Romanson, Guillaume
Biographie
Né le 1er août 1804 à Monton (Puy-de-Dôme). Marchand de vin. En avril 1848, dans une lettre adressée à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février et dans laquelle il sollicitait un emploi, il rapportait ce qu’avait été sa conduite pendant cette dernière révolution, tout en rappelant ainsi sa conduite pendant la révolution de Juillet : « […] En 1830, le 28 juillet, je fus blessé par un gendarme à la prise de la Ville [lire Hôtel de ville, N.D.A.] d’un coup de pointe de sabre au haut de l’estomac, qui heureusement porta en biais et quelques instants après par une balle au-dessous du jarret gauche, dont il reste des traces authentiques ; mais qu’à cette époque je n’étais pas dans la nécessité, dans les besoins de réclamer des secours ! mais aujourd’hui il en est autrement. Je suis marié, j’ai fait des pertes considérables, qui m’ont réduit à l’état de néant et qui m’empêchent de me rétablir car j’ai perdu un établissement de marchand de vin et des propriétés que j’ai été obligé de vendre pour faire honneur à mes engagements ». Noël, commissaire du quartier des Invalides, apostillait sa demande en précisant que Romanson serait apte à occuper une place de concierge ou de gardien, et qu’il avait « été établi marchand de vin logeur, rue d’Estrées n° 23, qu’il était propriétaire de cette maison ; qu’il n’a pas réussi et qu’il a été exproprié et que son mobilier a été vendu ; qu’il est aujourd’hui malheureux ; qu’il est honnête homme et s’est conduit dans les journées de Février comme un bon citoyen ». Il donnait le compte-rendu suivant de sa participation à la Révolution de Février : « […] Le 24 février, ayant conduit le bataillon de la Xe légion, dont je faisais partie, après le défilé, j’ai été blessé dans la rue Saint-Honoré, dont cette blessure, aujourd’hui, est inguérissable. De là, m’étant rendu aux Tuileries, un officier de l’Ecole polytechnique m’ayant mis en faction pour empêcher le pillage et à ce que l’on emporte rien, et cela tout en souffrant toujours de ma blessure depuis midi jusqu’à 5 heures du soir. De là, je me suis rendu à la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Mon sergent-major me voyant blessé et n’ayant personne pour distribuer les vivres aux soldats et aux civils m’a chargé, tout en étant blessé, de faire ce service jusqu’au lendemain matin 5 heures. Ensuite, étant de retour à mon domicile, le général Taillandier et le capitaine de place Clarot m’ont fait appeler pour me rendre à l’Ecole militaire pour empêcher le pillage et maintenir l’ordre. Je m’y suis donc rendu immédiatement dans une tenue de sergent sapeur. Le 25 février jusqu’au 25 mars, sans changer de vêtement. La nuit du 25 au 26, des malfaiteurs se sont introduits dans l'Ecole, se sont rendus à la Mutantion (?), en coupant et brisant les portes pour piller les soixante-dix-huit sacs de farine qui y étaient restés. Je n’ai pas moins empêché à ce qu’ils les enlèvent quoique on me menaçait le pistolet et le couteau à la gorge, et cela durant l’espace de vingt minutes et tout cela se passait entre 2 et 3 heures du matin, dont j’en ai prévenu le capitaine de place. Le 5 mars, le feu étant dans la cour Bouzeau donnant par le parc de l’artillerie et étant arrivé sur les lieux j’ai fait tous mes efforts pour pouvoir m’en rendre maître. Le 9 du même mois, j’ai arrêtés trois balayeurs de l’Ecole qui sortaient dans leur voiture des sacs d’avoine cachés avec du fumier de cheval. Je les ai fait rentrer devant le poste, dont l’avoine a été reconnue par le colonel du 13e chasseur et le commissaire du quartier, M. Noël, qui les a fait transporter à la préfecture. Ensuite avenue Lowendal le même jour, j’ai découvert deux cents armes à feu, fourniment et musique, tout cela étant accompagné du commissaire qui les a fait enlever sur-le-champ et envoyer dans l’endroit qu’il a jugé convenable. Le 16 mars, j’ai sauvé la vie, aux risques et périls de la mienne celle du capitaine Clarot, devant le général Taillandier et le colonel du 13e chasseurs et l’officier de l’Ecole polytechnique, qui en ont eu une pleine connaissance. La nuit du 17 au 18, M. le commissaire de police, M. Noël, commissaire du quartier du Gros-Caillou, en me priant de trouver cinq ou six sapeurs pour nous rendre au Sacré-Cœur de Jésus, qui est situé rue de Varennes. Vous, disait-il, avez entendu que l’on menaçait d’y mettre le feu. Je me suis donc rendu sur-le-champ avec mes hommes et nous n’avons rien vu de nouveau pendant la nuit. La sœur Lionne, Eléonore, l’économe, m’a donné un certificat attestant que le service avait été bien fait. » Les certificats suivants attestaient qu’il avait sauvé la vie du capitaine Clarot. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Romanson, sapeur de la Xe légion, a été le premier à faire sortir M. Clarot, capitaine de la place de l’Ecole militaire, par la croisée de son appartement et aussitôt son évasion une foule de jeunes gens se sont précipités sur le sapeur en voulant le forcer de trouver le capitaine. M. Romanson a détourné pour un instant les malfaiteurs, en les conduisant chez le colonel des chasseurs de manière à ce qu’il puisse s’évader pendant ce temps. » Signé, le 16 mars 1848 : Galempoix fils, grenadier à la Xe légion de la garde nationale, demeurant 3, avenue de Boufflers. Le second certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, capitaine adjudant de la place à l’Ecole militaire, certifie que le citoyen Romanson, sergent des sapeurs de la Xe légion, m’a sauvé la vie au péril de la sienne, le 16 mars et en reconnaissance de cet acte de courage j’ai signé le présent, en pure vérité. » Il était porteur de deux certificats médicaux qui attestaient qu’il souffrait d’une hernie inguinale du côté gauche. Il fut classé dans la 7e catégorie des blessés, et maintenu dans cette catégorie après contestation de ce classement. Il reçut un total de cinq cent quatre-vingt-dix francs sur les fonds de souscription : un secours de cinquante francs le 28 mars, un secours de quarante francs le 14 avril, un secours de cinquante francs le 25 avril, un secours de vingt-cinq francs les 15, 19 et 27 mai, les 3, 10, 17, 29 juin, les 5, 11, 15, 22 et 29 juillet, 5, 12, 19 et 26 août, le 2 et 9 septembre. Un rapport de police donnait les précisions suivantes sur sa participation à la Révolution de Février : « [Démissionnaire de la garde nationale en 1847] Néanmoins lors des événements de Février, il s’est présenté en uniforme à la mairie du (ancien) Xe arrondissement et s’est mis à la disposition de l’autorité. Le 25 février, étant en état d’ivresse, il s’est rendu à l’Ecole militaire au moment du pillage et a contribué à sauver le capitaine Clarot, aujourd’hui décédé. Il n’a pas été possible de s’assurer de la vérité des autres faits qu’il allègue, ni de connaître les causes de son infirmité. Les renseignements recueillis sur la conduite privée de cet individu sont très défavorables. Il est adonné à l’ivrognerie et mène une très mauvaise conduite. On ne lui connaît pas d’opinions politiques. Il est noté aux sommiers judiciaires comme ayant subi une condamnation à trois mois de prison, prononcée contre lui à Paris le 20 novembre 1847 pour détournement d’objets saisis. Vous jugerez sans doute comme moi, monsieur le ministre, qu’il ne peut être donné une suite favorable à la demande du nommé Romanson, qui, par sa conduite, s’est rendu indigne des bienfaits de l’administration. » En février 1850, un rapport de police renseignait aussi à son sujet : « Romanson, Guillaume tient un jeu de boules, rue Croix-Nivert n° 82 à Grenelle. Il a une fille de dix-neuf ans, dont on ignore l’adresse. C’est un homme mal famé, continuellement au cabaret. Sa conduite et sa moralité laissent beaucoup à désirer. On assure, dans le voisinage, qu’il n’a reçu aucune blessure en février et qu’il a dissipé une somme considérable en cinq ans. » En juillet 1852, un autre rapport de police précisait par contre : « […] Est assez bien représenté sous le rapport de la conduite, de la probité et des habitudes. On le dit très dévoué au prince-président. Romanson a perdu une fortune de cinquante-cinq mille francs à la suite de la Révolution de Février. Il est obligé de se séparer de sa femme, qui s’est adonnée au libertinage. Il n’a pour ressources que le produit d’un jeu de boules, aussi est-il dans une position très précaire. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1852. En 1854 et en 1855, il sollicita, infructueusement, de nouveaux secours. 4 novembre 1854, le ministère de l’Intérieur faisait parvenir le rapport suivant au préfet de police : « […] A cette époque [février 1848], il a fait connaître qu’étant revêtu de son uniforme de sergent des sapeurs de la Xe légion de garde nationale, il est entré un des premiers dans le poste de la garde municipale de la rue Royale et qu’il s’est transporté ensuite à la barricade en face Saint-Roch, où il aurait été atteint d’une hernie en enlevant une bordure du trottoir. Le comité d’enquête des blessés de Février, après lui avait fait remettre, sur les fonds de souscriptions, des secours s’élevant ensemble à cinq cent quatre-vingt-dix francs, a pensé qu’il y avait lieu de suspendre le paiement de semblables allocations, attendu que l’infirmité du sieur Romanson pourrait bien avoir une autre cause que sa participation au combat. Depuis, cet individu a adressé à l’Empereur une pétition qui a été examinée par la commission du Conseil d’Etat. Il annonce que malgré sa blessure, il s’est rendu aux Tuileries, où il a été employé à distribuer des vivres au assaillants ; puis à l’Ecole militaire, où il aurait contribué à empêcher le pillage et l’incendie et aurait sauvé la vie au sieur Clarot, capitaine. Enfin, il sollicitait une récompense ou un emploi, à raison de ces faits, pour la découverte qu’il a faite dans les bâtiments de l’Ecole militaire, de deux cercueils en plomb, qu’il suppose renfermer des objets précieux. Cette demande a été rejetée par décision de la Commission des pétitions, le 22 février dernier, et elle m’a été renvoyée pour accorder, s’il y a lieu, un secours au réclamant. Le bulletin individuel émanant de votre préfecture, en février 1850, représente le sieur Romanson comme un homme mal famé et dont la conduite laisse beaucoup à désirer ; mais un autre bulletin adressé à mon ministère, en juillet 1852, renferme sur son compte des renseignements plus favorables. En présence des informations contradictoires contenues dans ces deux bulletins, il semblerait indispensable que de nouvelles investigations fussent effectuées pour constater la nature de la participation du sieur Romanson aux événements de Février ainsi que la véritable cause de l’infirmité dont il dit être atteint. Il conviendrait également de s’assurer du degré d’intérêt que peut inspirer le pétitionnaire sous le double rapport de la moralité et de la position de fortune […]. » Romanson avait en effet découvert, le 11 mars 1848, deux cercueils en bois et en plomb, sur lesquels était inscrite les inscriptions suivantes. La première : « Messire Jacques-René de Crois-Mard, chevalier, lieutenant général du roi, grand croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis et gouverneur de l’Ecole royale et militaire, né le ... mars 1699 et décédé le 22 mars 1773. La seconde : « Le corps de messire Joseph Paris Duvernoy, seigneur de Plaisance et autres lieux, conseiller d’Etat, conseiller secrétaire du roi maison couronne de France et de ses finances, intendant de l’hôtel royal militaire, décédé le 17 juillet 1770, âgé de quatre-vingt-six ans, trois mois et neuf jours. » Il avait alors pensé que les deux cercueils étaient trop pesants pour ne contenir que des corps et avaient imaginé qu’ils contenaient des objets précieux. En date du 28 décembre 1854, le maire de Grenelle avait certifié que Romanson habitait « cette commune depuis plusieurs années et qu’il ne nous est jamais parvenu aucune plainte sur son compte ». Un rapport d’un commissaire d’enquête de la Commission des récompenses nationales, relatait en date du 15 août 1848 : « J’ai pris des informations à la préfecture de police au bureau des prisons. Il résulte de ces informations que le susnommé a été écroué le 13 octobre 1847, mis en jugement le 20 novembre, condamné ledit jour à trois jours de prison et sorti conséquemment le 23 du même mois. Cet homme, le citoyen Romanson, prétend que cette condamnation (pour détournement d’objets) a été annulée. Il a à produire les pièces officielles qui, selon lui, annulent cette condamnation. Jusque-là il est bien constant qu’il a subi une condamnation. » Il était père de deux enfants en 1848 : une fille de dix-sept ans et un garçon de quinze ans. Il demeurait 28, rue de la Croix-Nivert en 1848 ; 82, rue de la Croix-Nivert en 1850 ; 50, rue de la Croix-Nivert à Grenelle en 1850-1855. Archives nationales F/1dIII/96.