Ratier, Isidore
Biographie
Né le 4 novembre 1789 à Luçon (Vendée). Employé lithographe. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il adressa une réclamation, intitulée Exposé de la conduite du sieur Isidore Ratier dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, l’un des décorés de la médaille de Juillet, afin d’obtenir la croix : « Le 27 juillet, je me trouvais rue Saint-Honoré, près celle des Bons-Enfants, où se forma la première résistance, à laquelle je pris part. De ce point, à plusieurs reprises et quoique sans arme, nous arrêtâmes les charges faites par la gendarmerie à cheval. Dans la soirée du même jour, je me trouvais près la barrière des Sergents (rue Saint-Honoré) au moment où un officier supérieur donnait l’ordre à un détachement du 5e régiment d’infanterie de ligne de faire feu sur une masse considérable de citoyens sans armes rassemblés sur ce point. J’étais assez près de ce détachement pour remarquer que le devoir, dans l’esprit des officiers, combattait le patriotisme. Par des représentations énergiques, je crois avoir terminé leur indécision en les ralliant à la cause de la patrie outragée. Les cris de Vive le 5e de ligne ! apprirent dès lors à tout Paris leur belle conduite et indiquèrent au peuple que la troupe de ligne sympathisait avec lui. Immense conséquence qui centupla l’enthousiasme et la force des patriotes et décida par les cris partout répétés La ligne est pour nous ! la levée de boucliers que firent le 28 au matin tous les vrais amis de la patrie. De ce moment, quelques jeunes gens et moi nous préludâmes aux barricades du lendemain, en barrant, avec les cordes des réverbères, la rue Croix-des-Petits-Champs, pour arrêter les charges de la gendarmerie. Le 28 au matin, je fis avec les patriotes du voisinage et sous le feu des Suisses qui venaient de la pointe Saint-Eustache et du 53e de ligne qui venait de la place des Victoires une barricade rue Montmartre en face le marché Saint-Joseph. Ensuite, je me rendis à l’hôtel de ville à la tête d’un peloton parti de la place des Victoires ; malheureusement nous arrivâmes dans un moment où la garde s’emparait de la place, débusquant par l’arcade Saint-Jean et le quai. Nous fûmes obligés de céder au nombre, et tous les efforts que je fis ne purent sur le moment rallier les nôtres et les ramener en avant. Efforts intempestifs sans doute car la victoire retardée jusqu’au soir devait être moins coûteuse qu’elle ne l’eût été dans ce moment. J’ai le regret de n’en avoir point partagé la gloire et le danger. Le 29, je me portai à la tête d’un détachement de soixante à quatre-vingts hommes par la rue de Richelieu vers le Palais-Royal, malgré le feu des troupes postées à la rue de Rohan. Arrivés par le travers de la rue Montpensier, entre le Café Minerve et le Théâtre-Français nous reçûmes le feu d’un poste de Suisses embusqués dans les nouvelles constructions du Palais-Royal. Nous ripostions lorsque nous fûmes de nouveau assaillis par un feu terrible venant des premières maisons de la rue de Richelieu, occupées par la garde et d’un détachement de Suisses posté dans la rue du Rempart. Une partie de mes camarades fondirent sur les Suisses de la rue du Rempart, mais les pertes que nous fit essuyer le feu inopiné que nous éprouvâmes sur nos flancs, la confusion momentanée qu’il occasionna ne permirent qu’aux plus intrépides de me seconder. L’avantage nous demeura mais bien chèrement payé. Et comme pour rendre hommage à l’intrépidité de mes braves camarades le poste de Suisses auquel nous faisions face fuyait dans le même moment où, blessé moi-même à la tête, j’eus la douleur de voir tomber à mes côtés les deux derniers de mes amis. Cinq ou six de ces Suisses s’échappèrent par la rue Montpensier. Resté seul, je les poursuivis jusqu’au passage du même nom près la rue Neuve-des-Petits-Champs, où ils se mirent à ma discrétion. Je les conduisis au poste des Petits-Pères, lorsque, voulant retourner au combat, je chargeai de ce soin les citoyens qui défendaient la barricade faite en face le passage Vivienne. Revenu au Théâtre-Français, je parvins à occuper les fenêtres donnant sur la rue. De là, nous délogeâmes les gardes royaux placés dans les premières maisons de la rue de Richelieu et celle du coin de la rue de Rohan. Mais si ce dernier succès qui couronna la journée, auquel j’ai eu la gloire de contribuer, a été facile, combien les premiers combats aux approches de la position qui nous le fit obtenir ont coûté cher à la patrie : nous y avons perdu les plus braves d’entre nous et de quatre-vingt-six morts portés non loin de là dans une remise des voitures de Saint-Germain une partie fut relevée sur ce théâtre de leur bravoure et de leur patriotisme. » Il avait joint dans une de ses demandes « un certificat constatant les principaux faits y relatés » (absent du dossier) mais n’en n’avait pas conservé de copie. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait rue Notre-Dame-des-Victoires en 1830 ou 1831 sur les listes – peu fiables – de la mairie in Archives de Paris VD6 3 mais aussi in Archives nationales F/1dIII/39 ; 10, rue Soly, près de la rue Jussienne en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la médaille de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/73.