Renouard, Augustin, Charles

Biographie


Né le 22 octobre 1794 à Paris. Avocat. La Gazette des tribunaux, en date des 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830, relatait ainsi sur sa participation aux combats : « Parmi les combattants, de toutes les conditions se trouvait une foule d’avocats, les uns armés de fusils, les autres de sabres ou de pistolets, et leur présence attestait assez qu’en France, tout citoyen est soldat, quand il s’agit de défendre les libertés publiques. Je voudrais pourvoir nommer ici tous ceux qu’on a rencontrés dans les rassemblements, et qui, par leur courage, par leur activité, par l’énergie de leurs exhortations ont puissamment concouru, soit à remporter la victoire, soit à empêcher qu’elle fût souillée d’aucun excès. Ma mémoire ne saurait y suffire ; mais dès présent je puis citer les noms de […] M. Renouard. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Dans une lettre adressée à la Commission, le 17 mai 1831 (soit très tard), il récapitulait ainsi sa participation à la révolution de Juillet : « Je ne me suis point battu pendant les trois journées et je n’ai point demandé la décoration de Juillet. Vous jugerez si j’ai des droits à la médaille. Je ne veux faire valoir ni que le lundi 26 j’ai engagé plusieurs imprimeurs à fermer leurs ateliers, ni des démarches du mardi 27 pour la rédaction et l’impression du Globe, ni que le mercredi 28 j’ai déterminé une troupe de citoyens, parmi lesquels figurait un avocat de mes confrères (M. Genret) à retrouver à monter au télégraphe de Saint-Sulpice ; car ces faits sont communs avec trop de personnes pour qu’une distinction me doive être accordée plutôt qu’à tant d’autres citoyens qui ont pris, à ces mêmes faits, une part plus active que moi. Voici ma conduite du 29. Dès le matin, je suis convenu avec plusieurs citoyens de mon quartier de faire afficher pour midi une convocation générale à la mairie. Jusqu’à midi, j’ai parcouru d’autres quartiers de la capitale, en lisant à haute voix dans les rues une semblable invitation. Parmi les nombreux témoins de ce fait, je me rappelle notamment M. Darmaing, rédacteur de la Gazette des tribunaux. A midi, j’étais à la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Invité à donner mon avis sur les personnes qui pourraient être désignées pour former une municipalité provisoire, j’ai indiqué mon nom le premier. On s’est formé en assemblée pour procéder à l’élection et j’ai présidé. L’assemblée était fort nombreuse. Cinq personnes ont été désignées, parmi celles qui étaient présentes, pour former la commission avec dix autres de leur choix. Les quatre personnes désignées avec moi ont été MM. Népomucène Lemercier (voir ce nom), Victor Cousin (voir ce nom), D’Herbelot (voir D’Herbelot, Antoine, Léon) et Peyre (voir Peyre, Antoine, Marie). Lorsque notre commission a été complète, elle a nommé pour son président M. Lermercier et pour son secrétaire M. Cousin. La décoration de Juillet a été décernée à notre excellent président, M. Lemercier. Je crois que la médaille pourrait être accordée avec justice à MM. Cousin, D’Herbelot, Peyre et à moi-même, ainsi qu’aux dix personnes qui, en formant avec nous la commission, ont pris la responsabilité des mêmes actes. J’ajouterai le nom de M. Sirey, avocat à la Cour de cassation, qui, une heure après la formation de la commission, lui a adressé un billet de mille francs et s’est trouvé placé à la tête de la souscription que nous avons recueillie. » Le duc de Broglie raconte comment, le 26 juillet dans les bureaux déserts du Globe, où n’étaient présents que les employés de service et son ami Renouard, entré comme lui « comme un simple curieux qui court aux nouvelles » « nous vîmes accourir, tout effaré, l’imprimeur du Globe ; il nous raconta, moitié content, moitié fâché, qu’il avait grand-peine à contenir ses ouvriers, que tous à peu près criaient à tue-tête et trépignaient de descendre dans la rue. “Eh bien ! dîmes-nous d’un commun accord, que ne les laissez-vous faire ? Nous ne sommes pas chargés de prêter main-forte à l’oppression et de faire la police contre nous-mêmes. – Qu’à cela ne tienne !” reprit-il. Et il sortit en courant. » En 1831, il était Conseiller d’Etat, secrétaire général au ministère de la Justice. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut sa médaille le 12 juillet 1831. Le Dictionnaire des Parlementaires français, de Robert et Cougny (1889) donne sur son compte les indications suivantes : « Député de 1831 à 1837 et de 1839 à 1842, pair de France, sénateur de 1876 à 1878, né à Paris le 22 octobre 1794, mort au château de Stors (Seine-et-Oise) le 17 août 1878, fils d’Antoine Augustin Renouard, gazier (fabricant de gazes), et de Léonie-Catherine Desaintes. Il fut destiné à la littérature par son père, lorsque celui-ci eut quitté sa première profession pour s’occuper de librairie. Il fut élevé de l’Ecole normale, de 1812 à 1815, professa la philosophie comme répétiteur, puis étudia le droit et fut reçu avocat. Il fut mêlé aux luttes des libéraux contre la Restauration, et devint secrétaire et membre du conseil d’administration de la Société pour l’instruction élémentaire. La révolution de 1830 le fit conseiller d’Etat et secrétaire général au ministère de la Justice. Elu, le 6 juillet 1831, député du 4e collège de la Somme (Abbeville), par 164 voix (311 votants, 433 inscrits), contre 61 à M. Bateaux et 37 à M. Mary, il siégea dans les rangs de la majorité conservatrice, et fut réélu, le 21 juin 1834, par 234 voix (361 votants, 457 inscrits), contre 83 à M. Labitte et 37 à M. Mary. M. Renouard ne tarda pas à devenir un des membres les plus en vue de la Chambre des députés : il parut plusieurs fois à la tribune et prit une part importante à la discussion de la loi de l’instruction primaire, et à celle de la loi sur les faillites et banqueroutes. Nommé, en 1837, conseiller à la cour de Cassation, il obtint, à la suite de cette promotion, la confirmation de son mandat législatif par 139 voix (196 votants), contre 51 à M. de Carpentin ; mais il échoua, au renouvellement général du 4 novembre suivant, avec 155 voix contre 210 à l’élu, M. de Carpentin. Il regagna son siège, le 2 mars 1839, avec 205 voix (376 votants), et suivit, jusqu’en 1842, la même ligne politique que précédemment. Le 9 juillet 1842, M. Renouard échoua avec 256 voix contre 267 à M. de Tillette de Clermont-Tonnerre, élu. Nommé pair de France le 21 juillet 1846, il soutint à la Chambre haute, jusqu’à la révolution de février, le gouvernement de Louis-Philippe. Ce fut lui que la haute cour de justice chargea, lors du coup d’Etat du 2 décembre 1851, du rapport sur la mise en accusation du président : mais on sait que ce rapport resta lettre morte et que l’action de la haute cour n’eut pas d’effet. M. Renouard conserva sous l’Empire ses fonctions de conseiller à la cour de Cassation jusqu’en 1869 ; il reçut alors le titre de conseiller honoraire. Pendant cette période, il partagea son temps entre les travaux de sa charge et ceux de la Société d’économie politique dont il était un des vice-présidents. En 1861 il fut élu membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques). Un certain nombre d’écrits importants lui avaient valu cette faveur. Outre ses thèses de doctorat : Sur le style des prophètes hébreux et De identitate personale (1814), il avait donné : Projet de quelques améliorations dans l’éducation publique (1815) ; Eléments de la morale (1818) ; Considérations sur les causes de l’éducation secondaire en France (1824) ; Mélanges de morale, d’économie et de politique, extraits des ouvrages de B. Franklin (1824) ; Traité des brevets d’invention (1825) ; Examen du projet de loi contre la presse (1827) ; l’Education doit elle être libre Mémoire sur la statistique de la justice civile en France (1834) ; Traité des droits des auteurs dans la littérature, les sciences et les beaux-arts (1838-39) ; Traité des faillites et banqueroutes (1842). Il avait publié en outre de nombreux articles dans la Thémis, la Revue encyclopédique, le Globe, la Revue de législation, le Journal des Economistes et le Dictionnaire de l’économie politique (1819-1859). Nommé procureur général à la cour de Cassation le 21 avril 1871, il put, malgré son âge, prendre la parole dans plusieurs affaires importantes, notamment dans celles du président Devienne et des commissions mixtes. Plusieurs de ses discours de rentrée se firent remarquer par une forme littéraire très châtiée: la Force prime le droit (1872) ; Considérations sur l’histoire de la cour de Cassation (1875). Présenté en juin 1876, par les gauches du Sénat, à un siège de sénateur inamovible, il échoua contre M. Buffet, et ne fut élu que le 24 novembre suivant, au 3e tour de scrutin, par 140 voix (272 votants), en remplacement du général Letellier-Valazé, décédé. M. Renouard prit place au centre gauche, vota avec le parti républicain conservateur, et se prononça, le 23 juin 1877, contre la dissolution de la Chambre des députés. Il avait très nettement pris parti contre le gouvernement du Seize-Mai, et avait donné, dès le 17, sa démission de magistrat. Il fut alors choisi comme président du comité de jurisconsultes, dit de résistance légale, qui dirigea la campagne contre le ministère Fourtou-de Broglie. Il soutint ensuite le cabinet Dufaure et mourut, l’année suivante, grand officier de la Légion d’honneur. » Il demeurait 22, rue Neuve-du-Luxembourg en 1831. La Gazette des tribunaux, 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830 ; Tableau dramatique de la justice au XIXe siècle, tome Ier, chez Surcy et Camus, Paris, 1847, p. 236 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 91 ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 51 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement et liste supplémentaire des citoyens proposés pour la médaille, Ier arrondissement (par erreur sous le nom de Renouard, Auguste, Charles) ; Souvenirs, la révolution de 1830, duc de Broglie, Revue des deux mondes, volume 75, n° 4, 15 juin 1886, p. 772. Est-ce lui, maire du (ancien) XIe arrondissement, qui apostille la lettre d’Héreau, Edme, dans sa demande d’être récompensé, in Archives de Paris, VD6 631 n° 1 in dossier Héreau, Edme, si oui, juste citer le fait et la référence.

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