Rognon, Constantin
Biographie
Né le 4 juin 1800 à Balan (Ardennes). Bimbelotier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 20 mars 1848, la lettre suivante à cette Commission : « En 1830, le 29 juillet, j’ai, pour hâter la solution de la révolution, fait de que tout bon citoyen aurait dû faire. Après bien des recherches, nous avons découvert le citoyen Dubourg (voir Dubourg, Frédéric, général), nous lui avons offert les insignes du grade de général pour faire sortir la masse de son engourdissement et arriver promptement à une solution. Ces insignes achetés de mes propres deniers, l’équiper, sortir, aller à la Bourse, à l’Hôtel de ville ne fut l’affaire que d’un instant, en grossissant notre petite troupe. Nous occupions l’Hôtel de ville quand Lafayette enfin se décida à venir à l’Hôtel, plus de deux heures après en avoir pris position, mouvement qui a puissamment contribué au dénouement de cette belle journée. Le général Dubourg fut confirmé dans son grade, mis en disponibilité quelques jours après, suite des 5 et 7 août à l’Hôtel de ville lors du fameux programme. Alors nous étions trois pour improviser un général : M. Evariste Dumoulin (voir ce nom), décoré pour ce fait de la Légion d’honneur, M. Hippolyte Anres illisible, mon beau-père non récompensé, et moi sans avoir même reçu une mention honorable. Nous fûmes consolés d’avoir fait une bonne action et cette fois [en février 1848, N.D.A.] j’eus pris certes une bonne part si je m’étais trouvé à Paris. J’ai pour tout certificat de 1830, l’assignation que me fit donner M. Dubourg, quand Dequebourg illisible le fit traduire en police correctionnelle comme ayant volé les habits qu’il portait le 29. Tous trois nous sommes allés en cour déclarer que nous les lui avons offerts après les avoir achetés et payés en face la Banque de France. Je viens donc, messieurs, réclamer une part de récompense à ce que j’ai fait et contribué à cette époque. Je suis père de trois enfants : deux filles et un garçon âgé de vingt ans, ayant presque terminé son éducation à l’Ecole centrale et Manufactures mais mes moyens ne sont plus ce qu’ils étaient en 1830. Depuis neuf ans, ils sont tellement restreints par les faillites que je ne puis plus continuer à faire de frais pour lui. J’ai lutté trop longtemps des affaires. Je suis resté honnête homme mais voilà tout. Je viens donc réclamer une récompense de mon dévouement en 1830, en demandant plutôt pour mon fils, Edmond Rognon, âgé de vingt ans d’être admis au concours ou tout autre moyen dans quelque administration de génie civil, chemin de fer, ponts et chaussées ou autre service où la république daignera l’appeler. Il a un bel avenir, vingt ans et pur et tout dévoué à servir la patrie. Si vous désirez, messieurs, avoir le seul certificat que je possède, c’est-à-dire cette assignation dont il est question plus haut, je pourrai vous la faire remettre par mon fils, elle est chez moi à Paris rue de Montmorency n° 14, et si le général Dubourg existe encore il pourra certifier ce que j’avance. Quant à M. Dumoulin et M. Anres, ils sont morts. Le fait que j’avance a été connu de tout Paris et de vous-mêmes, messieurs. La circonstance d’août a fait que le citoyen Dubourg a de suite été éloigné et dans son trouble oublié de nous porter ou faire porter sur la liste de l’époque de 1830, Philippe ne voulait pas de républicains alors mais aujourd’hui que la république est proclamée à la face de l’Europe tous ses enfants doivent réclamer la récompense pour la part qu’ils ont prise à en faire naître la réalité. J’y ai participé à l’époque mais désespéré de la voir surgir à cette époque je suis rentré à mes affaires de quincaillerie, espérant toujours faire face aux besoins de ma famille. Les faillites m’ont réduit et me forcent aujourd’hui à réclamer une protection, récompense pour mon fils. Il a plus d’avenir que moi, il a vingt ans. […] Je suis en voyage pour chercher des commandes afin d’entretenir l’ouvrage aux ouvriers de Paris, mon fils fait mon service de garde national à Paris et je continuerai jusqu’aux élections. » Sa demande fut rejetée par la Commission des récompenses nationales. Rognon demeurait 14, rue de Montmorency en 1848. Archives de la préfecture de police AA 411.