Rojon, Joseph dit Lyonnais
Biographie
Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il fut admis dans la 1re classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de cent vingt francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il reçut, en tant que blessé mais non décoré, un secours de cinquante francs, sur les fonds de la Commission de la souscription nationale, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution de Juillet. En 1832, il était tambour de la garde nationale. Il fut l’un des accusés présentés en octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine pour sa participation à l’émeute des 5 et 6 juin 1832. L’émeute s’était déclenchée à l’occasion des obsèques du général Lamarque, soldat de la Révolution et de l’Empire, figure du mouvement libéral, et qui venait de mourir de l’épidémie de choléra qui ravageait la France. Pendant la cérémonie des obsèques, un escadron de dragons, censés veillés à leur bon déroulement, avait chargé subitement la foule, constituée de très nombreux militaires, de gardes nationaux, d’anciens combattants de Juillet, d’étudiants, de républicains organisés. Les premiers moments de stupeur passés, l’indignation avait gagné les rangs des manifestants ; des regroupements s’étaient faits, des barricades s’étaient élevées, les premiers coups de feu s’étaient fait entendre. Rien n’avait été organisé à l’avance ou prévu dans les rangs des républicains ou des napoléonistes. Mais l’émeute s’ensuivit. Elle toucha d’abord les abords immédiats où s’était produit la charge puis s’organisa plus spécialement dans la rue Saint-Martin, jusqu’à mourir dans la rue du Cloître-Saint-Merri. Il y eut des morts, de nombreux blessés, des arrestations. Le procès du mois d’octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine, concernait plus spécialement les révoltés de la rue Saint-Martin, au nombre de vingt-deux. L’acte d’accusation reprenait ainsi les charges qui pesaient sur les accusés : « Le 5 juin dernier, entre 6 et 7 heures du soir, une barricade fut construite dans la rue Saint-Martin, au coin de la rue Aubry-le-Boucher, à l’aide du renversement d’une voiture destinée au transport des farines, et de l’enlèvement des échafaudages et de la clôture en planches d’une maison en construction. Les nommés Jeanne et Rossignol furent remarqués comme les premiers et les plus actifs constructeurs de cette barricade, qui fit de ce point le théâtre le plus meurtrier de la révolte. Vers 8 heures, elle arrêta une patrouille de garde nationale, au-devant de laquelle se présenta le nommé Rossignol. L’officier qui la commandait ne répondit qu’en tirant son épée aux propositions que celui-ci osait lui faire de passer dans les rangs des insurgés, aussitôt des coups de feu furent tirés de la barricade sur cette patrouille, trop faible pour soutenir un engagement. Les rebelles, sentant la nécessité de se procurer des armes, forcèrent l’entrée de la maison située rue Saint-Martin, n° 50, et habitée par le sieur Blanc, chef de bataillon de la garde nationale, dans l’appartement de qui étaient déposés des fusils, des pistolets et des sabres. Toutes les armes qu’on n’avait pas eu le temps de cacher furent pillées par les insurgés ; les appartements placés au-dessus de celui du sieur Blanc, et donnant sur la rue, furent envahis, remplis de pavés ; les effets précieux des locataires furent enlevés, et des fenêtres de ces appartements où un continuel fut dirigé sur les troupes qui se présentaient devant la barricade pendant que dans la cour on faisait des balles avec le plomb des gouttières. Les nommés Jeanne, Leclerc, Jouanne, Rossignol, Goujon et Rojon, furent signalés comme ayant été vus tirant des coups de fusil sur les troupes. Les mandats décernés contre les trois premiers ne purent être mis à exécution. Rossignol est propriétaire, conjointement avec un nommé Fournier, d’un café établi rue Saint-Martin, n° 65. C’est du 2 juin que date l’ouverture de ce café, dans lequel la fille Alexandre était dame de comptoir. Les intelligences des propriétaires et employés de cet établissement avec les insurgés, dans la journée du 6 juin, ont été remarquées par tous les habitants de ce quartier. On a vu Fournier et la fille Alexandre faire des signaux du balcon de leur café aux insurgés placés derrière la barricade ou dans les allées des maisons voisines, pour leur indiquer l’arrivée ou le départ des troupes, et le moment favorable pour tirer. La porte de la maison où est le café resta ouverte, sur l’injonction de Fournier ; des provisions de bouche, des munitions furent portées de cet établissement aux révoltés ; et lors de la perquisition qui y fut faite, on saisit une casserole ayant servi à fondre du plomb pour former des balles. La chute de chaque soldat était suivie d’atroces applaudissements partant du café. Lorsque les troupes eurent forcé la barricade et l’église Saint-Méry, les maisons environnantes furent fouillées, et l’on arrêta dans la rue Saint-Méry, au n° 48, les nommés Métiger, Fradelle, Coiffu, Bouley, Renouf, Conilleau, Dumineray, Falcy, ce dernier encore porteur d’un fusil qu’il fallut lui arracher ; Dumineray avait les mains et la bouche noircies de poudre, et Fradelle avoua avoir tiré un coup de fusil. Il fut constaté qu’à l’aide d’un trou fait à la toiture, on était sorti de la maison rue Saint-Martin, n° 50. Les habitants reconnurent tous les individus saisis rue Saint-Méry n° 48, pour faire partie de ceux qui s’étaient emparés de vive force des lieux où l’on avait fait feu sur les troupes, et signalèrent le nommé Dumineray comme celui qui paraissait commander. Ils reconnurent également le nommé Maris, arrêté dans une dépendance de la maison ; le nommé Vigouroux, saisi sous un lit dans cette même maison, avec un fusil, et à qui l’on avait entendu dire pendant le combat : Si nous avons le dessous, je suis perdu ; enfin le nommé Mulette, arrêté dans la maison du passage Jabach, les mains, la figure noircies de poudre, avec de la poudre dans sa poche et qui avoua avoir fait des cartouches. Dans la maison du passage, et chez un locataire, était réfugié un individu qui y avait laissé son fusil, marqué sur la banderole du nom de Parmentier. L’instruction a révélé que ce fugitif était le nommé Fourcade, et que le fusil lui avait été livré par son propriétaire lorsque, faisant partie d’une bande d’insurgés, Fourcade l’avait personnellement et avec violence sommé de donner ses armes. Divers habitants, notamment le nommé Polite, avait cédé à des sommations accompagnées des mêmes circonstances ; Polite reconnut le nommé Grimbert comme celui à qui il avait été forcé de livrer son fusil. Le sieur Morel de Rubempré a été signalé par un témoin comme ayant paru seulement au moment du rassemblement tumultueux qui a précédé l’érection de la barricade. Il disait dans un café voisin qu’on était à l’aurore d’un beau jour, promenait dans la rue un drapeau tricolore garni de crêpe, et criait Vive la république ! Tous les accusés nient les faits à eux imputés, et prétendent, ou avoir été contraints par des rassemblements, ou s’être trouvés comme curieux dans les endroits où ils ont été arrêtés ou signalés. » Rojon était plus précisément accusé « d’avoir, en juin 1832, commis un attentat dont le but était, soit de détruire ou de changer le gouvernement, soit d’exciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité royale, […] d’avoir en réunion de plus de vingt personnes armées, attaqué avec violences et voies de fait la force publique agissant pour l’exécution des lois, […] d’avoir volontairement et avec préméditation commis des tentatives d’homicides sur des agents de la force publique, lesquelles tentatives manifestées par un commencement d’exécution, ont manqué leur effet seulement par des circonstances indépendantes de la volonté de leurs auteurs ». Rojon nia toute participation à l’émeute : « M. le président. Rojon, n’avez-vous pas été tambour dans la garde nationale ? R. Oui, président. – D. Le 6, ne vous êtes-vous pas réuni aux révoltés ? R. Non. – D. Le 7, n’avez-vous pas dit que vous aviez pris part à l’insurrection, et que vous aviez tiré sur la garde nationale ? R. Non, Monsieur. – D. Pendant l’attaque, n’êtes-vous pas monté au clocher de l’église Saint-Méry ? R. C’est faux. » Plusieurs témoins contredirent les affirmations de Rojon. Le témoin Dupont, tailleur, déposa : « J’ai vu le nommé Rojon, décoré de Juillet ; il allait comme à la chasse, d’une barricade à l’autre, et tirait souvent : je le reconnais bien, il était décoré de Juillet. » D’autres témoins déposèrent qu’il s’était vanté d’avoir tiré sur la garde nationale, ou d’avoir tiré trois coups de feu sur la garde municipale, ou d’avoir dit, dans un cabaret “Eh bien ! nous vous avons fait courir hier comme des petits lapins !”, ou d’avoir tué un garde national d’un coup de feu et qu’il était prêt à en tuer encore, ajoutant : “Ah bon ! nous vous avons joliment fait danser hier aux barricades !” d’avoir dit “qu’il gagnerait plus à tirer des coups de fusil qu’à travailler” Rojon plaida qu’il était ivre. Il fut reconnu par un autre témoin pour avoir tiré, le 6 juin, sur la garde nationale et la troupe de ligne depuis 10 heures du matin jusqu’à 4 heures du soir, ou par d’autres depuis 5 ou 6 heures jusqu’à 11 heures du matin. A l’issue du procès, il fut reconnu coupable d’avoir attaqué avec violence et voies de fait et en réunion armée de plus de vingt personnes la force publique agissant pour l’exécution des lois, et fut condamné à dix années de travaux forcés sans exposition, peine commuée en dix ans de détention le 31 octobre 1832. Il fut l’un des vingt-neuf condamnés pour raisons politiques qui furent graciés ou leurs peines commuées, en raison « du zèle et du courage » dont ils firent preuve pendant l’incendie du Mont-Saint-Michel. Il demeurait 44, rue Aumaire en 1831. Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du VIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 75 (sous le nom de Rojau, Joseph) ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, VII Répartition des fonds de la souscription nationale, inscription des indemnités définitives, idem états nominatifs des blessés admis à la répartition des fonds de la souscription nationale, 2e classe et 1re classe, idem Répartition des fonds de la souscription nationale, Etat nominatif des blessés qui, étant décorés de la croix ou de la médaille, ont reçu, à l’occasion de l’anniversaire de Juillet un secours de cinquante francs et un habillement bourgeois ou un uniforme de garde national, et de ceux qui, n’étant point décorés, n’ont participé qu’au secours de cinquante francs ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) VIe arrondissement, blessés de 1re classe (sous le nom de Rojan, Joseph) ; Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832 ; l’Ami de la religion, journal ecclésiastique politique et littéraire, tome 82, Paris, 1834, p. 407.