Roqueplan, Louis, Victor dit Nestor
Biographie
Né le 14 septembre 1805 à Montréal (Aude). Gérant du Figaro. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes. Chollet, dans Balzac journaliste, le tournant de 1830, devait porter ce jugement lucide sur le grand honneur qui semblait avoir été fait d’accepter les deux signatures de journalistes d’un journal essentiellement satirique et humoristique, au milieu de journalistes beaucoup plus sérieux : « Bohain, flanqué de Roqueplan […], risquèrent leur nom et la fortune du Figaro, […] mais, par un accord tacite, ces protestataires de deuxième catégorie, furent relégués en queue de liste. » Cette protestation était ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » On trouve dans La Révolution de 1830, ou Histoire des événements qui ont eu lieu dans Paris, les 27, 28, 29 et 30 juillet les traces suivantes de son activité pendant la révolution de Juillet : « Le 29 au matin, l’honorable maire de Montrouge, M. Armand…, en tête de la garde nationale de sa commune, et M. Nestor Roqueplan, gérant du Figaro, ont conduit au quartier général de l’hôtel de ville, le 50e de ligne, qui s’était rendu la veille au soir. Les soldats de ce régiment sont entrés avec leurs armes et ont traversé Paris aux cris de Vive la Charte ! vive la Liberté ! La population parisienne a répondu à ces acclamations par celles de vive la ligne ! vive le 50e ! L’émotion de ces soldats est difficile à décrire : la plupart sont des enfants de Paris. L’un d’eux, comme nous l’avons dit plus haut, avait été appelé d’une fenêtre par sa sœur qui l’avait reconnu au milieu des bataillons qui chargeaient dans la rue Saint-Antoine ; il avait vu la maison de son père horriblement criblée de balles et de boulets ! Un autre, ancien ouvrier du port, a déchargé ce matin son fusil ; sa première cartouche y était encore. Tous déploraient l’infâme attentat auquel Charles X avait voulu les associer. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Bohain : « Tandis que le père préparait ainsi sa royauté, le fils courait danger de mort. Voici ce qui arrivait : Bohain (voir Bohain, Alexandre, Victor) et Nestor Roqueplan attendaient Etienne Arago à déjeuner chez Gobillard, place de la Bourse. En se rendant du National au café, Arago rencontra le domestique de Bohain qui cherchait son maître. – Ah ! monsieur, dit le brave garçon en apercevant Etienne, savez-vous où est monsieur ? – Il doit être chez Gobillard, répondit Etienne ; que lui veux-tu ? – Je veux le prévenir, de la part de M. Lhuillier (voir Leullier, Armand), son beau-frère, que le duc de Chartres est arrêté à Montrouge 1. – Qui l’a fait arrêter ? – Mais M. Lhuillier... Il est maire du village. Il désire savoir ce qu’il doit faire du prince. – Hein ? dit un homme assis sur le trottoir avec un fusil entre les jambes, et mangeant un morceau de pain ; ce qu’il doit en faire ? Nous allons aller le lui dire !... Puis, se levant : – Hé ! les amis ! cria-t-il tout haut, le duc de Chartres est arrêté à Montrouge. Que ceux qui veulent manger du prince viennent avec moi ! – Que dites-vous là, mon brave ? s’écria Etienne en posant la main sur l’épaule de cet homme. – Je dis qu’ils ont tué mon frère, et que je vais tuer le duc de Chartres aujourd’hui ! Il n’y avait pas de temps à perdre. Etienne s’élance dans le café. – Pardieu ! dit-il à Bohain, votre domestique vient de faire un beau coup ! – Qu’a-t-il donc fait ? – Il vient de répandre la nouvelle que le duc de Chartres était prisonnier de votre beau-frère, et voilà une vingtaine de gaillards qui se mettent en chemin pour l’égorger. – Diable ! firent ensemble Nestor et Bohain, ça ne peut pas aller comme cela. – Que faire ? – Charge-toi de les conduire, dit Nestor, mets-moi à leur tête ; retiens-les le plus longtemps possible ; et l’un de nous ira prévenir le général La Fayette du danger que court le prince... On expédiera un homme à cheval à M. Lhuillier, et le duc de Chartres sera remis en liberté avant que toi et tes hommes soyez arrivés à Montrouge. – Bien ! dit Etienne, mais ne perdez pas de temps ! Puis, s’élançant à la tête d’un groupe d’une trentaine d’hommes : – A Montrouge ! cria Etienne Arago ; mes amis, à Montrouge ! Chacun répéta : “A Montrouge” et l’on partit pour la carrière du Maine, tandis que Nestor Roqueplan – autant que je puis me le rappeler, c’était Nestor – courait à la place de Grève. Le Vaudeville se trouvait sur la route de la barrière du Maine : on traversa le jardin du Palais-Royal, puis la place, puis on enfila la rue de Chartres. Un machiniste était sur la porte du théâtre. Arago lui fit signe de l’œil de s’approcher de lui, le machiniste comprit le signe, et s’approcha. Arago eut l’air de recevoir de lui une confidence. – Bon ! mes amis, dit-il, en voici bien d’une autre ! Vous ne savez pas ce que l’on m’annonce ? C’est qu’il y a une conspiration de royalistes pour venir mettre le feu au Vaudeville, attendu que c’est du Vaudeville, comme vous ne l’ignorez pas, qu’est partie l’insurrection... Commençons d’abord par visiter le théâtre, n’est-ce pas ? Il n’y eut pas d’objection contre la visite. D’ailleurs, beaucoup de ces braves gens n’étaient pas fâchés de voir un théâtre de près ; celui qui avait provoqué le voyage de Montrouge, et qui était un tonnelier du quartier du Roule, voulut bien faire quelques objections, mais il ne fut pas écouté. On s’arrêta donc au Vaudeville. Arago, une lanterne à la main, conduisit ses hommes du second dessous aux galeries ; il ne leur fit pas grâce d’un portant, d’un trappillon, d’un châssis. On perdit une bonne heure à cette visite. Puis on se remit en route pour la barrière du Maine. Pendant ce temps, le général La Fayette était prévenu, et envoyait à Montrouge M. Comte (voir Comte, Augsute ?), l’un des plus brillants élèves de l’Ecole polytechnique qui, depuis, a fait un excellent ouvrage sur la philosophie positive. M. Comte était porteur d’une lettre conçue en ces termes : “Dans un pays libre, laissez circuler chacun librement ; que M. le duc de Chartres s’en retourne à Joigny, et, à la tête de ses hussards, attende les ordres du gouvernement. La Fayette Hôtel de ville, le 30 juillet 1830” Lorsque j’appris le danger que courait le duc de Chartres, je voulais rentrer chez moi, faire seller mon cheval et courir à Montrouge ; mais on me fit observer qu’avant que je fusse à la rue de l’Université M. Comte serait à Montrouge, et que mieux valait attendre les nouvelles à l’hôtel de ville. J’attendis donc. Les heures me parurent longues, je l’avoue, de huit heures du matin à deux heures de l’après-midi. A deux heures, Etienne rentra couvert de sueur et de poussière. Le duc de Chartres était sauvé. En effet, grâce au retard du Vaudeville et à un second incident que nous allons rapporter tout à l’heure, le messager était arrivé à temps. Le duc de Chartres avait avec lui le général Baudrand et M. de Boismilon. M. Lhuillier fit remonter dans la voiture du prince l’aide de camp et le secrétaire, les invita à partir et à attendre le duc de Chartres à la Croix-de Berny. Lui se chargeait de conduire le prince sain et sauf au même endroit. En effet, tandis qu’en calèche le général Baudrand et M. de Boismilon sortaient par la grande porte, et prenaient la grande route, M. le duc de Chartres montait en cabriolet avec M. Lhuillier, sortait par une porte de derrière, et, par une route de traverse, regagnait le chemin de Joigny, à un quart de lieue au-dessous de l’endroit où M. Baudrand et M. de Boismilon attendaient le prince. Une circonstance particulière avait encore servi cette fuite et la bonne volonté d’Arago. En arrivant à la barrière du Maine, les hommes avaient été arrêtés ; il y avait défense de laisser sortir de Paris aucune troupe armée. Le premier mouvement fut de forcer l’obstacle ; puis l’on consentit à parlementer avec le poste du corps de garde ; puis, enfin, on fraternisa. Une partie des hommes entra dans le corps de garde même ; l’autre s’assit dans ces fossés creusés entre les arbres pour recevoir les eaux de pluie. Arago fit venir du pain et quelques bouteilles de vin, et se chargea d’aller aux nouvelles. Une heure après, il était à Montrouge. M. le duc de Chartres venait d’en partir. Arago prit une copie de la lettre du général La Fayette, afin de justifier de la relaxation du prince, et rapporta cette copie à ses hommes. La nouvelle fut mal reçue par eux. Etienne ne parvint à les calmer qu’en leur promettant qu’il allait les ramener à l’hôtel de ville, et leur faire donner de la poudre à cœur joie. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signa, le 1er juillet 1831, le certificat suivant pour Cappot de Feuillide, Jean, Gabriel quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants de la rue Bourg-Labbé : « Je, soussigné, atteste la vérité des faits ci-après. 26 juillet 1830. Après que les ordonnances eurent paru M. Capot de Feuillide, rédacteur du Figaro, concourut avec moi et quelques-uns de ses collaborateurs à la rédaction du numéro du 27, dans lequel fut insérée la protestation de la presse périodique ; une grande partie des bigarrures fut son ouvrage. Le soir à minuit, M. Capot de Feuillide devait nous accompagner au bureau du National pour y signer la susdite protestation. Ce fut faute d’avis donné à temps qu’il ne put s’y rendre. Dans la nuit du 26 au 27, il nous aida à transporter chez nos voisins et chez quelques-uns de nos amis les presses et caractères de notre imprimerie. Le 27, obligé moi-même d’aller au tribunal, plaider devant M. de Belleyme contre notre imprimeur, qui me refusait son ministère, je chargeai M. Capot de Feuillide, qui me l’avait offert, de résister par toutes les voies à la saisie qui menaçait nos presses. Il s’acquitta avec courage et sang-froid de cette mission périlleuse. Devant les menaces du commissaire de police, qui aurait pu immédiatement le faire arrêter, il ne céda à sa sommation qu’à l’arrivée d’une nombreuse force armée. Le mercredi matin, éloigné de mon quartier, vers lequel les troupes royales m’empêchaient d’arriver, je reçus de M. de Feuillide la proposition de faire et même de signer mon journal si je venais à disparaître ou à succomber. Rentré chez moi à 4 heures du soir, je le trouvais en effet occupé à rédiger des proclamations, des bulletins et la plupart de ces nouvelles qui donnaient tant d’élan à la population parisienne. Imprimées sur de petites feuilles de papier, ces diverses notes furent colportées et lues à haute voix par lui dans les quartiers les plus tumultueux. Le jeudi, placé au balcon [du théâtre] des Nouveautés, qui donne sur la place de la Bourse, je travaillais à mon numéro du lendemain, je le vis revenir de la rue de Richelieu, au nombre des combattants qui ramenaient la pièce de canon prise à la rue Saint-Nicaise ; il était accompagné de l’élève de l’Ecole polytechnique Mitrecey (voir Mitrèce, Isidore, Pierre, Charles), avec lequel il forma immédiatement un bataillon. » Suivait l’apostille suivante : « Je, soussigné, certifie que tous les faits énoncés ci-dessus sont parfaitement à ma connaissance et que nous étions ensemble lorsque M. Cappot de Feuillide fit lecture sur les boulevards et sur plusieurs points des journaux le Temps, le National, le Figaro et de toutes les proclamations qui furent faites pour exalter le brave peuple parisien. Ce fut à la suite d’une de ses harangues que, dans la cité Bergère, il se forma un bataillon qui se rendit place de la Bourse sous les ordres du général Dubourg. » Signé : M… de … illisible, administrateur du Figaro. Il avait sollicité, dès le 3 janvier 1831, la décoration de la Légion d’honneur, comme un des signataires de la protestation des journalistes le 26 juillet 1830, en tant que gérant du Figaro, et comme ayant été traduit plusieurs fois devant les tribunaux pour délits politiques de la presse. Dans son dossier, se trouve la lettre suivante, qu’il avait adressée le 1er janvier précédent à un certain Lafond : « Je vous fais passer, mon cher Lafond, la demande que j’adresse à M. le comte de Montalivet. Je ne la fais que parce que je la crois fondée. Mon plus beau titre est la signature de la protestation, c’est le seul que je fasse valoir dans ma demande officielle. J’en ai quelques autres que je ne puis pas relater dans une pétition mais dont vous apprécierez sans doute l’importance. C’est moi, par exemple, qui ai rallié le 29 au soir à la barrière d’Enfer le 50e de ligne qui se débandait dans la campagne et désertait à toutes jambes. J’ai ramené ces hommes, au nombre de quatre cents, avec armes et bagages, et les ai conduits au général Lafayette à l’Hôtel de ville. Plusieurs journaux ont relaté le fait, Le Messager entre autres. Dois-je ajouter à tout cela l’exactitude de mon service comme garde national pendant la semaine des troubles [troubles à l’occasion du procès des ministres, en décembre 1830, N.D.A.]. J’y ai gagné, comme vous savez, un gros rhume, de l’insomnie et mon cheval un énorme coup de couteau. Si vous pensez pouvoir appuyer ma demande écrite par ces renseignement verbaux, je reconnaîtrais encore là un effet de votre obligeance. » Il comparut le 7 mai 1831 devant la cour d’assises de Paris, sous la prévention d’offense envers les membres de la famille royale, à l’occasion d’un article publié, le 21 avril 1831 dans le Figaro, intitulé Séance quasi royale de la Chambre des députés, et dans lequel on pouvait lire les passages suivants : « Cortège de soldats et silence des citoyens […]. C’était la deuxième fois que Louis-Philippe se présentait depuis huit mois à cette Chambre des députés [la première fois ayant été pour sa proclamation comme roi des Français par la Chambre, le 9 août 1830, N.D.A] ; la première fois il était à peine escorté de quelques gardes nationaux dont l’enthousiasme dérangeait, en marchant, les rangs patriotiques ; la reine était dans une calèche découverte, en simple chapeau de paille, et avec elle ses filles, dont tout le faste était leur beauté. Aujourd’hui, d’épais carrosses, des glaces levées, et chaque principicule, flanqué de son précepteur. En avant des escadrons de cavalerie, des escadrons de cavalerie en arrière, en un mot l’appareil dont les Bourbons, par toute l’Europe, entourent une caduque majesté. Le ministère a prêté à la couronne un discours tellement inutile, vuide et tant de fois radoté dans ses harangues et ses journaux qu’on se demandait ce qu’était venu faire le premier magistrat du peuple avec cet étalage d’habits uniformes et d’uniformes déclamations. Et puis la solennité a fini comme elle avait commencé, par le bruit fêlé du canon des Invalides. C’est là le seul canon qui se soit permis de résonner depuis huit mois que l’étranger insulte la France [Allusion au choix du gouvernement de Louis-Philippe de ne pas venir en aide à tous les soulèvements en Europe qui avaient suivi la révolution de Juillet, N..A.]. » Roqueplan portait la Croix de Juillet, et sur la question du président de savoir s’il avait prêté le serment de fidélité au roi, que la loi imposait, Roqueplan répondit que son nom avait été porté sur l’état du Moniteur et que cela lui suffisait. A l’issue du procès, les jurés acquittèrent Roqueplan. Le 8 mai 1832, il cosigna avec Lizerand, Boudeville, (décorés de la croix), Foulquier, Blanchard, Nogué ou Noguès (décorés de la médaille) (voir ces noms), en tant que membre d’une commission (mais de laquelle ?), une lettre adressée au ministre de l’Intérieur et ainsi rédigée : « Permettez-nous de rappeler à votre souvenir que les décorés de Juillet ayant la croix ou la médaille ont présenté à la Chambre des députés une demande à l’effet de faire disparaître la différence qui existe dans leurs décorations ; en effet, s’étant battus pour la même cause, ayant affronté les mêmes périls, se proposant le même but, pourquoi la même récompense ne leur serait-elle pas accordée ? Le ruban affecté à la médaille pouvant être porté par tout le monde indistinctement cesse d’être une marque distinctive. La Chambre prit cette demande en considération et la renvoya à M. le ministre de l’Intérieur. Nous vous supplions, monsieur le ministre, de vouloir bien vous prononcer. Nous mettons en vous notre confiance, persuadés que vous ne dédaignerez pas d’être agréable à plus de sept mille personnes qui vous en conserveront de la reconnaissance et qui seront heureux de vous la prouver par leur dévouement. Nous sommes avec respect, etc. » Il signa (sous le nom de Roqueplan, Nestor), comme rédacteur en chef et gérant du Figaro, le 2 novembre 1830, le certificat suivant en faveur de Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Florence : « Je certifie qu’il est à ma connaissance que M. Louis Desnoyers, l’un des gérants et des rédacteurs en chef de l’Aigle (journal portant alors ces divers titres ; le Lutin – Trilhy – et le Sylphe) a pris part, le 26 juillet, aux délibérations qui eurent lieu relativement à la protestation de la presse ; et qu’averti trop tard qu’on avait résolu de la signer, lorsqu’il se présenta, dans la nuit du même jour, au bureau du National pour donner sa signature, il ne put le faire, le National se trouvant sous presse depuis longtemps. » Il signa, comme « rédacteur au Figaro, décoré de Juillet », le certificat suivant en faveur de Voisin, Benjamin et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, déclare que partie du manuscrit brûlé MM. Benjamin Voisin et Pelassy (voir Pelassy des Fayolles, Nestor) et relatés dans le numéro du 5 août 1830 ont été recueillis rue partie du manuscrit brûlé coin de la rue Saint-Honoré par un de mes partie du manuscrit brûlé qui se trouvait au nombre des combattants. partie du manuscrit brûlé de ces faits est l’expression de la plus exacte partie du manuscrit brûlé témoignage de la personne qui me les a partie du manuscrit brûlé un témoignage oculaire qui ne saurait être partie du manuscrit brûlé. » Il fut nommé officier de la Légion d’honneur en date du 14 août 1867 ; il était alors inspecteur général de l’imprimerie et de la librairie (??? ou la lettre annonçant la nomination d’officier est adressée à cet inspecteur ?). On trouve dans Petit dictionnaire de nos grandes girouettes, d’après elles-mêmes, ces lignes cruelles le concernant, en 1842 : « M. Roqueplan presque oublié aujourd’hui, est enfoui dans les coulisses du théâtre des Variétés dont il est le directeur. Nous ne voulons pas aviver des animosités politiques qui datent de dix ans ; aussi ne nous arrêterons-nous sur M. Roqueplan que pour en dire deux mots. Rédacteur du Figaro, il passa au juste-milieu d’une façon assez éclatante pour avoir encouru le reproche de défection, et le servit avec sa plume assez méchamment pour exciter maintes susceptibilités. Le directeur actuel des Variétés a cessé, nous devons le penser, d’être un homme politique. » Il demeurait 12, cité Bergère (les locaux du Figaro) en 1831. Le Figaro, 1er août 1830 ; Le Figaro, 2 août 1830 ; La Révolution de 1830, ou Histoire des événements qui ont eu lieu dans Paris, les 27, 28, 29 et 30 juillet, par un témoin oculaire, Paris, Philippe, libraire, 1830, p. 48-49 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Rocoplan, Louis, Victor) ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique (lettre de Laugier, Adolphe) ; Archives de Paris VK3 29, séance du 8 avril 1831 (qui rétablit l’orthographe de son nom de Rocquepan en Roqueplan), idem séance du 11 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Florence ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement, et une lettre en date du 8 mai 1832 ; Archives nationales F/1dIV/R/8 Récompenses honorifiques ; Archives de la préfecture de police AA 376 in dossier Cappot de Feuillide, Jean, Gabriel ; Archives de la préfecture de police AA 417 in dossier Voisin, Benjamin ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; L’Ami de la réligion, journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire, mardi 10 mai 1831, n° 1786, p. 61 ; R. Chollet, Balzac journaliste, le tournant de 1830, Paris, Klincksieck, 1983 ; Petit dictionnaire de nos grandes girouettes, d’après elles-mêmes, chez les éditeurs de l’Histoire de France d’Anquetil et Léonard Gallois, Paris, 1842, p. 339. Voir Bohain.
Le duc de Chartres, qui regagnait Paris à la tête de son régiment, venait de faire allégeance à la famille royale. Le baron de Damas devait témoigner du fait suivant : « Le 1er août, nous fûmes heureusement surpris par l’arrivée de Mme la dauphine. Cette princesse, qui était à Vichy lorsque les ordonnances furent rendues, avait été insultée à son passage à Dijon et avait montré dans cette circonstance son courage habituel. A Joigny, elle avait rencontré le duc de Chartres à la tête le son régiment de hussards et ce prince l’avait assurée de son dévouement. » Mémoires du baron de Damas (1783-1862), tome IIe (1823-1862), Paris, Plon, 1922, p. 183.