Robert, Jacques, François

Biographie


Fils de Robert, qui « servit la république avec courage. Il partit en laissant cinq enfants. Il fut destiné aux poudres et salpêtres. Il revint avec trois blessures », nommé par l’Empire concierge à la maison d’arrêt de Bourges, il fut destitué par les Bourbons « pour ses opinions trop prononcées ». Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne une indication sur sa participation à la révolution de Juillet puisqu’il écrivit avoir fait « tout ce qu’il fut possible de faire pour la révolution » de 1830. Il reçut aussi deux blessures dans l’émeute des 5 et 6 juin 1832, l’une à la poitrine et l’autre un coup de baïonnette à la jambe droite, qui atteignit l’os. Le 18 juin 1848, il écrivait à Marrast, maire de Paris, afin de n’être pas oublié dans les travaux de cette Commission. Sa lettre donnait en outre de nombreuses indications biographiques. Elle était ainsi rédigée : « J’ai adressé deux pétitions au ministère de l’Intérieur, l’autre à la Commission des récompenses nationales, deux autres l’une aux commissaires Bidault et Duplan, l’autre au citoyen préfet et sans réponse définie, tendant à obtenir l’emploi qu’occupait mon père, de concierge de la maison d’arrêt de Bourges, place qui lui fut ôtée pour cause de ses idées républicaines. Quoique noble d’origine, il ne voulut jamais abandonner son drapeau, il partit volontaire en 92, marié et quatre enfants, fit les guerres de la Vendée, y reçut sept blessures. Sous l’Empire, il obtint cette place, qui lui fut retirée à la rentrée des Bourbons. Depuis ce temps, citoyen maire, j’attends justice. Moi, Robert, François, ancien militaire et marié en 1830 fit tout ce qu’il fut possible de faire pour la révolution, qui fut un mensonge. En 1831, hostilité au gouvernement, en 1832 blessé deux fois à la porte Saint-Martin et à la barricade Saint-Mery, un coup de sabre à la poitrine et un coup de baïonnette à la jambe droite. Rentré à Saint-Louis, où j’étais malade, je pus rendre tous les secours possibles aux blessés car je faisais le service de la salle. Quand la police vint pour les mettre en arrestation, je pus faire évader douze à quinze blessés. Quelques-uns blessés à mort, il me fallut les porter pour les jeter par-dessus les murs, par la rue Corbeau, non habitée alors en partie. J’aurais à citer à l’appui, citoyen maire, le témoignage du docteur Richerand, qui m’a pansé et aussi celui du docteur Jobert de Lamballe (voir Jobert de Lamballe, Antoine, Joseph) et même des sœurs et infirmières […]. Je vous prie de ne pas m’oublier, moi soldat des barricades et qui ai lutté contre la tyrannie de Louis-Philippe […]. Veuillez me faire savoir ce qu’il me reste à faire pour me mettre en mesure de mériter ce que mon dévouement à la cause républicaine a mérité par son courage et mes blessures. Le citoyen Duplan, représentant [du peuple] m’a promis de me faire rendre justice, soit en obtenant l’emploi que je sollicite ou, si vous me jugez digne de servir le gouvernement de plus près, assignez-moi une place près de vous, soit comme garde pour la sûreté de Paris ou de l’Hôtel de ville. Jamais vous n’aurez un défenseur plus dévoué. Ayant habité Paris quinze ans, je connais tous les usages et toutes les habitudes de ce peuple si difficile à conduire mais si brave en tout. Les moyens me manquent, sans quoi je serais allé moi-même près de vous pour vous prouver que je suis un homme sur lequel on peut compter. J’espère que le gouvernement me tiendra compte et de mes efforts pour la bonne cause et de mon sang versé pour elle, en me nommant à la place que je vous prie de m’accorder pour mes servies rendus et aussi pour suppléer au manque de vigilance que met le concierge dans l’accomplissement de ses devoirs. En cinq mois voilà trois évasions successives. Jusqu’à se laisser enfermer la garde et les guichetiers et les prisonniers dangereux sortir librement, laissant le concierge en prison. Ma famille et moi, nous souffrons. Voilà neuf mois que je suis sans ouvrage. Les besoins sont incessants. Celui qui occupe cette place est contre le gouvernement. Placé par la faveur d’une femme qui fit la honte du baron Renauldon. Le préfet Mazère a commencé l’expulsion de cette famille [de] toutes les faveurs et qui est à tout le monde, sans conviction aucune. J’attends de vous, citoyen maire, une réponse qui me mette à même de conquérir mes droits. Car il en est temps encore. Je vous fournirai toute preuve, les noms des personnes qui m’ont blessé […]. Je suis porteur des meilleurs certificats possibles (voir ma pétition déposée à l’administration du chemin de fer du Centre, déposée le 1er juin 1847 pour obtenir un emploi et je n’ai pu réussir malgré de pareilles recommandations, même par le cardinal archevêque de Bourges). Exaucez un cœur qui souffre sans se plaindre mais qui espère que justice lui sera rendue. […] Moi qui ai fait un esclave de ma personne pour sauver les détenus de Lyon ou périr avec eux car il s’agissait de sauver Michel de Bourges, qui ai remis à la recette générale de Bourges une somme considérable, égarée. On ne m’a pas même remercié. Moi qui ai sauvé la vie à un homme qui voulait se noyer. Partout je n’ai trouvé que de l’ingratitude […]. » Il joignait à sa demande deux certificats médicaux. Le premier certificat, signé du docteur Lebas à Bourges, qui constatait ses blessures à la poitrine et à la jambe droite. Le second, un certificat délivré par le docteur Jumigny, demeurant à Bourges, en date du 1er octobre 1848, qui certifiait que Robert avait souffert, en 1846, de douleurs rhumatismales et qu’il lui avait alors conseillé de se rendre aux eaux de Méris et que Robert en avait tiré un bon effet. Duplan, député, demeurant 98, rue de l’Ouest appuya ses demandes par exemple par une lettre en date du 2 août 1848 à Guinard, président de la Commission des récompenses nationales et ainsi rédigée : « Ce citoyen est un des blessés de juin 1832. Il a produit des certificats qui constatent ce fait. Nous n’avons sur lui que de bons renseignements ; il a souffert pour la démocratie et nous pensons qu’il mérite autant que qui que ce soit la bienveillance de la Commission des récompenses nationales. Nous vous rappelons au reste que vous avez promis à l’un de nous d’examiner scrupuleusement la demande du citoyen Robert et d’y faire droit. » Signé, le 12 octobre 1848 : Pyat, Félix (voir ce nom) ; Duplan. Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur ou la place de concierge dans la maison d’arrêt de Bourges Il demeurait 22, bd Saint-Louis à Bourges en 1848. Archives de la préfecture de police AA 411.

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