Rondenet, Vincent

Biographie


Né en 1807. Ancien employé à l’administration des Citadines jusqu’en 1832, devenu cocher. Suite à la Révolution de Février, à laquelle il participa, il reçut un secours de cent francs le 13 septembre 1848 à l’Hôtel de Ville, un secours de cent francs le 4 octobre à l’Hôtel de Ville, et un secours de cinquante francs le 5 mai au Luxembourg. Il adressa une lettre à la Commission des récompenses nationales, sans doute afin de protester contre son renvoi de la garde nationale pour cause de faillite et afin d’obtenir de faire partie de la garde républicaine à cheval. Cette lettre rappelle la participation de Rondenet à la révolution de Juillet et était ainsi rédigée : « Je viens d’être rayé des contrôles de la garde nationale. Je demande donc est-il possible que, blessé en 1830 et en 1848, compromis en 1832, que moi comme professant l’opinion républicaine depuis 1831, qui n’ai jamais rien demandé ni Croix de Juillet ni aucune récompense, je sois honteusement chassé de la garde nationale et que nulle part je ne trouve ni sympathie ni défenseur, tandis que j’étais presque sûr d’être nommé au grade de chef de bataillon par mes concitoyens et surtout chose incroyable pour avoir été trop honnête homme ? J’ai fait faillite mais j’ai payé ma dernière fin de mois. J’avais chez moi neuf mille francs si au lieu de payer jusqu’au dernier jour j’avais gardé mon argent et, le jour du concordat, offert quarante ou cinquante pour cent et le reste en deux ou trois ans, je serais regardé comme honnête homme mais n’ayant jamais manqué un billet et ayant payé exactement jusqu’au dernier jour, je n’avais plus rien à offrir. Mon concordat me fut refusé et cependant j’eus vingt-huit voix sur trente-neuf [pour l’élection comme chef de bataillon de la garde nationale, [N.D.A.]. Mais les citoyens que notre révolution vont ruiner seront forcés de faire faillite et le nombre en est tellement considérable qu’il faudra donc expulser la moitié de la garde nationale. Je vais ici faire valoir mes droits, mes titres à la Commission des récompenses nationales. Puisse-t-elle bien comprendre les souffrances morales que j’endure. En 1830, le premier jour, les imprimeurs et compositeurs étaient à la porte de Casimir Perier ; j’ai eu le bonheur de les sauver : un escadron de gendarmerie arrivant par la rue Saint-Honoré, je mis mon fiacre en travers ; je reçus un coup de sabre sur la figure, j’en sauvai six dans ma voiture et les gendarmes ne pouvaient passer qu’aux deux extrémités. Les ouvriers étaient en partie sur le boulevard, je n’ai eu connaissance que de deux blessés. Le deuxième jour, nous n’étions pas vingt hommes rue du Cherche-Midi. Nous forçâmes un détachement de vétérans qui s’apprêtaient à sortir six caissons de vivres pour la garde royale. Nous les désarmâmes et nous fîmes distribuer le pain à tous les malheureux du quartier. Je suis allé dans bien des endroits, le Louvre et Babylone sont les endroits les plus périlleux où j’assistais. En 1831, voilà ce que j’écrivis, voulant m’acheter un outil pour gagner mon pain. Je dénotais toutes les entraves que le gouvernement monarchiste nous créait. J’avais un fiacre, je disais Il faut d’abord payer une patente trente francs, puis les contributions indirectes pour droit de circuler quatre-vingt-huit francs, droit de stationnement sur la place soixante-quinze francs, pour les bornes fontaines, abreuvage des chevaux et inspecteurs cent huit francs ; il faut encore payer cinq sous par cheval au maître de poste si l’on va à la campagne, sous peine de cinq cents francs d’amende ; pour la rentrée du foin dans Paris il faut payer cinq centimes par cent sous la paille, trois sous l’avoine deux sous par setier ; je ne parle pas des contraventions, de la fourrière, des mises à pied. J’ai payé six cent quarante-six francs dans un an pour un malheureux fiacre et je n’étais pas même électeur. Eh bien ! Je suis devenu républicain pour ce fait égalité devant la loi. Cent cinquante mille voitures bourgeoises et charrettes de tout genre comme moi usent le pavé, comme moi obstruent la voie publique et ne payent rien. Je ne voulais pas que l’on mette un impôt sur le luxe, je disais qu’un pair de France qui avait sept ou huit voitures chez lui mais qui n’avait qu’un cocher ne paierait que pour une mais que de même les charrettes à bras paieraient. Depuis 1831, je fais de la propagande pour la république et me suis toujours appuyé sur des raisons d’équité. En 1832, un rapport fut envoyé contre moi, comme m’étant armé d’un sabre dans le théâtre de la porte Saint-Martin. Je fus nommé chef de barricade au coin de la rue de Lancry. Refoulé par un bataillon de la ligne jusqu’au coin de celle des Marais. Là, je ne permis pas à une femme d’allumer les réverbères, je rompis la corde ; le commissaire qui est en face, rue Grange-aux-Belles, me voyait, je ne m’en aperçus pas ; un garde national me mit en joue ; c’est un nommé Boby qui, avec son bras, à élevé son fusil et m’a sauvé la vie. Sur son rapport, le commissaire mit que j’avais voulu couper le bras de l’allumeur tandis que ce n’était pas même un homme. Le surlendemain je fus prévenu assez à temps, j’ai travaillé aux carrières Montmartre pour me soustraire aux recherches ; deux personnes que je pourrais bien nommer firent des démarches à la police, les prisons étaient assez bien garnies. J’en fus quitte pour mes quatre mois de souffrances, privé de correspondre avec personne de ma famille, les deux mandats lancés contre moi ne furent pas mis à exécution. Tout le monde connaît l’affaire Pritchard. Moi j’en ai rougi pour mon pays et voilà ce que j’ai fait. J’ai fait faire un tableau peint sur toile de quatorze pieds de long, qui m’est revenu a près de douze cents francs : la prise de Tahiti par le contre amiral Dupetit-Thouars. Tout le monde disait que j’étais fou, étant loueur de voitures, de mettre des vaisseaux non je n’étais pas fou, je voulais le réhabiliter et cela 108, rue Saint-Lazare. Tous les journaux en ont parlé. En 1848, je passais rue Basse-du-Rempart au moment où les soldats faisaient couler le sang du peuple à la porte de Guizot. Je rentrais ma voiture, je fus chez moi chercher mon fils aîné ; ce que j’éprouvais je ne puis le dire ; nous nous arrêtâmes au coin de la rue Richelieu et Grange-Batelière ; nous fîmes trois barricades. Nous n’étions pas plus de dix à quinze hommes jusqu’à 3 heures du matin. Un boutiquier, Lefaure, armurier boulevard Montmartre, vint nous apporter du vin. Nous étions en nage. Je dis et cela avec énergie : Ne buvons pas de vin, que demain matin on ne dise pas ce sont des hommes saouls qui ont fait les barricades. Le vin fut remporté et nous eûmes de l’eau rougie. Je fis comprendre à tous les hommes qui étaient avec moi que lorsque l’on dirait à Louis-Philippe à son réveil Paris est barricadé, nous aurions le programme de l’Hôtel de Ville, que ce ne serait plus une simple réforme. Oui voilà ce que je disais, il fallait du courage, de l’énergie à cette heure-là ! Vous allez lire ceci mais quelle différence de me lire aujourd’hui ou d’avoir été témoin du fait. A 5 heures du matin, j’étais rentré chez moi. J’avais besoin de nourriture mais je sortis de suite. Je suivis avec mon fils la rue Saint-Lazare. Nous nous arrêtâmes à Notre-Dame-de-Lorette. Je le fis entrer dans l’église. Il sonna pendant près de deux heures. Nous barricadâmes tout le carrefour puis vint à moi un garde national à cheval, qui me dit Mais vous n’avez pas d’armes ! Allez donc chez M. de Vatry, député, rue Notre-Dame-de-Lorette, près la fontaine Saint-Georges, il y a des armes. Je le crus car l’état-major de la garde nationale à cheval est là. Je me mis à crier à tous les ouvriers Que ceux qui veulent des armes me suivent. Si vous aviez été là citoyens, vous jugerez ma conduite bien mieux que de me lire. Mais écoutez-moi. Nous voilà donc à la porte de M. Vatry. On ne voulait pas nous ouvrir, la portière se trouvant mal de frayeur dans sa loge. Nous donnâmes quelques coups de merlin dans la porte cochère et M. Vatry vint nous ouvrir, nous demanda ce dont il s’agissait. Je lui en fis l’explication. Il me dit J’ai un trophée d’armes, c’est à moi et c’est tout ce que j’ai. J’obtins de tous les hommes qui étaient là que nous n’entrerions que trois, qu’il fallait respecter la propriété ; la porte cochère resta ouverte ; nous fûmes les seuls qui entrèrent. Arrivés au premier dans une chambre à coucher, madame Vatry paraissait très effrayée. Je la rassurai, lui dit que nous ne demandions que des armes. M. Vatry me dit Voilà un sabre j’ai fait toutes les campagnes de l’Empire avec, je suis couvert de blessures, vous ne voudriez pas désarmer un vieux soldat ? Assurément je ne voulais pas, mais cette masse d’hommes qui étaient en bas à qui j’en inspirais je voulais tout leur descendre et vous allez voir tout à l’heure si ma voix eut de l’influence. Je répondis donc Donnez-le-moi. Et ce fusil, me dit-il, c’est un objet d’art, je l’ai eu en Hongrie, vous ne saurez pas vous en servir. Donnez-le-moi. Je voulus tout avoir, plusieurs sabres et fleurets, puis je dis à M. Vatry Monsieur Descendez dans la cour. Et là le peuple voulut se jeter sur les armes mais je puis m’en flatter je fus écouté. Je dis alors Je ne garderai rien pour moi mais laissez-moi vous parler. J’ai tout descendu je n’ai pas voulu vous trahir ; vous étiez restés à la porte de cet hôtel, comptant sur moi. Voilà tout ce qu’il y a, je vous demande la permission de rendre le sabre d’un vieux soldat couvert de blessures. Ce fut qu’un cri pour me dire oui. Je dis De plus si vous emportez ce fusil c’est un vol manifeste puisque vous ne saurez pas vous en servir. Le fusil fut également rendu. Je donnais le reste et ne gardais rien, voilà ma conduite. Moi, j’eus un fusil de munitions chez M. Chevreuse Auberot. Je pourrais de vive voix [raconter] ce fait, il est insignifiant, mais ce qui ne l’est pas et qui prouvera si malgré l’enthousiasme et l’énergie que j’ai dépensés je conservais ma présence d’esprit j’ai dit le 24 février au matin à M. Chevreuse-Aubertot que je ne connaissais pas, que je n’avais jamais vu, il me demandait vers 8 ou 9 heures du matin Croyez-vous que M. Thiers fût accepté du peuple pour ministre ? Non, lui dis-je, il a toujours dit qu’il n’était pas novateur. Ha ! et M. Odillon-Barrot ? Non, lui dis-je, il est monarchiste, il est trop tard aujourd’hui. M. Chevreuse-Aubertot ne voulut pas croire que mon intelligence seule me dictait ces paroles. Je m’en retournai aux barricades. L’on parla d’aller chez M. Rothschild et c’est là que je fus heureux d’être écouté. Je n’ai dit que quelques paroles mais avec force et je fus compris. Je criai Messieurs, il y aurait-il un caisson d’armes chez M. Rothschild. Il y a de l’argent et l’on ne croira pas que vous y allez pour les armes ! et je fus applaudi et tout fut dit. Voilà ce que j’ai fait et je suis rayé de la garde nationale. Je m’en allais au Palais-royal. Presque en arrivant une balle vint ricocher sur le mur me perça la veine près la tempe. Je perdis beaucoup de sang. Je fus un instant étourdi. Lorsque je fus remis, on cassait tout ; les menaces d’incendie m’effrayèrent. Plus que jamais ni balle ni boulet ne saurait me faire [manque un mot]. Je m’en fus. Je rentrai chez moi, ma tâche était finie et maintenant je suis rayé de la garde nationale. Je suis père d’une nombreuse famille. J’ai sept enfants et de plus ma femme n’ayant qu’un bras ne peut par son travail m’aider. Citoyens, si vous jugez que d’après ce que j’avance avoir mérité de la patrie, je mets en vous tout mon espoir. » Suivaient plusieurs apostilles. « Je certifie que le susnommé a passé la nuit du 23 au 24 février à faire des barricades au boulevard Montmartre. Je déclare en outre qu’il m’a demandé de l’eau rougie et non du vin. » Signé : Lefaure père, demeurant 18, bd Montmartre. « Je certifie qu’il est à ma connaissance personnelle que le pétitionnaire a engagé les hommes qui se trouvaient sous son commandement à ne boire que de l’eau rougie, dans la crainte de s’enivrer. » Signé : Chaume, demeurant rue Grange-Batelière. « Je certifie avoir vu le nommé Rondenet rentrer le 24 février avec son fils, paraissant harassé de fatigue. » Signé : Haguet, loueur de voitures, demeurant 11, rue de la Chaussée-d ‘Antin. « Je certifie que le nommé Rondenet est passé devant chez moi, le 24 février dans l’après-midi, avec son fils, armé de son fusil, paraissant bien fatigué et blessé. » Signé : Lemire, demeurant 18, rue de la Chaussée-d‘Antin. « Je certifie avoir vu le nommé Rondenet repartir avec son fusil le 24 au matin pour se diriger au Palais-Royal. » Signé : Saint-Amand, demeurant 121, rue Saint-Lazare. « Je certifie que j’ai vu rentrer le nommé Rondenet le matin du 24 février, armé de son fusil. » Signé : femme Grégoire. « Je certifie que le nommé Rondenet est passé le 24 février au matin, place Sainte-Croix, accompagné de son fils, armés tous deux et paraissant fatigués. » Signé : Lançon, épicier, demeurant 111, rue Saint-Lazare. « Je certifie avoir vendu pour dix centimes de billes en pierre, le 24 février 1848 pour charger son fusil. » Signé : Fert, épicier, demeurant 24, rue Saint-Lazare. « Je certifie que je connais le citoyen Rondenet depuis quinze ans comme un bon citoyen et bon père de famille. » Signé : Moreau, marchand crémier, demeurant 106, rue Saint-Lazare. « Le désir de rendre hommage à la vérité me fait déclarer qu’en effet le 24 février, entendant une foule nombreuse qui à coups de hache cherchait à enfoncer ma porte, je descendis pour savoir ce qu’elle voulait “Des armes” Je remontais avec trois ou quatre de ces hommes exaltés et l'un d’eux que j’apprends se nommer Rondenet, distribua à ceux restés dans la cour les dépouilles d’un trophée que j’avais dans ma chambre. J’exprimais le regret de me voir enlever le sabre que j’avais dans mon régiment dans les dernières campagnes de l’Empereur. Il me fit rendre à l’instant et peu de temps il me rapporte une carabine du XVIe siècle. J’ajoute avec plaisir qu’il fut très poli et aussi modeste que possible dans un pareil moment d’effervescence. » Signé : Vatry. Et les signatures de (pour celles qui sont lisibles) : Conrad, serrurier en voitures, demeurant 129, rue Saint-Lazare ; Bernard, tourneur, demeurant 56, rue de Miromesnil. Rondenet était aussi porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, certifie que vers 1832 M. Dutronc a cautionné le sieur Rondenet, cocher, qu'il a été employé à l’administration des Citadines jusqu’en juin 1832, époque à laquelle il a été renvoyé de ladite compagnie, à la suite des événements auxquels il avait pris une part trop active. » Signé, le 1er septembre 1848 : ..., Louis, loueur de voitures, demeurant 6, rue du Grand-Prieuré. Il sollicita sans doute d’entrer dans la garde républicaine. Il était marié et père de sept enfants en 1848. Il demeurait 5, passage Tivoli en 1848. Archives nationales F/1dIII/96.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.