Rialle, Sophie, Eugénie, Flore demoiselle

Biographie


Née le 9 décembre 1788 au Havre (Seine-Maritime), fille de Rialle, Jacques, Ambroise, conseiller du roi, rapporteur du point d’honneur et négociant, et Delesque, Marie, Anne, Joseph, son épouse. Couturière. Elle fut blessée d’une balle reçue à la jambe droite. Elle reçut, comme blessée, deux cent cinquante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Victime de vexations de la part de Delannoy, membre du jury de la Commission des récompenses nationales, elle écrivit dans ces termes, le 28 octobre 1831, au ministère de l’Intérieur :

« Monsieur,

Sans doute à force de persévérance je me rendrai importune, mais il faut que j’insiste, afin de vous déciller les yeux sur les explications que vous a données la commission sur moi. Je ne pourrai être laconique dans les détails que j’ai à vous donner parce qu’il faut que je précise les faits ; mais je vous prie de me lire avec attention. En 1828, j’ai eu la jambe droite cassée, mais elle a été parfaitement bien remise et je ne me ressentais nullement des suites de cette fracture au mois de juillet 1830, ce qu’il me serait possible de prouver authentiquement si ces messieurs de la commission étaient plus affables et voulaient se donner la peine d’entendre ceux qui ont des explications à leur faire ; mais quant à l’invitation de M. Mianné de Saint Firmin je me suis rendue à l’hôtel de ville le 13 [octobre 1831, N.D.A.] courant, je n’ai obtenu pour toute satisfaction qu’un très mauvais accueil qui m’a d’abord glacée et encore m’a-t-il imposé silence avec une insolence dont rien n’approche. Si je suis malheureuse, j’ai ma dignité, comme lui la sienne et en conservant les formes voulues dans la bonne société, je pense que je dois être entendue. Vous me dites, Monsieur, dans la lettre que vous me faites l’honneur de m’écrire que par de nouvelles enquêtes, on a découvert que je ne devais pas participer aux distributions qui se font. D’où viennent ces nouvelles enquêtes et par qui sont-elles faites ? Par des êtres partiaux et amis de ce M. Delannoy, à qui je faisais quelques réclamations et qui me répondit devant tous les blessés du IVe arrondissement que “S’il revenait une révolution, au lieu de secourir les blessés, il faudrait les foutre à l’eau”. Pensez-vous, Monsieur, qu’une pareille réponse puisse jamais cicatriser aucune blessure soit physique soit morale. Cette réponse faite par un homme sans jugement et sans réflexion, pour ne pas dire plus, a pourtant de ma part donné lieu à quelque exaspération et ma plume s’en est ressentie en écrivant à M. Delannoy, ce qui fit qu’il me menaça de se venger de mon orgueil. Ce qu’il fit en me rayant de la liste des blessés, quoique pourtant il m’eût fait passer au jury médical et qu’il eût bien la conviction que j’avais été blessée dans les journées de Juillet. Mais à l’aide d’une demoiselle Bataille, dite de Custine, chez laquelle on m’avait transportée au moment de ma blessure et chez qui M. Bertrand notaire honoraire rue des Bons-Enfants n° 21, s’était donné la peine de venir, pour attester le fait, à l’aide dis-je de cette demoiselle Bataille avec qui M. Delannoy forma depuis une liaison intime, il se fit donner des renseignements qui me furent contraires et, par suite de cette intrigue, l’oncle de cette demoiselle Bataille ou de Custine qui avait signé l’attestation de ma blessure avec un M. Gorgeret qui m’avait soignée sur-le-champ et qui demeurait rue Taitbout n° 3, refusa de venir chez le commissaire pour faire légaliser sa signature, formalité qui était indispensable. C’est donc à l’aide de ce refus que M. Delannoy a toujours depuis éloigné mes réclamations et m’a soustrait une lettre de M. Bertrand notaire honoraire qui me recommandait au maire du IIe arrondissement et aussi un certificat de M. Boucher-Dugas, rue de Mennars, n° 9, chirurgien major de la IIe légion de la garde nationale. A ces papiers était joint mon acte de naissance, qui avait été adressé à M. Delanoy par le maire du Havre. Pourquoi mon acte de naissance se retrouve-t-il à l’hôtel de ville et que les autres pièces ont disparu ? Si ces renseignements ne suffisent pas pour vous convaincre, mettez-moi à même de vous en fournir d’autres car quelque besoin que j’ai d’être secourue soyez assuré, Monsieur que c’est moins maintenant le désir d’avoir de l’argent que celui de vous persuader que souvent on fait des mécontents sans que vous le sachiez. J’ai assez d’orgueil pour ne pas supplier quand je puis établir mes droits et puisque ma positon me rend applicable la loi rendue en faveur des victimes de Juillet, j’en demande aussi l’application et je pense qu’auprès de vous je trouverai justice et protection. » En 1830, elle était célibataire. Rialle demeurait 206, rue Saint-Honoré en 1830 ; 29, rue du Vieux-Colombier en 1831 mais 27, rue du Chantre sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 A et in Archives nationales F/1dIII/38 A. Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant (sous le nom de Rialle, Flore, Eugènie) ; Archives nationales F/1dIII/74.

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