier payeur puis capitaine de grenadiers. Il fut pendant dix ans officier payeur ; ses fonctions étaient gratuites et sa comptabilité s’éleva à plus de cinq cent mille francs. Ayant repris le commandement de sa compagnie de grenadiers, sa conduite après et pendant les journées de Juillet, lui ont mérité cette décoration. Rentré dans les rangs, il a constamment fait son service comme voltigeur du 1er bataillon de la Xe légion, avec la plus grande exactitude. Il a donné de nouvelles preuves de ses bons sentiments, de son zèle et de son dévouement dans les journées des 5 et 6 juin. Ses services auprès de la Chambre avaient appelé sur lui la bienveillance de M. Casimir Perier, président de la Chambre puis président du Conseil des ministres. Il peut aussi en appeler à messieurs les questeurs, qui se sont succédé jusqu’à ce moment. M. le comte de Lobau et M. le général Jacqueminot ont été à même de les apprécier. M. Ramond est employé du gouvernement depuis près de trente ans. » Sa demande était ainsi apostillée par Rougelot, chef du 1er bataillon de la Xe légion : « J’atteste que M. Ramond a toujours fait son service dans tous les grades qu’il a occupés avec zèle et exactitude, tant dans la garde nationale ancienne que dans celle existante. Les faits qu’il avance sont à ma connaissance ; il mérite à tous égards la bienveillance du gouvernement. » Et ainsi par Andryane de la Chapelle (voir Andryane de la Chapelle, Louis, Simon), chef de bataillon en premier au 1er bataillon de la Xe légion de la garde nationale : « Tous les faits contenus dans la présente note sont à ma parfaite connaissance ; je certifie en outre que M. Ramond de la Croisette, que j’ai l’avantage de connaître depuis de longues années, a constamment montré le zèle le plus louable dans le service de la garde nationale ; qu’il s’est fait remarquer par son dévouement et son attachement au gouvernement de Louis-Philippe et notamment dans les derniers événements de juin. » Sa demande était appuyée par Duvergier de Hauranne, demeurant 7, rue du Port-Mahon. En 1829, il était veuf et père de cinq enfants. Il donnait comme adresse la mairie du (ancien) Xe arrondissement en 1831 sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement, idem Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement, idem AF/1dIV/R/1 Récompenses honorifiques. On trouve aussi dans son dossier aux Récompenses honorifiques le dossier de son fils, Ramond de la Croisette, Emile, Barthélemy : né le 29 septembre 1817, garde national depuis 1839, sergent-major en 1850, capitaine en 1852, capitaine commandant en 1854 jusqu’en 1871, sous-chef agent comptable du matériel depuis 1852.