Rejon, Philippe, Auguste

Biographie


Né le 8 octobre 1811 (mais le 8 décembre 1811 deux fois in Archives de Paris VK3 17) à Rochefort (Charente-Maritime). Elève de l’Ecole polytechnique. Il fit parvenir la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, afin de retracer la conduite qu’il avait tenue pendant et surtout après la révolution de Juillet : « Je vous prie de m’excuser si je ne suis pas rendu à l’invitation que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, il y a déjà plusieurs jours. J’étais alors malade et depuis je l’ai toujours été assez sérieusement. Etant encore à l’infirmerie, je ne puis me rendre près de vous, aussi je prends le parti de vous écrire pour répondre à l’intention de votre circulaire. Le mercredi 28 juillet 1830, lorsque les élèves quittèrent l’Ecole, nous nous promîmes tous de rester tranquilles jusqu’au 3 août. Ce jour-là, nous devions nous réunir, nous armer et marcher avec le peuple. Nous ne nous doutions pas que les affaires iraient si vite. Plein de confiance en cette promesse, je me rendis chez mes parents, dans le haut du faubourg du Roule. Là, tout était tranquille. Je n’avais aucune nouvelle et l’on me cachait tout ce qui se passait. Cependant, dans la journée du 29, je sortis en bourgeois et je fis faire plusieurs barricades dans le haut du faubourg. Le lendemain 30, j’appris tout ; alors, désespéré, je pris mon uniforme et je sortis, espérant trouver encore du danger. Je passai la journée du 30 de garde à la Bourse. Le lendemain, 31, je me portai avec trois autres élèves et une colonne de quatre cents hommes sur Saint-Cloud. Nous y arrivâmes à l’instant où les troupes royales venaient de le quitter. Le désordre dans le château était à son comble, on pillait partout et l’on voulait même tirer sur nous. Pendant plusieurs heures, nous eûmes toutes les peines du monde à faire revenir l’ordre. Nous bivouaquâmes la nuit du 31 au 1er dans la cour du château, au milieu des alertes continuelles que nous donnait la garde, cantonnée aux alentours et que nous supposions vouloir reprendre Saint-Cloud. Le 1er août au matin, je reconduisis à Paris une partie de la colonne. Je passai cette journée à l’état-major du maréchal Gerard. J’eus, dans ce jour, plusieurs entretiens avec le général Fabvier. Il me fit déguiser, me fit donner à la préfecture de police un passeport fabriqué ad hoc et, le soir à minuit, je partis, ainsi déguisé, dans une chaise de poste avec mille deux cents francs du Trésor. J’avais une mission secrète. J’allais dans les départements du Midi, je trouvai le général Lamarque sur la grand-route près de Bazan, département des Landes. Je lui remis des ordres du gouvernement provisoire et je restai attaché à lui comme officier d’ordonnance. Le général Lamarque m’envoya en Vendée, où il vint lui-même au bout de quelques jours. Je restai assez longtemps dans ce département, que je traversai en tous sens. J’allais jusqu’à Nantes. J’étais toujours en chaise de poste, toujours déguisé et cachant plus que jamais l’objet de ma mission car si j’étais tombé dans un parti chouan et qu’on m’eût connu j’étais sur-le-champ fusillé. J’ai couru ainsi plusieurs dangers mais j’ai eu le bonheur d’échapper à tous. C’est en Vendée que le général Lamarque m’a dit plusieurs fois que je méritais la croix d’honneur et que son intention était de me la faire donner. Cette mission, qui n’était pas sans périls, dura jusqu’au 21 août, jour de mon arrivée à Paris. Le lendemain, j’allai rendre au Trésor de la Guerre près de cinq cents francs qui me restaient de mes voyages. J’allai aussi rendre compte de ma mission au maréchal Gerard, ministre de la Guerre, auquel me présenta le général Fabvier. Sur cette mission, je n’ai que deux pièces, qu’on m’a données sans que je les demande. Je vous les transmets. L’une est du général Lamarque, l’autre du général Fabvier. Si, comme je le pense, ces pièces ne suffisent pas, ayez la complaisance de demander des renseignements au général Fabvier et surtout au général Lamarque, ils se feront un vrai plaisir de vous les donner. Le général Fabvier, qui a toutes les bontés pour moi et qui me porte le plus grand intérêt, m’a dit aussi qu’il voulait me faire décorer, mais il craint que cette distinction ne m’attire des désagréments de la part des autres officiers quand j’entrerai dans les rangs de l’armée. Du reste, ces craintes sont exprimées dans sa lettre ci-jointe. Comme je tiens beaucoup à ces deux papiers, je vous prie d’avoir la complaisance de me les renvoyer à l’Ecole dès qu’ils ne vous seront plus utiles. Je suis, etc. » La lettre du général Fabvier, en date du 5 avril 1831, était ainsi rédigée : « Je me suis occupé de votre affaire avec le zèle de l’amitié. Personne illisible mieux que moi les services éminents que vous avez rendus à la patrie. Je vous ai envoyé au milieu des plus grands dangers. J’en ai été inquiet longtemps et bien heureux quand je vous en ai su retiré, après avoir dépassé toutes mes espérances par votre intelligence et votre dévouement. Je vous conseille toutefois de ne plus penser à ce dont nous avons parlé. Pour un hochet, vous seriez exposé à perdre votre tranquillité pour toute votre carrière. Attendez, jouissez de votre propre estime, de celui de vos amis et mettez-moi au premier rang. La carrière s’ouvrira bientôt devant vous. Vous la parcourrez avec ardeur et capacité, vous y recueillerez de la gloire et si la guerre ne me frappe pas d’ici là, croyez au plaisir que j’aurai à contribuer à vous fournir des occasions de vous montrer ce que vous promettez d’être, ce que vous êtes déjà dans un âge si tendre. Adieu, je vous embrasse et vous aime de cœur. » On trouve dans son dossier, deux billets. Le premier, signé du général Fabvier et en date du 29 septembre 1830, ainsi rédigé : « M. Réjou (sic) élève de l’Ecole polytechnique, attaché à mon état-major depuis les premiers jours d’août, est autorisé à se rendre dans ses foyers à Rochefort (Charente-Inférieure) pour y jouir du congé qui lui a été accordé. » Le second, signé du général Lamarque et en date du 4 octobre 1830 : « Le lieutenant général commandant supérieur les divisions militaires de l’Ouest atteste que M. Réjou (sic), envoyé en mission près de lui par le gouvernement est resté employé sous ses ordres directs pendant le mois d’août et qu’il ne saurait trop se louer du zèle et des mérites avec lesquels ce digne élève de l’Ecole polytechnique s’est acquitté des missions dont il l’avait chargé. » Selon le rapport que fit Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il était du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 9 avril 1831, contient les mêmes indications suivantes que celles qu’il présentait dans sa lettre. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 18 avril 1831, à sept voix pour la croix, deux voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il demeurait à l’Ecole polytechnique en 1831. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 212 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique (une lettre de Rejon, Philippe, Auguste), aussi le rapport de Lannoy (sous le nom de Réjou) et aussi deux feuillets séparés de décorés de la Croix de Juillet auprès du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 18 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 9 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement. L’orthographe exacte du nom, semble-t-il est Rejou…

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