Ricateau, Alexandre
Biographie
Né le 30 octobre 1800 à Bedarieux (Hérault). Tondeur de draps. Le Constitutionnel rapportait le témoignage suivant à son sujet : « Au nombre des vaillants défenseurs de notre liberté, je crois devoir recommander à l’estime publique M. Ricateau, jeune ouvrier, qui est entré le premier dans les appartements des Tuileries. Signé Baduel, élève de l’Ecole polytechnique. » Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « A combattu pendant les trois jours avec une rare intrépidité. Est entré le premier et seul dans les appartements des Tuileries. Au pied de l’escalier, il trouve un Suisse, qui veut s’opposer à son passage. Il le tua, s’empara de son bonnet et, ainsi coiffé, il se présenta à une des fenêtres du château pour annoncer à ses camarades que le palais est pris. Mais, trompé par cette coiffure, le peuple, le prenant pour un ennemi, fait feu sur lui. Il jette alors son bonnet et monte debout sur la fenêtre, se découvrant tout entier pour ne laisser aucun doute sur ce qu’il est et sur les intentions qui l’animent. A transporté plusieurs blessés » Ricateau lui-même fit parvenir à la Commission des récompenses nationales un Rapport des faits d’armes du sieur Ricateau, Alexandre, ainsi rédigé : « Le 27 juillet dernier, vers 4 heures du soir, je suis allé dans la rue Saint-Honoré, pour y voir les attroupements qui s’y étaient formés contre les ordonnances et voir une foule de peuple qui demandait des armes. Arrivé à peu près à une portée de fusil du Palais-Royal, j’aperçus un homme qui avait été tué par la garde royale. Quatre de ses camarades l’emportaient en criant Voyez comme on arrange nos frères ! Vengeons-le ! criaient-ils. Vive la Charte ! Vive la liberté ! Ce cadavre a été promené quelque temps parmi la foule et le peuple, irrité de voir que l’on faisait feu sur ceux étant sans défense, nous avons tous crié Aux armes ! Vengeons-le ! Alors nous enfonçâmes la porte d’un armurier et nous prîmes toutes les armes que nous pûmes y trouver. Ensuite nous allâmes vers le faubourg Saint-Antoine pour avoir de la poudre et, en même temps, dans l’intention de recruter des forces. En passant dans la rue Saint-Antoine, nous avons aperçu une boutique de marchand de poudre. Nous avons crié en dehors de la porte, qui était fermée, De la poudre ou nous enfonçons la porte ! Le marchand, craignant que l’on enfonçât la porte, se mit à sa croisée, au premier, et nous engagea à attendre, qu’il allait aussitôt nous donner toute la poudre qu’il avait ; ce qu’il a exécuté de suite, en nous jetant de sa fenêtre trois ou quatre fois plein son chapeau de petits paquets de poudre. De là, nous allâmes à la Bastille, où, arrivant près de la place, un régiment de cuirassiers nous barra le chemin et nous somma de nous séparer, à défaut de quoi ils allaient nous charger. Ne pouvant aller plus loin, nous revînmes à la rue Saint-Honoré, où j’ai resté jusqu’à environ 8 heures du soir sans y rien faire d’autre. Le mercredi 28, j’allais sur la place du Châtelet à 9 heures du matin, où chacun donnait son avis. Ensuite, il se forma un peloton d’environ trois cents hommes, armés de bâtons, piques, sabres, fusils, etc. Je faisais partie de ce peloton. Nous allâmes près du palais de justice. Là, nous aperçûmes une enseigne, au Prado, portant encore les fleurs de lys. Nous criâmes A bas les fleurs de lys ! et nous forçâmes le propriétaire de cette enseigne de nous la livrer, ce qu’il fit avec une hache de laquelle il se servit pour l’abattre. Elle ne fut pas plus tôt à notre disposition qu’elle fut mise en pièces. De là, nous allâmes à l’Ecole de médecine pour demander que les élèves viennent avec nous. Les grilles étant fermées, nous ne pûmes y entrer. La maison d’un coutelier, à côté de l’Ecole excita ceux qui n’avaient pas d’arme à lui en demander. Le coutelier ouvrit à demi sa porte et nous distribua plusieurs tranchants. Ensuite nous sommes allés sur la place Saint-Michel, où nous avons désarmé le poste qui s’était fortifié dans le corps de garde et qui ne s’est rendu qu’après avoir essuyé notre feu, qui en avait déjà blessé ou tué plusieurs. De là, nous sommes allés sur la place Cambrai et au Panthéon. Là, nous avons trouvé sur la place un bataillon du 15e léger, dont le commandant est venu à nous, pour nous inviter à ne pas faire feu sur eux, qui ne serait de représailles. De là, nous allâmes à l’Ecole polytechnique, où nous arborâmes le drapeau tricolore sur la grande porte et nous forçâmes le concierge à nous ouvrir la porte. Nous pénétrâmes dans l’intérieur de l’Ecole, où nous engageâmes les élèves à venir nous commander. Ils nous ont répondu qu’ils ne demandaient pas mieux mais qu’ils ne voulaient pas se compromettre, qu’ils attendaient à chaque instant des ordres de MM. les députés et du général Lafayette et qu’alors ils marcheraient tous. Nous avons quitté l’Ecole pour aller au faubourg Saint-Marceau. Quand nous avons été près de la caserne de la gendarmerie, les gendarmes à cheval ont fait une charge sur nous et en ont blessé plusieurs. N’étant pas en force, nous nous sommes retirés et nous sommes allés sur la place Maubert, où nous avons désarmé le poste de la gendarmerie et celui du 15e léger, qui n’ont fait aucune résistance. Les armes que nous avons prises dans ces différents postes ayant été distribuées à ceux qui en manquaient, et une infinité d’autres s’étant joints à nous, nous sommes allés par les rues Saint-Martin, Saint-Denis, pointe Saint-Eustache à la place des Victoires, où nous avons trouvé beaucoup de gardes nationaux et plusieurs élèves de l’Ecole polytechnique. Nous nous sommes divisés en plusieurs parties pour faire des patrouilles dans différents quartiers. Vers 1 heure et demie, nous arrivâmes sur la place de l’Hôtel de ville, que nous trouvâmes remplie de monde et le poste de l’Hôtel de ville, occupé par des gardes nationaux. Il survint une alerte vers 2 heures. L’on criait Aux armes ! Tous ceux qui n’étaient pas armés entrèrent dans l’Hôtel de ville, une autre partie s’embusqua dans les rues adjacentes de la place et la troisième partie, de laquelle je faisais nombre, nous nous mîmes le long du parapet, qui nous servait de rempart, d’où nous tirions sur la garde qui était de l’autre côté de l’eau et qui nous ripostait. Une de leurs compagnies fit une tentative de passer le pont d’Arcole et nous firent débusquer de notre position. Nous allâmes au coin des petites rues adjacentes, d’où nous tirions sur ceux qui étaient sur le pont. Notre feu continuel les fit rebrousser. Un instant après, il leur vint un renfort de deux pièces de canon par le port au Blé. Ils placèrent ces deux pièces au bout du pont d’Arcole, du côté de la place. Elles étaient escortées par le 50e de ligne et un régiment suisse venait par le quai Pelletier. Les deux pièces firent feu, le premier coup sur la porte de l’Hôtel de ville et le second au coin de l’arcade Saint-Jean, et plusieurs décharges de fusils furent tirées sur un seul individu, qui était resté sur la place, tenant une baguette à la main et sautant sur la place comme un fou. Enfin toute la garde royale passa le pont et nous prit le champ de bataille. Je me suis retiré, avec beaucoup d’autres, au coin de la rue Jean-de-Lépine, où nous nous sommes battus jusqu’à 10 heures du soir. Le 29 au matin, je retournais sur la place de l’Hôtel de ville, où je restais environ une heure à chercher si je trouverais des connaissances parmi les morts. Ensuite je me dirigeais sur le Louvre par le quai de l’Ecole, où, étant près de la maison d’un marchand de vin, qui fait le coin, vis-à-vis le Louvre, j’ai tiré sur les troupes qui étaient embusquées derrière les colonnes. Il était de 6 à 7 heures du matin lorsque j’entendis, derrière moi, quelqu’un dire Ah ! mon dieu ! je suis blessé ! Je pris cet homme par le bras et le conduisit rue Baillet, n° 5, où il y avait une ambulance (c’est pas plutôt rue Bailleul ?). Je retournais de suite à mon poste, d’où je pus traverser la rue et me cacher derrière le mur qui est devant le Louvre. Là, un individu s’approcha de moi et me dit : “Je suis un ancien militaire et je n’ai qu’une seule cartouche, qui est dans mon fusil. Si je la perds, je n’en n’aurai plus d’autres.” Là-dessus, je lui fis voir autour de moi ma cravate remplie de cartouches, en lui offrant de lui en donner. Il me répondit alors : “Mon brave camarade, je ne vous quitterai pas…” En disant ce dernier mot, il fut atteint d’une balle qui lui fracassa l’épaule droite. Je le conduisis de suite dans un café sur le quai de l’Ecole, où il y avait deux médecins pour panser les blessés. Il était environ 9 heures. Cet homme s’appelle M. Joubert, teinturier en chapeaux, demeurant rue des Ecouffes, n° 25 (voir Joubert, Antoine, Nicolas). Ensuite je retournais au Louvre par la place des Trois-Maries et la rue des Prêtres. Dans cette petite rue, je rencontrais un individu qui me dit : “Mon brave camarade, peut-on passer par-là ?” Je lui dis : “Oui, mais il y a du danger. Lorsque vous traverserez il faut courir.” Je passai le premier et je réussis. Etant passé, je me retournais vers lui, qui s’écria qu’il était blessé. Je retournais pour lui donner du secours. Il avait été atteint par une balle au-dessus de la hanche, qui lui avait traversé le corps. Je le pris sous le bras et le conduisis au coin de la petite rue des Prêtres, où une barricade nous empêcha de passer. Aussitôt M. Tabajoux, marchand de vins, nous a ouvert sa porte, qui donne dans cette rue, et nous entrâmes chez lui. Il était temps pour le blessé, qui tomba sur moi mort en entrant. Plusieurs curieux entrèrent par l’autre porte ; dans ce nombre était son épouse, qui, l’ayant reconnu, s’écria C’est mon mari ! en jetant un cri affreux. Elle demanda plusieurs fois du vinaigre. Après l’en avoir frotté, il est revenu à lui mais ça n’a été que pour quarante-huit heures. Cet homme s’appelait Cuvier, rue Baillet, n° 6 (voir Cuvier, Auguste). Je laissais cet homme avec sa femme et ses amis et je retournais encore au Louvre par la rue des Prêtres, avec un tel acharnement pour venger mes camarades que je courus, le premier, sur la petite porte du Louvre, où personne n’avait encore pu approcher. A mon exemple, plusieurs sont venus me rejoindre. Nous cassâmes les planches de cette porte, que j’ai escaladée avec un autre seulement et nous l’avons ouverte. Les Suisses qui étaient au-dessus de nous, nous sachant à la porte et ne pouvant plus tirer sur nous, descendirent dans la cour du Louvre. Les combattants du dehors, ne voyant plus de troupes aux fenêtres et derrière les colonnes et les portes ouvertes coururent tous nous rejoindre et nous forçâmes les troupes à se retirer. Ils furent se ranger en bataille dans la cour des Tuileries. Ils n’ont eu que le temps de pousser les grilles, sans les fermer. Dans un petit corps de garde du Louvre, nous avions trouvé environ six cents fusils, sabres et gibernes, que nous avons distribués à ceux qui en manquaient, ce qui nous a donné un très bon renfort. Nous poursuivîmes les troupes par le Carrousel, en faisant un feu continuel et en essuyant le leur. Nous avons entré dans le corps de garde qui est à gauche du Carrousel et de là nous faisions feu sur eux par la porte et la fenêtre. Voyant que nous ne pouvions pas leur faire assez de mal, j’ai jeté mon sabre et ma giberne, que j’avais pris au Louvre, pour mieux courir, et j’engageais les plus hardis à me suivre. Je courus sous l’arche de triomphe, suivis de trois autres qui furent tous tués en traversant. Il vint ensuite un élève de l’Ecole polytechnique et moi, après avoir tiré plusieurs coups de fusil, je m’élançais sur la grille, qui s’ouvrit. Je tirais mon fusil en marchant sur eux et ce qui me sauva la vie c’est que l’ouverture de la grille fit faire un grand mouvement aux combattants qui venaient du Louvre et mirent les troupes en désordre. Ils s’enfuirent tous par le jardin. Je courus sur eux. J’en ai atteint un, auquel j’ai traversé le corps d’un coup de baïonnette. Ensuite, je montais au vestibule et je croisais la baïonnette à quatre personnes que j’y trouvais. C’étaient madame et monsieur Mariotte, portier, M. Debove, garçon du château, et son collègue. Ils s’écrièrent que je ne leur fasse pas de mal, qu’ils étaient les concierges. Je leur répondis que je ne leur demandais que s’il y avait de la troupe dans les appartements et que je ne leur voulais pas de mal. Ils m’ont répondu qu’il n’y avait plus personne. Pendant cet intervalle, le même élève de l’Ecole, qui avait été à la grille avec moi, monta et m’embrassa. Nous avons ensuite forcé le concierge de nous conduire dans les appartements. Après avoir parcouru plusieurs pièces avec cet élève, appelé M. Cochon, je me séparais de lui et je fus dans une pièce qui donne dans la rue de Rivoli. Je me mis à la croisée, en criant Vive la charte ! On tira sur moi un ou deux coups de fusil, me prenant sans doute pour un Suisse, à cause d’un bonnet à poil que j’avais sur ma tête. J’ai rentré pour ôter mon bonnet et je me remis à la croisée, en criant Vive la liberté ! Vive la charte ! Les combattants de cette rue ont appris par moi que le château était pris. Ils sont tous venus au bas de la fenêtre, en me demandant une échelle. J’en avais remarqué une dans une pièce où j’avais passé, que je suis allé prendre et que j’ai jetée par la fenêtre. Plusieurs personnes y montèrent. Je parcourus ensuite plusieurs pièces et j’entendis une voix crier Aux armes ! Je courus près de lui et le suivis, ainsi que plusieurs autres. Il nous conduisit rue de Rohan et de Valois, où il y avait beaucoup de Suisses embusqués dans les maisons. Par notre courage, nous sommes venus à bout de prendre toutes les maisons occupées par eux où nous avons tué tous ceux que nous avons trouvés. Nous avons été forcés d’en venir à ce point parce que plusieurs fois ils nous avaient dit qu’ils se rendaient à nous, quand nous approchions pour les désarmer ils faisaient un feu affreux sur nous, ce qui en a tué une infinité des nôtres. Ne voyant plus rien à faire, je me suis retiré chez moi, pour un peu me reposer et je n’en suis plus sorti que pour aller à Rambouillet. » Le rapport que fit Faivre, Jacques, Auguste (voir ce nom) de sa propre participation aux combats donne de nombreux éclaircissements sur la participation de Ricateau ; ce rapport était ainsi rédigé : « Le mardi 27 juillet 1830, vers les 7 heures du matin et dans la rue Saint-Honoré, j’y fis enfoncer la porte d’un armurier et j’y fis armer quinze hommes de ma compagnie. L’après-midi, dans la rue Saint-Antoine, je fus chargé par un régiment de cuirassiers et obligé à me replier dans les petites rues près de la Grève. Le mercredi 28 juillet, vers 8 heures du matin, je désarmai le poste de gendarmerie et celui du 15e de ligne à la place Maubert. Immédiatement après, je me portai sur la place Saint-Michel, où était un poste du 15e de ligne, qui fit résistance. Trois militaires furent blessés et je fis éloigner le reste dans un fiacre. De là, je me dirigeai sur l’Ecole de médecine, qui me refusa l’entrée ; mais un coutelier à côté fournit à mes soldats des couteaux et des épées. Dans la même matinée, je me transportai à l’Ecole polytechnique pour prier les élèves de prendre part aux affaires ; mais plusieurs chefs s’étant présentés me dirent qu’ils n’attendaient pour agir que les ordres de M. Lafayette et des députés. Ensuite de cette réponse, je fis arborer le drapeau national sur la grande porte de l’Ecole. Continuant, je me dirigeai sur la rue Mouffetard, où nous fûmes chargés par la gendarmerie ; un de mes soldats eut la tête fendue d’un coup de sabre. M’étant replié sur la place de Grève ; on y faisait des patrouilles parmi lesquelles je remarquai quelques gardes nationaux. Là, nous combattîmes depuis 2 heures de l’après-midi jusqu’à 9 heures et demie du soir, que la bourgeoisie reprit l’Hôtel de ville par la rue de la Vannerie. Le poste était gardé par des gardes royaux des 5e et 3e régiment puis des Suisses. Le 29 juillet, au rendez-vous du Louvre à 5 heures et demie du matin, au-devant de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, je conduisis ma compagnie en face du pont des Arts, où M. Baduel, élève de l’Ecole polytechnique, fut blessé. Reprenant ardeur, la petite porte du Louvre fut escaladée par un de mes soldats, le sieur Ricateau, rue Saint-Jacques n° 27, après en avoir brisé les planches. Les Suisses et la garde royale, forcés à la retraite, se rallièrent dans la cour des Tuileries, placèrent leur artillerie au-devant de l’arc de triomphe, menaçant le côté des quais et de la rue Saint-Honoré. L’artillerie ayant quitté ce poste, l’infanterie se retira dans le jardin des Tuileries. Le théâtre de la guerre se trouvant en ce moment être dans les rues de Valois et de Rohan, je m’y dirigeai et là nous eûmes à soutenir un combat opiniâtre. J’y reçus trois blessures légères. Ensuite, je revins sur le château, où j’entrai le premier, à la tête d’une compagnie et où je fis respecter plusieurs objets précieux. Je restais au château jusqu’au 3 août, concurremment avec M. Carel, actuellement commandant du Louvre. » Ricateau, devenu employé à la préfecture de police, certifia, le 8 décembre 1830, comme contenant des faits véritables le rapport de Faivre. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 13 décembre 1830, à sept voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Ricoteau, Alexandre), auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En décembre 1830, il avait été nommé employé à la préfecture de police. En 1830, il était chasseur à la 2e compagnie du 1er bataillon de la XIIe légion de la garde nationale. Il demeurait 39, rue Saint-Jacques en 1830-1831. Le Constitutionnel, 10 août 1830 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 70 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 146) ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants, idem Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 13 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 44 in dossier Faivre, Jacques, Auguste ; Archives de Paris VK3 51 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.