Reynard
Biographie
Combattant de Juillet 1830, il écrivit une lettre, en date du 2 octobre 1848, à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, pour faire valoir les droits de son fils, Reynard, Alcide, Joseph, Victor, et de ses filles à une décoration. Sa lettre donne des indications sur sa propre biographie et sa participation à la Révolution de Juillet. Elle était ainsi rédigée : « Ma famille entière a acquis, par ses services, des droits aux récompenses nationales. Les journaux d’aujourd’hui sont pleins des noms des personnes qui en ont reçues, ma famille seule est exceptée. Je viens, monsieur le président, vous rappeler mes titres. En 1830, je pris une part active aux combats des trois glorieuses journées. Je reçus au menton un coup de baïonnette, je fus renversé, je reçus un coup de pied de cheval et il en est résulté une paralysie au col de la vessie à tel point que l’usage de la sonde m’est devenu indispensable. J’éprouve d’horribles souffrances parce que je puis me donner les remèdes qui pourraient les adoucir. Je n’ai pour ressources qu’une famille sans fortune, j’ai eu le malheur de perdre mon fils aîné, qui en était le soutien. Au 24 février, mon jeune fils a commandé la barricade du faubourg Montmartre et je n’ai pas besoin d’en dire davantage sur son compte, ses états de service sont constatés par des certificats ; ses blessures le sont aussi par le certificat du médecin. Au 25 juin, mes deux filles ont tout quitté, tout traversé les barricades et les fusillades pour aller panser les blessés à l’hôpital Saint-Louis pendant un mois sans discontinuer, jusqu’au moment où la maladie est venue mettre un terme à leur dévouement. Les blessés ont adressé une lettre couverte de quarante-deux signatures à l‘Assemblée nationale pour les recommander à la reconnaissance de la patrie (séance du 3 août, voir le Moniteur du 4 et du 5). Ce courageux dévouement va produire un nouvel acte de bienfaisance de la part des demoiselles Reynard. M. Roudet, éditeur rue de la Harpe n° 23, est allé leur demander la permission de faire reproduire leur dévouement sur une lithographie avec la ressemblance ; mais elle n’ont voulu y consentir qu’à la condition exprès que l’éditeur abandonnerait un tiers du prix de la vente de chaque épreuve au profit des familles malheureuses, des déportés. Cette somme sera remise à la Commission nommée à cet effet et un peu de ce tiers sera versé dans les mains de M. le maire du (ancien) VIe arrondissement, où nous habitons, pour être distribué aux plus nécessiteux. Voilà, monsieur le président, comment des jeunes filles sans fortune ont trouvé dans leurs vertus un secours pécuniaire pour soulager les pauvres. Voyez, monsieur le président, ce que nous avons mérité. Je sollicite d’abord pour mon fils la décoration de Février et je vous prie de ne pas nous laisser trop longtemps dans l’indécision. Si on la donne aux dames, mes filles l’ont bien gagnée et elles la porteraient honorablement. Nous attendons votre décision. » Le fils, Reynard, Alcide, Joseph, Victor, était porteur de plusieurs certificats qui attestaient sa participation aux combats et la blessure qu’il y avait reçue. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Le soussigné, capitaine commandant l’Ecole militaire, déclare et atteste sur l’honneur que le citoyen Reynard, Alcide, demeurant boulevard Saint-Denis n° 9, s’est conduit pendant les glorieuses journées de février 1848 avec toute l’énergie, tout le courage et tout le dévouement d’un vrai patriote et d’un républicain pur et sincère ; qu’il a commandé la barricade du faubourg Montmartre dans la matinée du 24, que de là il s’est rendu sur la place du Palais-National [lire Palais-Royal, N.D.A.], à la prise duquel il a coopéré et qu’il est revenu de cette dernière affaire avec les pieds écrasés par les pavés des différentes barricades ; qu’aussitôt guéri, il s’est enrôlé dans le 11e bataillon de la garde nationale mobile, où il sert comme simple volontaire ; qu’étant avec son bataillon à l’Ecole militaire il a été de suite élu président du club de la garde mobile, aux acclamations unanimes de tous ses camarades et que lors du départ de ce bataillon pour le fort d’Aubervilliers il est resté par ordre supérieur à l’Ecole militaire, où il a continué de rendre de bons et d’importants services. » Signé, le 10 mais 1848 : Bidon. Suivait l’apostille de Villain Saint-Hilaire, adjoint à la mairie du (ancien) VIe arrondissement qui ajoutait : « […] Je connais ce jeune homme depuis son enrôlement dans la garde mobile et j’ai eu souvent l’occasion de me convaincre de son instruction, de sa capacité et de son patriotisme. » Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur médecin de la faculté de médecine de Paris, y demeurant Petites-Ecuries n° 47, certifie avoir donné mes soins à M. Reynard fils, Alcide, Joseph, Victor, qui, le 24 février 1848, a été blessé aux pieds par l’éboulement des pavés d’une barricade du château d’eau. Il a eu les pieds fortement contusionnés, excoriés et ecchymosés, affection qui a nécessité des soins pendant six semaines ; la cure était retardée par le besoin urgent qu’avait le malade d’aller à l’Ecole militaire aider le général Duvivier dans l’organisation de la garde mobile. » Signé, le 28 avril 1848 : France, médecin, demeurant 47, rue des Petites-Ecuries. Il reçut un secours de trois cents francs en décembre 1848, un secours de deux cents francs en février 1849. Il fut classé dans la 6e catégorie. A l’occasion d’une demande de secours présenté par sa mère, veuve Reynard, née De Laqueville, un rapport de police relatait à son sujet, en date du 28 novembre 1849 : « Cette dame a eu de la fortune, mais elle a tout perdu à la mort de son mari au mois de janvier dernier. Elle est, dans ce moment, dans un état voisin de la misère. Ses meubles sont saisis pour loyers par le propriétaire. Son fils, blessé de Février, demeure avec elle ; il était étudiant en droit avant les malheurs qui ont ruiné sa mère. Il professe des opinions révolutionnaires très avancées. Il a été détenu environ six semaines à La Force par suite des affaires de juin 1848. » Puis, en date du 2 février 1850, le préfet de police renseignait : « On m’assure que le nommé Reynard, vice-président au comité des blessés de Février, demeurant rue du Faubourg-Saint-Denis n° 38, dont la conduite coupable pendant les événements du 13 juin dernier a motivé une instruction judiciaire, reçoit des secours réguliers de la Commission des récompenses nationales. Cet individu dont les sentiments hostiles au gouvernement résultent des communications fréquentes que mon administration a adressée à votre département au sujet des blessés de Février, est aujourd’hui l’un des hommes les plus exaltés du parti socialiste. Il est auteur de plusieurs chanson anarchiques, telles que Feu sur les Blancs ! La Ronde de Changarnier, etc. Je crois devoir appeler votre attention sur les inconvénients graves qu’il y a à faire profiter des secours du gouvernement un homme qui manifeste chaque jour ouvertement une vive opposition contre l’ordre des choses actuel. » Le nom de Reynard, Alcide, Joseph, Victor apparaît dans la base de recherche de l’IREL, comme envoyé au bagne de la Nouvelle-Calédonie suite à la Commune de Paris et décédé le 3 avril 1878. Il demeurait 9, bd Saint-Denis en 1848 ; 38, rue du Faubourg-Saint-Martin en février 1849. Archives nationales F/1dIII/96.