Robiquet, Antoine, Emmanuel
Biographie
Né le 24 juin 1789 à Amiens (Somme), fils de Robiquet, J., N., juge de paix et juge suppléant au tribunal de première instance d’Amiens. Fédéré à Amiens en 1813, sous les armes dans la banlieue de Charenton les 30 et 31 mars 1814, incorporé au bataillon sacré en 1815 au retour de Napoléon. Employé en 1830. Il fut blessé au pouce de la main gauche. Il ne réclama ni ne reçut aucun secours à sa mairie, le (ancien) Ve arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ve arrondissement. Il ne fut pas décoré, la Commission des récompenses nationales lui aurait fait cette curieuse réponse : « […] Le nombre de décorations fixé pour votre arrondissement étant atteint, nous sommes forcés de vous refuser celle que vous méritez. » Il fut admis dans la catégorie des blessés de la 1re classe auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. En 1831, il était commis auxiliaire au bureau central des secours établi par le préfet de la Seine, fonctions où ses supérieurs n’eurent qu’à se louer « de l’exactitude et de la probité » de leur employé. En 1832, il participait à la distribution des secours pendant l’épidémie de choléra et offrit de « distribuer gratuitement du chlorure de chaux liquide à la classe indigente ». En 1836, il était commissaire recenseur de la Ville de Paris pour le (ancien) IIIe arrondissement. En 1848, il était libraire et déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications biographiques supplémentaires. Il adressa la lettre suivante à cette dernière Commission, expliquant : « […] Avec les sentiments patriotiques que j’ai toujours professés, je ne pouvais pas accepter d’emploi sous un gouvernement monarchique ; ceux que j’ai remplis, temporairement, n’avaient d’autre but qu’un intérêt général ou philanthropique […]. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions qu’il est à notre connaissance que pendant les glorieuses journées de Juillet, M. Antoine, Emmanuel Robiquet, employé, demeurant à Paris, rue du Faubourg-Saint-Denis n° 42, était en armes et que, le premier quoique blessé, il a fait élever des barricades dans le passage de l’Industrie et, en un mot, que par son énergie et son courage, il a dignement secondé le zèle patriotique des habitants de ce quartier. » Signé, le 10 août 1830 : Mazurai, arquebusier, demeurant 33, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Defere, concierge, demeurant dans le quartier du faubourg Saint-Denis ; Vu, pharmacien, demeurant dans le quartier du faubourg Saint-Denis ; Faure, restaurateur, demeurant dans le quartier du faubourg Saint-Denis ; Foy jeune, marchand de nouveautés, demeurant dans le quartier du faubourg Saint-Denis ; Loyasse ou Logasse, marchand de vin, demeurant passage de l’Industrie. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, gardes nationaux de la 2e compagnie 4e bataillon de la IIIe légion, attestons que le citoyen Antoine, Emmanuel Robiquet, demeurant rue Tiquetonne n° 14, se trouvait dans nos rangs le 24 février dernier lorsque sous les ordres du capitaine Jouanne nous fûmes dirigés sur le Palais-Royal par la rue Croix-des-Petits-Champs. De plus il a franchi avec nous les barricades qui nous séparaient du théâtre de l’action qui venait de commencer et est resté jusqu’à la fin de l’attaque du château d’eau derrière la barricade qui défendait l’entrée de la rue Saint-Honoré au coin de la place. Cette conduite si courageuse pour un homme de son âge, surtout dans un moment si périlleux et alors que rien ne lui en faisait une obligation prouve que le sentiment seul de la patrie et de la liberté le faisait agir. Il a fait acte de bon citoyen et c’est pour lui en témoigner toute notre estime que nous lui donnons le présent certificat. » Signé, le 15 mars 1848 : Jouanne, capitaine (voir Jouanne, François, Victor du même arrondissement ?) ; Hildebrand ; Guepin ; Bollée, chasseur. Il joignait aussi à sa demande la copie d’un article du Constitutionnel, en date du 26 mars 1848 et où son nom était cité. Cet article était ainsi rédigé : « A M. le rédacteur du Constitutionnel. Dans une république aussi largement établie que la nôtre, il est du devoir de chaque citoyen de consacrer sa vie pour la défendre et de lui venir en aide, selon ses moyens, si elle a besoin d’être secourue. Parmi les dons volontaires enregistrés depuis plusieurs jours dans votre journal, je n’y vois généralement figurer que ceux faits par des ouvriers, qui font l’abandon d’une journée de travail, qui leur est souvent nécessaire pour vivre. Comment se fait-il qu’un si noble exemple ne soit pas suivi par toutes les autres classes de la société, sans s’imposer d’aussi dures privations. Le capitaliste, le rentier ne pourraient-ils pas faire le sacrifice d’une journée de leur revenu, le fonctionnaire de son traitement, l’employé de ses appointements, etc. De cette manière, ce ne serait plus des centaines de mille francs mais des millions qui seraient déposés sur l’autel de la patrie. Je ne suis ni ouvrier ni capitaliste ; je viens présenter ma modeste offrande de vingt francs. Bientôt je l’espère mon exemple sera généralement suivi car aujourd’hui le patriotisme est dans le cœur de tous les Français. » Le 16 septembre 1848, il était retenu en Belgique « afin de régler quelques affaires d’intérêt » et ne pouvait se rendre à la convocation de la Commission. On trouve sur son dossier cette curieuse annotation : « Non-lieu, décoré du Lys en 1815 ». Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était marié, père de deux enfants (un garçon né vers 1843 et une fille née vers 1844) et avait sa belle-mère âgée de soixante-dix ans à charge en 1848. Il demeurait 42, rue du Faubourg-Saint-Denis en 1830 ; 7 et 8, rue Dalayrac, à l’Opéra-Comique en 1832 ; 1, passage des Petits-Pères en 1836 ; 14, rue Tiquetonne en 1848. Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du Ve arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 74 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Ve arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives de la préfecture de police AA 411.