Rigoigne, Nicolas, Eugène

Biographie


Né le 15 octobre 1780, fils de Rigoigne, Nicolas et de Rondot, Anne. Cocher de fiacre. Il fut blessé d’un coup de feu à la poitrine, tiré par la garde royale, le 28 juillet vers 14 heures au coin des rues Mably et d’Enghien vis-à-vis le n° 51 devant les messageries Maucomble, dans le faubourg Saint-Denis. Transporté à la maison de santé de Dubois, rue du Faubourg-Saint-Denis, il mourut le lendemain, des suites de sa blessure. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et aussi par la sous-préfecture de Sceaux puisque les enfants y sont pensionnés. Le certificat médical suivant constatait les circonstances de sa mort : « Je, soussigné, docteur en médecine, médecin du bureau de charité du (ancien) IIIe arrondissement, commissaire des pauvres, chirurgien aide-major du 2e bataillon IIIe légion de la garde nationale de Paris, etc., certifie avoir donné les premiers soins, le 28 juillet 1830, au nommé Rigogne, Nicolas, Eugène (sic), cocher de fiacre, demeurant rue du Faubourg-Saint-Denis n° 140, lequel avait reçu dans ladite rue, vis-à-vis le n° 51 (messageries Maucomble, au coin de la rue d’Enghien), une balle entrée à la partie supérieure gauche de la poitrine vers la clavicule, laquelle était sortie vers l’angle de l’omoplate droite. Ladite blessure était le résultat d’une des nombreuses fusillades tirées sur le peuple par l’ex-garde royale en station dans ladite journée à la porte Saint-Denis. Ledit Rigogne (sic) fut transporté après les premiers pansements à la maison royale de santé, rue du Faubourg-Saint-Denis n° 112 (dite de M. Dubois), où on m’annonça, le lendemain, qu’il avait succombé, la veille à 10 heures du soir ». Le 28 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) Ve arrondissement, comparurent : Lefèvre, Claude, Dieudonné, né vers 1781, passementier, demeurant 140, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Langlois, Maurice, Ferdinand, né vers 1794, fruitier, demeurant 51, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Maucomble, Jean-Baptiste, né vers 1802, aubergiste, demeurant 51, rue du Faubourg-Saint-Denis. Ils attestèrent que Rigoigne, Nicolas, Eugène avait « été atteint d’une balle qui lui a traversé la poitrine, le 28 juillet 1830, vers les 2 heures de l’après-midi, au coin de la rue de Mably dans le faubourg Saint-Denis ; qu’à ce moment il a été vu par le sieur Langlois, l’un des comparants, qui a même relevé la balle à laquelle se trouvait encore attaché un lambeau du vêtement du blessé et qui a vu aussi accourir le nommé Sylvain Barthélemy, qui lui a fait connaître que le blessé était le dit Rigoigne, oncle dudit Barthélemy ; que le blessé fut d’abord, par les soins de son neveu, transporté au domicile du sieur Maucombe, l’un des comparants, et quelques heures après, à la maison de santé du sieur Dubois, rue du Faubourg-Saint-Denis, où il a été vu, le lendemain, par le sieur Lefèvre, l’un des comparants, et où il est mort des suites de sa blessure, el vendredi dudit mois ». Il laissait une mère, qui sollicita une pension, ou des secours, ou d’entrer à l’hospice pour femmes des Incurables, une concubine, avec laquelle il vivait depuis dix-sept ans (ou vingt-deux ans in Archives nationales F 9 1157), Dudret, Marie, Marguerite (ou Dudray, Marie, Marguerite in Archives nationales F 9 1157), née le 23 février 1777 (ou le 24 février 1777 à La Chapelle-Saint-Denis une fois sur deux in Archives nationales F/1dIII/35 B ou le 22 février 1787 in Archives nationales F 9 1157 ; mais bien le 23 février 1777 in Archives nationales F/1dIII/38 B) (sans doute aussi dite Marigny) à Paris, qui reçut (sous le nom de veuve Rigoine) un secours de cent vingt francs en août et un autre de cent dix francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel, un secours de cinq francs, le 2 août 1830 à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. qui fut pensionnée de cinq cents francs et à qui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il laissait deux enfants, qui furent pensionnées et à qui fut aussi accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes : Adélaïde, Eugénie, née le 8 février 1813 à Paris, et Louise, Désirée, née le 4 avril 1816 aussi à Paris (sur la comptabilité de la Commission du [ancien] Ve arrondissement, Louise, Désirée est indiquée comme ayant reçu cinq cent vingt francs et quatre-vingts centimes de la Commission de la mairie de Sceaux). Le conseil de famille des orphelins (au moins de Louise, Désirée, l’autre était majeure sans doute, non c’est sans doute l’inverse puisque Louise, Désirée était confiée à Duverneuil…) était composé de la mère et de Benoît, Alexandre, marchand de vin, subrogé-tuteur, demeurant 128, rue du Faubourg-Saint-Denis en 1831. La Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet n’eut pas à s’occuper d’Adélaïde, Eugénie, celle-ci ayant atteint sa dix-huitième année en 1831. Placée en pension à Châlons, Louise, Désirée reçut trois cents francs pour ses frais de trousseau en 1832. La pension de Louise, Désirée, fit l’objet d’une polémique entre la mère et les parents adoptifs de l’enfant, auxquels à l’âge de deux ans elle avait été confiée, ses parents, plongés dans une profonde misère, étant incapables de faire face à ses besoins. Le père adoptif, Deverneuil, Thévenin, officier supérieur en retraite, ancien chef de bataillon d’état-major, chevalier de la Légion d’honneur, chevalier de Saint-Louis, demeurant à Châlons-sur-Marne, retraça ainsi, pour la Commission des récompenses nationales les circonstances dans lesquelles l’enfant lui avait été confiée : « Cette enfant, abandonnée sur la voie publique en 1818, fut conduite à la préfecture de police et allait être conduite aux Enfants-Trouvés quand sa mère, Marguerite Dudret, que j’occupais comme blanchisseuse à la journée, vint nous prier, mon épouse et moi, de nous charger de Louise, Désirée Rigoigne. L’enfant avait alors deux ans. Il était couvert de haillons. Sa mère avait quatre enfants en bas âge. Nous acceptâmes la responsabilité de cet acte de bienfaisance. La mère et Rigoigne nous firent un acte d’abandon de l’enfant le 15 juillet 1818. Je tins Louise, Désirée sur les fonts de baptême le 30 juillet 1818 [à la paroisse de Bonne-Nouvelle, N.D.A.] et partis avec mon épouse, qui fut sa marraine, pour venir habiter la province. Depuis quatorze ans, nous avons donc élevé cette jeune orpheline comme notre propre enfant. Nous l’avons adoptée, n’en ayant point d’autre de notre union, et nous lui destinons tout notre avoir, par une disposition testamentaire. » Deverneuil, s’opposant à ce que la mère touchât à sa place la pension à laquelle l’enfant avait droit, parce qu’elle « serait dissipée sans que l’enfant en profite et sans qu’il ait été à sa charge depuis quatorze ans », concluait ainsi sa lettre : « Je savais que Marguerite Dudret n’était pas mariée avec Rigoigne. J’ignore si l’âge a calmé ses passions. Mais, dans tous les cas, je pense que l’on ne me retirera pas un enfant que j’ai adopté, qui ne connaît d’autres parents que ceux qui ont pris soin de son enfance et dont nous voulons faire le bonheur. » A l’opposé des déclarations de Deverneuil, les renseignements pris par la police sur Dudret, Marie, Marguerite, furent favorables « à sa conduite et à sa moralité. On ne répète rien sous ce rapport qui ne lui soit avantageux ». A l’opposé, rien d’« avantageux » ne nous est connu sur Deverneuil. Il s’agit en effet du même homme qui, dans l’affaire du Complot des patriotes en 1815, s’était vu confier le projet par Desbaunes, l’un des conjurés, et l’avait dénoncé à la police. Une récompense lui fut soldée à la fin du procès. Plus tard, comme il sollicitait sa réintégration dans l’armée, le préfet de police indiquait, le 18 octobre 1816 : « Cette circonstance (la dénonciation qu’il a faite, N.D.A.) quoique susceptible de lui mériter quelque indulgence ne détruit pas néanmoins les préventions défavorables qui résultent de sa conduite passée et ne paraît pas de nature à devoir faire revenir Son Excellence le ministre de la Guerre sur la détermination qu’il a prise à l’égard du sieur Thévenin. » En 1817, le préfet de police rajoutait à son sujet : « La présence du sieur Deverneuil à Paris est fâcheuse. La misère lui arrache l’aveu du rôle infâme qu’il a joué. Il serait peut-être à propos d’éloigner cet homme de la capitale. Il est surnuméraire aux contributions indirectes ; M. de Barente pourrait lui donner un petit emploi en province, en lui signifiant de changer de nom et de quitter ses décorations. » Et ajoutait : « Il est notoire que sa conduite pendant les Cent-Jours a été des plus scandaleuses. » Le ministère de la Guerre précisait à ce sujet : « Dès le 15 avril 1815, cet individu déserta la cause royale et se rangea sous les drapeaux de l’usurpateur puisqu’il se présenta à la commission Berthézéenne pour faire examiner sa conduite et scruter ses opinions. Il inspira de la confiance au gouvernement usurpateur puisqu’il reçut une destination et qu’il ne cessa de servir que lors du licenciement de l’armée. » Le 18 février 1808, Deverneuil avait sans doute été destitué de la gendarmerie pour des malversations diverses. En 1830, Deverneuil était capitaine de la garde nationale de Châlons. Rigoigne demeurait 12, rue Coquenard en 1816 ; demeurait 140, rue du Faubourg-Saint-Denis, une chambre à l’escalier D au loyer de quatre-vingt-dix francs par an ; sa veuve et Adélaïde, Eugénie, même adresse en 1831 ; Louise, Désirée, à Châlons chez Thévenin-Duverneuil en 1831. Le nom de Rigoine (N.-E. Rigoine) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 43 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 47 ; Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 50 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, liste nominative des orphelins auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Ve arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 99 ; Archives de Paris VD3 1-2, état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet, Etat général des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins et orphelines de Juillet (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur l’exécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de l’ordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de l’Etat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 34-35 (Louise, Désirée y est indiquée comme confiée à sa famille et comme se destinant au commerce de la lingerie, et Adélaïde, Eugénie, comme confiée à sa tante) ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien IVe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831, par la mairie du (ancien) Ve arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelines du (ancien) Ve arrondissement et orphelines des départements et veuves des citoyens tués dans les journées de Juillet (seize veuves) ; Archives nationales F/1dIII/40 (lettre du 13 juin 1832 ; état des orphelins de Juillet du Ve arrondissement, qui réclament, en exécution de l’article 9 de l’ordonnance royale du 25 août 1831, la somme de trois cents francs qui leur est allouée pour leur trousseau ; année 1833, Ve arrondissement, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés); Archives nationales F/1dIII/49 in dossier Chevallier, François; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Jean, Alexandre ; Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIII/82, Comité des pensions, liste de présence, liste des orphelins aussi état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (sous le nom de Rigoigne, Nicolas, Eugène) et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Ve arrondissement, orphelins idem F 9 1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après (où son nom est cité deux fois sur la liste) ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/15/2557-2559, état officiel des orphelins (ancien Ve arrondissement) et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 85 (sous le nom de Rigoine, Nicolas, Eugène), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841. Sur Deverneuil : Procès de la conspiration des Patriotes, chez Patris, Paris, 1816, p. 104 à 107 ; Adresse aux Chambres. La Police sous MM. le duc De Cazes, comte d’Anglès et baron Mounier, Robert, Paris, 1821 ; Archives nationales idem F 7 6830 n° 3018 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.

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