Roquemaure

Biographie


Sergent-major au 51e régiment d’infanterie de ligne, stationné à la Guadeloupe en juillet 1830. Il adressa la lettre suivante, afin d’obtenir la Croix de Juillet, en récompense de la conduite qu’il avait tenue à la Guadeloupe, à la suite des événements de Juillet : « J’ai l’honneur de vous exposer, qu’engagé volontairement en 1823, je servais en cette qualité et avec le grade de sous-officier dans le 51e régiment, stationné à la Guadeloupe, lorsque le 20 septembre 1830 des lettres arrivées de France nous apprirent l’heureux avènement au trône du roi des Français ; étonné de ce que le gouverneur M Vatable, malgré les ordres qu’il avait dû recevoir du gouvernement,, gardait le plus absolu silence sur cet important événement et les journées des 20 et 21 septembre s’étant passées sans que l’ordre d’arborer des couleurs nationales fût donné, je convoquais les sous-officiers du régiment, afin de concerter avec eux des moyens en cas de trahison de la part du gouverneur ou des officiers créoles, en qui nous n’avions aucune confiance. Tous se rendirent à cet appel et nous rédigeâmes une lettre collective au lieutenant-colonel commandant le régiment, dans laquelle nous lui faisions part de la crainte que nous inspiraient les antécédents du gouverneur (nous avions lu les Mémoires du général Boyer) et l’intention formelle d’arborer nous-mêmes le nouveau pavillon si des ordres immédiats n’étaient donnés pour cet effet. Cette demande, que nous avions jugée nécessaire, fut mal interprétée et je fus exporté deux heures après à l’île des Saintes, pour avoir rédigé cette lettre. Deux mois d’exil, l’humiliation d’être privé de l’honneur de faire mon service et mille autres dégoûts n’ont pas suffi pour me faire trouver grâce aux yeux du gouverneur du crime d’avoir voulu arborer le drapeau à l’ombre duquel j’étais né et d’avoir fait partager mes sentiments à mes camarades, car, au bout de deux mois, lorsque ce général crut son pouvoir mieux affermi et jouir de l’impunité, je fus arraché des bras de ma malheureuse épouse, traîné dans le plus mauvais cachot du fort Richepance et traduit par son ordre devant le Conseil de guerre de la colonie ; tout ce que j’ai souffert, pendant ma détention est impossible à décrire mais une des peines qui m’a paru bien sensible c’est la privation de voir ma femme à qui, par un raffinement de cruauté, on avait interdit l’entrée de mon cachot. Enfin, après plusieurs interrogatoires du capitaine rapporteur et vingt-six jours de détention, qui m’ont valu une maladie sérieuse, on m’a rendu à la liberté, sans jugement et sans m’informer de la faute que l’on m’imputait. Pour échapper au machiavélisme colonial, j’ai dû me faire remplacer et sacrifier une somme de mille cinq cents francs, qui était toute ma fortune ; il est à ma connaissance que des rapports avantageux sur la conduite que j’ai tenue ont été adressés par des personnes marquantes de la colonie au ministre de la Marine. Je me suis moi-même adressé à ce ministre et à celui de la Guerre et mes demandes pour obtenir un dédommagement quelconque sont restées sans réponse. J’ai eu l’honneur de vous entretenir de ce que j’ai souffert et du sacrifice que je dus faire pour échapper à la malveillance des colons. Si ma position mérite quelque intérêt et que vous me jugiez digne d’une récompense nationale, je viens, avec une respectueuse confiance, la demander, mais celle qui me flatterait le plus serait la croix ou la médaille de Juillet ; avec elle, mon pays pourrait disposer de mon existence et, en lui sacrifiant ma vie, je ne me croirais pas encore quitte envers lui. » Dans son dossier, on peut lire un témoignage d’amitié de Samuel cadet, en date du 11 février 1831 et ainsi rédigé : « Mon bon ami. Abîmé déjà par l’idée de notre prochaine séparation, votre lettre vint encore déchirer mon cœur, en m’annonçant que des ordres supérieurs vont la précipiter et vous arracher ainsi que votre épouse de cette terre, qui semble repousser de son cœur tous les vrais Français amis de l’humanité. Oh ! mon digne ami, nous n’oublierons jamais que votre exil aux Saintes, votre mise en jugement et votre séjour dans les cachots ont eu pour cause le désir que vous avez manifesté de voir flotter, au vœu de tous les bons Français, le drapeau tricolore sur notre sol. C’est en vain qu’on voudrait vous empêcher d’être Français, nous le sommes et nous faisons germer dans le cœur de nos enfants cet amour de la patrie, ce sentiment que rien ne peut égaler. » Etait joint aussi un témoignage, signé de plusieurs dizaines de soldats, qui attestait la conduite de Roquemaure. Le ministre de la Marine et des Colonies fit le rapport suivant au ministre de l’Intérieur, qui lui avait transmis le dossier : « Ces pétitions contenaient des inculpations graves contre le gouverneur (M. le général Vatable) et contre plusieurs officiers de la garnison de la Guadeloupe. Les faits qui étaient signalés n’étaient nullement conformes aux renseignements parvenus par d’autres voies ; il résultait, en effet, de nombreux documents que M. le général Vatable avait montré du dévouement, du patriotisme et de la prudence, lors du rétablissement des couleurs nationales à la Guadeloupe. Toutefois des investigations nouvelles eurent lieu et des ordres sévères furent donnés à l’égard des officiers qui ne se seraient pas ralliés franchement au gouvernement de Louis-Philippe. En ce qui concerne les sous-officiers signataires des pétitions, il résultait de leur propre déclaration qu’à la Guadeloupe ils avaient manqué aux lois de la discipline. Leurs pétitions même adressées directement au ministre constituaient une nouvelle infraction de la même nature. De plus, les signatures apposées au bas des deux pièces portaient pour la plupart un caractère évident de faux. Des explications furent demandées sur ces divers points. […] Votre Excellence reconnaîtra, par l’examen de ces documents, que le sieur Roquemaure, qui, a raison de ses antécédents, méritait déjà peu d’intérêt, est loin d’avoir acquis des titres à une récompense spéciale pour sa conduite lors des événements de 1830. » Le ministre de l’Intérieur, le 23 janvier 1832, conclut ainsi la demande de Roquemaure, par une lettre à M. Taillandier, député du Nord, et qui avait appuyé la demande auprès de la Commission des récompenses nationales : « M. le ministre de la Marine vient de me communiquer la correspondance à laquelle ont donné lieu les faits signalés par le sieur Roquemaure. Je me suis convaincu par les explications consignées dans cette correspondance que la conduite de ce sous-officier n’a pas été, en cette circonstance exempte de blâme et que les mesures de sévérité dont il a été l’objet ont été provoquées par une infraction évidente aux lois de la discipline. Cette conviction résulte de l’enquête ordonnée par M. le ministre de la Marine et qui a déclaré fausse et calomnieuse la dénonciation qu’avaient portée le sieur Roquemaure et plusieurs de ses camarades contre M. le général Vatable et les officiers du 51e régiment d’infanterie de ligne. Je me vois dès lors dans l’impossibilité de proposer le sieur Roquemaure pour la décoration spéciale, ses droits pour cette distinction étant loin d’être suffisamment établis. » En novembre 1831, Roquemaure était sergent-major à la 1re compagnie de chasseurs du bataillon communal d’Avesnes (Nord). Archives nationales F/1dIII/81, dossier Guadeloupe.

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