Roger, François, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 29 mai 1795 à Dijon (Côte-d’Or). Tapissier. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il adressa, le 12 décembre 1830, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Ayant combattu dans les rangs de mes concitoyens pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet dernier, je viens, en cette qualité, vous demander si j’ai de justes droits pour obtenir la décoration spéciale qui doit être distribuée. Voici quels sont mes services dans les glorieuses journées. Le 27, j’ai contribué à l’expulsion des gendarmes qui occupaient le poste de la place de la Bourse. Dans la matinée du 28, j’ai contribué à l’attaque et au désarmement du poste de l’arcade Colbert, occupé par les Suisses et je me suis emparé d’une giberne remplie de cartouches. Me trouvant ensuite rue Sainte-Anne, armé de mon fusil, j’ai contribué à l’arrestation de trois officiers d’état-major parmi lesquels se trouvait M. de Bréa. Cet officier ayant promis de remettre leurs dépêches à l’autorité municipale, je les ai protégés de la fureur populaire et les ai escortés jusqu’à la mairie de la rue d’Antin. Je suis revenu travailler aux barricades des rues Neuve-Saint-Augustin et des Filles-Saint-Thomas. Pendant la nuit suivante, je suis resté en surveillance dans mon voisinage, dans l’intention de m’opposer à tout ce qui aurait pu être tenté dans notre quartier contre la légitime défense des citoyens de Paris. Le 29 au matin, je me suis réuni à l’un des détachements qui se sont formés sur la place de la Bourse, pour aller attaquer les troupes royales qui occupaient la rue de Rohan et les rues adjacentes. Malgré la vive fusillade des troupes, qui nous a fait perdre plusieurs de nos compagnons d’arme, je suis parvenu à m’embusquer avec le détachement sous les arcades du Théâtre-Français, où j’ai fait usage de mon fusil jusqu’à l’épuisement de mes munitions. Je n’ai quitté ce poste qu’après que les troupes royales ont été contraintes à cesser leur feu. Je suis rentré chez moi pour calmer l’inquiétude de ma femme et de mes quatre enfants et j’ai arboré le drapeau tricolore au-dessus de la porte de mon magasin. Depuis lors, je n’ai cessé de faire exactement mon service en qualité de sergent dans la 4e compagnie de chasseurs du 4e bataillon de la IIe légion et ensuite en qualité de porte-drapeau de ce bataillon, grade auquel j’ai été promu par mes camarades. N’ayant reçu aucune blessure pendant les glorieuses journées, je n’ai pas cru devoir faire mention de mes services avant de connaître les dispositions de la loi sur les récompenses nationales ; parce que n’ayant pas besoin de secours pécuniaires j’aurais craint que ma demande pût être considérée sous ce point de vue ; mais, d’après le texte de la loi déjà adoptée par les deux Chambres, je peux, sans nuire en aucune façon aux victimes des glorieuses journées, demander à être compris dans le nombre des citoyens auxquels on se propose d’accorder la décoration spéciale dont il est question dans la loi sur les récompenses nationales. A l’appui de ma demande, monsieur le maire, j’ai l’honneur de vous remettre ci-joint 1°) un certificat de M. Perriot, demeurant rue de Richelieu, n° 78, 2°) un autre certificat de M. Léon Bocheron, rue du Mail, n° 13, qui se trouvaient avec moi sous le péristyle du Théâtre-Français pendant la matinée du 29 juillet. Je suis en état de justifier par pièces authentiques qu’à une époque antérieure j’ai déjà donné à mon pays une preuve de mon zèle à le défendre. En mai 1815, je me suis volontairement engagé pour le 1er bataillon de la Côte-d’Or ; j’ai fait cette campagne, où j’ai été blessé et suis rentré dans mes foyers au mois de juillet suivant. Aujourd’hui, quoique père d’une nombreuse famille, je suis encore prêt à me dévouer pour mon pays et pour notre roi citoyen. […] » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier était ainsi rédigé : « J’atteste sur l’honneur avoir vu, le 29 juillet sous le péristyle du Théâtre-Français, le sieur Roger, armé d’un fusil. J’atteste encore qu’il s’est battu avec un grand courage contre les Suisses. Sa belle conduite m’ayant donné le désir de faire sa connaissance j’ai su qui il était. Aujourd’hui, je serais heureux si mon attestation de sa conduite vraiment héroïque pouvait lui être utile. » Signé, le 10 décembre 1830 : Bocheron, Léon, Joseph, demeurant 13, rue du Mail. Le deuxième était ainsi rédigé : « Je certifie que la conduite de M. Roger pendant la journée du 29 juillet est très honorable pour lui. En arrivant près du Théâtre-Français, je l’ai vu, et cela à plusieurs reprises, malgré la vive fusillade, se plaçant au milieu de la rue pour tirer sur les troupes embusquées dans la rue de Rohan. Au conseil d’être prudent que je lui donnai ainsi que plusieurs jeunes gens qui se battaient là, il répondit toujours Il ne faut pas se cacher ; les brigands qui nous fusillent croyaient que nous avions peur d’eux. J’atteste ce fait et je désire que sa bravoure puisse être reconnue et récompensée. » Signé, le 9 décembre 1830 : Perriot, Charles (voir Perriot, Etienne, Charles), demeurant 78, rue de Richelieu. Le troisième était ainsi rédigé : « Je, soussigné, Louis, Em., Jdot illisible, agent de change près la Bourse de Paris, y demeurant 9, rue de Menars, certifie que le mercredi 28 juillet dernier, le sieur Roger s’est armé dès le matin de son fusil et que je l’ai vu ajustant un gendarme qui passait au grand galop rue de Richelieu, en brandissant son sabre et jetant l’alarme sur son passage ; que ce n’est que par prudence pour ses voisins qu’il n’a pas tiré. Je donne le présent certificat avec d’autant plus de plaisir à M. Roger que faisant partie de la même compagnie j’ai remarqué qu’il y fait son service avec beaucoup de zèle et d’intelligence. » Signé le 12 janvier 1831. Le quatrième était ainsi rédigé : « Nous, soussignés, officiers de la 4e compagnie du 4e bataillon de la IIe légion, certifions que depuis l’organisation de notre compagnie, M. Roger, Jean-Baptiste, y a fait son service avec zèle en qualité de sergent et que lors de l’élection du porte-drapeau de notre bataillon, M. Roger a été élu à ce grade par les officiers du bataillon à une forte majorité par le motif qu’outre sa qualité d’ancien militaire M. Roger était désigné comme l’un des citoyens qui, dans les glorieuses journées de juillet dernier, se sont opposés des premiers aux dernières ordonnances du gouvernement déchu. » Signé, le 15 décembre 1830 : Pepin Lehalleur, capitaine commandant ; De la Jonquière ; Bouchon, L. ; Champeaux, E. : Lefebvre, chef du 4e bataillon ; Geoffroy ; Galle ; Patural. Il sollicita un emploi. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il était sergent porte-drapeau dans le 4e bataillon de la 4e compagnie de chasseurs de la IIe légion de la garde nationale. Il demeurait 4, rue Neuve-Saint-Augustin en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/33, lettre du ministère de l’Intérieur, en date du 6 avril 1831 et relative au renvoi de quatorze pièces ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement. ATTENTION RISQUE DE CONFUSION AVEC L’AUTRE Roger, François, Jean-Baptiste ? même nom, mêmes prénoms, même profession et même adresse… il serait médaillé et croix ? Il y a dans l’Ami de la religion, journal ecclésiastique politique et littéraire, tome 82, Paris, 1834, p. 407, un Roger, François, condamné à 5 ans de détention le 27 juillet 1832 pour sa participation au complot de la rue des Prouvaires, gracié en 1834, avec vingt-sept autres détenus politiques, pour avoir, dans l’incendie du Mont-Saint-Michel où il était détenu, « fait preuve de zèle et de courage ».