Robert, Joseph, Alexandre
Biographie
Né à Tusson (Charente). Etudiant en médecine. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il fit parvenir à cette Commission l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Le 26 au soir, ayant mis en état deux vieux fusils, il se rendit dans le quartier du Palais-Royal, protester avec les plus dévoués contre les ordonnances et exhorter les concitoyens à la plus vigoureuse résistance. Le 28 au matin, il proposa, le premier, d’élever une barricade au bout de la rue de Vaugirard près l’Odéon. Il soutint ensuite avec une dizaine de combattants un feu de tirailleurs contre le poste de l’état-major des sapeurs-pompiers, quai des Orfèvres. Il donna l’élan de construire trois barricades sur la place du pont Saint-Michel pour favoriser la retraite de nos braves de la Grève qui étaient sur le point d’être forcés de quitter la place. Il se trouva, le 29 sur les 7 heures du matin, à la reddition du poste des grenadiers de la garde, place de l’Estrapade, où il prit une grande quantité de munitions, avec lesquelles il se rendit au Louvre, où il combattit. A la retraite des troupes royales, il posa les armes pour secourir, en comprimant l’artère brachiale gauche ouverte par une balle, un blessé de la même troupe. Il l’accompagna ainsi, le doigt sur l’artère, jusqu’à l’Hôtel-Dieu, où il le remit entre les mains de M. Gros, chef de clinique. Le sieur Robert retourna aussitôt au feu et s’engagea dans la terrible affaire de la rue de Rohan, où il reposa les armes pour prodiguer les secours urgents de son art à M. Paris (voir Paris, Théodore, Marie, Augustin), rue des Noyers n° 24, décoré de Juillet, qui venait de recevoir une balle dans la main droite. Le combat ayant cessé sur tous les points de Paris, M. Robert apprend qu’une ambulance établie dans la halle aux draps, place des Innocents, manque de secours. Il se hâte d’y porter le sien (je puis rappeler à votre honorable prédécesseur un fait à l’appui de ce fait, qui lui est personnel). Il y resta nuits et jours jusqu’au 1er août. Il s’y trouva seul les nuits, les autres médecins étant appelés sur d’autres points. M. Dupuyvinage (lire sans doute Dupluvinage, N.D.A.), commandant du poste établi aussi dans la halle aux draps, manifesta à M. Robert le désir d’envoyer son nom à la mairie ; celui-ci remercia le commandant et garda l’incognito. Dès le 29 au soir, venant chez lui de l’ambulance pour dîner, M. Robert s’enrôla dans le bataillon volontaire et mobile des étudiants. » Sa lettre était apostillée ainsi par Verger du ... illisible (voir Vergé, Adolphe, Jean ?), demeurant 25, rue de Tournon : « Je, soussigné, certifie que le 29 juillet 1830, à la prise de la caserne de l’Estrapade, avoir remis un fusil à M. Robert. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussignée, certifie que le 26 juillet, jour des ordonnances, M. Robert, Joseph, Alexandre, qui prenait chez moi ses repas, a mis en état deux vieux fusils dans ma maison, qu’il a ensuite été absent pendant les affaires ; que je l’ai notamment vu, le premier, travaillant à des barricades à ma porte ; qu’il rentra avec une grande quantité de poudre et de balles et qu’il me faisait lui faire des cartouches pendant qu’il prenait un peu de nourriture. » Signé, le 8 juillet 1831 : femme Aubertin, demeurant 19, rue de l’Ecole-de-Médecine. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le 28 juillet M. Robert, Joseph, Alexandre, accompagné de deux autres personnes, a frappé à ma porte. M’étant montré à ma croisée, il m’a demandé avec instance des barres de fer, pour dépaver. Comme j’hésitais, il m’a promis cinq francs si elles ne m’étaient pas rendues. En ayant donné, le premier, l’élan, il a aidé à construire trois barricades dans les trois rues qui aboutissent au pont Saint-Michel. Ces barricades sont les premières qui aient été construites dans le quartier. Je ne puis m’empêcher d’ajouter que M. Robert est ensuite venu s’informer si les outils avaient été rendus. Apprenant que non, il a rempli généreusement sa promesse. » Signé : Leroy, serrurier, demeurant 25, rue de la Huchette (la veuve Leroy attesta la copie de ce certificat, son mari étant décédé le 16 décembre 1830). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le 28 juillet dans la matinée, M. Robert, Joseph, Alexandre, suivi de plusieurs patriotes, a frappé à ma porte et m’a demandé des instruments pour dépaver et construire une barricade, qui a été élevée devant ma maison. Ce fait est remarquable parce que cette barricade est la première qui ait été élevée dans le quartier. » Signé, le 6 juillet 1831 : Viel, demeurant 16, rue de Vaugirard. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. Robert, Joseph, Alexandre, étudiant en médecine, combattant à mes côtés rue de Rohan, le 29 juillet, a déposé les armes pour me prodiguer les soins de son art, ayant reçu une balle dans la main droite, blessure qui a nécessité l’amputation du membre. » Signé, le 5 juillet 1831 : Paris (voir Paris, Théodore, Marie, Augustin ), décoré de Juillet, demeurant 24, rue des Noyers. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine, certifie à tous qu’il appartiendra, que M. Robert, Joseph, Alexandre, élève en médecine, demeurant rue Saint-Dominique-d’Enfer n° 10, s’est présenté à l’ambulance de la halle aux draps, le 29 juillet 1830, pour donner, comme élève en médecine, des soins aux blessés des 28 et 29 ; que nous avons accepté cette offre ; que nous avons eu lieu d’applaudir à son zèle et à son talent dans la nuit du 29, 30, 31 juillet ; que nous avons vu avec regret toute la négligence de M. Robert à faire valoir les droits incontestables qu’il avait acquis dans ces journées auprès de la Commission des récompenses nationales. » Signé, le 9 juillet 1831 : Guillemot (voir Guillemot, Pierre), médecin, demeurant 6, impasse Bourdonnais. Le sixième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, ancien officier en demi-solde et étudiant en droit, déclare pour être vérité, que le 29 juillet dernier, l’une des trois grandes et mémorables journées de notre liberté, j’ai vu M. Robert, Joseph, Alexandre, étudiant en médecine, s’enrôler au bataillon de volontaires des deux écoles de droit et médecine et que le matin du 30 je le vis l’un des premiers à l’appel que je fis à la 3e compagnie dudit bataillon, dont on me donna l’honneur de commander. Que depuis ce jour jusqu’au 6 août inclus, M. Robert montrait une activité remarquable dans le service des patrouilles et de la garde du poste de l’Odéon, que la 3e compagnie fut chargée de garder. Enfin, j’ai observé et reconnu pendant le court intervalle que je fus son chef qu’il était animé de principes de patriotisme le plus prononcé. » Signé : Pierraggi, P, (voir Pierraggi, Jacques, Pierre), demeurant 28, rue des Boucheries-Saint-Germain. Robert demeurait 10, rue Saint-Dominique-d’Enfer en 1831. Archives de la préfecture de police AA 411.