Raveneau, Etienne, Hercule, Charles, Désiré
Biographie
Né vers 1802 à Meaux (Seine-et-Marne). Commis marchand 11, rue de la Monnaie, à la Fille mal gardée. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, pour expliquer la part qu’il avait prise aux combats : « Lorsque parurent les ordonnances, le lundi 26, je me rendis au Palais-Royal pour en prendre lecture, moi-même ne pouvant pas y ajouter foi. Au mouvement qu’elle me donnait, je fus remarqué et entouré d’un grand nombre de personnes qui me prièrent de leur donner à haute voix le contenu du Moniteur. Remarquant l’impression que leur faisait cette lecture, j’ajoutai que nous devions repousser par la force une semblable violation des lois ; je trouvai de l’écho dans tous les cœurs. Je me mis donc en devoir de me procurer des armes . Je me rendis chez mon beau-frère, possesseur de deux fusils, qui m’en céda un. J’achetai du plomb, coulai des balles, j’achetai de la poudre et confectionnai des cartouches. Je me rendis le mardi soir, sur l’invitation du vénérable d’une loge à laquelle j’appartiens à une réunion indiquée. Nous y décidâmes qu’une seconde réunion aurait lieu le lendemain mercredi et nous nous séparâmes en cherchant à augmenter l’exaspération des groupes nombreux qui se trouvaient sur notre passage. Le lendemain, après nous être assemblés et être convenus d’engager tous les ouvriers des quartiers populeux à s’armer et à descendre, nous nous séparâmes et parcourûmes les faubourgs Saint-Marceau, Saint-Jacques, par détachements de dix à douze, armés de cannes et cannes à épée. A 9 heures du matin, le rappel fut battu dans les rues Boucher, de la Monnaie. Je me rendis, habillé en garde national, à la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Nous y restâmes jusqu’à 10 heures et demie. Nous nous mîmes en marche, sous les ordres de MM. Poirier (voir ce nom), Miel (voir ce nom) et Hirne (voir ce nom), par les rues de Béthisy, des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois et gagnâmes la place du Louvre, côté de la Caisse d’amortissement, dont on releva le poste occupé par la ligne. On prit également possession d’un corps de garde quai de l’Ecole. Après plusieurs maniements d’armes, la colonne se rendit par les rues du Coq, Croix-des-Petits-Champs à la place Notre-Dame-des-Victoires. Avant d’arriver, je crois devoir rapporter que nous fûmes abordés par un personnage à habit brodé, qui nous dit : “Je viens me mettre à votre tête, je vais chercher mon cheval et vous rejoins aussitôt. » J’ai su depuis qu’il fut fait prisonnier par la troupe de ligne en face le passage Vivienne. Nous nous dirigeâmes sur la place de la Bourse par la rue Notre-Dame-des-Victoires, où nous relevâmes le poste des Messageries, occupé par la ligne. Après une petite halte, nous nous rendîmes par les rues Joquelet, Montmartre, du Cadran, Montorgueil, jusqu’à la pointe Saint-Eustache, où un mouchard qui précédait la colonne fut reconnu et arrêté. Les avertissements que reçurent nos chefs, que des Suisses appuyés de deux pièces de canon nous attendaient sur le marché des Innocents, les décidèrent à prendre la rue des Prouvaires. Arrivés à la hauteur de la rue des Deux-Ecus, nos commandants aperçurent le 15e léger, échelonné de la rue du Roule au Pont-Neuf. Ils jugèrent qu’une attaque en colonne était impossible et M. Poirier, l’un d’eux, dit de faire la guerre en partisans. Suivi de plusieurs gardes nationaux, je m’avançai vers le premier peloton de la troupe lorsque des gendarmes des chasses, accourus de toute la vitesse de leurs chevaux, s’arrêtèrent à vingt pas de nous et tirèrent plusieurs coups de pistolets, dont fut blessé un jeune homme à cinq pas derrière moi. Je voulus riposter, lorsque M. Poirier m’intima l’ordre et à plusieurs reprises de ne point faire feu. Sur l’objection que je lui fis que nous ne faisions que répondre à l’agression, il nous réitéra sa défense ; je lui obéis, quoiqu’à regret. Les gendarmes se replièrent derrière le régiment dont nous nous approchâmes jusqu’à la rue du Roule. Le reste de la colonne suivant notre exemple, le chef de bataillon nous fit signe de la main de prendre une autre direction mais voyant le nombre s’augmenter, il fit mettre genou à terre à la première file. Un jeune homme, monté sur une petite barricade au coin du café, se disposait à tirer sur le chef de bataillon et le mettait en joue quand je m’en aperçus. Je tournai vers lui le canon de mon fusil et le menaçai de tirer sur lui s’il faisait feu sur la ligne. Je fus assez heureux pour que cette menace, que certes je n’aurais pas mise à exécution, fût entendue et je sauvai par-là l’existence d’un nombre prodigieux de gardes nationaux qui encombraient la rue des Prouvaires et qu’aurait atteint le feu des troupes. J’appelai de toutes mes forces messieurs les commandants, les priant de venir parlementer avec la troupe ou de nous ordonner le feu. Ils se rendirent à mes prières mais, voyant les soldats nous couchant en joue, ils retournèrent sur leurs pas, disant qu’il était impossible de commander à des hommes aussi indisciplinés et qu’ils se démettaient du commandement. En vain, je fis remarquer à l’un d’eux qu’il arriverait un malheur, que j’avais empêché, il me fut répondu que si je reconnaissais encore pour chef, j’eusse à le suivre place du Louvre. Je lui obéis mais, arrivés à la rue de l’Arbre-Sec, voyant les troupes nous cerner de tous côtés, je ne trouvai de salut qu’en me réfugiant dans une maison de cette rue. Le lendemain jeudi, je commençai à 4 heures une barricade large de huit pieds, craignant qu’une batterie semblable à celle postée la veille sur le Pont-Neuf ne vînt à balayer la rue, nous attendions l’attaque des troupes lorsque nous apprîmes la prise du Louvre. Je me joignis à quelques-uns de mes amis et nous nous dirigeâmes sur la place du Carrousel. Arrivés à la hauteur de la rue de Rohan, nous vîmes les citoyens soutenant la fusillade contre les troupes royales postées dans les maisons. Nous voulûmes faire diversion et prîmes par la rue de l’Echelle et la petite rue Saint-Louis-Saint-Honoré mais arrivés au milieu de cette rue nous fûmes accueillis par une vive fusillade, à laquelle nous répondîmes mais qu’il fallut cesser après la mort de plusieurs d’entre nous, ne pouvant atteindre les soldats qui se cachaient après avoir lâché leur coup de fusil. Le mardi 3 août, je me rendis, aussitôt que j’entendis battre la générale, aux Champs-Elysées, d’où je fus dirigé sur Rambouillet. Je restai jusqu’au lendemain mercredi jusqu’à la dispersion du camp. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 2 juillet 1831. Il demeurait 9-11, rue de la Monnaie, à la Fille mal gardée en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement.