Robillon du Cluseau, Antoine, Hippolyte (et parfois Rodillon)
Biographie
Né vers 1807 à Murat (Allier). Elève en Droit, clerc de notaire. Il se mêla, dès le 26 juillet, aux groupes de Parisiens qui commentaient la publication des ordonnances et cherchaient à organiser la résistance. La chronique de l’époque relata ainsi à son sujet : « Le 28, à deux heures, les lanciers de la garde, postés sur la place de Grève, tiraient avec leurs pièces de huit, dans la direction des ponts d’Arcole et de celui de l’île Saint-Louis ; là, se trouvaient plusieurs citoyens armés ; parmi eux, un jeune élève de l’Ecole de droit, nommé Hippolyte Rodion (né à Murat), qui, au moment d’amorcer son arme, eut la cuisse coupée par un boulet ; elle fut jetée loin de lui. M. Théodore de Pape (de Gand), placé à ses côtés, qui avait déjà eu son chapeau traversé d’une balle, sur le même lieu, en tiraillant, relève sur-le-champ le jeune Rodion, et le transporte, aidé d’un autre citoyen, à l’Hôtel-Dieu, où il fut amputé sur-le-champ. On lui sauvera la vie. » Un témoignage, signé de plusieurs personnes, permet de retracer sa participation aux combats. Ce témoignage était ainsi rédigé : « […] Le 27, il sortit armé et se battit courageusement toute cette journée, sur plusieurs points et particulièrement rue Saint-Honoré. Le 28, il se présenta de nouveau au combat et toujours en armes. Depuis plusieurs heures, il essuyait le feu qui partait de la place de l’hôtel de ville, et excitait les autres par son intrépidité lorsque, à 3 heures du soir, un boulet lui emporta la cuisse près le Pont d’Arcole (mais au pont Rouge in Archives nationales F/1dIII/33). Il fut transporté immédiatement à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Joseph n° 25. M. Dupuytren lui fit l’amputation. Il resta jusqu’au 20 août dans cet hôpital, d’où il fut transporté, non guéri, à son domicile, rue Saint-Jacques n° 109. Ce fut là qu’il mourut, des suites de sa blessure, le 7 septembre 1830. Le surlendemain, nous lui rendîmes les derniers devoirs. La compagnie des voltigeurs du 3e bataillon de la XIIe légion et une compagnie de grenadiers de la XIe légion suivirent son convoi, d’après les ordres de monsieur le général Lafayette, qui se fit représenter par M. Marchais, l’un de ses aides de camp, alors capitaine d’état-major. L’inhumation fut faite au cimetière du Père-Lachaise, en face le tombeau du jeune Lallemand. On rendit les honneurs militaires au défunt. » Suivaient les signatures de (pour les noms lisibles) : Mage, demeurant 120, rue Saint-Victor ; Grandidier aîné, demeurant 120, rue Saint-Victor ; Grandidier, demeurant 8, rue de la Chaise ; Fatou, demeurant 20, rue Guénégaud ; Saint-Yves Drescher, demeurant 120, rue Saint-Victor ; Dubreuil, demeurant 120, rue Saint-Victor ; Linard, demeurant 11, rue de Fourcy (Estrapade). Le Constitutionnel du 13 septembre 1830 « mentionne la conduite honorable du sieur Rodillon dans les journées de Juillet, ainsi que son convoi au Père Lachaise, escorté de quatre mille citoyens de Paris ». Dans l’ouvrage qu’il écrivit, le docteur Ménière rapportait à son sujet : « Nous […] devons faire une mention particulière d’un élève en droit, M. Rodillon, dont la jambe gauche fut brisée par un boulet sur le quai de la Cité, non loin du pont d’Arcole. Le désordre était tel, qu’il fallut amputer la cuisse à l’instant même. Il supporta l’opération avec un sang-froid admirable. “Je croyais, disait-il, qu’un boulet faisait plus de mal.” On a longtemps espéré le sauver, malgré les nombreux accidents qui ont entravé le cours ordinaire de la maladie. Il est sorti de l’Hôtel-Dieu lorsqu’on a cru que le changement de lieu et la société de ses amis lui seraient favorables, mais il a succombé dans les premiers jours de septembre. » Il avait eu le temps de signer, le 5 août 1830, le certificat suivant en faveur de Paëpe de, Théodore, Xavier : « Je déclare que M. Depaëpe, Théodore était à mes côtés, en tirailleur le 28 juillet sur le pont d’Arcole et qu’au moment où j’ai eu la jambe emportée d’un boulet lancé de la place de Grève, il m’a tout aussitôt relevé et conduit à l’Hôtel-Dieu. Je ne puis que témoigner à ce brave compagnon d’armes la reconnaissance la plus vive ; rivalisant de courage et ayant exposé ses jours pour la grande cause, s’il les a conservés c’est au hasard qu’il les doit. Il a des droits légitimes à la bienveillance du chef de l’Etat et du gouvernement. ». Le dossier des droits que son décès ouvrait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Il laissait un père, qui refusa la pension. Le nom de Robillon du Cluseau, comme celui de Jeannisson, Pierre, François, fut oublié sur les listes du Panthéon et sur la colonne de Juillet, place de la Bastille Une pétition (voir plus haut) signée de Dubreuil, Fatou, Grandidier aîné, Grandidier, Linard, Mage, Saint-Yves Drescher, (plus douze noms illisibles, voir à Saint-Yves) demanda la réparation de l’erreur. Le 24 juillet 1840, les restes de Robillon du Cluseau (sous le nom de Robillon du Chapelet, Antoine, Hippolyte dans le procès-verbal d’exhumation in Archives de la préfecture de police AA 420) furent exhumés du terrain situé au cimetière du Père-Lachaise, où ils avaient été placés, puis renfermés avec ceux de quatre-vingt-sept autres victimes dans quatre sarcophages, afin d’être transférés dans le caveau prévu à cet effet sous la colonne de Juillet, construite place de la Bastille, pour honorer la mémoire de tous ceux qui moururent en combattant pour les libertés publiques. Robillon du Cluseau demeurait 109, rue Saint-Jacques en 1830. Le Constitutionnel, 13 septembre 1830 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 150-151 (sous le nom de Rodion, Hippolyte) ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 355 ; Histoire de ce qui s’est passé dans cet hôpital pendant et après les trois grandes journées, suivie des détails sur le nombre, la gravité des blessures et les circonstances qui les ont rendues fatales, Prosper Ménière, docteur en médecine de la faculté de Paris, ancien chirurgien interne des hôpitaux et hospices civils de la même ville, Heideloff et Canel, Paris, 1830, p. 178-179, 324 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Paëpe de, Théodore, Xavier ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, état de six demandes formées uniquement pour obtenir l’inscription au Panthéon du nom d’un égal nombre de victimes de Juillet et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Jeannisson ; Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 85 (sous le nom de Rodillon Ducluseau, Antoine, Hippolyte), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Archives de la préfecture de police AA 420. Le Constitutionnel du 13 septembre 1830 « mentionne la conduite honorable du sieur Rodillon dans les journées de Juillet, ainsi que son convoi au Père Lachaise, escorté de quatre mille citoyens de Paris ». Sans doute en fait Rodillon du Cluzeau.