Renaud, Edouard
Biographie
Né le 24 juin 1809 à Gravelines (Nord). Etudiant en architecture en 1830, artiste et architecte en 1848. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa, en effet, le 23 mai 1848, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Le soussigné Edouard Renaud, architecte, demeurant à Paris, rue Taitbout 42, a l’honneur de vous adresser des pièces et certificats qui justifieront la part qu’il a prise et dans la révolution de 1830 et dans celle de 1848. Patriote pur et sincère, il ne serait point venu vous apporter ces divers titres si déjà un commencement d’oubli et d’injustice ne frappait les vrais républicains. Nommés pour signaler au gouvernement les hommes qui ont donné quelques preuves de dévouement à la république, il vous prie de juger avec équité si sa conduite mérite non pas une récompense mais de droit de vivre honorablement en travaillant. Il vous expose que, soldat de juillet 1830, membre de l’opposition d 1830 à 1848, sergent de la garde nationale, IIe légion, 4e bataillon, compagnie Baudoin, il a, les armes à la main, aidé au renversement de la monarchie, déchue le 24 février. Le 26, honoré de la confiance de M. Ledru-Rollin, il a été envoyé à Saint-Cloud avec le titre de commissaire délégué du gouvernement provisoire, où grâce à un peu d’énergie il a su préserver cette belle propriété nationale de toute dévastation, pendant que Neuilly, Suresnes et le pont d’Asnières étaient en flammes. Il rédigeait et faisait en même temps publier des proclamations, au nom de la république, dans les communes de Garches et de Saint-Cloud. Le soussigné a été chargé provisoirement du gouvernement et de la régie du palais de Saint-Cloud par M. Marrast, administrateur des biens de l’ancienne liste civile. Depuis, ces biens tombant dans l’attribution du ministre des Travaux publics, M. Marie a cru convenable de nommer un architecte particulier et un administrateur chargé du personnel. Le soussigné a dû résigner ses pouvoirs. Le soussigné déclare qu’il a fait de grands sacrifices pour soutenir la cause pour laquelle il a combattu. Artiste, architecte connu à Paris mais sans fortune, jamais il n’a rien demandé ni obtenu du pouvoir déchu. C’est pour quoi il s’est cru le droit d’invoquer la bienveillance du ministre des Travaux publics pour obtenir une place d’architecte dépendant de ce ministère. M. Marie a eu la bonté de la lui promettre personnellement mais depuis lors il n’a pas eu de réponse ni sur sa demande ni sur le rapport qu’il a adressé à M. Ledru-Rollin, ni même sur les dépenses qu’il a faites, dépenses qui, aujourd’hui 23 mai, ne sont pas encore payées. C’est pour quoi, citoyens membres de la Commission, le soussigné vient invoquer votre appui. Il sait combien vous êtes justes et fermes pour faire que tout citoyen qui aura donné des preuves de dévouement à la république puisse vivre en travaillant suivant ses capacités. Il attend avec confiance votre décision et il vous remet ci-contre toutes pièces à l’appui, en les annotant par quelques courtes explications. » Le premier certificat joint à sa demande était une lettre, de Plougloum (voir ce nom), en date du 15 septembre 1830, qui après avoir reçu des détails et renseignements de diverses personnes, désirait s’entretenir avec lui ; cette lettre était ainsi rédigée : « M. Plougoulm, chargé de la relation officielle des événements de Juillet, prie M. Renaud de vouloir bien passer chez lui pour lui donner quelques renseignements sur la belle conduite qu’il a tenue et sur quelques circonstances relatives à l’assaut du magasin de Jeanne d’Arc. De 3 à 5, le plus tôt possible, 1, rue du Sentier. » Renaud expliquait que, à la suite de cet entretien, il lui avait été proposé une sous-lieutenance, qu’il avait refusée « parce qu’il voulait entrer dans le génie pour utiliser ses études » Le deuxième certificat joint à sa demande était ainsi rédigé : « Je, soussigné, Charles Rolez (voir ce nom), peintre d’histoire naturelle, demeurant rue de la Heaumerie n° 10, certifie avoir vu dans la journée du 29 juillet, de 11 heures à midi, le sieur Edouard Renaud, élève architecte, armé d’une épée et excitant ses camarades au combat, dans les rues Saint-Honoré et Richelieu. » Signé, le 3 mars 1831 : Rolez, Charles. Il était suivi de l’explication suivante au sujet de Rolez : « Connu à la Commission des récompenses comme un des plus braves combattants de Juillet, elle en a fait son rapporteur au ministère de l’Intérieur. » Et : « Etait à deux pas de Jeannisson, le boucher, qui tombait frappé d’une balle ». Le troisième certificat joint à sa demande était ainsi rédigé : « Je, soussignée, propriétaire de l’hôtel du Vigan, passage Saint-Claude, rue Montmartre n° 2, certifie et atteste que le mercredi vers les 4 heures du soir (28 juillet) un lancier nommé de Sartine, venant de l’Hôtel de ville, s’est présenté devant chez moi pour pouvoir se faire reconduire chez lui, déclarant demeurer rue Neuve-Saint-Augustin, que M. Edouard Renaud, passant à l’instant, s’est proposé de l’accompagner, malgré les dangers qu’il pouvait encourir. » Signé, le 15 février 1831 : Durand. Il était suivi de l’explication suivante : « Ce lancier s’appelait de Sertines et nom de Sartines, il avait la corde au cou et il était traîné dans le ruisseau, ce lancier était encore il y a deux ans directeur du journal La Publicité. » Le quatrième certificat joint à sa demande était ainsi rédigé : « Je, soussignée, demeurant à Paris, rue du Cadran n° 45, au coin de celle Montmartre (au premier étage, N.D.A.), déclare que le mercredi 28 juillet 1830 des troupes ayant tout à coup débouché de la rue des Fossés-Montmartre dans celle Montmartre, de midi à 2 heures, une fusillade s’était engagée de suite entre elles et les citoyens et que j’ai vu le sieur Edouard Renaud fils, l’épée à la main, à la tête d’un groupe de jeunes gens ; qu’il avait l’air de les encourager de la voix et du geste et qui marchait en avant contre ces satellites. » Signé, le 1er avril 1831 : Espagne née Bou. Nous nous battions le 28 contre les Suisses, qui ont été écrasés rue Mandar et refoulés sur la pointe Saint-Eustache. […] Il était suivi de l’explication suivante : « D’autres pièces et certificats constatant que pendant les trois jours je n’ai point quitté les rues et que, sans me coucher ni rentrer chez moi, j’ai assisté partout où il y avait du danger, notamment à la prise du magasin de Jeanne d’Arc au coin de la rue de Rohan, où s’était réfugiée la garde royale. Ces pièces ont été remises à M. Plougoulm. Je ne sais ce qu’elles sont devenues ne m’en étant plus occupé et ne m’étant pas présenté à la Commission des récompenses nationale. Le cinquième certificat joint à sa demande était ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare que le 24 février dernier j’ai rencontré sur le boulevard des Italiens vers midi le citoyen Renaud, architecte, alors sergent dans la garde nationale, criant Aux armes ! et rentrant chez lui pour y chercher de la poudre et des balles. Je lui ai remis des cartouches et une demi-heure après je l’ai retrouvé dans la rue Saint-Honoré, faisant le coup de feu contre le château d’eau. Le lendemain 25 à 8 heures du matin j’ai retrouvé encore dans les bureaux du National le citoyen Renaud, qui y venait comme moi pour se mettre à la disposition du gouvernement provisoire. » Le citoyen Charles Thomas a pris nos noms et nos adresses. » Signé, le 2 mars 1848 : Jousserandot, Louis. Il était suivi de l’explication suivante : « Le 23 février dernier j’étais à Cherbourg. Parti de Cherbourg à 7 heures du matin, j’arrivais à Paris le même jour à 10 heures et quart, juste au moment de la fusillade du ministère des Affaires étrangères, que nous entendîmes en descendant le perron du chemin de fer. Le lendemain 24 à 8 heures j’étais sous les armes comme sergent de la 4e compagnie du 3e bataillon de la IIe légion, commandée par le capitaine Baudoin, place de la Bourse. Après des patrouilles où l’on cria plus ou moins Vive la réforme ! la compagnie vint se remettre en bataille sur la place de la Bourse. Il était alors midi environ ; apprenant qu’il y avait encore une grande résistance au Palais-Royal et ne sachant ce que nous allions devenir, je ne balançais pas à inviter mes camarades à se battre ; mais, sans cartouches, je quittais la compagnie pour en aller chercher chez moi. Arrivé sur le boulevard des Italiens, excité par la fusillade qui se faisait entendre j’appelais les citoyens au armes, en invoquant leur patriotisme. Un rassemblement se fit autour de moi. Je dis qu’il nous fallait de la poudre. Un citoyen, que je retrouvais plus tard, me donna douze à treize cartouches. Je courus pour rejoindre ma compagnie ; mais hélas la compagnie n’existait plus, elle s’était dispersée. Le sergent-major, nommé Bauve, et le sous-lieutenant Théologue, en bourgeois, me supplièrent, rue Feydeau, de rentrer. Je n’en fis rien. Je courus jusqu’au bas de la rue de Richelieu et de là rue Saint-Honoré, où, aposté contre l’angle du café de la Régence, je tirais cinq à six coups de fusil sur le château d’eau jusqu’au moment où, le poste ayant été forcé par quelque citoyens qui avaient attaqué par les rues latérales, nous pûmes avancer sur la place. Aussitôt je rentrais chez moi. Ensuite je fus aux Tuileries à 4 heures. A 9 heures je me rendis dans les bureaux du National, où je me mis à la disposition des rédacteurs. Le lendemain 25, j’allais de nouveau au National, où je retrouvais le citoyen Jousserandot, celui qui m’avait donné des cartouches sur le boulevard et qui m’a revu, a-t-il dit, rue Saint-Honoré. Il a bien voulu me donner un certificat, que je joins ici. Le sixième certificat joint à sa demande était une lettre, en date du 28 février 1848 ainsi rédigée : « L’adjoint du maire de Saint-Cloud, le citoyen Tahère, vous a porté hier mon rapport sur l’état des choses au palais de Saint-Cloud, dont vous m’avez confié la conservation. J’ai tout fait pour remplir ma mission avec activité. Pas un clou, pas un chiffre n’a été dérangé. Tout se passe régulièrement jusqu’à présent, mais j’ai eu l’honneur de vous demander et je vous demande des ordres précis pour continuer. Jugez-en par ce court exposé. La garde du château et des dépendances est faite par la garde nationale de Saint-Cloud, une faible partie de celle de Boulogne et des gens du peuple pris de tout côté. La garde nationale de Saint-Cloud est peu nombreuse, elle est sur les dents. Le détachement de Boulogne est fatigué. Les ouvriers et gens du peuple demandent que je leur assure une paie et des vivres ; ces vivres, j’en fais distribuer et quant à de l’argent je promets aux hommes de bonne volonté de les faire entrer dans la garde de la république. Il faut ici en permanence deux cent cinquante hommes pour les divers points à garder et il serait impossible de prendre ces hommes seulement dans Saint-Cloud. Les gens attachés au domaine me demandent des ordres pour leur service. Un détachement de dragons est à Saint-Cloud. Le capitaine est un patriote décoré de Juillet, mais ils n’ont pas d’armes. Un détachement de troupes de ligne est ici également. Ces hommes pourraient faire du service, employés avec le peuple et la garde nationale et, à cet égard, et ferai une proclamation pour dire aux citoyens que tout rendre dans l’ordre et que nous les engageons à rapporter aux mairies les sabres et casques, qui ont été pris aux dragons aujourd’hui au service de la république. Bref, monsieur le ministre, la fatigue, l’épuisement des gens de garde ici exige immédiatement des ordres, car je ne pourrais répondre de rien si tous ces hommes partaient, or permettez-moi de vous dire en deux mots mon opinions pour conserver intacte cette propriété à la nation. Il faudrait ici un commandant conservateur pour le domaine de Saint-Cloud et de ses dépendances ou un commandant et un conservateur républicains. Ce commandant organisera la garde de service. Il pourra mettre en réquisition toute force armée civile et militaire, en prenant des détachements de garde nationale aux communes environnantes (toutes doivent contribuer à la garde d’une propriété nationale). Le conservateur délégué de la république donnera les ordres nécessaires pour tout ce qui touche au service intérieur du domaine, il se fera rendre les comptes de l’ancien personnel attaché au palais, maintiendra ou suspendra provisoirement les gens du personnel, donnera les ordres nécessaires pour les réparation ou continuation des divers travaux (cent cinquante ouvriers étaient ici à faire de la terrasse et autres). Toutes les mesures qu’il prendra seront provisoires et soumises immédiatement au ministre de l’Intérieur (direction des Beaux-Arts). La force armée et le commandant du château seront à sa disposition pour la conservation de la propriété. Il adressera le plus tôt possible un rapport détaillé sur le domaine de Saint-Cloud avec tous procès-verbaux particuliers sur l’état des lieux, le mobilier et les objets d’art qui se trouvent dans la propriété. Voilà, monsieur le ministre, la mission ou les deux missions que vous aurez à donner et si vous m’honorer toujours de votre confiance, je puis parfaitement continuer de remplir la mission que vous m’avez donnée, sous les conditions sommaires que je viens de vous développer, avec le titre que vous jugerez convenable d’y attacher. Toujours est-il que je vous prierai, car je le crois nécessaire, de nommer M. Tahère, adjoint au maire de Saint-Cloud, commandant de la force armée du château de Saint-Cloud. Il est actif, bon patriote, connu de sa commune et des communes environnantes. Je ne quitterai pas le poste que vous m’avez confié avant d’avoir reçu vos ordres ; j’attends après et, en les attendant, croyez etc. » Il était suivi de l’explication suivante : « Le 26 au matin, je fus au ministère de l’Intérieur me mettre à la disposition de M. Ledru-Rollin et pendant que j’étais là le bruit courut que Neuilly, Saint-Cloud et Versailles étaient en flammes et au pillage. Aussitôt, le ministre nous fit, à quelques amis et à moi, délivrer des commissions, pour sauver, quant à moi, ce que je pourrais (tels étaient ses termes) du mobilier du palais de Saint-Cloud. Je partis aussitôt, en mettant une voiture en réquisition et j’arrivais grâce à Dieu assez à temps pour, avec un peu d’énergie, organiser la défense et la conservation du palais. Mon rapport général au ministre de l’Intérieur, dont je joins ici une copie […] fera voir à la Commission que ce n’a pas été sans mal si je suis arrivé à cet heureux résultat. » Le septième certificat joint à sa demande était une lettre de la direction des Beaux-Arts au ministère de l’Intérieur, en date du 28 février 1848, et par laquelle il était confirmé dans ses fonctions de délégué du gouvernement provisoire. Le huitième certificat joint à sa demande était la copie d’une lettre qu’il avait adressée au ministre de l’Intérieur, lui demandant l’autorisation de faire des enrôlements pour la garde mobile parmi les ouvriers et les hommes qui l’avaient secondé dans la défense du palais et qui le demandaient à titre de récompense ; cette copie était ainsi rédigée : « […] J’ai à nourrir des hommes de garde en assez grand nombre, des élèves de Saint-Cyr, et je fais d’autres dépenses pour lesquelles je n’ai pas d’argent. Je fais des bons dans lesquels on a confiance mais malgré votre parole que le gouvernement provisoire rectifiera tout cela, il est juste, je crois, pour couvrir ma responsabilité personnelle que j’en reçoive l’assurance officielle du ministre de qui je relève. Déjà je fais de grandes économies en supprimant certains postes. Je remercie […] les élèves de Saint-Cyr de leur concours. J’apporte la plus grande régularité dans tout ce que j’ordonne et dans les dépenses qui se font mais encore faut-il faire voir aux fournisseurs qu’à défaut d’argent le ministre, avec toute justice, fera payer ces dépenses. Parmi les hommes qui montent la garde, il en est qui outre leur nourriture demandent une indemnité pécuniaire ; à ceux-là, je leur ai promis de les enrôler pour la garde nationale mobile qui s’organise à Paris et de leur faire donner la préférence pour les récompenser. Veuillez de suite me dire si je puis autoriser le maire de Saint-Cloud à faire ces enrôlements dans les formes prescrites par le gouvernement provisoire, sauf à moi à conserver ces hommes pour la garde du palais jusqu’au moment où tout sera parfaitement tranquille. Cette décision est très importante. » Le neuvième certificat joint à sa demande était une proclamation, en date du 1er mars 1848 et affichée dans la commune de Saint-Cloud : « Gardes nationaux, vous avez bien mérité de la patrie par votre zèle et votre dévouement à maintenir l’ordre. La destruction des propriétés est toujours un acte odieux. Dans les circonstances où nous nous trouvons, c’est trahir la république. Pour empêcher de tels malheurs, vous n’avez reculé devant aucune fatigue et les citoyens qui sont venus grossir vos rangs vous ont secondés avec une bonne volonté à laquelle nous devons rendre hommage. Le calme et la tranquillité se rétablissent tous les jours et nous ne devons plus conserver aucune crainte. Malgré cela, votre patriotisme ne soit pas se refroidir. Continuez encore quelque temps le service que vous faites. Coopérez toujours avec les gardes nationales voisines à défendre, contre les malfaiteurs qui errent dans les campagnes, non seulement vos maisons mais aussi le domaine de Saint-Cloud, propriété nationale. En agissant ainsi, gardes nationaux, vous aurez acquis les remerciements de tous les citoyens car les édifices nationaux sont la propriété du peuple français. Vigilance, énergie et dévouement ! » Le dixième certificat joint à sa demande était cette autre proclamation, en date du 1er mars 1848 : « Citoyens et gardes nationaux de Saint-Cloud et de Boulogne. Après la glorieuse révolution qui vient de se faire, Paris est calme, la confiance renaît, le travail s’organise, l’ordre se rétablit partout et notre localité si agitée pendant quelques jours est rentrée, grâce à votre concours, dans une sécurité complète. La patrie vous en sera reconnaissante et nous engageons tous les bons citoyens à reprendre leurs travaux habituels. » Signé : Renaud, commissaire délégué du gouvernement provisoire ; Tahère, premier adjoint. Le onzième certificat joint à sa demande était la copie du discours qu’il prononça lors de la plantation de l’arbre de la liberté à Saint-Cloud : « Citoyens et gardes nationaux. Soldat de juillet 1830, membre actif de l’opposition de 1830 à 1848, sergent de la garde nationale IIe légion, j’ai, le 24 février, les armes à la main, aidé au renversement de la monarchie déchue. Honoré de la confiance du gouvernement provisoire, j’ai aidé, grâce à votre zèle et à votre dévouement, à préserver cette belle propriété nationale de toute dévastation pendant que Neuilly, Suresnes et le pont d’Asnières étaient en flammes. Patriote pur et sincère, jamais je n’étais entré dans le palais du dernier des rois, avant notre glorieuse révolution. Mais ce palais revenu à la nation, la garde m’en est confiée et je saurai, tout en faisant respecter les droits de la propriété, soutenir la cause du peuple, qui réclame la jouissance du parc et des jardins, jouissance qui n’existait que pour quelques privilégiés. Aujourd’hui plus de privilèges, plus de partis, plus de castes mais l’égalité et la justice pour tous. La république est grande et forte et elle trouvera parmi nous, enfants du peuple, le respect dû aussi bien à la propriété nationale qu’à la propriété particulière. Fils de mes actions, ancien architecte, je connais le peuple et les ouvriers. J’ai défendu leurs droits et je saurai toujours les défendre en me mettant avec eux pour soutenir la liberté, l’égalité et les principes de justice et d’humanité, qui doivent toujours guider les vrais républicains. Vive la république ! » Le douzième certificat joint à sa demande était un rapport, en date du 12 mars 1848, adressé à Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur, sur la mission qui lui avait été confiée : « Le 26 février dernier, vous m’avez investi du titre de délégué du gouvernement provisoire pour la conservation du palais de Saint-Cloud. Heureux d’avoir préservé cette belle propriété nationale de toute dévastation, je viens aujourd’hui vous rendre compte de ma mission. Le 26 à 3 heures, j’arrivais à Saint-Cloud pendant que Neuilly, le château de M. Rothschild à Suresnes et le pont d’Asnières se trouvaient en flammes. Les habitants de Saint-Cloud étaient dans la consternation, des bandes de brigands ivres et venant de Neuilly n’avaient point cessé depuis le matin de traverser la commune et de menacer le palais de pillage et d’incendie. Aussitôt mon arrivée, je fis connaître la mission dont j’étais chargé. Je réunis les autorités municipales et les officiers de la garde nationale et je leur dis combien il était important de ne point laisser souiller notre belle révolution par des actes de vandalisme et de brigandage et au nom de la république, j’adjurais les bons citoyens de me seconder dans ma mission, déclarant traître à la patrie tout individu qui toucherait à la propriété nationale. Aussitôt, au cri de Vive la république ! le peuple et les autorités se rallièrent autour de moi. Secondé particulièrement par le premier adjoint de la commune, le citoyen Tahère, et par des élèves de l’école de Saint-Cyr, des postes de gardes nationaux et d’hommes du peuple furent organisés tant dans le palais qu’autour du domaine. Ainsi remis et soutenu, chacun reprit du courage et de l’énergie. C’est grâce à cette démonstration et à cette énergie, citoyen ministre, que Saint-Cloud a été préservé de toute dévastation. Le 27, je vous fis un rapport par lequel je vous demandais des ordres pour régulariser le service du palais, vous signalant combien il était utile d’organiser le personnel intérieur pour détruire toute inconduite ou mauvaise volonté dans les opinions, pour rallier les indécis et soutenir et récompenser les hommes courageux qui acceptaient franchement la république et ses conséquences. Le 28, tout rentrait dans l’ordre, la garde du château et de ses dépendances était faite par la garde nationale de Saint-Cloud, par une partie de celle de Boulogne et de Garches et enfin par le peuple, pris de tout côtés, bivouaquant dans le palais et que j’étais obligé de nourrir. Je promettais à ceux qui me demandaient de l’argent l’avantage de les faire entrer dans la garde nationale mobile que la république organisait. Un détachement de dragons était à Saint-Cloud, ainsi qu’un bataillon du 15e de ligne ; ces hommes avaient été pillés et désarmés. Je songeais à les utiliser en les employant avec le peuple et la garde nationale, afin de soulager celle-ci du rude service qu’elle faisait depuis le 24. Le 29, je supprimais certains postes. Je remerciais les élèves de Saint-Cyr, ainsi que la garde nationale de Boulogne de leur bon concours. Je cherchais à obtenir des économies en régularisant les dépenses et j’ordonnais la reprise des travaux commencés dans le palais, pour occuper les ouvriers. Le 1er mars, dans le but de calmer les esprits et de rétablir la confiance, je crus utile de faire, avec le concours du premier adjoint de la commune, une proclamation aux citoyens et gardes nationaux de Saint-Cloud et de Boulogne. Nous leur disions : “Après la glorieuse révolution qui vient de se faire, Paris est calme, la confiance renaît, le travail s’organise, l’ordre se rétablit partout et notre localité si agitée pendant quelques jours est rentrée, grâce à votre concours, dans une sécurité complète. La patrie vous en sera reconnaissante et nous engageons tous les bons citoyens à reprendre leurs travaux habituels. Vive la république !” Je faisais en même temps une autre proclamation pour remercier la garde nationale de Garches de son zèle et de son dévouement à maintenir l’ordre, lui disant que la destruction des propriétés était toujours un acte odieux et que de plus dans les circonstances où nous nous trouvions c’était trahir la république. Le 2 mars, j’écrivis au maire de Boulogne pour le prier de nous remettre les armes qu’il avait recueillies, moyennant une faible rétribution, afin d’armer les dragons et l’infanterie mis à ma disposition, m’engageant à lui faire tenir compte de l’argent qu’il avait déboursé ; près de deux cents francs nous furent remis et mis de suite à la disposition du chef de bataillon du 15e de ligne en garnison à Saint-Cloud. Bref, monsieur le ministre, du 2 au 10 mars tout fut organisé et des rapports réguliers et journaliers vous furent adressés. Envoyé par vous pour la conservation du palais j’eus quelques conflits avec divers agents qui venaient les uns un ministère du Commerce pour enlever les chevaux du haras, les autres du ministère des Travaux publics, d’autres du Domaine. Je ne laissais rien enlever et je renvoyais ces agents se pourvoir près de vous d’une autorisation régulière. Je ne les revis plus. Le 10, j’ai eu connaissance par le directeur des Beaux-Arts que mes rapports et mes états de dépenses avaient été renvoyés à la liquidation de l’ancienne liste civile. J’ai pensé ma mission, terminée et j’ai résigné mes pouvoirs ; mais il me reste à vous signaler la belle conduite du citoyen Tahère, premier adjoint de Saint-Cloud, dont le patriotisme est connu depuis longtemps dans sa commune. Le dévouement et le zèle des citoyens Henissart, commandant la garde nationale de Saint-Cloud ; Nourri, capitaine de cette même garde nationale ; Léveillé, capitaine de la garde nationale de Boulogne ; Clarion, capitaine de la garde nationale de Garches. Je vous prie de les remercier individuellement au nom de la république pour leur bon concours dans cette grave circonstance. Je ne doute pas que si d’autres autorités municipales et de gardes nationales s’étaient montrées comme eux la république compterait des propriétés de plus et des crimes de moins à déplorer. Quant à moi, fier de la mission que vous m’aviez donnée, heureux d’avoir réussi, soldat de 1830 comme de 1848, je ne forme qu’un vœu, celui de voir ma patrie heureuse sous la république, qu’un désir, celui de la servir. » Le treizième certificat joint à sa demande était la copie de la lettre suivante, adressée à Trélat, ministre des Travaux publics : « Soldat de juillet 1830. Membre actif de l’opposition de 1830 à 1848. J’ai, les armes à la main et comme sergent de la garde nationale, combattu la monarchie le 24 février. Le 26, j’ai été nommé par M. Ledru-Rollin commissaire délégué pour la conservation du palais de Saint-Cloud. Le 12 mars, M. Armand Marrast a confirmé cette nomination avec le titre de gouverneur. Le 24 avril, M. Marie a nommé M. Desirabode administrateur de cette résidence, en m’invitant à lui remettre mes pouvoirs. Le 29 du même mois, j’ai eu l’honneur de voir M. Marie, qui m’a dit que pour reconnaître le dévouement dont j’avais fait preuve, il venait d’ordonnancer une indemnité en ma faveur mais encore qu’il avait autre chose pour moi et qu’il me donnerait une mission ou un autre emploi, comme architecte puisque j’étais architecte, et que je pouvais compter sur lui. Je n’ai jamais douté de la parole de M. Marie ni de sa justice mais, M. le ministre, depuis lors, je n’ai reçu ni indemnité ni le paiement des dépenses faites en vertu de mes pouvoirs, ni satisfaction pour les services que j’ai rendus. Mon patriotisme et mes capacités comme artiste sont connus de M. Martin de Strasbourg, de Landrin et du docteur Lallemand de l’Institut, votre ami. Or, aujourd’hui, je viens réclamer non pas une faveur mais justice pour la promesse que m’a faite votre prédécesseur, M. Marie, soit en me nommant architecte attaché à votre administration soit inspecteur général d’un chemin de fer. » Il fut proposé par la Commission pour une place d’architecte au ministère des Travaux publics et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était marié en 1848. Il demeurait 57, rue Bourbon-Villeneuve en 1830 ; 42, rue Taitbout en 1848. Archives de la préfecture de police AA 410. On trouve dans internet un supplément du Figaro, consacré au 24 février 1848, dont c’était le trente-cinquième anniversaire, un article ainsi rédigé (et qu’il faudrait retrouver) : « A 3 heures de l’après-midi, M. Cavé, directeur des Beaux-Arts vint avertir Ledru-Rollin, au ministère de l’intérieur que le château de Neuilly, la villa Rotschild, à Boulogne et le palais de Saint-Cloud étaient en flammes. M. Edouard Renaud, architecte, qui avait accompagné M. Cavé, fut chargé immédiatement de courir à Saint-Cloud, tâcher de sauver le palais. Pendant un mois, la vigilance et l’énergie de M. Renaud ne se démentirent pas un instant et tout fut préservé. Notre ami, M. Renaud, est membre du conseil de surveillance du Figaro. »