Reseau, Jean (ou Rezeau)

Biographie


Né le 1er pluviôse an V à Nantes, fils de Reseau, Jean-René (né le 16 décembre 1773, fils de Reseau, Jacques et de Lerat, Françoise) et de Thomas, Elisabeth (née le 5 janvier 1772 à Bourges [Cher], fille de Thomas, Charles, manufacturier, et de Clinchmitin, Marguerite, son épouse), tailleuse, son épouse (qui s’étaient mariés le 9 messidor an II à Nantes). Maître cordonnier. Il mourut le 31 juillet, des suites de ses blessures reçues pendant les combats place Louis-XVI à Nantes contre le 10e léger. Nous empruntons à l’ouvrage Nantes en 1830 et les journées de Juillet de Giraud-Mangin, la relation des circonstances probables dans lesquelles il fut tué : « Mais, l’après-midi [du 30 juillet], le tumulte reprend de plus belle : 600 mauvais fusils de traite ont été enlevés chez l’armurier Chesnard ; des bandes en armes commencent à parcourir les rues, en vociférant. Une troupe d’environ 150 hommes se dirige vers le château, trouve le pont-levis fermé, la grille solidement assujettie, et se rendant compte de l’inutilité de la tentative, reflue en partie vers la place Louis XVI. Deux hommes dévoués, M. Bosset, propriétaire, et M. Kitchen-Vic, commis-négociant, les avait précédés, dans l’espoir d’être reçus par le général Despinois et d’obtenir de lui, en mesure d’apaisement, la libération immédiate des détenus. Il est entre 5 et 6 heures du soir. Au même moment, arrive par la rue de l’Evêché et la rue Chauvin un autre groupe de manifestants en armes, dont l’intention est aussi d’entamer des pourparlers avec le général. Ils crient, sans doute, mais ils pensent si peu à une collision avec les soldats que beaucoup ont mis leurs chapeaux au bout des baïonnettes. En tout ils sont là 150 à 160. Sur la place, 120 hommes du 10e léger sont rangés devant l’hôtel de la division, où sont réunis les autorités, le préfet, le maire, le général Despinois ; la gendarmerie montée, des carabiniers, des fantassins sont massés en réserve au fond de la place, dans la cour de la caserne de la Visitation. En quelques minutes le drame se joue. Un coup de fusil part, on ne sait d’où, vraisemblablement par mégarde. La fusillade devient générale. Dix manifestants sont tués ou mortellement atteints : Chauvet, commis-négociant ; Dolbeau, marinier ; Lasnier, épicier ; Pottin, relieur ; Racineux, tisserand ; Réseau, cordonnier ; Rigaud, commis quincaillier ; Camin, docteur-médecin, qui décède le 7 août ; Pierre, Samuel Voruz, fondeur, meurt le 19 août ; Robert, ouvrier raffineur, le 22 août. Tous jeunes gens de 17 à 36 ans. A ces victimes, il faut ajouter 39 blessés, dont 8 resteront estropiés pour la vie. Deux femmes furent atteintes par ricochets : la veuve Pavageau (lire Parageau, Perrine, femme Martin), tricoteuse, 67 ans, blessée d’un coup de feu au talon, et la femme Deberge, journalière, blessée à la joue, sur le pas de sa porte, à l’entrée de la rue Saint-Clément. » Il laissait une veuve, Hervé, Adélaïde, née le 5 vendémiaire an VIII, fille de Hervé, Jacques, Mathurin, instituteur, et de Padiou, Anne, son épouse, désormais sans ressources. Il s’étaient mariés à Nantes, le 25 juillet 1818. Sa veuve fut d’abord proposée par la ville de Nantes pour une pension de cinq cents francs, conformément aux disposition de la loi sur les récompenses nationales ; mais elle apportait le correctif suivant : « Attendu que celle-ci était notoirement connue pour ne pas vivre avec son mari, pour en être séparé de fait et éloignée, et que le sieur Rezeau a laissé un père infirme, hors d’état de travailler depuis six ans et une mère âgés, aux sacrifices desquels il devait son établissement commercial, et qu’ils sont au-dessous de l’aisance, il semblerait juste de les admettre au partage de la pension, avec la veuve, qui en reprendrait au surplus l’intégralité à fur et mesure du décès de ceux-ci, si elle leur survivait. » Le préfet ne voulut pas admettre les conclusions du maire sur le partage de la pension à laquelle avait droit la veuve Rezeau : « 1°) Elle n’est pas sur l’état des femmes publiques et qu’il ne se croit pas le droit de rechercher dans les familles les motifs de division qui peuvent y exister. 2°) Parce que si on se permettait de semblables enquêtes ce serait le moyen soit de faire élever des réclamations plus ou moins fondées sur d’autres personnes qui doivent profiter du bénéfice de la loi. 3°) Enfin, parce qu’en pareille affaire on ne sait jamais au juste de quel côté viennent les torts. » Dans un certificat de notoriété, le père était présenté comme totalement infirme et n’ayant pas quitté son lit depuis plusieurs années, sa femme, fileuse de laine, s’occupant de lui ; un certificat médical attestait l’état de faiblesse générale du père. Les parents, infirmes et dans un état d’indigence notoire constaté par un certificat de la mairie de Nantes, furent proposés par la Commission des récompenses nationales de la ville de Nantes pour une pension de trois cents francs. Son nom, avec celui de Emile Camin, Maurice Racineux, Auguste Chauvet, Jean-Marie Dolbeau, Napoléon Rigaud, Hubert Robert, Mathurin Pottin, Agnan Lasnier et Pierre Voruz, est inscrit sur la colonne polygonale du cimetière de Miséricorde à Nantes, érigée en mémoire des combattants de Juillet nantais morts dans les combats. La construction du monument, permise par une souscription lancée par le Dr Guépin et ses amis, avait été réalisée par l’architecte Guillemet et le sculpteur nantais Suc. Sur le quadrilatère du soubassement, on peut lire :

A nos concitoyens morts pour la défense de nos droits.

La Nation qui n’honore pas les martyrs de la Liberté, n’est pas digne d’être libre.

La défense de la Charte est confiée au patriotisme de tous les citoyens.

Le pouvoir qui viole la Constitution signe lui-même l’arrêt de sa déchéance.

Il demeurait rue Contrescarpe à Nantes en 1830. Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 72 ; Nantes en 1830 et les journées de Juillet, Giraud-Mangin, in Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1931, p. 465-466 ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure, Travail de la commission d’enquête pour les récompenses nationales à décerner aux victimes des événements de juillet 1830 et à ceux qui y ont pris part.

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