Rampant

Biographie


Dans le récit que fit Godron, Auguste de sa propre participation aux combats de Juillet, il donnait de nombreuses indications sur la participation de Rampant aux mêmes combats. Ce récit était ainsi rédigé, pour les parties dans lesquelles Rampant était concerné : « Le 26, étant allé, selon mon habitude, lire les journaux sous les galeries de l’Odéon, j’appris les ordonnances. Je revins à l’hôtel, où je trouvais plusieurs de mes camarades, entre autres MM. Rampant [demeurant 10 bis, rue Mabillon, N.D.A.], Guyon (voir Guyon, Louis, Alexis ?) et Ader (qui fut tué le 29 à la caserne de Babylone) (voir Ader, Pierre, Gentil). Le soir, celui-ci me fit prévenir qu’il y avait réunion chez M. Marras (voir Marrast, Armand), passage Saulnier (je crois ce monsieur homme de lettres car la salle dans laquelle la séance eut lieu était occupée à moitié par un tas de liasses qui semblaient l’indiquer). Cette réunion était forte de soixante à soixante-dix membres, composée de rédacteurs de journaux, d’hommes de lettres, de chefs d’atelier, d’étudiants et peut-être bien enfin d’hommes dont la profession m’était inconnue. Ce soir, il fut décidé que chacun se munirait d’armes dès le lendemain matin, que les chefs d’atelier les fermeraient et que nous ferions tous nos efforts pour faire fermer les magasins. On nous forma en plusieurs divisions, dont chacune avait un président, qui devait aller trois fois par jour prendre des renseignements et diriger nos mouvements. Le nôtre était M. Julien jeune, peintre, demeurant sur le quai Saint-Michel. Notre division était composée de M. Julien, président, de MM. Rampant, Després (voir sans doute Desprez, René, François ? du même arrondissement ?), Lafont (c’est lequel ?) et de deux autres dont je ne connais pas le nom. Le 27, notre division, qui n’était forte que de sept à huit hommes, avait considérablement cru. Nous étions au moins vingt à vingt-cinq. Dans la matinée, nous eûmes deux séances, dans lesquelles il ne fut décidé rien de bien important. Enfin, les événements ayant marché avec plus de rapidité qu’on ne s’y attendait, je me rendis dans la rue Saint-Honoré, où comme presque tous les assistants je me contentai de pousser quelques vociférations. Enfin, chargé par la gendarmerie dans la cour des Fontaines, je fus obligé de me sauver. […] Le 28 à 7 heures du matin, je fus à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, qui est le mien. J’y trouvai le général Jorry (voir sans doute Jorry, Sébastien, Louis, Gabriel ?), à qui j’offris de me réunir à la garde nationale de cette arrondissement. Sur la réponse de ce brave qu’il ne demandait pas mieux que de marcher à la tête de ses concitoyens mais qu’il ne voyait pas de moyen de les réunir, je fus chez le docteur Simon, qui avait eu la bonté de me présenter au général Lafayette. Il me proposa, ne voyant pas les choses prendre une tournure bien franche (car jusqu’alors le peuple avait été abandonné à lui-même et personne ne s’était encore mis à la tête de ses mouvements), il me proposa, dis-je, d’aller chez le général Lafayette, dont il avait appris le retour récent. Nous parcourûmes différents groupes. Nous arrêtâmes dans la rue Saint-Honoré, où il était presque impossible de passer tant l’affluence était grande. Nous fûmes témoins des efforts que l’on faisait pour faire disparaître les écussons fleurdelisés. Nous arrivâmes cependant chez M. de Scbonen (voir Schonen, Augustin, Jean-Marie), qui nous dit bien positivement qu’il était bien décidé, si quelque ancien général ne prenait le commandement à se mettre, lui magistrat, à la tête des mouvements populaires mais que dans tous les cas sa vie était la chose à laquelle il attachait le moins d’importance, qu’il fallait que de ces troubles jaillit une liberté pleine et entière. De là, nous nous rendîmes chez le général Lafayette, à qui je rendis compte de tout ce dont j’avais été témoin. Je lui dis que ce qu’il fallait au peuple c’était un homme connu et populaire. Je ne me serais pas permis de dire à Lafayette C’est vous, car au cri de liberté il fut toujours le premier éveillé. Il nous conseilla de nous rendre de suite dans nos quartiers, d’y faire dépaver, d’élever des barricades, de jeter des chausse-trappes et de faire tout notre possible pour faire comprendre que ce n’était pas dans les rues larges et sur quais que nous devions nous tenir mais bien dans des rues étroites, où nous pouvions être à l’abri du canon et des charges de cavalerie. Il nous autorisa à assurer que lui était le général qui se chargeait de tout diriger et de le regarder dès lors comme le chef, le directeur de l’insurrection. Je revins donc dans mon logement, où je fis part du résultat de mes démarches à plusieurs camarades qui étaient chez moi. Nous nous rendîmes dans la rue Dauphine et alors, trouvant un groupe assez nombreux, je les invitai à dépaver et me mis de suite à l’ouvrage, bientôt suivi par tous ceux qui étaient présents et dans un instant nous eûmes élevé de très hautes barricades au bout des rues Dauphine, Mazarine, Saint-André-des-Arts et garni les croisées des maisons environnantes des pavés que nous n’avions pas employés dans les barricades. Nous élevâmes de nouvelles barricades dans toutes ces rues et les rendîmes impraticables aux troupes qui auraient voulu y passer. Une réunion de citoyens armés avait lieu sur la place de l’Odéon. Je n’avais absolument aucune arme mais un de mes amis, M. Rampant, m’assura que le fils du général Philippon avait plusieurs pistolets et qu’il me les prêterait avec plaisir. En conséquence, je me rendis chez lui avec Rampant et alors j’eus en ma possession un pistolet d’un calibre égal à celui d’un pistolet d’arçon. Nous fûmes acheter de la poudre dans la rue du Dragon, chez un quincaillier qui m’en délivra mais sur une foule de précautions et d’observations qui me parurent ridicules dans des moments aussi graves. De retour sur la place de l’Odéon, je trouvai la colonne, qui se mettait en marche et je me joignis à elle. Nous passâmes par les rues de l’Observance, Ecole-de-Médecine, Hautefeuille, Saint-André-des-Arts et vînmes passer le pont Saint-Michel pour nous rendre sur la place du Châtelet mais nous ne pûmes passer ensemble car des troupes échelonnées nous en empêchèrent. La colonne se rompit et chacun se dispersa, les uns d’un côté du pont d’Arcole, les autres passèrent le pont. […] Rendu de l’autre côté du pont Notre-Dame, nous nous joignîmes à nos braves concitoyens qui soutenaient, du bout de la rue Planche-Mibray, le feu des Suisses qui occupaient la tête du pont d’Arcole. Il est inutile de dire que cette distance m’empêcha de me servir de mon pistolet. Mais bientôt, un des nôtres n’ayant plus de munitions, je m’emparai de son fusil et soutins le feu en leur ripostant. Mes minutions n’étaient pas inépuisables et je fus bientôt obligé de céder mon arme à quelqu’un qui attendait, ainsi que je l’avais fait. Le passage du pont Notre-Dame était devenu libre. […] Alors je rentrai chez moi et pris un moment de repos. Le 29, je me rendis à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, où je trouvai quatre ou cinq cents individus qui demandaient des armes. Je leur dis que je savais un endroit où nous trouverions au moins trois ou quatre cents fusils mais que nous ne les aurions qu’en les demandant avec opiniâtreté. Je les conduisis donc au Val-de-Grâce, expédition qui ne fut pas périlleuse il est vrai mais qui n’en eut pas moins un résultat très avantageux car on nous livra les vieux fusils du magasin, les carabines neuves des infirmiers, leurs sabres et leurs gibernes. Je revins à la mairie, où je trouvai le général Jorry, qui me fit délivrer de la poudre, ainsi qu’à plusieurs autres qui, comme moi, venaient de s’armer au Val-de-Grâce. Nous vînmes armés sur la place de l’Estrapade, où un bataillon du 1er de la garde était caserné. Celui-ci ayant rendu les armes, nous fûmes sur la place de l’Odéon, où on nous forma en compagnies. Je fus placé le premier du premier rang de la 1re compagnie. Nous étions commandé par un jeune homme, ancien sous-officier et alors maître d’études dans une pension, tels sont les détails qu’il nous donna sur l’Odéon, tout en nous exerçant. M. Ruffe (voir Rufz, Paul, Etienne ?), interne à la Charité, se joignit à lui et enfin M. Constant (voir Constant, Georges, Jean, Louis) étant venu prendre le commandement de tout ce détachement, nous nous mîmes en marche pour la caserne de Babylone. Après bien des haltes dans la rue de Sèvres, nous arrivâmes dans la rue Traverse, qui fut celle que nous prîmes pour attaquer la caserne du côté de la rue Plumet. Les quatre tambours suivaient, en battant la charge. M. Constant, monté sur un cheval, nous montrait l’exemple du plus grand sang-froid et du plus grand dévouement car malgré la première décharge qui nous accueillit à notre arrivée, il ne cessa d’être au milieu de la rue Plumet, sous les croisées mêmes de la caserne. Nous pénétrâmes dans un corridor, où une femme nous montra une petite porte qui donnait entrée dans la maisons faisant face absolument à la porte de la caserne ; nous l’ouvrîmes et, là, nous fûmes à même de tirer à vingt pas au plus sur les Suisses qui paraissaient aux croisées. Après être resté un quart d’heure environ dans ce corridor et repassé par la même petite porte qui nous avait livré le passage, je trouvai dans la cour de cette maison plusieurs blessés, auxquels plusieurs femmes prodiguaient leurs soins. Sur la porte même de cette maison, au moment même où j’y rentrai je vis tomber un homme, que je ramassai et que je transportai dans la petite cour pour lui donner les soins que réclamait son état. […] Le soir, je fus de garde à l’Odéon [avec Rampant, N.D.A] jusqu’au lendemain au soir, où nous fûmes relevés. Mais, bientôt, on réclama des hommes de bonne volonté pour être de garde à la mairie du (ancien) XIe arrondissement et le samedi matin je me rendis à cette mairie avec M. Schaller, alors aspirant à l’Ecole polytechnique, où nous restâmes jusqu’au soir. De là, on vint nous prendre et on nous conduisit à la Grève, où je restai jusqu’au dimanche vers midi. » De son côté, Rampant apostilla ainsi, en marge du récit de Godron, les activités de ce dernier « Je certifie m’être trouvé le 26 juillet avec M. Godron à la réunion formée chez M. Marrast. » « Je certifie les faits contenus dans cet article, qui sont communs à tous deux. » « Je certifie avoir passé la nuit du jeudi au vendredi de garde à l’Odéon avec M. Godron, jusqu’au vendredi soir. » Rampant demeurait 10 bis, rue Mabillon en 1830. Archives de Paris VK3 45 in dossier Godron, Auguste.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.