Roberts, Thomas, Pryce

Biographie


Né vers 1790 à Salap en Angleterre. Chirurgien accoucheur et pharmacien, il tenait la pharmacie London Dispensary 23, place Vendôme. Sa conduite fut ainsi par rapportée par le National et le Constitutionnel : « Parmi les traits d’humanité que nous enregistrons chaque jour, nous ne pouvons passer sous silence la conduite honorable qu’a tenue envers nos concitoyens blessés, M. Roberts, chirurgien anglais, qui tient, place Vendôme, la pharmacie anglaise dite London dispensary. Pendant les trois jours des 27, 28 et 29 juillet, lui, ses employés ou assistants n’ont cessé de prodiguer les secours de leur art, les médicaments, le linge, les lits, etc., qui étaient nécessaires. Une pareille conduite fait autant d’honneur à M. Roberts qu’à sa nation. » Le 30 août 1830, Barthélemy, P., homme de lettres, demeurant 3, passage des Petits-Pères, écrivait la lettre suivante en sa faveur à la Commission des récompenses nationales : « […] Sa Majesté vous à nommés membres de la commission chargée d’examiner les droits des prétendants. Mais, craignant que la modestie laissât quelque belle action inconnue, le roi a autorisé l’intervention d’un tiers. C’est en cette dernière qualité que je viens appeler très particulièrement votre attention sur un étranger. Je pense que dans cette circonstance c’est moins à la lettre qu’à l’esprit de l’ordonnance qu’il faut s’arrêter. L’idée qui a dominé le roi est la récompense de tous ceux qui ont servi la cause nationale et celle de l’humanité, qu’ils fussent Français ou non ; aussi, sans m’arrêter plus longtemps à cette puérile difficulté, j’aborde la question. M. Roberts, chirurgien accoucheur et pharmacien établi place Vendôme, a, pendant les trois immortelles journées, prodigué ses soins, ses médicaments, son linge, pour secourir et pansé les blessés. Anglais d’origine, il ne faisait aucune acception de parti et par lui et ses deux élèves ont reçu des soins efficaces les vainqueurs comme les vaincus. Un certificat des officiers de la ligne l’atteste ; les bourgeois qu’il a pansés ont été transportés dans les ambulances voisines. M. Roberts a souscrit vingt francs l’un des premiers pour les veuves et les orphelins. Il n’était mû que par les sentiments les plus honorables puisqu’alors il n’était pas question de récompenses. Il n’en solliciterait pas si je ne lui avais donné l’espoir que le gouvernement français ne resterait pas sans reconnaître sa générosité. M. Roberts ne demande que l’autorisation d’exercer librement sa profession de pharmacien. Voici sa position vis-à-vis notre législation actuelle. La loi du 21 germinal an XI dit que nul n’exercera la pharmacie s’il n’est reçu par l’une de nos facultés de médecine. Par son article 8, elle dispose que tout élève qui aura travaillé trois ans, ou tout individu qui aura passé huit ans dans une officine légalement établie, seront l’un et l’autre dispensés du diplôme. M. Roberts n’est pas reçu par une faculté française ; mais M. Roberts est pharmacien anglais depuis 1811, attaché aux hôpitaux de Westminster, de Birmingham ; il est en outre membre de l’Institution de vaccin de Londres, ainsi que l’attestent grand nombre de certificats qu’il possède et produira au besoin. M. Roberts est venu à Paris en 1822, il a suivi quelques-uns de nos cours et a pris seize inscriptions ; mais, ignorant notre langue, qu’il n’est jamais parvenu à pouvoir parler, il a dû renoncer à pousser plus loin ses études en France. D’un autre côté, notre système pharmaceutique différant essentiellement de celui généralement adopté en Angleterre et son intention étant de ne travailler et de ne s’établir en France que pour l’avantage et les facilités de ses nombreux compatriotes qui habitent et visitent Paris, il a dû penser qu’il lui devenait inutile de se faire recevoir pharmacien français ; mais cependant, pour se conformer autant que possible aux lois du pays qu’il adoptait pour ainsi dire, il eut un prête-nom et, en 1823, il ouvrit une pharmacie toute anglaise, place Vendôme. En 1826, il s’associa avec celui qui avait été jusque-là son prête-nom : aujourd’hui des affaires d’intérêt les désunissent et très incessamment la dissolution de la société va être prononcée par nos tribunaux, qui ont déjà nommé des experts. En fait, M. Roberts est établi pharmacien depuis sept ans à Paris. Il demande à le devenir en droit ; c’est sa seule récompense, et sous certain rapport le bénéfice de la loi de l’an XI lui est acquis car ses seize inscriptions le représentent comme élève, et depuis plus de trois ans, associé à un pharmacien français, pour l’exploitation d’une officine anglaise, il a travaillé assez pour être dispensé d’un diplôme. Ne fût-il pas même élève, et le contraire est prouvé, il a sept ans d’exercice dans une pharmacie légalement établie, et les services qu’il a rendus aussi bien que sa longue pratique dans les hôpitaux de Westminster et de Birmingham doivent lui faire supposer toutes les capacités nécessaires, car le but du législateur a plutôt été de s’opposer à l’envahissement de l’ignorance et du charlatanisme que d’entraver les capacités réelles. En examinant même la législation sur la matière, nous voyons cette pensée dominer impérativement dans la loi du 19 ventôse an XI sur les médecins. En effet, cette loi élève au grade supérieur de médecin, sans les formalités de l’examen et du diplôme les savants qui, par des connaissances spéciales, aura rendu des services à la science médicale, et ce que la loi a fait pour une classe supérieure, à plus forte raison a-t-elle dû permettre l’application du principe à une classe inférieure dans les domaines du savoir et des connaissances positives. Dans toutes ces considérations qui plaident en faveur de M. Roberts, je ne pense pas que ce serait s’écarter de la loi, de son esprit ni de la volonté du législateur que de permettre à M. Roberts l’exercice de droit et direct de pharmacien, surtout si l’on considère que depuis près de huit ans son officine est connue comme spécialement anglaise et que M. Roberts, Anglais lui-même, nullement familier avec notre langue, présente une exception qui n’existant pas en l’an XI n’a pas pu être prévue dans la loi et doit nécessairement, lorsque la sécurité publique est garantie sous tous les rapports, être décidée en sa faveur. D’ailleurs M. Roberts a droit à une récompense et c’est avec la plus entière confiance dans l’esprit de justice et de lumières de messieurs que je sollicite pour cet Anglais le droit de se passer de prête-nom ou d’associé pour l’exploitation de sa pharmacie. Sa position mérite l’attention de la Commission et si cette qualité d’étranger pouvait à l’extrême rigueur lui être opposée aux termes de l’ordonnance du 26 de ce mois, je vous conjure, Messieurs, d’appeler alors spécialement la bonté du roi sur celui dont je viens d’exposer les droits. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Des militaires du 53e régiment d’infanterie de ligne et du 5e de ligne témoignèrent qu’il avait donné des soins aux militaires blessés et leur avait fait délivrer sans rétribution linge, pansements, charpie et médicaments. Roberts reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement (sous le seul nom de Roberts sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Le 30 mai 1831, le préfet de la Seine faisait parvenir la lettre suivante au maire du (ancien) Ier arrondissement : « Je viens de transmettre à la Commission des récompenses nationales la lettre que M. Stow vous a adressée et par laquelle il demande que M. Roberts ne soit pas porté sur la liste des personnes qui doivent recevoir la médaille de Juillet. J’ai informé aussi la Commission que, par suite des déclarations faites à votre mairie, il paraîtrait que le sieur Roberts était absent de Paris à l’époque des événements de Juillet. La Commission vérifiera de nouveau les titres que M. Roberts a fait valoir à l’appui de sa demande et transmettra la réclamation de M. Stow à M. le ministre de l’Intérieur. » Roberts déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa, le 17 mai 1831 la lettre suivante à Frey de Neuville (voir ce nom), président de la Commission des récompenses nationales pour la vérification des titres, demeurant petite-rue Saint-Roch (3 ?) : « Je m’adresse à vous avec confiance pour obtenir justice d’une erreur que ces messieurs de la première Commission des récompenses nationales ont faite en ne m’accordant pas la croix spéciale ou tout du moins la médaille pour récompenser les services que j’ai rendus dans les journées de Juillet. Je vous prie, monsieur, de vouloir bien vérifier mes titres et de m’accorder la médaille, en cas qu’il ne soit plus en votre pouvoir de m’accorder la croix. Je puis vous assurer que mon nom n’est porté sur aucun des livres de mon arrondissement. J’ai l’honneur, etc. » (il n’aurait donc pas été médaillé ?) Roberts reçut sa médaille le 4 juillet 1831, et son brevet le 22 août de la même année. Il fut admis le 1er octobre 1830 dans la 3e compagnie de la garde nationale à cheval. Il appartenait à la 3e compagnie du 1er escadron de la garde nationale à cheval en 1831, et, comme tel, avait participé, lors du procès des ministres en décembre 1830, « à disperser la populace », écrivait-il, lorsqu’il fut question en mars 1831 de décerner deux croix de la Légion d’honneur par compagnie de gardes nationaux et qu’il avançait sa candidature. Il demeurait 3, rue Neuve-des-Capucines en 1830 ; 23, place Vendôme en 1831-1832. Le National, 11 août 1830 ; Le Constitutionnel, 12 août 1830 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 91 ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 51 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 411 ; Almanach royal et national pour l’an 1832 présenté à Sa Majesté et aux princes et princesses de la famille royale, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1832, p. 936.

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