Risler, Jean

Biographie


Né à Mulhouse (Haut-Rhin). Négociant. Il relata ainsi la part qu’il avait prise aux combats de juillet : « 27 juillet. Dès le matin, lorsque le Courrier français, auquel je suis abonné, ne m’a pas été remis, je me suis transporté au bureau du rédacteur, où j’ai trouvé plusieurs autres abonnés. Après une longue et chaude explication avec M. Chatelain, qui rejetait le tout sur l’imprimeur, nous avons été chez M. Gaultier-Laguionie, qui a persisté à refuser à l’imprimer malgré l’offre que nous lui avons faite de lui remettre un acte par lequel nous nous portions garant personnel et solidaire des peines et amendes dont il pourrait être passible en se mettant en contravention contre les ordonnances du 25. N’ayant rien pu obtenir, nous sommes retournés chez M. Chatelain, qui, pour sa justification, nous avait remis une épreuve de son journal du 27. Nous l’avons provoqué à adresser une circulaire à ses abonnés de Paris et citer en justice l’imprimeur, ce qui fut fait et d’où est résulté le jugement mémorable du tribunal de commerce.

»Pendant toute la soirée, je faisais partie des groupes qui se battaient à coups de pierres, rue Saint-Honoré, Rohan et de Richelieu, contre les troupes, lanciers et gendarmes stationnés place du Palais-Royal.

»28 juillet. De grand matin, en allant rue de Richelieu, pour me procurer un journal le Temps, j’ai provoqué à empêcher à un inspecteur de police de faire enlever des tas de pierres et pavés dans l’espoir de pouvoir s’en servir contre l’ennemi. De là, je me suis rendu chez moi pour mettre en état deux fusils et des munitions, qui me restaient du temps des carbonari. J’en ai donné un à un jeune homme de notre bureau, qui a quitté depuis Paris. Je me suis servi de l’autre et en ai procuré un troisième à un ami, avec quelques cartouches. Le restant de la journée, j’étais toujours en présence de me battre contre le 53e de ligne et des ex-gendarmes d’élite, rue Croix-des-Petits-Champs, les environs de la Banque, où nous avons désarmé les postes de la ligne, place des Victoires et rue Montmartre. Vers les 3 ou 4 heures de l’après-midi, j’ai été, accompagné du sieur Ovigne (ou Avigne illisible), rue des Jeûneurs, n° 12, parler à l’officier d’état-major attaché aux troupes stationnées place des Victoires et qui nous avait donné l’assurance de faire retirer la troupe (M. Prevost-Rousseau [voir ce nom] rue des Jeûneurs, n° 9 peut encore certifier ma conduite de cette journée).

»29 juillet. Au matin, en me portant au boulevard, j’ai rencontré un étudiant en médecine que je connaissais, qui venait de chez son banquier pour lui demander quelque argent dont il me disait avoir besoin pour distribuer aux ouvriers qui travaillaient aux barricades. Ne l’ayant pas rencontré, je me suis empressé de lui donner ce qu’il me demandait. Je dois cependant avouer que cet argent m’a été rendu quelques jours après. Vers midi, je me suis joint à plusieurs de mes connaissances du quartier pour organiser un noyau de garde nationale régulière, dont j’ai été nommé un des chefs. Après avoir établi un corps de garde et distribué les postes, je me suis transporté au gouvernement provisoire, lui en donner connaissance. M. Tachecour ??? illisible m’avait donné aussitôt le mot d’ordre France, libre, et une lettre pour le commandant en chef de la Bourse, avec lequel je me suis en rapport. Pendant toute la nuit du 29 au 30, j’avais conduit des patrouilles dans les divers quartiers et, suivant une lettre qui m’avait été adressée par M. Amphoux, officier de la garde nationale que je connaissais et que j’avais rencontré à la ville au gouvernement provisoire, la lettre m’avait été envoyée de la Bourse du 29 et aussitôt j’avais été conduire quelques hommes sur la demande verbale du commandant qui m’avait donné le mot de ralliement de la Bourse, que je crois me rappeler être Fidélité.

»31 juillet. Aussitôt que j’avais appris qu’on s’était porté à Saint-Cloud, je me suis rendu par le bois de Boulogne. Le 1er et 2 août, j’avais fait le recensement dans notre quartier pour l’organisation de la garde nationale, ayant été nommé un des délégués pour cet objet. Depuis, je me flatte de n’avoir manqué à aucun devoir comme garde national. Je me suis même occupé d’un travail sur la loi en discussion et ai la satisfaction, sans vouloir me l’attribuer, que plusieurs de mes observations ont été adoptées par amendements. Comme la conduite passée d’un homme peut répondre de celle à venir, permettez-moi de vous présenter quelques antécédents de ce que j’ai fait pour la patrie. En 1812, aussitôt libéré de la conscription, je me suis fait inscrire dans la garde nationale de Mulhouse et comme frontière, j’ai fait un service très actif pendant l’invasion de 1813-1814. En 1815, aussitôt qu’il a été question des gardes nationales mobiles, je me suis engagé avec une vingtaine de mes amis sous seing privé pour donner l’exemple à ceux moins heureux que nous de ne pas nous faire remplacer et aussitôt que la loi avait été rendue nous sommes partis pour le 11e bataillon du Haut-Rhin et fait toute la campagne du Rhin en 1815. J’avais été nommé sergent de grenadiers. Pendant tout le temps de la Restauration, je n’ai exercé de fonction publique que celle d’électeur. » Il joignait à sa lettre plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le sieur Risler […] a été le 27 juillet du nombre des abonnés qui se sont présentés chez M. Chatelain, rédacteur du Courrier français, pour le sommer de faire paraître son journal et, sur le refus de M. Gauhier-Laguionie de l’imprimer, il s’est offert avec nous de se rendre gérant solidaire des peines et amendes auxquelles il pourrait être condamné en se mettant en contravention contre les ordonnances du 25. C’est alors, sur notre sollicitation commune, que M. Chatelain a fait paraître une circulaire à ses abonnés de Paris et fait naître le jugement mémorable du tribunal de commerce. Le 28 juillet, M. Risler, armé d’un fusil, se trouvait au milieu de nous dans les rues environnantes de la Banque de France et de la place des Petits-Pères et était un des premiers au poste de garde nationale armée et régulière, que j’avais établie dans la maison le 29 dudit mois. » Signé, le 2 décembre 1830, Lemarchand, Charles, négociant, 18, rue du Sentier. Le deuxième certificat était ainsi rédigé : « Je déclare que M. Risler […] se trouvait avec moi le 27 juillet, rue Saint-Honoré, de Richelieu et Palais-Royal, pendant qu’on se battait encore à coups de pierres. Le 28, il m’a procuré un fusil et quelques cartouches et nous sommes partis ensemble rejoindre les rassemblements armés place des Petits-Pères, place des Victoires et les environs de la Banque. Je certifie en outre que ledit Risler s’est occupé tant moralement que physiquement de notre révolution pendant toute la grande semaine de Juillet. » Signé, le 24 décembre 1830 : Huilmann illisible, Albert, demeurant 19, rue du Gros-Chenêt. Le troisième certificat était ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare et certifie que le 29 juillet dernier, M. Risler, négociant de notre quartier, s’est occupé avec diverses personnes du quartier de former un noyau de garde nationale et, après l’avoir constitué et avoir formé un corps de garde, il en a été nommé un des chefs. Dans le plus fort du danger et au bruit du canon et de la fusillade, il a été envoyé avec quatre hommes pour se mettre en communication avec le gouvernement provisoire. Il s’est acquitté de sa mission avec courage et intelligence, se portant à la Bourse et partout où se trouvaient des citoyens armés pour les encourager et leur faire connaître que nous avions une réserve de quarante hommes prête à se porter de suite sur les points les plus menacés. Il a en outre conduit presque toutes les patrouilles de la nuit du 29 au 30 juillet et a montré dans ces journées un zèle infatigable. Je certifie en outre que le 31 au matin il est parti pour Saint-Cloud et qu’en général il a pris une part active pendant la durée de nos trois glorieuses. » Signé, le 30 novembre 1830 : Bernelle illisible, B., lieutenant en second de la IIIe légion de la garde nationale, commandant le poste de la rue du Sentier le 29 juillet 1830, demeurant 3, rue Saint-Fiacre. Le quatrième certificat était le billet rédigé par Amphoux, Jean (voir ce nom), rédigé le 29 juillet 1830 à 6 heures 30 : « Monsieur Risler, Vous m’avez dit que vous étiez organisé ; en ce cas venez prendre poste à la Bourse. Au cas où vous ne pourriez pas, faites-moi réponse, pour que je demande ailleurs. J’ai reçu les ordres du général en chef. J’attends votre présence. J’ai l’honneur de vous saluer. » Le cinquième certificat était ainsi rédigé : « Je certifie que M. Risler m’a accompagné le 29 juillet à l’Hôtel de ville, que, là, aidé de plusieurs autres gardes nationaux en uniforme comme nous, nous avons aidé à rétablir l’ordre. De là, nous nous sommes rendus ensemble à la Bourse. En chemin, nous avons rassemblé plusieurs autres gardes nationaux et une fois que nous avons été en nombre nous avons continué notre marche. Arrivés à la Bourse, nous avons relevé la garde qui y était déjà et nous n’avons quitté notre poste que lorsque le danger a été passé. » Signé : Piéron, Adolphe, sergent à la 2e compagnie de grenadiers du 1er bataillon de la IIIe légion de la garde nationale, demeurant 3, rue du Sentier. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Risser, Jean sur les listes du Moniteur universel). Lowasy, dans sa lettre de protestation auprès de la Commission des Réclamants, le 1er juillet 1831, avançait son nom comme une des personnes auxquelles on pouvait demander des renseignements sur sa participation aux combats de Juillet. Il demeurait 23, rue du Gros-Chenêt en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Lowasy.

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