Roulleaux du Gage, Henri, Charles

Biographie


Né le 6 floréal an X (26 avril 1802) à Alençon (Orne), fils de Roulleaux, Jacques, François, Nicolas, militaire puis conseiller de la préfecture de l’Orne en 1802, sous-préfet de l’Empire (son dossier est in Archives nationales F/1bl/172/18), et de Bertrand, Adelaïde, Victoire, son épouse. Avocat. La Gazette des tribunaux rapportait sur son compte : « Il faut aussi, aux noms des avocats qui ont pris les armes pour la cause de la liberté, ajouter ceux de MM. […] Roulleaux-Dugages […], qu’on a vus aux assauts du Louvre et des Tuileries […]. » Il fut nommé sous-préfet de Domfront (Orne), le 22 août 1830. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Rouleau du Gage, Henri, Charles). Sa médaille lui fut délivrée le 13 juillet 1831 et son brevet remis à son frère le 17 septembre de la même année. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le seul nom de Rouleau), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1832, le préfet de l’Orne faisait sur son compte le rapport suivant : « Fils aîné d’un ancien militaire qui vit encore et qui, sous l’Empire, a été sous-préfet à Argentan. Sa nombreuse famille demeure presque toute à Domfront ou aux environs et elle y est estimée généralement, tant à cause de sa conduite morale que de sa conduite politique depuis quarante ans. M. Roulleaux du Gage, avocat à Alençon pendant quelque temps, exerçait cette profession à Paris en 1829 et en 1830, et ce fut au talent qu’on reconnaissait en lui, de même qu’à son patriotisme chaud et loyal, qu’il dut d’être nommé sous-préfet de son arrondissement natal au mois d’août 1830. Il s’était battu pour la liberté, à Paris, dans les trois journées, et c’est un homme de Juillet, mais cet homme de Juillet n’a cessé de prouver dans ses fonctions depuis vingt mois qu’il aime aussi sincèrement l’ordre public que la liberté. La manière sage, ferme et active avec laquelle il dirige l’administration dans un pays fort peu éclairé lui est entièrement favorable. Il a beaucoup de capacité et il est laborieux. Son impartialité administrative ne lui permet pas de faire de distinctions entre ses parents et ceux qui lui sont étrangers. Il administre dans l’intérêt de tous, et les amis des lois sont les siens. Comme il est encore ce qu’on appelle fils de famille et non marié, sa fortune ne peut être considérable. Il voit peu de monde à Domfront, où d’ailleurs il est difficile de réunir une société nombreuse et bien choisie. Au reste, il tient un état honorable et il se trouve dans une situation fort indépendante par rapport à ses administrés, qu’il prémunit contre toute influence carliste ou anarchique. M. Roulleaux jouit d’une considération justement acquise dans un arrondissement où il exerce à peu près toute l’influence que peut désirer le gouvernement, par la sagesse de ses principes politiques et une délicatesse de probité commune à ses deux autres collègues. […] Je suis persuadé que le sous-préfet de Domfront pourrait remplir, dès à présent, les fonctions de préfet d’une manière fort satisfaisante. » Puis en 1833 : « Administrateur habile, fort actif et non moins dévoué. Je n’ai aussi que des éloges à faire de sa conduite politique, dans un arrondissement où l’ignorance exerce encore beaucoup d’empire et qui est à la fois le plus peuplé et le plus pauvre du département. » En octobre 1835, Roulleaux du Gage fit parvenir la lettre suivante au ministère, pour protester contre la lenteur de sa progression dans la carrière préfectorale, malgré les promesses qui lui avaient été faites : « […] Il me siérait mal de vanter mes services et je me bornerai à rappeler à Votre Excellence que je suis sous-préfet depuis le 3 août 1830 (sic, quelle est l’autorité qui a pu le nommer à cette date ? N.D.A.). Au moment de la révolution, j’étais depuis huit ans au barreau de Paris et sur le point de traiter d’une charge d’avocat aux conseils et à la Cour de cassation. Je pris une part active à la lutte des trois jours et, le 2 août, plusieurs députés, mes amis, ayant pensé que mes relations et les antécédents de ma famille pouvaient me rendre propre plus que tout autre à concilier au nouveau gouvernement un pays que mon aïeul maternel avait représentée dans les diverses assemblées de 1792 à 1800, que mon père, ancien officier supérieur, sous-préfet destitué en 1814 et 1815, avait lui-même administré, j’acceptai la sous-préfecture de Domfront, comme une faction de quelques jours dans un poste périlleux et difficile. Dès mon entrée en fonctions, je compris sainement la situation du nouvel état de choses, je sentis la nécessité de résister à l’entraînement des théories et des passions et mon premier soin fut de rassurer les intérêts moraux et matériels, de recommander à mes administrés la modération, la confiance, l’ordre et le respect des personnes et des propriétés. Je songeais à reprendre ma robe d’avocat après l’heureux résultat des élections générales de 1831, les insurrections de l’Ouest et les événements graves qui se sont succédé m’ont empêché de déserter le poste qui m’avait été confié. […] Je n’ai jamais considéré une sous-préfecture comme une position définitive, le temps est venu de songer à mes intérêts, à mon avenir […]. » Cette même année, une note du ministère de l’Intérieur rapportait sur son compte : « C’est un homme capable et sûr, habile administrateur, maniant bien les choses et les hommes, mais il est encore trop jeune en affaires. Dans quelque temps, il pourrait être appelé à une préfecture ; il lui faudrait un département facile, à circonstances ordinaires mais il a beaucoup d’étoffe et il a de l’avenir. » Le député de l’Orne Lemercier, colonel de la Xe légion de la garde nationale de Paris, sollicitait régulièrement un avancement en sa faveur. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 30 avril 1831. Il fut nommé préfet de l’Ardèche, le 12 novembre 1835. Le 16 novembre 1835, il adressa la lettre d’adieux suivante aux maires, fonctionnaires et habitants de l’arrondissement de Domfront : « Messieurs, le roi vient de m’appeler à la préfecture de l’Ardèche. Quelque flatteuse que soit pour moi la haute mission que Sa Majesté a daigné me confier, ce n’est pas sans une peine profonde que je quitte le pays où je suis né, l’arrondissement que j’ai administré pendant plus de cinq années, et les collaborateurs dont la confiante bienveillance et l’active coopération ont constamment facilité l’accomplissement de mes devoirs dans les circonstances graves que nous avons traversées.

»Les intérêts moraux et matériels de toutes les communes de cet arrondissement étaient devenus les miens, et le prompt développement de la prospérité du pays était ma pensée de tous les jours, le but de tous mes travaux. Le souvenir des améliorations que nos communs efforts ont obtenues depuis cinq années, et l’espérance qu’elles seront continuées avec un zèle soutenu, adoucissent seuls les regrets que j’éprouve en me séparant de vous.

»Les travaux de la Route royale d’Angers à Caen, si longtemps interrompus entre Domfront et Mayenne, ont été repris avec activité ; toutes nos routes départementales sont dotées et vont être commencées ou continuées ; l’augmentation du personnel des ponts et chaussées, l’imposition extraordinaire, votée sur la demande réitérée du Conseil de cet arrondissement, assurent leur achèvement dans un délai assez rapproché.

»Trois cent vingt mille francs ont été dépensés par les communes pour la réparation des chemins vicinaux, et les ressources nécessaires pour continuer ces travaux en 1836 sont assurées.

»Plus de la moitié des communes s’occupent de construire, d’acheter ou de réparer des maisons d’école ; et, dans les dix derniers mois qui viennent de s’écouler, quarante-six mille deux cents francs de secours ont été accordés pour cet objet par Monsieur le Ministre de l’Instruction publique et répartis entre quarante communes. Ces résultats sont dus, Messieurs, au bon esprit qui anime les conseils municipaux, au zèle infatigable de Messieurs les maires, particulièrement dignes d’éloges et de reconnaissance, parce que leurs honorables fonctions sont toutes de sacrifice ; à l’habile direction donnée aux affaires par l’administration départementale, à l’empressement avec lequel votre honorable et excellent député, Monsieur le vicomte Lemercier, a constamment appuyé toutes nos demandes auprès du gouvernement.

»Ils sont dus surtout à la paix, à la tranquillité intérieure, assurées par le gouvernement modéré, ferme et habile du souverain le plus éclairé de l’Europe, du roi le plus sincèrement dévoué aux intérêts du peuple que la France ait jamais eu.

»Conservez votre amour de l’ordre, votre respect pour les lois, votre dévouement à Louis-Philippe et à nos institutions ; ne ralentissez pas vos efforts pour toutes les améliorations positives, achevez, en un mot, avec persévérance ce que vous avez commencé, et cet arrondissement atteindra promptement un haut degré de prospérité et de bien-être que mérite si bien sa population laborieuse et paisible.

»Mes vœux resteront avec vous ; mon plus vif plaisir sera d’apprendre vos succès, et je conserverai toute ma vie la plus vive reconnaissance pour les témoignages d’estime, de confiance et d’affection qui ont rendu ma tâche douce et facile.

»Adieu mes chers concitoyens ! H. Roulleaux-Dugage

En 1837, regardant la préfecture de l’Ardèche comme « l’une des plus minimes et des plus fâcheuses du royaume », empêché par son lieu de résidence de pouvoir « faire un mariage convenable », il sollicita sa mutation à Toulouse ou le titre de maître des requêtes en service extraordinaire afin de pouvoir entrer au Conseil d’Etat. Il fut nommé préfet de l’Aude le 23 juillet 1837. Le 13 mai 1838, il faisait parvenir la lettre suivante sur un différend qui opposa son frère et le gérant du journal L’Aude : « Vous avez été informé par M. Edmond Blanc, secrétaire général, auquel j’avais écrit particulièrement, d’une altercation survenue, à mon insu et sans qu’il m’ait été possible de la prévenir, entre mon frère et le gérant du journal L’Aude, par suite des articles injurieux pour moi publiés par ce journal. Le parti républicain s’étant emparé de cette affaire et s’efforçant d’y trouver une occasion de troubles et de scandales, je crois devoir aujourd’hui en entretenir officiellement Votre Excellence. Je rappellerai d’abord succinctement les faits : le numéro du journal de L’Aude du 21 avril contenant un article plein de grossières invectives contre le préfet, mon frère, qui est venu pour quelques jours chez moi avant de se rendre aux eaux des Pyrénées, en ressentit une vive indignation. Le dimanche 22, vers midi, en passant avec mon secrétaire particulier, quelques instants après avoir lu cet article, dans la rue habitée par M. Marcou, jeune avocat, rédacteur gérant du journal, mon frère aperçut ce jeune homme à sa fenêtre et le pria de descendre. M. Marcou descendit. Mon frère et mon secrétaire entrèrent avec lui dans l’allée servant d’accès à sa maison et là mon frère lui ayant demandé s’il était l’auteur de l’article insolent publié la veille, il répondit affirmativement, d’une manière hautaine et provoquante. Mon frère, cédant alors à un mouvement de colère que je déplore, donna à M. Marcou un soufflet suivi immédiatement de l’offre d’une réparation les armes à la main. M. Marcou accepta le rendez-vous. La rencontre devait avoir lieu une heure après ; mais mon frère attendit vainement sur le terrain pendant près de trois heures. Deux émissaires de M. Marcou se présentèrent seuls et entrèrent en explication, moins dans le but d’arriver à un arrangement que pour surprendre à mon frère et à ses témoins l’aveu de la voie de fait et pour en faire la base d’une action en police correctionnelle. Le journal du 25 annonça en effet que M. Marcou avait déposé au parquet une plainte contre le frère et le secrétaire particulier du préfet qu’il accusait d’une tentative d’assassinat avec préméditation et guet-apens. Du reste, la manière dont le journal lui-même racontait les faits suffisait pour faire justice de cette absurde et ridicule imputation. Le procureur du roi, ayant refusé de donner suite à la plainte de M. Marcou, vient d’assigner mon frère et mon secrétaire devant le tribunal correctionnel pour le 18 de ce mois. Cette assignation est la suite d’un plan concerté entre le gérant du journal et les meneurs du parti républicain qui espèrent trouver dans les débats et le retentissement d’un procès correctionnel une occasion de compromettre le chef de l’administration et de troubler l’ordre et le calme que je suis parvenu à maintenir dans la ville de Carcassonne depuis que je suis placé à la tête de ce département. Messieurs Fagès, avocat, procureur du roi destitué, et Trinchant, avocat, conseil de M. Marcou s’en sont ouvertement expliqués et ont manifesté l’espérance de se débarrasser, au moyen de ce procès, du huitième préfet de l’Aude depuis 1830, soit en lui rendant cette résidence assez désagréable pour qu’il ne pût consentir à la conserver soit en faisant croire au gouvernement que le préfet est devenu assez impopulaire pour que son changement fût nécessaire. Les anarchistes, dont l’inimitié m’honore, ont saisi avidement cette occasion de renouveler les scandales qui ont trop souvent affligé les honnêtes gens dans la ville de Carcassonne. Depuis quinze jours, rien n’a été négligé pour intéresser les patriotes à la cause du journaliste indépendant, persécuté par le pouvoir et dont la vie a été menacée. Chacune des feuilles du journal contient un nouvel appel aux passions et le numéro du 9 mai, que je joins ici, annonce, dans des termes que Votre Excellence appréciera, que M. Joly ancien procureur général à Montpellier, ancien député, s’est chargé de plaider la cause de M. Marcou. Tous les efforts des républicains pour émouvoir l’opinion publique ont été vains auprès de la classe de la société dont le suffrage mérite d’être compté pour quelque chose et même auprès de la grande majorité de la population. Tout le monde prend en pitié les déclamations du journal et de ses patrons. On rit de la peur ou de l’impudence du journaliste, qui grossit et transforme en tentative d’assassinat la plus grave, sans doute, des injures mais la plus insignifiante des voies de fait. L’assignation donnée, comme complice du prétendu guet-apens, à mon secrétaire, jeune homme paisible, spectateur inoffensif et involontaire de l’altercation, achève de couvrir de mépris et de ridicule le misérable jeune homme, rédacteur du journal qui a consenti, aux dépens de son honneur, à se faire l’instrument des anarchistes. Il semble même que la société ait voulu protester, par un empressement inusité, contre les ignobles attaques dont le préfet de l’Aude est devenu journellement l’objet. Jamais les salons de la préfecture n’avaient réuni autant de monde et, hier encore, quoique ce ne fût pas un jour de réception, plus de cinquante personnes sont venues chez moi sans invitation ; on a dansé jusqu’à 1 heure du matin. Toutefois les anarchistes ne sont pas demeurés sans action sur les turbulents de bas étage, toujours prêts à s’associer au désordre. Les rapports de police m’apprennent que la plèbe républicaine avait formé le projet de huer le préfet et son frère s’ils paraissaient au spectacle et que les sifflets, les charivaris sont préparés pour le jour de l’audience. Dans toute autre circonstance j’aurais méprisé et bravé de pareilles menaces et j’aurais pris les mesures nécessaires pour réprimer vigoureusement toute tentative de désordre ; mais j’ai cru ne pouvoir mettre trop de circonspection et de prudence dans une affaire qui m’est en quelque sorte personnelle. Je me suis abstenu de paraître au spectacle et j’évite avec soin tout ce qui pourrait donner aux turbulents l’occasion de réaliser leur projet de scandale. Je prendrai, sans éclat, toutes les précautions nécessaires pour assurer le maintien de l’ordre, le jour de l’audience et je me concerterai à cet égard avec les autorités judiciaire et militaire. M. le procureur du roi portera la parole dans cette affaire et tout me donne lieu de croire que les dispositions des juges ne sont pas moins bienveillantes pour mon frère que celle du parquet. Pour tenir, autant que possible, le préfet en dehors du procès, je n’ai pas voulu que l’avocat habituel de l’administration fût chargé de la défense de mon frère et de mon secrétaire. D’après le conseil du procureur du roi, elle a été confiée à l’un des membres distingués du barreau, monsieur Roques, ancien avocat général, que ses opinions légitimistes mais modérées placent sur une ligne tout à fait indépendante de l’administration. J’aurai l’honneur d’informer votre excellence par dépêches télégraphiques des suites de cette affaire. » Il fit en effet parvenir au ministre de l’Intérieur les résultats du jugement : « Je vous ai informé, par ma dépêche du 13 de ce mois, que M. Marcou, gérant du journal L’Aude, avait assigné devant le tribunal de police correctionnelle mon frère et mon secrétaire particulier. Le tribunal vient de les acquitter et de condamner le sieur Marcou à tous les dépens. Tout s’est passé à l’audience et au dehors beaucoup mieux que je ne l’espérais. Grâce à la fermeté du procureur du roi, le préfet et l’administration sont demeurés en dehors des débats et les divagations générales de M. Joly ont trouvé peu de sympathie dans l’auditoire. J’avais été informé que les anarchistes avaient fait auprès des ouvriers de deux fabriques des tentatives pour les engager à venir entendre M. Joly et huer le frère du préfet. Plusieurs s’étaient vantés dans un café qu’ils lui donneraient des soufflets s’il était acquitté. Un seul sifflet s’est fait entendre dans l’auditoire, tout est resté calme au-dehors et une pluie battante a évité à la gendarmerie la peine de dissiper les rassemblements au sortir de l’audience. Mon frère a été entouré, félicité par une foule d’hommes honorables qui l’ont accompagné jusqu’à la préfecture. Toutes les précautions avaient été prises pour maintenir l’ordre, sans cependant qu’aucun déploiement de force inusitée vînt accuser les inquiétudes de l’administration. On s’accorde à dire qu’il n’y aura pas appel du jugement et cette affaire peut selon toute vraisemblance être considérée comme terminée. » Durant son séjour à Carcassonne, le préfet eut aussi un malentendu avec le député Teysseire (une lettre d’explication dans son dossier), sans grande importance, et une autre avec un sieur Sérane, que l’Echo du Midi devait rapporter, mais que le préfet démentit. Le 21 août 1839, il adressa la lettre suivante au ministre de l’Intérieur, afin d’obtenir soit sa nomination dans une préfecture d’une classe supérieure, ou dans un rayon de trente à quarante lieues de Paris, soit un titre qui plus tard faciliterait son entrée au Conseil d’Etat en service ordinaire, soit son avancement dans la Légion d’honneur : « Après avoir transmis à Son Excellence les renseignements confidentiels qui m’avaient été demandés sur mes subordonnés, qu’il me soit permis de dire ici quelques mots de ma position personnelle à Carcassonne. J’avais su me concilier dans l’Ardèche, après une administration de deux années, l’estime de tous, la bienveillance même de mes adversaires politiques et la confiance entière des amis du gouvernement. J’en ai reçu des témoignages irrécusables. Quelques jours avant mon départ, le conseil municipal de Privas, qui comptait bon nombre d’hommes de l’opposition, voulut me donner à dîner à l’hôtel de ville. Plus tard, et quand j’avais déjà quitté le département, le Conseil général m’adressa l’expression de ses regrets, dans la délibération la plus flatteuse. En m’appelant à Carcassonne, le gouvernement n’avait satisfait en aucune manière mes convenances personnelles. Le ministre voulut bien m’écrire qu’on m’assignait un poste difficile et où sept préfets avaient passé en sept ans, parce que l’on comptait sur ma fermeté pour rétablir l’ordre dans l’administration municipale du chef-lieu, livrée à l’anarchie la plus complète. Je trouvai en effet, à mon arrivée, la mairie envahie de vive force par un des amis politiques de Barbès, le sieur Fagès, ancien procureur du roi destitué, qui s’était emparé des fonctions de maire comme premier membre inscrit du Conseil municipal, malgré la présence d’un adjoint dont il prétendit les pouvoirs expirés. Je fis destituer l’adjoint qui avait laissé usurper son autorité, dissoudre le conseil municipal et réorganiser la mairie d’une manière convenable et durable. Pendant la courte administration du sieur Fagès le conseil municipal avait jeté l’argent à pleines mains à plus de trois cents ouvriers inoccupés dont il entretenait l’oisiveté, en les accoutumant à vivre aux dépens de la commune, sans chercher à se procurer eux-mêmes des moyens d’existence. Les ressources de la ville étaient épuisées et cette situation léguait un embarras grave à la nouvelle administration. La classe ouvrière avait été excitée par les écrits de Barbès, publié depuis dans le rapport de M. Mérilhou sur le rapport du 12 mai. Grâce au dévouement et à la sagesse du nouveau maire, monsieur Caunes, l’administration put sortir heureusement de ce mauvais pas et l’ordre était pleinement rétabli lorsque les élections de 1837 vinrent de nouveau exalter les esprits. Le candidat de l’opposition l’emporta, de quelques voix seulement, et la populace célébra son triomphe en allant insulter le candidat ministériel qui avait succombé. L’administration empêcha que le désordre ne prît plus de gravité, en déployant autant de modération que de fermeté. Un journal de l’opposition la plus avancée ne tarda pas à naître à Carcassonne, sous le patronage des ennemis de la dynastie actuelle, et prit particulièrement à tâche de déconsidérer le préfet, dont le dévouement énergique faisait obstacle à leur projet. Il n’est pas d’injures dont on ne m’ait quotidiennement abreuvé. Je les ai supportées avec calme et, si l’un de mes proches a montré moins de patience que moi, à mon bien grand regret, je n’en ai pas moins soutenu la lutte avec dignité, en n’opposant personnellement aux outrages les plus ignobles d’autres armes que le silence et le mépris. Saisissant toutefois les nombreuses occasions que ce mauvais journal prit soin de fournir à l’administration de le prendre en flagrant délit de violation des lois sur la presse, je proposais des poursuites et des condamnations sous le poids desquels il a succombé. A peine débarrassé de cet obstacle, la dissolution de la Chambre est venue placer ici l’administration dans une situation des plus délicates. Elle était peut-être moins difficile pour moi qu’elle ne l’eût été pour bien d’autres. J’ai constamment pris à tâche depuis neuf années de donner à mon administration un cachet de franchise et d’impartialité qui ne permit à personne de me considérer comme un homme de parti, étroitement lié à telle ou telle nuance politique. Je suis demeuré libre de suivre en toute occasion l’impulsion du gouvernement du roi, quels que fussent les hommes qui le représentaient et prêt à résilier mes fonctions plutôt que de me mettre au service de telle ou telle passion personnelle. Dans les dernières élections, je n’ai point employé l’influence de l’administration à combattre les hommes dévoués à la monarchie constitutionnelle mais séparés du ministère qui avait engagé la lutte ; j’ai cru devoir concentrer mes efforts pour écarter de la nouvelle chambre le seul ancien député de l’Aude d’une opposition assez avancée pour qu’il fût un obstacle sérieux à tout gouvernement sage et modéré. J’ai réussi à animer, à diriger le zèle des amis de la monarchie, et le succès a répondu à nos espérances. Mais les anarchistes, irrités de leur défaite, ont jeté le trouble dans la cité, injurié, frappé les électeurs amis de l’ordre, outragé le nouvel élu du pays et poursuivi à coups de pierres le magistrat que son devoir appelait à réprimer l’émeute et que la résistance énergique qu’il a opposée dans tous les temps à leurs coupables tentatives désignait de préférence à leur haine. Ces violences ne m’ont pas fait sortir de la modération que j’ai toujours cherché à unir à la fermeté ; l’ordre a été rétabli sans coup férir, et les esprits sont maintenant assez calmés, les ennemis du gouvernement assez découragés par l’insuccès de toutes leurs manœuvres pour que je puisse croire avoir rempli, autant qu’il dépendait de moi et aussi bien que les circonstances me l’ont permis, la tâche difficile qui m’avait été imposée. Les préoccupations et les embarras politiques ne m’ont point empêché de donner aux intérêts matériels du pays toute l’attention qu’il méritait. Mon administration, sous ce point de vue, a été marqué par des résultats et des améliorations que j’ai exposées d’une manière détaillée dans mon rapport de l’année dernière au Conseil général, qui en a voté l’impression. Vous examinerez, monsieur le ministre, si les épreuves de tout genre que j’ai eu à supporter et la manière dont j’ai conduit l’administration de ce département depuis qu’elle m’a été confiée, méritent un témoignage de bienveillance. Peut-être penserez-vous qu’après avoir soutenu pendant deux années une lutte incessante et toujours victorieuse contre les ennemis de la monarchie constitutionnelle, j’ai fait mon temps dans un pays où l’estime des honnêtes gens a été pour moi jusqu’ici le seul dédommagement des soucis d’une situation difficile, dans une résidence qui n’offre aucune compensation d’agrément. Si Votre Excellence accueille cette pensée, je la prie de vouloir bien prendre alors en considération mes convenances personnelles qui ne se trouveraient satisfaites qu’autant que je serais appelé à une préfecture d’une classe supérieure ou dans un rayon de trente à quarante lieues de la capitale, où demeure ma famille. Si Votre Excellence juge à propos de laisser entre mes mains l’administration du département de l’Aude, elle sentira, je l’espère, la convenance d’augmenter ma force et mes moyens d’influence, en proposant au roi de m’accorder un témoignage public de la satisfaction qu’auraient mérité mes services. J’ai depuis longtemps manifesté le désir d’obtenir un titre qui facilitât mon entrée au Conseil d’état, en service ordinaire, quand je serai plus avancé en âge. Je crois devoir rappeler également que je suis chevalier de la Légion d’honneur depuis le mois d’avril 1831. » Il fut nommé préfet de la Nièvre le 5 juin 1840. Il se maria le 20 juin 1840 à Châlons avec Poncet, Thérèse ; sa femme avait pour grand-père Delarue, général de brigade de la garde nationale de la Seine, officier de la Légion d’honneur et de l’ordre de Léopold, pour frère Poncet, Arthur, et pour grand-oncle le lieutenant-général comte Mathieu Dumas. Il fut nommé officier de la Légion d’honneur le 19 février 1840. Il fut nommé préfet de l’Hérault le 23 novembre 1841. Il fut nommé commandeur de la Légion d’honneur le 4 janvier 1847. Il fut nommé préfet de la Loire-Inférieure le 24 juillet 1847, remplacé le 29 février 1848. Le 26 février, il avait fait parvenir la lettre au ministre que « Nantes est calme et reconnaît les pouvoirs publics. La garde nationale veille avec la troupe de ligne au maintien de l’ordre, qui ne sera pas troublé. Mon autorité est acceptée par tous les partis. Je la conserverai et l’exercerai au nom de la nation, pour faire exécuter les lois et assurer la tranquillité publique. Je vous envoie toutes les proclamations publiées. » Il fut pensionné le 13 février 1849 d’une retraite annuelle de 4.100 francs. Il fut nommé chevalier de l’ordre espagnol de Charles III, le 3 février 1847. Il mourut le 21 novembre 1870. Nous empruntons au Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 de Robert et Cougny la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Député au Corps législatif de 1852 à 1870, né à Alençon (Orne) le 26 avril 1802, mort à Rouellé (Orne) le 21 novembre 1870, il fut d’abord avocat à Caen en 1821 et, l’année suivante, se fit inscrire au barreau de Paris. Après avoir fait de l’opposition au gouvernement des Bourbons, il entra dans l’administration le 22 août 1830, comme sous-préfet de Domfront. Chevalier de la Légion d’honneur en 1831, préfet de l’Ardèche (10 novembre 1835), de l’Aude (23 juillet 1837), de la Nièvre (5 juin 1840), de l’Hérault (23 novembre 1841), il combattit si énergiquement la candidature de M. de Larcy que des troubles éclatèrent à Montpellier. Commandeur de la Légion d’honneur le 4 janvier 1847, préfet de la Loire-Inférieure le 24 juillet suivant, il fut destitué à la révolution de février 1848, se rallia à la politique du prince Louis-Napoléon, approuva le coup d’Etat du 2 décembre, fut nommé conseiller général dans l’Orne et dans l’Hérault, opta pour l’Orne, et fut successivement élu député au Corps législatif, dans la 2e circonscription de l’Hérault, comme candidat du gouvernement : le 29 février 1852, par 14,572 voix (19,308 votants, 38,154 inscrits) contre 4,258 à M. Fabregat et 249 à M. Bertrand aîné ; le 22 juin 1857, par 21,895 voix (22,479 votants, 38,875 inscrits), contre 505 à M. Bertrand ; le 1er juin 1863, par 23,009 voix (30,634 votants, 42,332 inscrits), contre 5,861 à M. Floquet et 1,684 à M. Margon ; le 24 mai 1869, par 16,309 voix (26,490 votants, 35,411 inscrits), contre 8,854 à M. Floquet et 1,215 à M. Thourel. M. Roulleaux-Dugage siégea dans la majorité dynastique, fut rapporteur, en 1857, du projet de participation financière de l’Etat dans le percement du boulevard Sébastopol, et parvint à faire classer le boulevard et la rue des Ecoles comme routes impériales, à la création desquelles l’Etat est obligé de contribuer. Il vota pour la guerre contre la Prusse, et, après Sedan, s’efforça en vain de faire nommer un gouvernement provisoire issu de la majorité; conseiller général de Domfront, il était grand-officier de la Légion d’honneur du 14 août 1866. Rentré dans la vie privée au 4 septembre 1870, il mourut quelques semaines après. » Pierre-Henry dans Histoire des préfets, rapporte qu’en 1846, préfet de l’Hérault, il fut « félicité pour avoir contribué à l’échec cinglant du député de Larey ». Il signait toute sa correspondance du nom de Roulleaux Dugage. Il demeurait 18, rue de l’Université en 1830, à Domfront en 1831 (mais 19, rue de l’Université en 1831 in Archives nationales F/1dIII 36). La Gazette des tribunaux, 2 et 3 août 1830 (sous le nom de Roulleaux-Dugages) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/81 ; Archives nationales F/1bl/172/18 ; Le Personnel de l’administration préfectorale 1800-1880, Paris, Centre historique des Archives nationales, 1998 ; Histoire des préfets, Pierre-Henry, Nouvelles éditions latines, Paris, 1950, p. 132-133, 150.

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